Entre Conques et Cahors sur le GR65

Quoi de mieux que marcher au grand air pour combattre ce satané virus?

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Mardi 12 juillet, 8h du matin, étape #8 entre Le Pech et Cahors, en compagnie d’Alice, du Jura et de Sylvie, de la région lyonnaise, toutes les deux croisées et recroisées sur le GR65 depuis Figeac. J’achève ce matin-là le premier (136 kms) de mes deux tronçons de marche vers les Pyrénées.

Dormir le soir à la campagne, au son des grillons, dans une belle et grande chambre qui sent la lavande. Après avoir dîné, à l’extérieur, autour d’une bonne table. Tout cela est aussi fortement recommandé.

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Randonneurs belges, canadiens et français réunis autour de la table des « Volets Bleus » à Decazeville, le mardi 5 juillet, après ma première étape.

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Au menu à Decazeville ce soir-là, un savoureux plat d’aligot accompagné de porc et de légumes. Merci, Hervé!

Me voilà depuis hier de retour à Nogaro, dans le Gers, après huit étapes (et une courte halte à Cahors) où tout s’est déroulé à peu près comme prévu, malgré la canicule qui sévit en ce moment dans le sud-ouest de la France.

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Soulignées en bleu, les étapes de mon trajet le long du GR65 entre Conques (à droite de Decazeville, en Aveyron) et Cahors.

Quelle aventure depuis mon départ du Puy-en-Velay, en Haute-Loire!

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Les tours de l’abbaye Sainte-Foy, dans la commune de Conques, en Aveyron. C’est à partir de Conques – où je m’étais arrêté au printemps 2018 – que je reprends cet été le chemin de Compostelle jusqu’aux Pyrénées.

Lundi 4 juillet 

Agréable surprise en arrivant à 14h à l’Abbaye Sainte-Foy de Conques. On m’attribue, à l’accueil, « la chambre de l’évêque » (la chambre 14), l’une des plus spacieuses, dotée d’une grande salle de bains, d’une vue imprenable sur la ville et sur les pèlerins qui partent le matin sur le chemin.

Je m’attendais à une forte affluence et nous sommes à peine une quarantaine à loger ce soir-là à l’abbaye. « Période creuse », me dit-on. Les vacances scolaires n’ont pas encore commencé. Et on annonce, pour les prochains jours, une météo quasi caniculaire. Me voilà averti.

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Sous la fenêtre de ma chambre, les premiers pèlerins quittent l’abbaye Sainte-Foy de Conques vers 7h15,  mardi matin, 5 juillet.

Autre surprise le lendemain matin, au petit-déjeuner. L’un des anciens du monastère, le père Jean-Daniel me demande s’il peut s’asseoir à ma table. La plupart des pèlerins sont déjà partis et je mange seul, paisiblement. Mais comment refuser?

–  « Vous avez la chambre 14?, me ditil, Christian Bobin avait la même. Il a écrit un livre ici ».

Sourire aux lèvres, le père Jean-Daniel m’apprend que l’écrivain logeait, lui, chambre 14, au luxueux hôtel Sainte-Foy, situé juste en face de l’abbaye.

Quelle coïncidence! J’ai beaucoup lu et aimé, autrefois, les livres de Christian Bobin, qu’une amie, Marianne, m’avait fait connaître, à Dalat, au Vietnam. Je le lis moins maintenant.

La conversation s’engage. Le père m’interroge sur Haïti, me parle des péripéties de son récent pèlerinage à Compostelle, « effectué en civil », me confie-t-il. Il me donne son avis sur deux ou trois hébergements où il a dormi, dans l’Aveyron et dans le Lot.

Puis, sans crier gare, il me souhaite bon chemin et me laisse, en citant cette phrase énigmatique du prophète Isaïe:

« Si tes péchés sont écarlates, ils deviendront blancs comme la neige, s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront blancs comme la laine. »

Quelle curieuse façon de prendre congé! Qu’est-ce que tout cela veut bien dire?

Est-ce un signe? Si oui, comment dois-je l’interpréter?

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Le père Jean-Daniel est organiste et libraire à l’abbaye Sainte-Foy de Conques depuis trente ans. Il joue aussi de l’accordéon. Marc, à ses côtés, vit à Sète. Il est hospitalier et bénévole à l’abbaye quelques semaines par an. 

Mardi 5 juillet

Première étape sans histoires (19 kms) entre Conques et Decazeville, en Aveyron. Je suis très heureux de retrouver le chemin et je chemine allègrement. Très peu de pèlerins sur la route. Malheureusement, deux heures environ après avoir quitté Conques, déjà, beaucoup de « goudron » sur le GR65.

(Le « goudron« = les parties du chemin effectuées sur ou à côté d’une route cantonale ou départementale goudronnée).

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Entrée du village de Noailhac, la première commune après Conques sur le tracé du GR65, en Aveyron. Le paysage est magnifique!

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Entre Noailhac et Decazeville, le mardi 5 juillet. Température: 27 ou 28 degrés en début d’après-midi.

