Munnar

Le début dune journée de récolte dans une plantation de thé au-dessus de Munnar, 8h30, vendredi matin, 9 décembre
Le début dune journée de travail dans une plantation de thé au-dessus de Munnar, 8h30, vendredi matin, 9 décembre
Soulignée en jaune, dans le sud de l’Inde, à 5 heures de bus environ de Cochin, Munnar, à cheval entre le Kerala et le Tamil Nadu 

Depuis plus d’un siècle, la petite ville de Munnar, dans l’état du Kerala, est un des principaux centres de production de thé en Inde.

Tous les matins, à partir de huit heures, des centaines d’hommes et de femmes gagnent, à plus de 1600 mètres d’altitude, les champs de thé.

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La plupart d’entre eux sont originaires de l’état du Tamil Nadu, l’état voisin du Kerala.

Femmes pesant leur récolte de thé dans une plantation de Munnar, vendredi 9 décembre.

Vendredi matin, j’ai voulu aller voir de plus près comment fonctionne cette industrie qui emploie en Inde des milliers de travailleurs.

L’inde est, après la Chine, le second producteur de thé au monde, et plus de 70% de sa production est consommée à l’intérieur du pays…

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J’ai eu beaucoup de chance.

Mon hôtel avait, vendredi, un guide disponible (obligatoire pour visiter les plantations) – et trois autres voyageurs indépendants, venus de France et de Belgique, avaient eux aussi, ce matin-là, le même objectif: voir et comprendre les rouages d’une plantation de thé, et réaliser en même temps, dans un décor de rêve, une grande et belle randonnée…

Samy, 47 ans, guide exceptionnel, né dans la région de Munnar, père de deux enfants et, comme une grande partie de la population, membre du parti communiste de l'état du Kerala.
Samy, 47 ans, guide exceptionnel, né dans la région de Munnar, père de deux enfants et, comme une grande partie de la population ici, membre du parti communiste de l’état du Kerala.

Nous sommes donc partis ensemble, autour de sept heures, accompagnés de notre guide, Samy, pour une excursion inoubliable de 16 kilomètres dans les montagnes au-dessus de Munnar…

Au-dessus de Munnar, vendredi matin...
Munnar, sous la brume, tôt vendredi matin…

Très vite, le chemin grimpe vers les plantations…

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Les champs de thé de la région de Munnar appartiennent en grande partie à l’immense consortium Tata dirigé par l’homme d’affaires et industriel Ratan Naval Tata, 79 ans, qui possède en Inde et à l’étranger des intérêts considérables (dans l’acier, les produits chimiques, la construction automobile) et une fortune colossale…

Vers huit heures, sous un grand ciel bleu, nous atteignons les premières plantations…

Au-dessus de Munnar, 9 décembre...
Au-dessus de Munnar, 9 décembre…

Les hommes et les femmes qui travaillent ici semblent, pour la plupart, heureux de leur sort. Ils nous sourient, nous saluent.

Ils sont cependant soumis à de nombreuses obligations, et à un règlement très strict.

  • Les travailleurs sont logés gratuitement, à proximité des champs, dans un bâtiment appartenant au consortium.
  • Ils bénéficient d’une scolarité gratuite pour leurs enfants. Les frais reliés aux soins de santé de la famille sont pris en charge.
  • Les employés ont également le droit de posséder quelques actions de la compagnie.
  • Chaque travailleur reçoit, comme salaire de base, 300 roupies (environ $6 ou 4.20 euros) par jour.
  • En contrepartie, ils doivent récolter chacun, au minimum, 27 kilos de feuilles thé par jour, six jours par semaine.
  • La grande majorité des employés en recueille beaucoup plus. Chaque kilo de thé supplémentaire récolté est payé 1 roupie…
Seuls les hommes sont habilités à couper les tiges de thé à l'aide d'un sécateur électrique. Les femmes sont obligées de faire le même travail à la main...
Seuls les hommes sont habilités à couper les tiges de thé à l’aide d’un sécateur électrique. Les femmes sont obligées de faire le même travail à la main…

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Les hommes, nous explique Samy, notre guide, sont autorisés à travailler quatre heures par jour, les femmes, elles, sont astreintes à une journée de huit heures.

Comment expliquer une telle injustice?

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« Par la culture locale« , nous répond-on. C’est ainsi. L’horaire de travail restreint des hommes leur permet aussi, selon la tradition, « de prendre soin chaque jour de leur potager« .

Chacun se fera son opinion…

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En fait, depuis mon arrivée en Inde il y a maintenant dix jours, il est de plus en plus difficile d’ignorer les multiples facettes de la séparation qui existe entre les hommes et les femmes dans l’espace public.

Dans les gares et les centres routiers, les femmes disposent d’une salle d’attente qui leur est réservée.

Dans les bus municipaux, les sièges à l’avant sont exclusivement réservés aux femmes, les hommes s’assoient, eux, à l’arrière.

Même dans les églises les sexes sont séparés, les femmes s’assoient dans les rangées à gauche, les hommes, à droite…

1700 mètres...
1700 mètres d’altitude, au-dessus des plantations de thé…

Nous poursuivons notre route vendredi matin…. toujours plus haut. Le paysage est magnifique!

Vers neuf heures, nous nous arrêtons enfin – afin de déguster, à plus de 1800 mètres d’altitude, un merveilleux petit déjeuner préparé par Samy et sa famille.

Au menu: du thé au gingembre, des biscuits, des fruits, des œufs dur, des chapatis… Un vrai festin. Nous sommes comblés!

De gauche à droite...
Mes compagnons de route pour la journée, de gauche à droite: Sonia, des Vosges, Mikaël, de Lyon, et Laura, de Bruxelles. Quelle belle randonnée! Merci à tous les trois!

Après une courte halte, nous repartons…

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La journée nous réserve encore bien d’autres surprises…

Notre guide Samy a soigneusement coordonné l’itinéraire de notre descente vers Munnar pour qu’il coïncide avec le cérémonial quotidien de la pesée des sacs de thé qui a lieu au milieu de la journée…

La pesée...
Femmes rassemblées à la mi-journée afin de se livrer à l’exercice crucial de la pesée de leur récolte…

Il règne autour du camion et du tracteur une ambiance fébrile…

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Chacun rassemble ses sacs de thé avant la pesée…

Chacun, à tour de rôle, apporte son sac de thé qui est méticuleusement pesé… Les travailleurs reçoivent ensuite un justificatif…

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… pendant que d’autres employés arrivent des champs…

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Il faut ensuite hisser les sacs (certains pèsent près de 50 kilos)…..

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…jusqu’au camion qui transportera la marchandise à l’usine où les feuilles et les tiges de thé seront broyées, puis séchées…

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À partir de la récolte, plusieurs différents types de thé seront commercialisés.

