Colombie, côte caraïbe

Cela a été une bonne idée de visiter la région de la côte caraïbe de la Colombie, même si je n’ai pas pu aller jusqu’à Riohacha comme je le souhaitais…

Deux visages de la côte caraïbe colombienne. Ci-dessus, la Plaza de la Trinidad, au cœur du quartier (barrio) Getsemani, dans la vieille ville de Carthagène. Ci-dessous, en randonnée le 15 janvier sur les hauteurs de Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Il y a parfois au début d’un voyage des moments presque magiques. Des moments où dès l’arrivée dans une ville ou un pays que l’on visite pour la première fois, les plans et les programmes convergent, les projets se mettent en place et tout se déroule à merveille, un peu comme par enchantement.

C’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes premiers jours en Colombie… Et cette entrée toute en douceur dans le pays, je la dois en grande partie aux Colombiens eux-mêmes.

Accueillants, souriants, j’ai eu chaque jour pendant ces deux trop courtes semaines l’occasion d’observer sur la côte caraïbe la courtoise et la gentillesse de ce peuple chaleureux.

Petit-déjeuner servi à Getsemani, le vendredi 10 janvier, le lendemain de mon arrivée à Carthagène…

Estaban, fanatique de musique afro-caribéenne, rencontré dans l’après-midi du samedi 11 janvier sur la plage de Playa Blanca

Ci-dessus, Playa Blanca, peu après l’arrivée en bateau vers 10h du matin… Playa Blanca est située à 45 minutes (en hors-bord ultra-rapide) de Carthagène… 34 degrés en ville ce samedi-là et, bien sûr, beaucoup de monde à la plage… mais l’eau est si bonne…

Les autorités colombiennes songent sérieusement à limiter, bientôt, le nombre de visiteurs à Playa Blanca… Excellente idée. Malgré l’affluence, quel bonheur de se baigner, à la mi-janvier, dans la mer des Caraïbes!

Filet de poisson accompagné de riz à la noix de coco, de bananes plantain frites (platacones) et d’une salade. Restaurant Mundo Nuevo, Minca

Ceci dit, malgré le soleil, la plage, la nourriture, excellente, tout n’est pas rose en Colombie, loin s’en faut… en particulier à Carthagène où j’ai débuté mon voyage…

Carthagène, qui accueille chaque année des millions de touristes… Touristes qui oublient trop souvent, malheureusement, que la plupart des somptueux édifices de la ville coloniale ont été construits grâce aux fortunes colossales amassées pendant plus de deux siècles sur le dos des peuples autochtones…

Plaza de San Pedro Claver, dans le barrio El Centro, dans la vieille ville de Carthagène. L’édifice à droite abrite le Musée d’art moderne…

L’esplanade de la Plaza Santa Teresa surplombe l’une des entrées du quartier fortifié El Centro de Carthagène

Carthagène des Indes comme on appelle officiellement la cité, a été fondée en 1533 sur les vestiges d’un village amérindien « abandonné ». La ville est vite devenue pendant l’époque coloniale un des principaux ports du royaume d’Espagne sur le continent américain.

Porte d’entrée vers la Cordillère des Andes, au sud, et proche du Mexique, au nord, c’est à Carthagène qu’étaient entreposés au 16è et 17è siècles les butins prodigieux – argent, or, émeraudes et autres pierres précieuses – soustraits de force aux peuples autochtones aztèques et incas.

Issus de pillages cruels et odieux, ces trésors étaient acheminés à dos de mule ou par bateau à Carthagène et ensuite transportés sous escorte, à bord d’immenses vaisseaux, vers l’Espagne…

(Ces mêmes navires revenaient ensuite vers Carthagène avec, au fond de leurs cales, des esclaves. Des documents d’archives révèlent, qu’entre 1573 et 1640, 487 navires négriers ont débarqué dans le port de Carthagène près de 80 000 esclaves, hommes femmes et enfants capturés principalement en Guinée et en Angola.)

Galions espagnols du 17è siècle. Ces navires, en haute mer, entre Carthagène et l’Europe, regorgent de richesses et attirent toutes les convoitises…

Pirates, corsaires et flibustiers, à l’affût, attaquent régulièrement les convois…

Ces pillages, ce génocide des populations indigènes constituerait aujourd’hui sans aucun doute « un crime contre l’humanité ». Question naïve: pourquoi les Espagnols ne sont-ils pas poursuivis?