Quarante minutes environ avant l’arrivée à Decazeville, j’aperçois au loin, en plein soleil, une jeune femme, enceinte, accompagnée de trois enfants. Je m’approche et je leur demande s’ils ont besoin d’eau ou de nourriture.

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Sur le GR65 avant Decazeville, le 5 juillet

La jeune femme est accrochée à son téléphone. Elle parle à son mari. Elle m’explique que la famille effectue sur le chemin un pèlerinage, longuement planifié, avec un âne, qui transporte leurs bagages. L’âne, ce matin, sur la route, a brusquement refusé d’avancer. « Il a eu peur de son ombre » me dit un des enfants, stoïque sous le soleil. Le papa est reparti, en quête d’un autre âne et doit bientôt rejoindre sa famille sur le GR65.

J’ai revu par hasard la famille, la mine déconfite, le lendemain, à Livinhac-le-Haut. Ils m’apprennent que le second âne a quitté leur gîte et a pris la fuite, en pleine nuit. Ils ont passé la matinée à le rechercher. L’ont retrouvé. Mais, épuisés, ils abandonnent leur projet. Et rentrent chez eux.

On n’a plus les ânes qu’on avait. Ou les ânes se sont peut-être donné le mot. Ils exigent maintenant de meilleures conditions de travail et un congé automatique les jours de grande chaleur.

Mercredi 6 juillet 

Pendant cette deuxième (courte) étape entre Decazeville et Montredon (11 kms), je quitte le département de l’Aveyron pour le Lot.

Au revoir Decazeville! J’ai beaucoup aimé m’arrêter ici. Malgré la chaleur, j’ai pu un peu visiter la ville. Et j’ai rencontré, aux « Volets Bleus« , de solides et sympathiques compagnons de route!

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Vue partielle de Decazeville, le mercredi 6 juillet. On m’avait annoncé à Conques une ville presque morte, à l’abandon, à l’agonie. J’ai plutôt découvert à Decazeville un village ouvert, actif, accueillant. Et des riverains qui travaillent sans relâche pour poursuivre la mue de cette ancienne cité minière. 

Premier petit pépin, malheureusement, en quittant Decazeville. Je ressens une légère douleur au pied. Sur le bord de la route, j’enlève mes chaussures et je découvre une ampoule, au niveau du talon droit. La première en trois saisons sur le chemin! C’est complètement inattendu. Le résultat sans doute du trajet à vive allure effectué la veille entre Conques et Decazeville. Que faire? Je suis absolument seul sur le chemin.

Je décide de poursuivre, en boitant un peu, ma route vers Livinhac-le-Haut, 4 kms plus loin.

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En traversant le Lot, on aperçoit le clocher de l’église au sommet du village de Linvinhac-le-Haut

Arrivé au village, je m’arrête à l’unique terrasse de la commune et commande un café. Discrètement, j’examine de plus près cette irritante ampoule. A deux pas de la terrasse, je repère une petite épicerie-dépôt-de-pain-point-poste. Le commerce vend aussi des articles de premiers soins. J’achète une boite de pansements.

En revenant clopin-clopant à ma table, quelle surprise de croiser les trois randonneuses québécoises qui logeaient la veille comme moi aux « Volets Bleus« , à Decazeville. Nous avions commencé à sympathiser autour de la table du souper.

Spontanément, elles s’arrêtent, ouvrent leurs sacs et partagent avec moi, amicalement, des produits pour soigner les ampoules. Elles m’offrent des conseils. Quelle gentillesse, quelle générosité! Symbole de la magie et de l’entraide qu’on retrouve sur le chemin.

J’ai sagement suivi leurs suggestions. Et j’ai pu, sans trop de mal, poursuivre ma route jusqu’à Montredon, terme de ma deuxième étape.

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Le balisage du GR65 est impeccable dans l’Aveyron et dans le Lot 

Montredon où, à mon grand étonnement, j’ai retrouvé mes trois anges gardiens – qui avaient, à la dernière minute, décidé de modifier leurs plans. Elles logeraient, ce soir-là, sur le chemin, dans le même hébergement que le mien!

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Madeleine, Linda et Louise, mes trois fées et infirmières du Québec, dans le magnifique jardin de nos chambres d’hôtes, à Montredon, dans le département du Lot, le mercredi 6 juillet. Merci infiniment à toutes les trois!

Jeudi 7 juillet et vendredi 8 juillet

Aucune difficulté le lendemain pendant mon trajet entre Montredon et Figeac (19kms). Par précaution, je suis passé par une pharmacie. Ai reçu d’autres précieux conseils et, grâce aux pansements, mon ampoule ne me cause pratiquement plus de gêne.

Je retrouve avec plaisir, avant Figeac, le GR65 qui sinue entre les fermes, en territoire agricole. Nous approchons de la région du Quercy. Et il fait de plus en plus chaud!