Le thé blanc (le plus cher) produit à partir de la première (la plus haute) feuille de la tige. Ensuite le thé vert, fruit de la deuxième feuille de la tige. Le thé noir (black tea) puis le thé amer (bitter tea) seront eux fabriqués à partir des feuilles les moins nobles (les plus basses) de la plante….

Notre incroyable randonnée se termine…

Les montagnes de la région de Munnar sont de véritables jardins botaniques!

En plus du thé, la terre produit ici du poivre, de la cannelle, du café, des ananas, de la citronnelle, des fraises, de la coriandre, du miel, des figues, et bien d’autres gourmandises…

Ce n’est pas étonnant qu’on surnomme l’état du Kerala « God’s country« , le pays de Dieu…

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Après cinq jours à Munnar, et plusieurs autres courtes randonnées, je reprends demain comme prévu la route pour Alleppey (Alappuzha), située sur la côte, à une soixantaine de kilomètres au sud de Cochin….

Bonne semaine à tous!!

Plat de pommes de terre au curry masala accompagné de chapati et d'une salade de tomates et oignons...
Pommes de terre au curry masala accompagnées de chapati et d’une salade de tomates et oignons… Ci-dessous, un plat de choux-fleurs (très) épicé et du riz frit aux légumes. C’est un véritable privilège de découvrir et goûter tous les  jours la cuisine du sud de l’Inde…

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Fort Cochin

Après la triste campagne électorale et le résultat inattendu des élections américaines, après l’annonce du décès de Leonard Cohen, puis celui du Comandante Castro, après la pluie et le temps gris de novembre à Vancouver, quel contraste, et quel plaisir, de se retrouver, après dix-huit heures de vol, au bout du monde, à la pointe sud de l’Inde, dans l’état du Kerala!

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Fort Cochin, samedi matin, 3 décembre

C’est la fin de la saison des pluies ici, et le thermomètre oscille entre vingt-neuf et trente-deux degrés.

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Promenade du bord de mer, Fort Cochin, dimanche 4 décembre

Je suis installé depuis vendredi matin sur la péninsule de Fort Cochin, une ancienne enclave portugaise (comme Goa, située plus au nord) autour de laquelle s’est développée la grande agglomération de Cochin, à l’est de la péninsule.

Fort Cochin, colonisée par les Portugais, puis par les Hollandais, a longtemps été un important comptoir lié au commerce des épices.

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Vestiges du passé turbulent de Fort Cochin. Anciens bâtiments coloniaux reconvertis en hôtels et, ci-dessous, en bureaux.

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Pour ce premier voyage en Inde, j’ai décidé d’éviter les grandes métropoles. Je suis heureux de passer ces premiers jours ici au calme, en me promenant dans la vieille ville, afin de m’acclimater au pays, au climat (chaud et humide), au décalage horaire, et à l’accueil souriant de tous ceux et celles rencontrés jusqu’à présent.

Sheeba dirige avec son mari, Ashley, l’excellente guesthouse « Greenwoods Bethlehem » située dans un quartier calme, au sud du centre-ville de Fort Cochin.
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Greenwoods Bethlehem Guesthouse, Fort Cochin
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Soulignées en vert, mes cinq étapes au Kerala: Fort Cochin (Cochin), Munnar, Alleppey, Kollam et Varkala. Je prendrai l’avion pour le Sri Lanka à partir de Thiruvananthapuram, la capitale de l’état du Kerala, située tout au sud.

L’état du Kerala est souvent perçu comme une exception en Inde. Avec raison. Nous sommes ici très loin de l’agitation de Dehli ou de la fièvre et des excès « Bollywood » de Mumbai.

La grande majorité de la population de la région vit de la pêche et de l’agriculture.

Dès 1957, les habitants au Kerala ont été parmi les premiers à élire, démocratiquement, un gouvernement communiste. Aujourd’hui encore, le gouvernement de l’état est dirigé par une coalition d’allégeance marxiste.

Le taux de scolarisation, l’alphabétisation (plus de 90%) l’espérance de vie sont ici beaucoup plus élevés qu’ailleurs au pays.

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La rue principale de mon quartier. On aperçoit, à gauche, deux silhouettes dans un des nombreux cabinets de lecture de la ville. N’importe qui peut, à n’importe quel moment de la journée, venir lire, à sa guise, les journaux du jour, fournis gratuitement, chaque matin, par la municipalité. Ci-dessous, un autre cabinet de lecture situé dans la vieille ville.
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La figure du « Che » bien en évidence dans le cabinet de lecture

Un élément frappe en arrivant à Fort Cochin: la coexistence pacifique qui semble régner entre les différentes communautés religieuses. Bien que la majorité de la population au Kerala (comme dans le reste du pays) soit de confession hindoue, l’état compte 25% de musulmans et près de 20% de chrétiens, dix fois plus que la moyenne nationale.

La religion catholique a de profondes racines au Kerala, les premiers explorateurs portugais sont arrivés ici au début du 16è siècle, suivis par les Jésuites…

La religion catholique a de profondes racines au Kerala. Les premiers explorateurs portugais sont arrivés ici au début du 16 siècle, suivis par les jésuites. Ci-dessus la Cathédrale Saint-François, la première église catholique construite en Inde. Vasco de Gama y fut inhumé pendant plusieurs années avant que ces cendres soient rapatriées au Portugal
L’église Saint-François de Fort Cochin, la première église catholique construite en Inde, en 1503. Vasco de Gama, mort à Fort Cochin en 1524 (lors de son 3è voyage en Inde) y fut inhumé pendant plusieurs années avant que ces cendres soient rapatriées au Portugal.

Il y a dans mon quartier deux mosquées, deux églises catholiques et de nombreux temples hindous.

Aucune animosité apparente entre ces communautés. Tout le monde va et vient, se salue. C’est remarquable. Je suis très heureux de débuter mon voyage en Inde ici!

Fort Cochin, dimanche 4 décembre
Fort Cochin, dimanche 4 décembre

Autre surprise en me promenant dans les rues, la plupart des gens ne parlent pas l’anglais, ni même le Hindi, les deux langues officielles de l’Inde. Ils parlent plutôt le Malayalam, la langue principale du Kerala, l’une des 800 langues parlées au pays!

La presse locale, en Malayalam.
La presse locale, en Malayalam.

Curieusement, dimanche matin, devant l’une des églises de la vieille ville, je me fais accoster, en français, par un des marchands qui a reconnu mon accent, alors que je posais une question.

Originaire du Tamil Nadu, l’état voisin du Kerala, à l’est, le marchand, la quarantaine, m’explique dans un français très correct avoir grandi à Pondichéry, l’ancien comptoir commercial français où la langue est encore parlée aujourd’hui…

(Moi qui rêvais, en planifiant ce voyage, d’aller faire un tour à Pondichéry… mais la ville est à plus de 14 heures de train de Cochin… Ce sera pour un autre fois…)

Dans les rues de Fort Cochin... Un écho de Pondichéry?
Rickshaws dans les rues 
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de Cochin
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Casse-croûte ambulant au centre-ville
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Marchand de fruits dans un quartier plus calme à Fort Cochin
Fort Cochin, lundi 5 décembre

J’ai aussi découvert depuis cinq jours la merveilleuse cuisine du Kerala dont on m’avait tant parlé avant le départ.