Anne Chemin publiait récemment dans « Le Monde » un excellent article sur la prescription. Article où l’on rappelle que si la France a voté, dès 1964, une loi déclarant imprescriptible « par nature » les crimes contre l’humanité, les institutions européennes, elles, restent très prudentes sur la question. C’est dommage.

Calle San Juan de Dios, barrio El Centro, à Carthagène

C’est donc avec un pincement au cœur que l’on visite les anciens quartiers coloniaux de Carthagène, quartiers merveilleusement restaurés, préservés, au nombre de trois, et inscrits, depuis 1984, au patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’intérieur des murailles qui ceinturent la cité, deux quartiers, chics et huppés: El Centro et San Diego

Élégante maison dans le barrio San Diego, à deux pas de l’Alliance Française de Carthagène

Barrio El Centro… Ces demeures, inabordables pour la très grande majorité des Colombiens, appartiennent aujourd’hui à une élite fortunée, souvent étrangère. Les appartements se vendent ou se louent ici à prix d’or, excluant automatiquement la plupart des Colombiens de leur propre ville… Ce triste phénomène se répète malheureusement un peu partout dans le monde…

Heureusement, les célèbres « Palenqueras » de Carthagène ajoutent un peu de couleur à ces deux quartiers qui ressemblent parfois à des musées…

Les « Palenqueras » revendiquent fièrement leur héritage africain. Elles sont originaires d’un petit village situé au sud-est de Carthagène, San Basilio de Palenque. Le village a été le premier a être gouverné par des esclaves ayant fui leur condition. Le royaume d’Espagne leur accorda par décret la liberté en 1691. Infos supplémentaires ici.

À l’extérieur des murailles, un troisième quartier, populaire, bohème et branché: Getsemani. C’est là où j’ai posé mes valises, dans l’une des rues les plus calmes du secteur, Calle de San Juan.

Calle de San Juan, barrio Getsemani, Carthagène

Les Colombiens peuvent encore se loger, vivre et travailler à Getsemani….

Mais pour combien de temps? Ici aussi, les choses changent très vite…

Dans le quartier Getsemani, à Carthagène

Getsemani s’embourgeoise… On construit un peu partout de nouveaux hôtels… Des restaurants « fusion« , des galeries d’art apparaissent dans des rues occupées autrefois par des familles modestes…

Galerie d’art, Calle de San Juan… Plusieurs tableaux de la galerie sont accrochés et exposés dans la rue, à même les murs…

Le seul quartier du centre-ville qui échappe pour l’instant à la spéculation est celui de « La Matuna », situé entre les murailles et Getsemani.

Là, dans les rues, les bureaux et les commerces, les Colombiens se retrouvent entre eux. À l’heure du déjeuner notamment afin de grignoter rapidement un morceau avant de reprendre leurs activités…

Les clients se pressent autour d’une cantine de fortune dressée dans le quartier de la Matuna

Vendeurs de billets de loterie, La Matuna

J’ai passé pas mal de temps à La Matuna à observer et à converser parfois avec les commerçants… L’un des restaurants du quartier est même devenu ma cantine à Carthagène…

Filet de poisson à la noix de coco accompagné de riz, de bananes plantain et d’une salade…

Restaurant Espiritu Santo, calle Porvenir, La Matuna, Carthagène. Une excellente adresse.

Aucune trace dans les rues de Carthagène des manifestations qui ont secoué la Colombie cet automne. Les rues sont calmes et partout sur la côte caraïbe je me suis senti parfaitement en sécurité…

Après cinq journées passées à Carthagène, départ le mardi 14 janvier pour Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada…

Le village de Minca souligné en vert, à mi-chemin entre Carthagène et Riohacha

Deux navettes rapides et pratiques (15-20 passagers) relient le centre-ville de Carthagène à Santa Marta. Compter environ 5h de trajet, avec un ou deux courts arrêts comme ici près de Barranquilla. Contacts: MarSol ou Berlinas. De Santa Marta, prendre un taxi (50 000 COP – $20 ou 13 euros) ou un collectivo au marché (8000 COP) pour rejoindre Minca en 40-45 minutes.

Un panneau à l’entrée du village atteste que Minca (population: 1000 habitants environ) s’est fièrement auto-proclamée « capitale écologique »…

Lever du jour à Minca ce samedi matin, 18 janvier.

La région autour de Minca est magnifique et est maintenant reconnue (comme Clayoquot Sound en Colombie-Britannique) comme une réserve de biosphère, officiellement protégée.