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Quelques kilomètres avant l’arrivée à Figeac, le jeudi 7 juillet

 Nouvelle étape le lendemain, entre Figeac et Le Puy-Clavel (20 kms)

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Vendredi 8 juillet, 8h30. Quatrième étape entre Figeac et Le Puy-Clavel, dans le département du Lot 

J’ai quitté les abords de Figeac sans trop de regret cette fois. Je n’étais déjà plus habitué aux bruits de la ville, à la circulation automobile, aux ronds-points, aux feux rouges. Et j’ai repris, soulagé, le chemin vers Le Puy-en Clavel.

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On retrouve dans le Quercy de petites cabanes de pierre sèche, comme celle ci-dessus. On les appelle des « casselles ». Bâties sans aucune charpente, elles servaient jadis d’abris aux bergers, à leurs moutons, on y remisait aussi le foin.

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Sur le GR65 entre Figeac et Le Puy-Clavel, le vendredi 8 juillet

Gros coup de cœur en chemin en arrivant au village de Faycelles. La commune est baignée de soleil. De petites rues fleuries grimpent vers une place ombragée au coeur du village. Voilà un bel endroit où s’arrêter quelques jours! Peut-être lors d’une prochaine randonnée, avant de parcourir la voie du Célé, toute proche?

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Un chemin soigneusement entretenu mène au sommet du petit village de Faycelles (700 habitants). Une belle découverte!

En quelques heures, j’ai avalé les 20 kms entre Figeac et Le Puy-Clavel. La plus belle étape de mon périple jusqu’à présent. Une partie de ce trajet est classée au patrimoine de l’UNESCO.

Après avoir quitté Figeac à 7h30, je suis arrivé au Puy-Clavel, à 13h45. Six heures quinze de marche. Et je suis à peine fatigué. J’ai trouvé mon rythme de croisière. Mon ampoule au talon a pratiquement disparu.

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Sur le GR65 entre Le Puy-Clavel et le Mas de Games, le samedi 9 juillet.

Samedi 9 juillet

Etape beaucoup plus difficile le lendemain entre Le Puy-Clavel, Cajarc et le Mas de Games, un hameau situé près du village de Limogne-en-Quercy. Près de 27 kilomètres à parcourir. Ma plus longue étape en trois saisons sur le GR65.

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La ville de Cajarc, au loin, sous un soleil ardent

J’ai souffert ce jour-là. Pesté contre la chaleur et les multiples, interminables tronçons de goudron qui attendent le randonneur, après avoir traversé Cajarc. Cajarc, lieu de naissance de Françoise Sagan, où je me suis arrêté un moment pour déjeuner, au bord du Lot.

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Un moment de calme au bord du Lot, à Cajarc, le samedi 9 juillet

Et j’ai ensuite repris le chemin, jusqu’au

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Le nom du hameau, situé un coeur du Quercy, est complètement inattendu! A priori, il n’y a aucun lien avec la ville des hauts plateaux du centre du Vietnam où j’ai vécu pendant deux ans. Personne dans la région n’a pu me renseigner sur l’origine du nom de ce hameau qui ne compte que 4 ou 5 bâtiments.

puis jusqu’au Mas de Games où j’ai rencontré un personnage étonnant!

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Lionel B. tient avec son épouse depuis vingt ans l’un des hébergements les plus confortables du GR65. La maison est somptueuse.

C’est au retour d’un long voyage au Québec, au milieu des années 70, que Monsieur B. décide de quitter la région parisienne. Il vient s’établir dans le Quercy où il observe, apprend puis rénove, peu à peu, minutieusement, quelques-unes des anciennes demeures de la région. Il en fait son métier.

Merci, Monsieur B. pour cette halte inoubliable. Pour les conversations et vos observations sur le Québec. Les quatre randonneurs/euses présents ce soir-là n’oublieront pas de sitôt l’un des plats servis chez vous. Deux grandes assiettes de saucisses de canard, cuites dans la graisse d’oie! Nous voulons la recette!

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Le GR65 entre Mas de Games et Varaire, le dimanche 10 juillet. Cette partie du chemin passe aussi par

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le village de Limogne-en-Quercy où se tient tous les dimanches

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un grand marché réputé pour ses truffes, l’or noir du Quercy! On entend, dans le village, beaucoup parler anglais.

Les deux étapes qui ont suivi – le 11 et le 12 juillet – sont passées en un éclair!

Chaque jour, sur le chemin, la température monte d’un cran.

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Au Mas de Gascou, entre Varaire et Le Pech, le lundi 11 juillet

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Aux abords du village de Le Pech, une douzaine de kilomètres avant Cahors

Après 136 kms de marche, j’ai retrouvé, ému, fier, heureux, le mardi 12 juillet, la ville de Cahors.

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Arrivée à Cahors, inédite pour moi, par les collines situées au nord du Mont-Saint-Cyr, sur le sentier du GR65.

La première partie de mon projet est maintenant terminée!