On mange très peu de viande ici, la population préférant le poisson, abondant, et un régime à base de légumes. La noix de coco est un élément essentiel dans la plupart des plats cuisinés.

Ragoût de légumes
Ragoût de légumes
Le riz aux grains très épais, typique de la cuisine locale.
Le riz aux grains très épais, typique de la cuisine locale.
Poulet au curry. Délicieux!
Poulet au curry. Délicieux!

               LA SURPRISE DU 8 NOVEMBRE…

Le billet de 1000 roupies, en haut (environ $20) et celui de 500 roupies ont été sans préavis démonétisés début novembre.
Le billet de 1000 roupies, en haut (environ $20) et celui de 500 roupies ont été sans préavis démonétisés début novembre.

Je ne peux pas terminer sans parler du véritable coup de théâtre qu’a connu l’Inde, le mardi 8 novembre, il y a à peine un mois.

Dans la soirée, le premier ministre du pays, Narenda Modi (centre-droit), a annoncé à la télévision, sans aucun préavis, que les billets de 1000 et 500 roupies seraient, dès le lendemain matin, « démonétisés« , c’est-à-dire inutilisables pour acheter quoi que ce soit.

L’objectif étant de freiner la corruption qui sévit en Inde, un pays où la plupart des transactions se font en argent liquide. Un nouveau billet de 2000 roupies serait, a-t-il promis, très vite mis en circulation. Les citoyens étaient encouragés à échanger leurs vieux billets de 1000 et 500 roupies dans leurs banques à condition qu’ils puissent prouver l’origine de leur argent, produire des reçus, etc…

Il y a eu un mouvement de panique dans tout le pays, les coupures de 1000 et 500 roupies représentant plus de 80% des transactions financières. Les Indiens se sont rués dans les banques. La plupart des succursales n’avaient bien sûr pas encore reçus les nouveaux billets. Les distributeurs étaient vides et devaient tous être reprogrammées afin d’accepter les nouvelles coupures de 2000 roupies. On imagine la panique.

Tout cela avait été tenu dans le plus grand secret.

Depuis ce coup de théâtre, c’est la galère pour un peu tout le monde, sauf pour les citoyens les plus démunis qui n’ont presque jamais en mains de hautes coupures… Les citoyens indiens ne peuvent aujourd’hui retirer qu’une toute petite somme en liquide chaque jour (environ 2000 roupies).

Les touristes, eux, sont un peu mieux lotis, et peuvent échanger pendant quelques jours encore les billets bannis mais le taux d’échange frôle l’usure. L’Inde reste malgré tout une destination très abordable.

Fort Cochin
Deux facettes de Fort Cochin, ci-dessus, une rue calme et typique de la vieille ville, et ci-dessous, une partie de la plage municipale, très achalandée le dimanche…

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Je suis très heureux d’avoir découvert Fort Cochin, et d’avoir fait ici mes premiers pas en Inde.

Je quitte demain la côte comme prévu pour Munnar, une petite ville, nichée en altitude, qui est depuis un siècle une des plaques tournantes de la culture et du commerce du thé.

Retour ensuite sur la côte à Alleppey (Alappuzha) puis à Kollam, et enfin à Varkala avant de partir le 23 décembre pour le Sri Lanka.

(SVP cliquer sur les mots en gras ci-dessus pour avoir directement accès aux articles sur ces étapes au Kerala)

Bon début de mois de décembre à tous!

Kerala & Sri Lanka

Nouveau départ, le 30 novembre, pour le sud de l’Inde et le Sri Lanka. J’y resterai sept semaines.

Au programme, prendre le temps de célébrer et de savourer, au soleil et aux antipodes, mon 60è anniversaire! Observation et apprentissage également dans « le sous-continent indien » d’une culture que je connais peu, et que j’ai envie de mieux comprendre.

Découverte enfin d’une région géographiquement très variée.

Dans l’état du Kerala (le seul que je visiterai en Inde), qu’on appelle en Malayalam, la langue locale, « le pays de Dieu » ou encore « la petite Venise de l’Inde du sud« , un réseau de lagunes et de canaux relie le long de la côte, sur plus de 600 kilomètres, des villes chargées d’histoire: Fort Cochin, Alleppey, Kollam, Varkala...

Un peu plus à l’est, sur les hauts plateaux de la chaîne de montagnes des Ghâts occidentaux, les habitants de la ville de Munnar et des environs vivent à 1600 mètres d’altitude, depuis plus d’un siècle, de la culture et du commerce du thé.

J’ai bien hâte de voir et de découvrir tout cela!

Itinéraire prévu dans l’état du Kerala (pointe sud-ouest de l’Inde): Cochin, Munnar (où prospèrent en altitude les plantations de thé), Alleppey, Kollam et Varkala

De Trivandrum, capitale de l’état du Kerala, je m’envolerai ensuite le 23 décembre pour le Sri Lanka, « l’île aux épices ».

Haltes prévues sur la côte ouest, à Negombo puis dans le centre montagneux de l’île, à Kandy (capitale culturelle) et à Ella.

Le Sri Lanka qu'on appelait, jusqu'en 1972, Ceylan
Topographie et villes principales du Sri Lanka… qu’on appelait, jusqu’en 1972, Ceylan

Pour terminer, deux étapes dans le grand sud du pays, à Galle, ville coloniale et historique inscrite au patrimoine de l’Unesco, et enfin à Tangalle, petit village paisible posé au bord de l’océan Indien, endroit idéal où jouer pendant plusieurs jours à Robinson Crusoé…

Retour à Vancouver, via Colombo, le 18 janvier.

Bon début d’hiver à tous!

Un des livres que j'emporterai en voyage. 'Running in the family" de Michael Ondaatje. Le récit se déroule au Sri Lanka.
Un des livres que j’emporterai en voyage.
« Running in the Family » de Michael Ondaatje. Le récit se déroule au Sri Lanka.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Paris – Nuit debout

Place de la République, samedi 7 mai
Paris, place de la République, samedi 7 mai
Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.
Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.

Paris gronde en cette première semaine de mai!

Un vent de révolte souffle dans les rues de la ville, et il règne ici, au bord de la Seine, de la place de la République, à Nation, à la place de la Bastille, une atmosphère folle de fin de régime.

Dans certains quartiers du nord et de l’est – à Belleville, à Ménilmontant, autour des stations de métro Jaurès et Stalingrad, le long du canal Saint-Martin – aux brins de muguet, se mêlait, le 1er mai, une persistante odeur de poudre…

Le quinquennat de François Hollande s’achève et les Français, en grande majorité, sont mécontents. Depuis plusieurs semaines, de plus en plus nombreux, ils manifestent, parfois violemment.

Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d'incidents violents entre forces de l'ordre et manifestants.
Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d’incidents violents entre forces de l’ordre et manifestants.

Les sujets de discorde ne manquent pas : le chômage, l’accueil réservé aux migrants, la réforme du code du travail, la précarité dans laquelle vivent les familles, le sentiment général d’exclusion ressenti par les jeunes, en particulier ceux issus de l’immigration.

Lassitude et défiance également dans le pays envers les membres d’une classe politique dévalorisée, sclérosée, qui peine à se renouveler.

Les perspectives d’avenir semblent, pour beaucoup, plutôt sombres.

Loi El Khomri

La prolongation de l’état d’urgence, pour deux mois, à partir du 26 mai, et la crainte, toujours possible, de nouveaux attentats viennent encore noircir le tableau.

Place de la République, Paris

Place de la République, Paris.
La place de la République, plus calme, mardi 3 mai.
Place de la République, jeudi 5 mai.
Place de la République, jeudi 5 mai.

Afin de riposter et de faire front à la grisaille, à la morosité qui attriste le pays, il se tient, depuis cinq semaines, place de la République à Paris, un événement emblématique : la Nuit debout.

Nuit debout
Nuit debout, jeudi 5 mai.

Tous les après-midis, à partir de 16 heures et jusque tard dans la nuit, des centaines de citoyens, de tout âge et de toutes conditions, se réunissent afin de dialoguer et partager leurs idées, leurs sentiments, leurs convictions. Ils se rassemblent pour essayer de comprendre, et essayer aussi d’apporter des solutions au sentiment de malaise général qui semble tous les jours gagner du terrain.

L’événement est structuré autour de thèmes sur lesquels les citoyens sont invités à prendre la parole, librement, pendant une heure environ. Une fois la discussion entamée, n’importe qui peut poser une question, apporter une clarification, partager son expérience.

Nuit debout, jeudi 5 mai.
Nuit debout, jeudi 5 mai.

C’est un formidable exercice de démocratie. Lors de ma visite, jeudi, j’ai été frappé par le grand respect et l’immense qualité d’écoute des participants. Chacun prend le micro, partage ses idées, apporte une précision, pose ou répond à une question. Travail admirable. C’est beau à voir.

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Deux thèmes étaient à l’ordre du jour jeudi après-midi: l’histoire de l’islam, et un peu plus tard, une ancienne prisonnière est venue dénoncer les (très mauvaises) conditions de détention des prévenus dans les établissements pénitentiaires français.

Une assemblée générale a aussi lieu tous les soirs.

Jeudi 5 mai
Jeudi 5 mai

En marge de ces grands débats, d’autres groupes, plus petits, se forment spontanément et s’installent, place de la République. Certaines conversations (comme celle ci-dessous) ont lieu simultanément en plusieurs langues, français, anglais, espagnol, un des participants faisant office de traducteur.

Jeudi 5 mai
Jeudi 5 mai

Un des participants à la Nuit debout, proche des mouvements de la gauche radicale apparus récemment en Espagne (Podemos) et en Grèce (Syriza), expliquait en ces termes, au journal « Le Monde », sa présence, place de la République :

« Il a fallu du temps pour que cela arrive chez nous, mais maintenant c’est là, pour plusieurs raisons, et d’abord le ras-le-bol après cinq années Hollande, mais je crois aussi que les gens n’ont pas supporté de se faire confisquer l’émotion d’après les attentats, surtout par des types qui ne nous rassurent pas du tout. »

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La gamme des revendications, place de la République, est immense. Chacun a une idée, une cause à défendre, un combat à mener, quelqu’un à convaincre.

Ainsi ce Soudanais de 30 ans, récemment arrivé sur le sol français, et qui s’exprimait lui aussi (en traduction) dans les colonnes du « Monde »:

« Nous demandons des papiers et une vie digne parce qu’il n’est pas normal qu’il soit plus difficile de se faire une place en France que de traverser la Méditerranée. »

La grande majorité des participants cible un ennemi commun: le gouvernement – l’actuel et le précédent – dépassé par les événements disent-ils, et qui semble incapable de proposer aux citoyens des solutions aux problèmes de plus en plus complexes auxquels ils sont confrontés.

Place de la République, jeudi 5 mai.
Place de la République, jeudi 5 mai.

Combien de temps encore le mouvement (qui se répand dans les villes de province: Nantes, Lyon, Rennes) tiendra-t-il?

De quelle façon évoluera-t-il?

Difficile à dire.

À Paris, la préfecture de police a depuis une semaine déjà considérablement réduit le temps de parole des participants à la Nuit debout. Les rassemblements doivent désormais se terminer à 22 heures, en semaine, et au plus tard à minuit le weekend. Tous les soirs, la place de la République est évacuée. Des affrontements, souvent musclés, ont lieu.

Les forces de l’ordre sont débordées. Certains lycées, à Paris, la semaine dernière, ont été en partie incendiés.

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La résistance s’organise. Les syndicats et les participants à la Nuit debout planifient dans quelques semaines une grève générale qui devrait paralyser le pays, la date du 18 mai est souvent mentionnée.

Dès jeudi, d’autres manifestations sont prévues.

Place de la République
Place de la République

Malgré l’extraordinaire énergie qui se dégage de la place de la République, je ne serai pas trop triste de quitter Paris, et de changer d’ambiance…

Départ demain pour Nice, première étape d’un séjour de trois semaines dans deux régions du sud de la France, les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence. Haltes prévues également à Marseille et Cassis.

Retour à Paris le 27 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.
Place de la République, jeudi 5 mai.

Le carnaval de Jacmel

Grande effervescence cette semaine dans les rues de Jacmel à l’approche du carnaval national. Carnaval célébré cette année le dimanche 31 janvier – sept jours exactement, comme le veut la tradition, avant celui de la capitale.

Carnaval qui ailleurs au pays se déroule sous haute tension, vu le récent report des élections présidentielles, le mécontentement de la population envers les autorités et les manifestations, parfois violentes, qui secouent plusieurs régions d’Haïti.

Dans les rues de la vieille ville de Jacmel cependant, au cœur du quartier des artisans, les habitants accueillent les visiteurs avec le sourire, comme cette jeune femme, rencontrée rue Ste-Anne, mercredi matin…

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Jeune femme, accompagnée de deux de ses quatre enfants, rue Ste-Anne, à Jacmel, le mercredi 27 janvier.

Les artisans qui fabriquent dans leurs ateliers les masques et les figures en papier mâché, éléments essentiels du carnival de Jacmel, sont à l’ouvrage depuis plusieurs jours. Ils mettent, mercredi matin, la dernière touche à leurs créations…

Près de la rue du Commerce, dernières touches de peinture aux masques du carnaval, en papier mâché.
Près de la rue du Commerce à Jacmel, ultimes finitions de peinture aux masques en papier mâché.