Un couple en route mercredi vers la cascade Marinka, située à 90 minutes de marche de Minca

La cascade Marinka…

Beaucoup de visiteurs viennent ici observer les oiseaux….

Et le village, niché à 700 mètres d’altitude, est le point de départ de randonnées fabuleuses, à pied ou en vélo.

En randonnée jeudi sur un sentier dans la Sierra Nevada, au-dessus de Minca. On aperçoit à l’horizon, sur la côte, Santa Marta et la mer des Caraïbes…

Après deux heures de marche sur l’un des chemins qui conduit à la « Finca Victoria », une ferme spécialisée dans la production de café biologique, un groupe de cyclistes me rejoint. Ils vont eux aussi à la ferme participer à une dégustation de café. Dégustation suivie d’une visite de la fabrique fondée en 1892 par des Britanniques qui décidèrent de nommer l’entreprise « Victoria » en hommage à leur reine…

Explication détaillée de la récolte et de la production de café à la Finca Victoria. Excellente visite…

Le café est délicieux… mais je préfère, malgré tout, le café vietnamien ou haïtien, plus corsé..

Une petite rivière baigne aussi Minca…

Rio Minca

Rencontre entre baigneurs et cyclistes au bord de la rivière Minca ce samedi matin…

Je suis très heureux d’avoir fait halte ici, au début de ce voyage de cinq semaines. L’altitude et ce genre de climat me conviennent parfaitement.

Et, ce qui ne gâte rien, je suis confortablement installé dans un ancien couvent, restauré, l’hôtel Minca.

L’hôtel Minca jouit d’un cadre exceptionnel. Les montagnes au-dessus du village sont aujourd’hui peuplées d’environ 30 000 autochtones (les Arhuacos, les Kogis, les Wiwas, descendants des Tayronas ) qui protègent farouchement leur territoire, refusent toute assimilation et bloquent encore l’accès aux plus hauts sommets de la Sierra Nevada. Infos supplémentaires ici ou ici.

On retrouve dans la région des avocats tout simplement… énormes!

Menu affiché devant un café, à Santa Marta

Un cordonnier au travail, Carrera 3, à Santa Marta, le vendredi 17 janvier

Avant de repartir pour Carthagène je tenais à rendre hommage, à Santa Marta, à l’une des figures emblématiques du continent, Simon Bolivar, « El Libertador » (le Libérateur). Mort dans la ville, dans des circonstances mystérieuses, en 1830.

Un grand parc au bord de la mer lui est dédié.

Bolivar a courageusement participé, de près ou de loin, à l’indépendance de 6 pays d’Amérique latine: la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. Ses dépouilles ont été rapatriées au Venezuela où il est né.

Je n’ai donc malheureusement pas pu aller jusqu’à Ríohacha.

Pour rejoindre, de Minca, l’entrée de la péninsule Guajira où vit le peuple Wayúu, il faut compter au minimum 5 heures de trajet. Il m’aurait fallu trois jours au minimum (deux jours a-r pour le voyage et un jour sur place) pour y aller. Sans aucune garantie de contact à Riohacha avec les Wayúu.

J’ai donc renoncé, avec regret. J’aurais dû mieux planifier cette partie du voyage et mieux anticiper surtout les distances dans cette partie de la côte caraïbe.

Je me suis un peu rattrapé cependant en admirant vendredi, dans une boutique de Santa Marta, les très beaux sacs en laine confectionnés avec soin par les Wayúu…

Une autre fois, peut-être?

Sacs Wayuu

Ma deuxième semaine de voyage s’achève bientôt. Je reprends la route lundi matin pour Carthagène. Mardi, trois vols successifs (Carthagène-Bogota/Bogota-Quito/Quito-Cuenca) m’amèneront dans le sud de l’Équateur…

Bon début d’année à tous!

 

16 réflexions sur “Colombie, côte caraïbe

  1. Cher Max,
    Ce que j’aime dans tes photos ce sont les activités quotidiennes dans les communautés… Merci de nous apporter ce rayon de soleil pendant notre petit hiver ici… un peu de neige, ciel gris… J’ai beaucoup aimé lire l’histoire des peuples indigènes. J’espère qu’un jour il y aura une reconnaissance et une réconciliation pour ces peuples. Bonne continuation!