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Un petit navire vogue sur le Lot, sous le pont ferroviaire, à Cahors

Bonne excuse pour visiter, le lendemain, jour de repos, l’une des bonnes tables de la ville.

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Sauté de canard à l’orange, purée de pommes et carottes maison, bistrot Gambetta, à Cahors, le mercredi 13 juillet.

Et, comme prévu, j’ai repris, le 14 juillet, le jour de la Fête nationale, le train pour Auch (via Toulouse) puis le bus jusqu’à Nogaro, dans le département du Gers. Merci à la SNCF qui n’était pas en grève ce jour-là!

Nogaro où je suis retourné ce midi, presqu’en pèlerinage, au restaurant Chez Quentin, déguster la cuisine qui m’avait tant plu lors de mon premier passage ici, au printemps 2019.

Le restaurant n’a pas bougé. Et je me suis, encore une fois, régalé!

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Salade de chèvre chaud, suivie

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d’un fondant de veau, sauce basquaise, accompagné de pommes vapeur, restaurant Chez Quentin, à Nogaro, le vendredi 15 juillet.

Il faut conclure.

Il me reste neuf étapes – et environ 189 kms – avant de rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port, le 25 juillet.

Les 3 ou 4 prochaines étapes promettent d’être… intéressantes! On attend 40 degrés demain, samedi 16 juillet, dans le sud-ouest de la France, et un pic de chaleur de 41 ou 42 degrés, dimanche et lundi.

Comme la plupart des randonneurs (et nous sommes, malgré la canicule, encore nombreux sur le chemin), j’ai dû changer mes habitudes. Départ au lever du jour demain, à 6 h, pour Barcelonne-du-Gers. Une étape de 25 kms.

Mon objectif est d’arriver chaque fois à destination autour de midi ou 13 heures (au plus tard) avant la chaleur suffocante de l’après-midi.

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Sur le GR65 entre Le Puy-Clavel et Mas de Games, le samedi 9 juillet.

Malgré cet épisode de canicule, je suis très heureux d’être de retour sur le chemin de Compostelle!

Je vis chaque jour une expérience, une aventure inoubliables!

Les rencontres sur le chemin, le partage, l’écoute, le silence, l’apprentissage. Tout cela est si précieux, inestimable.

Dans dix ans, à 75 ou 76 ans, il me sera sans doute beaucoup plus difficile de réaliser ce type de projet. Et dans dix ans, pourra-t-on encore marcher sur le chemin de Compostelle, l’été?

Si la température dépasse la barre des 40 ou 41 degrés dans les prochains jours, quelle sera la température dans le sud-ouest de la France, l’été, dans dix ou quinze ans?

Quelle sera la température à Vancouver, à Montréal, à Port-au-Prince?

J’ai la chance aujourd’hui d’être en super forme, physique, mentale. Je dors bien. J’ai la pêche!

C’est le moment.

Allons-y!

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Avec mes compagnons de route (John, au milieu) le mardi 12 juillet

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deux heures environ avant l’arrivée à Cahors

Bon été à tous!

En marche (325 kms) vers les Pyrénées

Que de chemin parcouru depuis notre départ du Pays basque le 20 juin!

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La carte des nouvelles appellations des provinces françaises, actées en 2016. En Occitanie, encerclé en bleu, le département du Lot dont Cahors est le chef-lieu. Après notre séjour au Pays basque, nous nous sommes installés à Cahors pendant dix jours. 

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Tous les mercredis et samedis se tient à Cahors, devant la cathédrale Saint-Etienne, un grand marché

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marché qui, parfois, réserve bien des surprises

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comme la rencontre étonnante, conviviale, complètement inattendue, le mercredi 22 juin, avec…

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Robinson, maraîcher lotois, né à Aquin, dans le sud d’Haïti! Après avoir longtemps vécu en Guyane française, Robinson est, depuis quinze ans, installé dans le Lot où il gère son entreprise agricole. Il est présent le mercredi et le samedi sur le marché de Cahors! Quelle bonne surprise! Bravo, Robinson!

Malgré quelques soucis liés à notre logement dans la ville médiévale, nous avons eu le grand bonheur de revoir, lors de notre séjour à Cahors, notre amie Christiane!

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En compagnie de Christiane, le vendredi 24 juin, au bord du Lot, devant le pont fortifié Valentré qui enjambe la rivière. Bienvenue à Cahors, Christiane!

Entre deux randonnées, la découverte des jardins, des trésors de la ville et nos longues conversations, retrouvailles chaleureuses avec Christiane, que j’ai eu la chance de rencontrer pour la première fois à Kigali, en 2012, lors de notre mission commune de coopération au Rwanda. 

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Christiane et Diana en grande conversation pendant l’escalade, le samedi 25 juin

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du magnifique Mont Saint-Cyr situé au-dessus de Cahors

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Une partie de la ville médiévale de Cahors nichée dans une des boucles du Lot. Au premier plan, le pont Louis-Philippe. Un peu plus loin, le pont ferroviaire de la SNCF.

Merci d’être venue nous rendre visite, Christiane! A bientôt!