En se promenant dans les rues de la vieille ville, on ne peut que constater, encore une fois, l’immense décalage qui existe entre ce qu’impriment et diffusent les médias, basés à Port-au-Prince, et la réalité qu’on observe tous les jours dans les villes de province comme Les Cayes ou Jacmel.

D’un côté, on entend, à la radio notamment, les propos incendiaires de députés ou de sénateurs qui, devant les micros à Port-au-Prince, s’agitent et parlent de « guerre civile » en Haïti.

De l’autre, on mesure, on admire la grande dignité des Haïtiens qui mènent en province, auprès de leurs familles, une existence calme et paisible. En affrontant au quotidien leurs défis, leurs épreuves, avec courage et détermination.

Avenue de la liberté, Jacmel, mercredi 28 janvier...
La grande Rue, à Jacmel, le mercredi 27 janvier. Jacmel a connu jadis son heure de gloire, grâce au commerce du café. Plusieurs anciens entrepôts existent toujours, aux alentours du bord de mer.

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Grand ciel bleu le dimanche 31 janvier, jour du carnaval!

La Fête va commencer!

L’artère principale de la ville, l’Avenue Barranquilla, est bondée! On a construit toute la semaine, le long du parcours du défilé, des échafaudages de fortune afin d’accueillir résidents et visiteurs. Des participants au défilé, costumés, retardataires, courent en riant rejoindre leurs groupes, rassemblés le long du bord de mer. Il est 11 heures. Le grand défilé du carnaval doit débuter à midi…

Jacmel, dimanche 31 janvier.
Quelques minutes avant le coup d’envoi du carnaval, à Jacmel, le dimanche 31 janvier 2016

Quelle incroyable célébration!

Pendant plus deux heures, nous avons eu le grand bonheur d’assister dans les rues de Jacmel à un spectacle prodigieux, ahurissant!

c1Un festival de danse et de musique… conjugué à un somptueux ballet aux couleurs tropicales.

La parade du carnaval se déroule dans une ambiance surchauffée de kermesse, de réjouissance, de liesse populaire, de fête indescriptible!

Fête portée par les rires, les cris, le rythme des tambours et le son assourdissant des trompettes…

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L’avenue Barranquilla, à Jacmel, le dimanche 31 janvier 2016

Voici, en quelques photos, le résumé d’une journée i-n-o-u-b-l-i-a-b-l-e!….

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Ambiance Ambiance dans les rues de Jacmel!

c2Le carnaval met en scène différentes figures du folklore de la culture haïtienne.

Les participants de certains groupes sont enduits de peinture...
Les participants de certains groupes sont enduits de peinture…

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Jacmel, dimanche 31 décembre
Jacmel, le dimanche 31 janvier

Des groupes communautaires profitent également de l’événement pour faire passer, en marge du cortège, des messages de sensibilisation reliés à la santé, au sida, au choléra.

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Défilé de l'hôpital Saint-Michel de Jacmel
Défilé de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel

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Le carnaval s’est poursuivi une grande partie de la nuit dans les rues de Jacmel, à ma connaissance, sans incidents…

Marchande de Jacmel, Grande rue, dimanche 31 janvier
Marchande de Jacmel, Grande rue, le dimanche 31 janvier

Excursion jusqu’à Belle Anse

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Douze heures de route (a-r) en moto entre Jacmel et le village de Belle-Anse, sur la côte sud d’Haïti!

On m’avait depuis mon arrivée plusieurs fois mis en garde : la route jusqu’à Belle Anse, située à une soixante de kilomètres à l’est de Jacmel, n’est pas en bon état. « Prévoir, en moto, au minimum, deux heures… », m’avait-on dit. J’étais prévenu…

Une fois passées les plages de Jacmel, comme celle de Kabic, ci-dessus, le paysage, en allant vers l'est, change radicalement...
Une fois passées les plages de Jacmel, comme celle de Ti-mouillage, ci-dessus, le paysage, en allant vers l’est, change radicalement…

Je tenais quand même absolument à explorer la région et, têtu, je suis donc parti, le jeudi 28 janvier, accompagné d’un chauffeur recommandé par l’hôtel, en direction de Belle Anse, petit village posé sur la côte sud, à mi-chemin entre Jacmel et la frontière avec la République dominicaine…

Entre Marigot et Belle Anse, jeudi 28 janvier
Entre Marigot et Belle Anse, le jeudi 28 janvier
Mon chauffeur, Bernardin, la quarantaine, père de deux enfants, ancien militaire et grand amateur de "borlette", la loterie haïtienne...
Mon chauffeur, Bernardin, la quarantaine, père de deux enfants, ancien militaire et grand amateur de « borlette », la loterie haïtienne…

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Voyage épique!

Il nous a fallu presque douze heures – et trois crevaisons – pour rejoindre Belle-Anse et revenir à Jacmel, à la nuit tombée, fourbus, trempés, les vêtements pleins de boue…

À l'est du village de Marigot et, ci-dessous, première crevaison...
À l’est du village de Marigot et, ci-dessous, première crevaison…

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Quelle aventure!

Comme l’indiquent les cartes, après le village de Marigot, la route goudronnée disparaît et est remplacée par du gravier puis par un chemin de terre rouge qui monte lentement dans les mornes… À mesure que l’on progresse, vers l’est, première surprise : sur le chemin, nous rencontrons une jeune fille qui, en plus du créole, parle, comme seconde langue, non pas le français mais l’espagnol. C’est l’un des nombreux enfants, m’explique-t-on plus tard, issu de familles haïtiennes ayant longtemps vécu en République dominicaine… dont il sera question dans quelques instants.

Nous poursuivons notre route vers Belle Anse...
Nous poursuivons notre route vers Belle-Anse… en croisant des marchandes et, ci-dessous, des enfants sur le chemin de l’école…

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Deuxième constat, la route est dans un état lamentable, et Bernardin murmure quelque chose que j’ai souvent entendu pendant mon séjour ici: la comparaison entre Haïti et la République dominicaine. Pourquoi, me demande Bernardin, les Dominicains peuvent-ils, chez eux, construire des routes, bâtir des écoles, gérer leur pays d’une façon convenable, alors qu’en Haiti la situation ne s’améliore pas, ou si peu…

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Le chemin culmine parfois à plus de 1800 mètres d’altitude et nous traversons, dans le brouillard ou en plein soleil, des régions magnifiques où l’apparition d’un étranger en moto semble être toujours un sujet d’étonnement… La terre est fertile; on cultive ici des poireaux, du maïs, du riz, du chou, des carottes, des oignons, des pommes de terre… À quelques dizaines  de kilomètres, au nord-est, il y a des champs de café, près du village de Thiotte, à proximité du Parc National Forêt des Pins….