    • Merci, Mt Pleasant! Oui, j’espère comme toi qu’il y aura un jour une vraie reconnaissance des injustices qui ont été commises envers les peuples amérindiens d’Amérique… mais les différents gouvernements colombiens, au pouvoir depuis si longtemps, ne semblent malheureusement pas très intéressés à tendre la main à leurs peuples autochtones ni à les intégrer durablement dans la société colombienne…

  2. J’aime beaucoup les photos et bien sûr tes récits! Je regrette pour toi que tu n’aies pas pu rencontrer les Wayúu car je sais combien tu y tenais! Bon voyage demain! Au plaisir de découvrir l’Equateur à travers tes carnets!

    • Merci, Josiane! C’est vrai que j’ai été déçu de ne pas pouvoir aller jusqu’à Ríohacha, mais j’ai aussi beaucoup appris lors de mon séjour – en visitant notamment le musée de Minca – sur l’histoire et le combat que mènent d’autres peuples autochtones sur la côte caraïbe. J’ai ajouté dans le blog (sous la photo de la piscine) des infos supplémentaires et un lien vers le musée.

  3. Hello cher Max, quel voyage et que de couleurs et de beaute! Je sais que les problemes sociaux ne manquent pas et c’est bon de voir que les gens gardent leur gentillesse, leur accueil et l’amour des traditions et du pays. Tu vois vraiment de beaux endroits! Merci de partager un peu de ce periple et des belles choses et gens que tu y decouvres! Bonne continuation. Bises Christiane

    • Merci, Christiane! Tu as entièrement raison, les inégalités et les problèmes sociaux ne manquent pas dans le pays. Malgré tout, les Colombiens, ceux que j’ai rencontrés au moins, restent dignes, paisibles et accueillants. Cela force l’admiration.

  4. Merci pour ce beau reportage coloré et informatif, Max ! A travers la vivacité des couleurs qu’on retrouve sur toutes tes photos – des façades coloniales, en passant par les galeries d’art, les tableaux dans les rues, l’artisanat traditionnel et jusqu »aux Palenqueras – on ressent tout de suite la joie de vivre et la chaleur des habitants. L’histoire des Palenqueras, que j’ignorais, m’a particulièrement intéressée, autant pour leur incroyable histoire de résistance et de victoire contre l’injustice, que pour le plaisir purement visuel et esthétique qu’offrent ces superbes portraits de femmes.
    Entre plages des Caraïbes, randonnées dans la Sierra Nevada, réserve de la biosphère et riche mélange de culture afro-latino-caribéenne, la Colombie semble avoir de nombreux atouts pour attirer les visiteurs. Tu as bien de la chance d’avoir profité de la magnifique « Playa Blanca » tandis qu’à Vancouver nous grelottions dans le froid et la neige !
    C’est dommage que tu aies dû renoncer à te rendre chez les Wayùu, mais ce te donnera sans doute l’occasion de revenir passer plus de temps dans ce pays qui semble t’avoir immédiatement conquis ! Cuidate y buen viaje !

    • Merci, Annie! Je suis extrêmement heureux d’avoir levé un peu le voile sur certaines traditions de la côte caraïbe de la Colombie. Cependant, en ce qui a trait à l’environnement autour de « Playa Blanca », la situation est devenue extrêmement critique. Lors du départ de notre bateau vers 15h (juste après avoir pris la photo avec Estaban) la plage était littéralement envahie d’usagers. Combien de temps cette magnifique bande de sable blanc pourra-t-elle résister à l’assaut des touristes? Beaucoup de monde, les routards étrangers en particulier, évitent maintenant d’aller à « Playa Blanca »…

  5. Merci Max. Grâce à toi, je peux découvrir une partie de l’histoire africaine. J’aime ton récit et aussi les belles et authentiques photos. Et particulièrement je suis ravie de découvrir que tu aimes mieux le café vietnamien….

    • Merci, My! Comment ne peut-on pas préférer le « cà phê đen nóng » à tout autre? Surtout lorsqu’on le déguste avec des amis, à Dalat?
      À bientôt!

  6. Merci Max pour ces merveilleuses photos qui nous réchauffent le coeur pendant notre rude hiver! beaucoup de couleurs, de senteurs semble-t-il et cette plage….. Bonne poursuite!
    Marie-Hélène

    • Merci, Marie-Hélène! Heureux que les photos adoucissent un peu les morsures de l’hiver. Je suis maintenant à Cuenca. La ville est magnifique. À bientôt!

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