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8 heures du matin, moment de calme pour Diana, place St-James, dans la vieille ville de Cahors, avant une nouvelle journée d’aventures … et de découvertes culinaires en Occitanie.

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Salade de chevrier (fromage au lait de chèvre, chaud) suivie d’une

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… aiguillette de poulet accompagnée de légumes du marché, restaurant Le Bergougnoux, Cahors.

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Sur un mur de la vieille ville de Cahors, le 27 juin 2022

Comme je le mentionnais un peu plus haut, notre séjour vers et à Cahors n’a pas été de tout repos.

Le 20 juin, notre train entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Bayonne a été annulé sans aucun préavis, à la dernière minute, pour cause de grève à la SNCF.

Nous avons heureusement pu rejoindre Bayonne grâce à la gentillesse du propriétaire de notre logement qui nous a emmené à Bayonne dans sa voiture. Plus de deux heures de route aller-retour. Merci infiniment, Monsieur A! 

A Cahors, moins de deux jours avant notre départ, alors que nous préparions nos valises, Diana reçoit un message de sa compagnie aérienne (Lufthansa/Air Canada) lui annonçant l’annulation pure et simple de son vol de retour Toulouse-Vancouver, prévu le 1er juillet.  

Nous essayons en ligne de trouver un nouveau vol. En vain. Nous sommes probablement des milliers dans le même cas. Les médias français et canadiens annoncent une pagaille générale dans les aéroports dès le lendemain, le 30 juin. 

Nous avions par chance, depuis longtemps, planifié passer notre dernière nuit dans le sud-ouest dans l’unique hôtel de l’aéroport de Toulouse – vu le vol matinal de Diana pour Vancouver.

Dès notre arrivée à l’aéoport, le 30 juin, dans l’après-midi, nous nous précipitons au comptoir de Lufthansa. Miracle! En vingt minutes, trois agentes se sont relayées devant leurs écrans et téléphones portables et ont offert une nouvelle réservation à Diana, pour le lendemain matin!

Nous avons, pendant tout notre voyage, été entourés d’anges gardiens!

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Nos trois fées à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, le jeudi 30 juin, devant le comptoir de Lufthansa. Merci Lolona, Caroline (chef d’escale de Lufthansa à Toulouse) et Samira! – Photo: Diana.

Après avoir, le 1er juillet, à l’aéroport de Toulouse, dit au revoir à Diana, j’ai pris la navette vers le centre-ville et j’ai sauté dans un train, à la gare de Toulouse-Matabiau. Heureusement, aucune grève ce jour-là.

Destination: Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire, où je suis arrivé, en début de soirée, après sept heures de voyage, via Nîmes et un magnifique trajet en TER dans les Cévennes entre Alès (Gard) et Langogne (Lozère). Je devrai absolument repasser dans cette région.

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Point de départ historique du chemin, Le-Puy-en-Velay est aujourd’hui reconnue comme la capitale européenne du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

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Un autre samedi, un autre marché. Ci-dessus, la rue Chaussade, près de la place du Martouret, le samedi 2 juillet

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Ci-dessus et dessous, la rue Saint-Pierre, dans la vieille ville du

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du Puy-en-Velay, chef-lieu du département de la Haute-Loire.

C’est ici, au printemps 2018, qu’a débuté mon aventure sur le chemin de Compostelle.   

Je me souviens de ma première étape: Le-Puy-en-Velay – Montbonnet, 15 kms.

J’avais ce printemps-là parcouru 207 kms jusqu’à Conques. 

Le printemps suivant, en 2019, j’avais cheminé 219 kilomètres entre Cahors et Nogaro, une petite ville située dans le département du Gers. 

Mon objectif cette fois-ci est de compléter les deux tronçons du GR65 que je n’ai pas encore parcourus entre Le Puy en Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port –  soit 325 kms, selon le schéma suivant

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Mon trajet cet été le long du GR65. Tronçon #1 = De Conques à Cahors. Tronçon #2 = De Nogaro à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Tronçon #1 – Entre Conques (Aveyron) et Cahors (Lot) = 136 kms. 8 étapes. Moyenne, 17.1 kms par étape.

Tronçon #2 – Entre Nogaro (Gers) et Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) =189 kms. 9 étapes. 20.8 kms par étape.

Total: tronçon #1 + tronçon #2 = 325 kilomètres

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Un couple de randonneurs rencontré sur le GR65 la veille de notre départ de Cahors, le 29 juin. Leur objectif: atteindre Nogaro, dans le Gers. C’est exactement l’itinéraire que j’ai emprunté au printemps 2019. C’est plutôt bon signe d’avoir échangé avec eux ce jour-là.

Je reprends la route mardi, le 5 juillet.

Cela fait plus de trois ans que j’attends ce moment!

Mais, comment aller du Puy-en-Velay jusqu’à Conques? Rien de plus simple. Il faut simplement réserver sa place à bord du bus de Compostelle qui, d’avril à octobre, transporte tous les jours les pèlerins sur le chemin entre Le-Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port. Informations supplémentaires ici ou ici.  