Arrivée à Belle Anse, sur la côte, à l'horizon...
Après cinq heures de route, destination enfin en vue, sur la côte, à l’horizon… Ci-dessous, le port et le petit village de Belle-Anse…

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C’est vraiment le bout du monde, Belle-Anse! L’unique hôtel du village est fermé, et je m’installe à la terrasse d’un petit café, au bord de la route, en attendant que Bernardin revienne avec une nouvelle chambre à air. Ah, le bonheur du voyage! Heureusement, les habitants sont ici très accueillants. Ils préparent, me disent-ils, une fête, pour le soir même, la Fête des Philosophes. Je suis invité. Je dois malheureusement décliner, nous devons absolument rentrer à Jacmel avant la tombée de la nuit. Pari perdu, mais nous aurons, sur la route du retour, deux nouvelles crevaisons!

"Impossible de ne pas souffrir" affiche la devise de ce bateau qui assure la navette entre Belle Anse et Anse-à-Pitres, à la frontière de la République dominicaine...
« Impossible de ne pas souffrir » affiche la devise de ce bateau qui assure la navette entre Belle-Anse et Anse-à-Pitres, à la frontière de la République dominicaine…

Je débute ce matin lundi la dernière étape de mon voyage : trois jours dans le village de Seguin, perché à près de 2000 mètres d’altitude au cœur du Parc National la Visite. Je serai logé à l’auberge du même nom. L’accès à l’internet sera limité ou inexistant. Retour prévu à Jacmel mercredi en fin d’après-midi, avant de prendre jeudi matin le bus pour Port-au-Prince, et l’avion vendredi matin pour Vancouver.

Dans le jardin de mon hôtel à Jacmel...
Dans le jardin de mon hôtel à Jacmel…

Cela a été une grande joie de revoir Haïti. Malgré le chaos qui règne parfois dans les rues, les incertitudes, les inégalités, les tensions sociales, voyager, sac à dos, de façon indépendante en Haïti, est une expérience incroyable, fabuleuse, qui laisse des traces – et pas seulement celles laissées par les moustiques!

Le pays m’appelle, et je reviendrai.

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Bord de mer, Jacmel, février 2016.
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Rencontre avec Yanick Lahens, à l’Alliance Française de Jacmel, le vendredi 15 janvier. J’étais dans la région des Cayes et à l’Île-à-Vache à ce moment-là… Quel dommage, j’aurais tellement aimé assister à cette rencontre!…

L’Île-à-Vache

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La plage de l’Anse Dufour, à l’île-à-Vache, dans le grand sud d’Haïti, le vendredi 22 janvier.

Pour le voyageur sensible aux inégalités, il n’est pas si simple de partir séjourner à l’Île-à-Vache, une petite île située dans la mer des Caraïbes, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville des Cayes…

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Encerclée en jaune, l’Île-à-Vache, située au large de la ville des Cayes
Abaka Bay, anse Dufour.
Bungalows et plage (ci-dessous) à l’Anse Dufour

Dans un pays aussi pauvre qu’Haïti, comment justifier passer presqu’une semaine au bord de plages magnifiques, nourri et logé dans un hôtel confortable, alors que partout ailleurs, sur l’île, les habitants, les enfants, les pêcheurs, survivent, avec trois fois rien…

Maison de paysans nichée au milieu des cocotiers et, ci-dessous, un des chemins qui mène au village de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier.

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Longue d’une quinzaine de kilomètres, l’île-à-vache a connu une histoire turbulente, changeant maintes fois d’allégeance, au fil des ans, entre les couronnes espagnoles, françaises et britanniques…

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Ancienne carte de lÎle-à-Vache

Du 16è au 18è siècle, l’île sert de repaire aux nombreux groupes de pirates, corsaires et flibustiers qui écument la mer des Caraïbes.

Le plus célèbre d’entre eux, Henry Morgan, à la recherche de recrues pour une nouvelle expédition, s’installe sur l’île pendant plusieurs mois. En 1670, à la tête d’une armée de 1800 hommes, il quitte l’Île-à-Vache et s’empare de Panama…

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Henry Morgan,1635-1688

(Malgré son passé sanglant, Morgan sera plus tard anobli et nommé, par la couronne britannique, gouverneur de la Jamaïque…)

Port-Morgan, Île-à-Vache.
Port-Morgan, Île-à-Vache.

Aujourd’hui beaucoup plus paisible, l’île compte environ 20 000 habitants répartis sur une quinzaine de communes, aux noms enchanteurs: Cocotier, Bois Breton, La Fortune, Gros Morne…

Le village le plus important, Madame Bernard, accueille, le lundi et le jeudi, un grand marché.

Village de Grand Sable, en route pour Madame Bernard
Village de Grand Sable, à mi-chemin entre l’anse Dufour et Madame Bernard

En allant à la rencontre des habitants et en lisant des documents sur l’histoire de la région, on apprend que l’île doit son nom aux pirates qui décidèrent d’y laisser vivre des animaux en liberté….

Ceux-ci, à l’abri des prédateurs, se reproduisirent…

Ainsi, lorsque pirates et boucaniers souhaitaient faire dans la région une halte réparatrice, ils s’arrêtaient sur l’île et savaient qu’ils y trouveraient à manger…

Chèvre (« cabri » en créole) sur l’Île-à-Vache
Jerson, troisième d'une famille de neuf enfants. est né et a grandi sur l'île-à-vache
Jerson, troisième d’une famille de neuf enfants, est né et a grandi sur l’île-à-vache

Accompagné d’un guide, Jerson, j’ai voulu aller voir, jeudi matin, à quoi ressemblait le marché de Madame Bernard, situé à une heure trente de marche environ de l’hôtel…

Route entre l'anse Dufour et le village de Madame Bernard, jeudi 21 janvier
Route entre l’anse Dufour et le village de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier

L’île est magnifique! On se déplace ici à pied, à dos d’âne ou en moto.

Hormis trois hôtels, tous regroupés près du village de Kaycoq, à l’ouest de l’île, il existe très peu d’infrastructures pour les visiteurs…

Aucune voiture ne circule sur l'île-à-vache...
Aucune voiture ne circule sur l’île-à-vache…

En fait, phénomène curieux, à mesure que l’on se déplace vers l’est de l’île, l’accueil semble moins chaleureux et les sourires sont plus brefs.

Les marchandes, les paysans dévisagent l’étranger avec un brin d’agacement…

On se méfie aussi beaucoup des appareils photos….

Comment expliquer, dans cette partie de l’île, le changement d’attitude envers le voyageur?

Jérome,
Jérôme, dans la cour de sa maison où il offre aux touristes un hébergement simple et des repas créoles

Jérôme, jeune entrepreneur installé dans le village de Kaycoq, m’explique que le développement de l’Île-à-Vache a, logiquement, pris naissance dans la  partie ouest de l’île, à proximité de la ville des Cayes…

Les habitants de l’est de l’île, plus isolés, ne sont, selon lui, toujours pas habitués à la présence des étrangers…

Il y a aussi peut-être une autre raison…

Document du gouvernement haïtien

Le gouvernement veut construire ici un immense complexe touristique (avec casino, boîtes de nuit, piscines et terrain de golf) destiné à une clientèle internationale fortunée…

Déjà, près des Cayes, un aéroport exclusivement destiné à l’Île-à-Vache est en construction….