Mon sac sera de nouveau acheminé tous les matins via la Malle postale (tronçon Conques-Cahors) et par Transport Claudine (tronçon Nogaro-SJPP) et sera déposé avant 17h à mon hébergement. Excellent service, ponctuel, fiable. (SVP cliquer sur les liens en caractères gras pour obtenir des détails supplémentaires).

Pour les hébergements, tout au long du trajet, j’ai encore privilégié les chambres d’hôtes. Plus confortables et pratiques. Tous les soirs, le randonneur dispose d’une chambre individuelle, dans une maison ou une petite auberge tenue par les gens du pays. La formule comprend aussi le souper, préparé en général avec des produits frais de la région et le petit-déjeuner. Les repas sont pris autour d’une table commune mais restreinte.

Une exception à la règle, je passerai la nuit du 4 juillet à l’abbaye Sainte-Foy de Conques. 

Il faudra être prudent cet été sur le chemin. La pandémie repart en France. Le nombre de cas est partout en hausse. Quelle bonne idée nous avons eue d’accepter à Montréal, fin avril, notre 2è rappel/4è dose de vaccin contre le Covid. Si je suis éligible à une 5è dose en France avant mon départ, prévu le 8 août, je n’hésiterai pas une seconde.   

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Souvenir de mon arrivée à Conques, en mai 2018. Le temps avait été particulièrement maussade sur le GR65 cette journée-là. Heureusement, cette année, la météo prévoit pour les prochains jours, entre Conques et Cahors, du temps chaud et ensoleillé.

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé le détail de mes étapes sur ces deux tronçons du GR65 cet été.

Les voici.

Tronçon #1 – Conques – Cahors (136 kms)

#1 – Mardi 5 juillet = Conques – Decazeville (19 kms) – (Département de l’Aveyron)

#2 – Mercredi 6 juillet = Decazeville – Montredon (11 kms) – (Département du Lot)

#3 – Jeudi 7 juillet = Montredon – Figeac  (19 kms)

#4 – Vendredi 8 juillet = Figeac – Le Puy-Clavel (19 kms)

#5 – Samedi 9 juillet = Le Puy-Clavel – Mas de Games/Limogne-en-Quercy (26 kms)

#6 – Dimanche 10 juillet = Mas de Games/Limogne-en-Quercy – Varaire (12 kms)  

#7 – Lundi 11 juillet = Varaire – Le Pech/Laburgade (19 kms)                                           

#8 – Mardi 12 juillet = Le Pech/Laburgade – Cahors (12 kms)

Mercredi 13 juillet = jour de repos à Cahors

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Devant le Pont Valentré à Cahors, le lendemain de notre arrivée, le mardi 21 juin

Tronçon #2 – Nogaro – Saint-Jean-Pied-de-Port (189 kms)

Jeudi 14 juillet (Fête Nationale) = Cahors – Toulouse – Nogaro (SNCF)

Vendredi 15 juillet = Jour de repos à Nogaro

# 9Samedi 16 juillet = Nogaro – Barcelonne-du-Gers (25 kms) – (Département du Gers)

#10 – Dimanche 17 juillet = Barcelonne-du-Gers – Miramont-Sensacq (20 kms) – (Dept des Landes)

 #11 – Lundi 18 juillet = Miramont-Sensacq – Arzacq-Arraziguet (16 kms) (Dept. Des Pyrénées-Atlantiques)

#12 – Mardi 19 juillet = Arzacq-Arraziguet – Pomps (21 kms)

#13 – Mercredi 20 juillet = Pomps – Maslacq (19 kms)

#14Jeudi 21 juillet = Maslacq – Navarrenx (22kms)

Vendredi 22 juillet = Jour de repos à Navarrenx

#15 – Samedi 23 juillet = Navarrenx – Bellevue (18 kms)

#16 – Dimanche 24 juillet = Bellevue – Ostabat (24 kms)

#17 – Lundi 25 juillet = Ostabat – Saint-Jean-Pied-de-Port (23 kms)  

Avant de repartir sur le chemin, mardi, une autre belle surprise m’attendait au Puy-en-Velay!

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Choucroute à la truite et au saumon fumé. Sans doute le meilleur plat savouré jusqu’à présent pendant mon séjour en France. Cette cuisine divine est l’oeuvre de…

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Michel, le propriétaire et maitre cuisinier, depuis 40 ans, de l’Hôtel Restaurant « Le Bilboquet », au Puy-en-Velay. Bravo et merci mille fois, Monsieur, pour votre merveilleuse cuisine!

C’est un immense privilège de pouvoir réaliser en France cet été cette belle et grande randonnée!

 Merci pour vos messages de soutien!

Je vous laisse avec ce mot de Mark Twain que vous connaissez sans doute déjà.

« Sail away from

the safe harbour.

Catch the trade winds

in your sails. Explore.