Un processus d’expropriation de terrains est en cours, et les habitants de l’île sont en colère.

L’un d’entre eux, dit-on, a été arrêté, mis en prison et est toujours détenu à Port-au-Prince, sans jugement… J’ignorais complètement ces informations avant de venir jusqu’ici…

Marché de Madame Bernard, jeudi 21 janvier...
Marché de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier…

Déception en arrivant au marché de Madame Bernard, il n’y a presque rien sur les étals… Nous sommes apparemment arrivés un peu trop tôt… Seule, la vente de petits animaux semble attirer quelques clients…

Marché de Madame Bernard...
Marché de Madame Bernard…

Il faut déjà repartir, et regagner l’hôtel, par un autre sentier cette fois…

Écoliers devant leur école...
Avant la cloche du matin, écoliers devant leur établissement…

En arrivant près de Port-Morgan, où a été construit un hôtel de luxe, le contraste est encore une fois saisissant entre le faste des yachts et des bateaux de plaisance ancrés dans la baie, et l’immense pauvreté qui règne aux alentours…

Plusieurs bateaux battent pavillon canadien…

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La baie de Port-Morgan.

C’est là l’un des nombreux paradoxes d’Haïti, et c’est difficile de réconcilier, et d’accepter, tout cela!…

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Plage de l’Île-à-Vache, près du « Village Vacances »

Deux mots et quelques images avant de terminer:

1. – Immense soupir de soulagement après l’annonce, le vendredi 22 janvier, du report des élections présidentielles et législatives prévues pour le 24 janvier. Haïti aura, pendant les prochains mois, un gouvernement de transition.

2. – Après trois heures de route depuis les Cayes, je suis maintenant installé, comme prévu, dans la ville de Jacmel, dans le département du sud-est. Le carnaval débute ici vendredi. SVP voir Le carnaval de Jacmel.

3. – Ci-dessous, quelques-uns des merveilleux plats dégustés pendant mon séjour sur l’Île-à-Vache:

Préparation du petit-déjeuner…
Poisson grillé, plat de bœuf, riz aux pois et salade
Poisson grillé, bananes pesées, plat de bœuf, riz aux pois, pommes de terre et salade
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La cuisine haïtienne à son meilleur
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préparée par une formidable équipe…
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Plats de poisson et de viande accompagnés de riz blanc
Déjeuner composé de bœuf, de riz et d'une salade
Déjeuner composé de bœuf, de riz, d’une salade de légumes et de bananes pesées

Après six jours, il faut déjà songer à quitter l’île-àVache…

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L’anse Dufour
Au-revoir l’Île-à-Vache! Ci-dessous, en route pour les Cayes et Jacmel, dans le département du sud-est, le samedi 23 janvier…

Au-revoir Île-à-Vache, en route pour les Cayes et Jacmel...

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Dans la baie du port des Cayes, janvier 2016
Il est difficile de trouver aujourd’hui une carte détaillée de l’île-à-vache. En voilà deux, approximatives, qui situent les principales communes de l’île.
Reproduction ci-dessus d’une carte touristique reçue à Port-Morgan. Au nord-ouest de l’île, la commune de Kaycoq située à proximité des quelques infrastructures touristiques de l’île. À l’est et au sud-est, les villages de Cocotier, Bois Breton, La Fortune, presque inaccessibles, font rêver…

Haïti

Troisième voyage en Haïti en un peu plus de cinq ans.

Après un premier séjour, en juillet 2010, dans la région de Port-au-Prince, du Parc La Visite, et de Jacmel, et un second voyage, en mars 2011, dans le département de la Grande Anse, à Jérémie et aux Abricots, me voici cette fois-ci dans le grand sud du pays, avec un objectif bien précis: explorer, à partir de la ville des Cayes, la région où je suis né, il y a bientôt soixante ans.

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Halte à Camp-Perrin, une petite municipalité située à trente minutes de moto au nord de la ville des Cayes, le vendredi 15 janvier.

Ce n’est pas facile de voyager en Haïti, surtout sans véhicule privé. Comme d’habitude, avant mon arrivée à l’aéroport de Port-au-Prince, le 12 janvier, tous mes déplacements ont été soigneusement planifiés, confirmés avec mes hôtes et interlocuteurs.

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Ernso (à gauche) propriétaire de l’excellente guesthouse Eucalyptus, avec deux membres de son équipe, dans la cuisine.
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La guesthouse est nichée, loin de la circulation, dans un immense écrin de verdure, à deux pas de l’aéroport.

Premières impressions de voyage?

Route entre Port-Salut et Port-à-Piment, département du sud, samedi 16 janvier.
Route entre Port-Salut et Port-à-Piment, département du sud, le samedi 16 janvier.

D’après ce que j’ai pu voir en une petite semaine, le pays semble avancer – mais au ralenti.

Dans certains domaines, comme la construction ou le transport, il semble y avoir de réels progrès. Les chantiers pullulent le long des routes et au cœur des villes que j’ai traversées. On reconstruit après le tremblement de terre survenu en janvier.

Le développement du transport routier des passagers est lui aussi en plein essor. De nombreuses compagnies privées – Transport Chic, Le Voyageur, Grand Sud – ont vu le jour. Leurs véhicules sillonnent le pays en transportant les passagers dans des fourgonnettes ou des minibus confortables et climatisés. 500 gourdes (environ 9$ ou 7 euros) pour le prix d’un trajet entre Port-au-Prince et les Cayes.

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Compter quatre heures de route environ en minibus/camionnette entre Port-au-Prince et Les Cayes (soulignée en rouge), ma première destination après la capitale. L’étape suivante me mènera à l’île à Vache, au large des Cayes.

D’un autre côté, sur plusieurs fronts, Haïti semble reculer.

L’insécurité, partout, se répand. Il y a tous les mois, en moyenne, cinquante morts par balles dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. La plupart de ces attentats sont reliés au trafic de la drogue ou à des règlements de comptes entre groupes rivaux. Les particuliers ne sont pas épargnés. Dans les rues de la capitale, l’atmosphère est tendue.

L'un des deux candidats au second tour des élections présidentielles...
L’un des deux candidats au second tour des élections présidentielles…

Le processus électoral est aussi déficient. Le second tour des élections présidentielles, prévu pour le 27 décembre, a été reporté plusieurs fois, et le vote est maintenant annoncé pour dimanche prochain, le 24 janvier. Chaque jour amène son lot de nouvelles rumeurs, les radios s’emballent, et nul ne sait comment vont se dérouler ces élections, si élections il y a…

Grande Rue, Les Cayes, jeudi 14 janvier
Grande Rue, Les Cayes, janvier 2016

Après une nuit passée à Port-au-Prince, arrivée dans la ville des Cayes le mercredi 13 janvier, après un voyage mouvementé.

Notre bus, comme des dizaines d’autres, a été bloqué sur la route nationale, au sud de la ville de Miragoâne (voir la carte plus haut), vers 11 heures du matin, à la hauteur du village de Chalon.

Une soixantaine de manifestants protestaient contre la nomination d’un commissaire de police récemment affecté dans la région. Deux ou trois voitures de police sont arrivées. Les manifestants leur ont lancé des pierres et ont maintenu leur barrage. Notre chauffeur a prudemment mis notre bus à l’abri, dans un petit chemin.

La confrontation a duré une heure environ avant que les manifestants ouvrent de nouveau la Nationale 2 à la circulation.

Entre Miragoane et Chalon, mercredi 13 janvier
Entre Miragoane et Chalon, le mercredi 13 janvier

Il n’est pas facile de se déplacer à pied aux Cayes.

La ville est beaucoup plus étendue que je ne me l’imaginais et, en plus de la chaleur, la circulation – motos, voitures, camions de transport et de passagers, tap-taps – est intense…

Centre-ville des Cayes
Quelques-unes des rues
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très animées
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du centre-ville des Cayes
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à la mi-janvier 2016.

Sur les conseils de la réception de l’hôtel, j’ai donc très vite embauché un chauffeur de moto, Dorléans, fiable et ponctuel, qui travaille à l’hôtel Méridien des Cayes… depuis vingt-cinq ans.

Dorléans, 42 ans, père d'un adolescent de quatorze ans, né à Coteaux, au nord de Port-Salut.
Dorléans, 42 ans, père d’un adolescent de quatorze ans, né à Coteaux, au nord de Port-Salut.

Je voulais dès mon arrivée dans la ville essayer de retrouver la maison, avenue des Gabions, où je suis né. Défi supplémentaire: mon acte de naissance, estampillé, en novembre 1956, à la mairie des Cayes, ne fait malheureusement aucune mention du numéro de la maison.

Comment faire, après toutes ces années?

Oncles, tantes, cousins et cousines ont depuis longtemps quitté les Cayes, et nous n’avons plus de famille ici.

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Deux quartiers des Cayes
Les Cayes
en janvier 2016

J’ai eu la bonne idée de commencer mes recherches à l’hôtel Concorde, situé avenue des Gabions justement, l’hôtel Concorde où je voulais loger initialement mais qui n’avait jamais répondu à mes nombreux messages. Je voulais en avoir le cœur net, et savoir pourquoi.

Avenue des Gabions, les Cayes.
Avenue des Gabions, Les Cayes. L’hôtel Concorde est en rénovation et n’accueille pratiquement plus de clients.

Quelle surprise en arrivant à l’hôtel, jeudi matin, de rencontrer la propriétaire – Madame Michele Condé Delbeau – qui me dévisage longuement, et me demande mon nom.

« Oh, dit-elle, vous êtes le fils de Scherer, j’ai très bien connu votre père, il était notre médecin de famille, j’ai aussi connu votre mère »

Nous avons parlé, chaleureusement, une vingtaine de minutes. Elle n’a pas voulu se faire photographier.

Madame Condé Delbeau m’apprend que la maison avenue des Gabions où habitait notre famille, à deux pas de l’hôtel, a été rasée. Sur le terrain trône maintenant… un petit hôpital, un dispensaire plutôt, spécialisé dans les problèmes de la vue.

Terrain qui autrefois abritait la maison où mes frères et moi sommes nés.
Terrain, avenue des Gabions, qui abritait autrefois la maison où mes frères et moi sommes nés…

En prenant congé, madame Condé Delbeau me donne une foule de détails sur la vie de nos parents, elle se souvient du cabinet médical de notre père, situé près de la cathédrale, elle se souvient même, enfant, de notre grand-père, Emmanuel, et de notre grand-mère, qui partageait le même nom de jeune fille (Hall) que sa meilleure amie.

Hôpital Général des Cayes,
Entrée principale de l’hôpital Général Immaculée Conception des Cayes,

Seconde étape de mon pèlerinage aux Cayes: l’hôpital général de la ville où travaillait jadis notre père en tant qu’administrateur et médecin gynécologue.

Service de maternité
Le service de maternité

Beaucoup d’émotion en rentrant dans l’enceinte de l’hôpital, propre et bien tenu… C’est ici qu’a débuté la remarquable carrière de notre père, avant son départ, au début des années 60, pour l’Afrique

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En compagnie de Dorléans, j’ai passé les deux jours suivants à arpenter et explorer, en moto, le sud du pays. Nous avons dû faire près de 200 kilomètres, à l’intérieur des terres entre les Cayes et Camp-Perrin, et le long de la côte entre les Cayes, Torbeck, Port-Salut, et jusqu’à Roche-à-Bateau, sur la route de Port-à-Piment.

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Encerclée en vert, la région du grand sud d’Haïti que j’ai explorée en moto, accompagné de Dorléans. Je me rendrai aussi à l’ile à Vache. Voir l’article suivant.
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Jour de marché à Camp-Perrin
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le vendredi 15 janvier
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Retour en moto vers Les Cayes

La journée de samedi a été particulièrement réussie… avec une longue balade jusqu’aux plages de Port-Salut…

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Port-Salut

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Pêcheurs sur la plage de Port-Salut...
Pêcheurs sur la plage de Port-Salut…

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Nous sommes loin ici de la tension qui règne dans les rues de Port-au-Prince. La vie est douce et tranquille sur la côte sud… avec, en prime, chaque jour, au retour à l’hôtel, la merveilleuse cuisine haïtienne…

Plat de griot (porc grillé) accompagné de bananes pesées, de sauce et de riz.
Plat de griot (porc grillé) accompagné de bananes pesées, de sauce et de riz.
Poulet en sauce accompagné de riz à pois
Poulet en sauce accompagné de bananes pesées et d’un plat de riz à pois collés.

… servie avec le sourire par le personnel adorable de l’hôtel…

Marie-Ange

Petite leçon de créole avant de terminer? Comprenez-vous l’information écrite sur cette affiche?

Réponse: Autobus Voyageur - Part pour Port-au-Prince chaque dimanche à 4 heures du matin. C'est toujours le même service.
Réponse: Autobus Voyageur. Part pour Port-au-Prince chaque dimanche à 4 heures du matin. C’est toujours le même service. – La très grande majorité de la population en Haïti parle uniquement le créole.

Départ ce matin en bateau, comme prévu, pour l’Île-à-Vache… J’y passerai une grande partie de la semaine, avant mon retour aux Cayes, samedi après-midi.

Bon mois de janvier, et bon début d’année à tous!

Courage à ceux et celles qui habitent la région de Montréal… il ne reste que quelques mois avant l’arrivée du printemps…

Petites maisons accrochées aux "mornes" entre les Cayes et Port-Salut
Petites maisons accrochées aux « mornes » entre les Cayes et Port-Salut