Dream. Discover. »

Bon été à tous!

 

 

 

 

La douce lumière des Pyrénées

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Soulignées en bleu, quelques-unes de nos haltes dans les 3 provinces historiques du Pays basque français: le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule. Le village de Saint-Jean-Pied-de-Port est situé en Basse-Navarre.

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C’est à Saint-Jean-Pied-de-Port (Donibane Garazi en basque) que convergent en France les chemins qui mènent à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Au coeur du village, la rue de la Citadelle…

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… où de nombreux pèlerins font halte avant d’entamer la grande étape vers Roncevaux, de l’autre côté des Pyrénées. En 2019, le village a accueilli plus de 60 000 pèlerins, venus du monde entier.

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« Notre » maison basque à Saint-Jean-Pied-de-Port, le lendemain de notre arrivée, fin mai. Nous occupons le grand rez-de-chaussée de la maison qui dispose aussi de deux jardins. 

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Gravelax de thon au yuzu, restaurant Le Bistrot Sainte-Cluque, dans le quartier Saint-Esprit, à Bayonne

Lorsque nous avions quitté Saint-Jean-Pied-de-Port, au milieu de l’été 2015, nous nous étions promis de revenir un jour au Pays basque. Ce que nous avions vu et vécu là-bas était magique, fabuleux.

Nous voulions renouveler, approfondir l’expérience, nous voulions creuser un peu, continuer à apprendre, à observer autour de nous afin de mieux comprendre la culture basque.

Sept ans plus tard, promesse tenue!

Nous revoilà, pour trois semaines, en Basse-Navarre, dans la belle lumière des Pyrénées! En compagnie cette fois de mon frère Alix qui nous a rejoints, pour une petite semaine, au tout début de notre séjour.

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Déjeuner de retrouvailles avec Alix, chez nous…

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… Chemin de la Nasse, à Saint-Jean-Pied-de-Port, le mercredi 1er juin. 

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Promenade avec Diana et Alix au bord de la rivière La Nive, à Saint-Jean-Pied-de-Port, le jeudi 2 juin.

Immense plaisir de revoir mon frère (que nous avions quitté à Montréal, fin avril) dans le sud-ouest de la France! Alix termine de son côté un séjour dans l’hexagone.

Depuis plusieurs mois mon frère et moi planifions parcourir ensemble l’étape mythique du chemin de Compostelle dont je parlais plus haut. Le sentier de 27 kilomètres qui traverse les Pyrénées et relie Saint-de-Port au village de Roncevaux, en Espagne. (Roncevaux = Orreaga en basque).

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Le tracé du GR65 entre SJPP et Roncevaux. Dénivelé,1250 mètres. Le chemin longe « la route Napoléon« , le sentier antique, amélioré par Napoléon lors de la campagne d’Espagne (1808-1809)

Après deux jours de mise en jambes, de vérifications météo, après une bonne nuit de sommeil et d’ultimes recommandations de Diana, nous partons comme prévu, le vendredi 3 juin, à pied, pour l’Espagne. Il est 6h15. Le temps est couvert. Idéal pour une marche en montagne.

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Kilomètre 4. Alix, ci-dessus, harnaché, équipé, alerte, après une heure de marche  

Très peu de pèlerins sur la route en ce début de randonnée. Il est encore tôt. Les rares marcheurs que nous croisons parlent italien, espagnol, anglais. Pratiquement pas de francophones. À cette heure matinale, nous sommes, semble-t-il, les seuls Canadiens.

Ambiance amicale, chaleureuse sur le chemin malgré un ciel de plus en plus sombre…

Une heure environ après notre départ de Saint-Jean-Pied-de-Port, le brouillard se lève, dense, épais. En l’espace de quelques minutes, on peine à apercevoir les randonneurs qui grimpent lentement devant nous.

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Kilomètre 7. Sur le GR65 vers Roncevaux, un peu avant l’arrivée au refuge d’Orisson.

Heureusement, les dieux sont avec nous ce matin-là. Après une première pause au refuge d’Orisson (Km 8), un petit miracle se produit…

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Au kilomètre 9, Alléluilla!, le soleil fait brusquement son apparition…

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… et nous accompagnera presque toute la journée. Ici, au Km 10

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Kilomètre 12. Chacun randonne maintenant à son rythme, parfois seul, face à un paysage magnifique! 

Une trentaine de minutes après avoir savouré notre déjeuner au pied du monument de la Vierge de Biakorri, nous vivons l’un des moments forts de la journée: notre rencontre avec un troupeau d’une vingtaine de chevaux qui pâturent paisiblement sur les hauts plateaux des Pyrénées. Nous sommes à 1100 mètres d’altitude. Le panorama est féerique.

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Très haut, sur les flancs des massifs des Pyrénées…

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… ces chevaux vivent en semi-liberté. Ce ne sont pas des « pottoks » comme je le croyais (les pottoks sont plus petits et appartiennent à la race des poneys)…

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… mais des chevaux utilisés au Pays basque pour des travaux d’agriculture. Le pâturage et la rotation de ces chevaux sur les flancs de montagne sont minutieusement gérés par les communes et les bergers de la région.

Bref arrêt et autre moment fort, au kilomètre 15, près de la croix Thibaut. Nous avons maintenant parcouru plus de la moitié du chemin vers Roncevaux!

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Devant la croix Thibaut, entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux, sur le chemin de Compostelle, le vendredi 3 juin.

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Encore un effort!…

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Kilomètre 17. Au col de Bentarte, en territoire espagnol, avant la descente vers Roncevaux, deux cyclistes nous ont rejoints. Ils ont besoin d’eau. Heureusement, La Fontaine dite de Roland est à une centaine de mètres…

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Kilomètre 20. À l’approche de Roncevaux, un groupe de randonneurs chemine dans une somptueuse forêt de châtaigniers…

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Km 23. Nous ne sommes plus très loin maintenant! Roncevaux est à moins de 4 kilomètres…

Pari presque tenu? C’est mal connaître la montagne…

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1.5 kilomètres avant Roncevaux

Un épais brouillard nous a subitement rattrapés, au milieu de l’après-midi, juste avant l’arrivée!

Je marchais, une centaine de mètres environ devant Alix qui, dans le brouillard, s’est perdu, momentanément. Il a, grâce à son GPS, retrouvé son chemin. A rescapé en route un autre marcheur, en difficulté et perdu, lui aussi. Et nous nous sommes retrouvés, une vingtaine de minutes plus tard, à l’hôtel, fourbus, heureux… et ravis, malgré cette dernière embûche, d’avoir réussi notre projet!

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Le brouillard se dissipe en arrivant à Roncevaux, vers 15h30. Partis de Saint-Jean-Pied-de-Port à 6h15, nous avons cheminé ce jour-là plus de 9 heures le long du chemin de Compostelle…

Roncevaux où, tout comme il y a sept ans, lors de ma première randonnée, il n’y a, malheureusement, toujours pas grand chose à faire – sauf poursuivre sa route, le long du « Camino Frances » cette fois… jusqu’à Pampelune ou jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle!

Après un excellent repas et une bonne nuit de sommeil dans un hôtel confortable de Roncevaux, nous sommes redescendus, triomphants, le lendemain, par la navette Alsa, rejoindre Diana à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Mission accomplie et réussie. Bravo, Alix!

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Retour en France

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Jour de marché à Saint-Palais, un village…

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… situé à trente minutes de route environ au nord…

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… de Saint-Jean-Pied-de-Port…

le 1er juin chez Max et Diana à SJPP

Déjeuner à Saint-Jean-Pied-de-Port à notre retour de Roncevaux

Afin de remercier Diana pour sa cuisine et les bons plats dégustés pendant son séjour, Alix, qui connaît bien le Pays basque, nous réservait une surprise!

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Le magnifique village de Itxassou, situé à une trentaine de minutes de route au nord-ouest de Saint-Jean-Pied-de-Port, le dimanche 5 juin. 

Tous les ans, au mois de juin, le petit village d’Itxassou au Pays basque célèbre la Fête des Cerises! « Une grande journée champêtre tout en couleur » (proclament les affiches) qui attire visiteurs et résidents de la région.

Au programme de cette journée de Fête: démonstration de pelote basque (à mains nues), animations, chants, danses, jeux basques et, bien sûr, dégustation de cerises et de confitures!

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Diana et Alix se dirigent le 5 juin vers l’église d’Itxassou où une messe bilingue (basque/français) réunit la communauté avant le début des festivités. Chaque pas, dans ce bijou de village, est un enchantement!

Après la messe, tout le village s’est donné rendez-vous près du trinquet, l’édifice communal utilisé pour la pratique de la pelote basque…

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Démonstration et jeu de Pelote basque lors de la Fête des Cerises, à Itxassou, le dimanche 5 juin 

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Les joueurs évoluent dans une joyeuse ambiance de kermesse, d’odeur de viande grillée, de méchoui. Le marché des cerises est à deux pas… 

Un grand repas doit être servi à la communauté après le match. Au menu: piperade jambon, agneau de lait ou poulet rôti, salade, fromage, confiture de cerises, gâteau basque, café liqueur et vin, compris.

Nous décidons plutôt, un peu avant midi, de suivre Alix vers l’un des restaurants étoilés du village, « Le Txistulari ». L’établissement est géré par la même famille depuis plus de quarante ans.

Ce dimanche-là, Fête des Cerises, le père et le fils officient en cuisine. Le repas est merveilleux!

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En entrée, Assiette Txistu, un généreux plat de foie gras, de jambon et de salade

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Plat principal: pavé de boeuf Herriko, accompagné de légumes.

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Pour finir, assortiment de desserts surprise. Restaurant Txistulari, Itxassou, le dimanche 5 juin. Un repas cinq étoiles!

Les journées se suivent, toutes pleines de soleil et d’amitié!

Au retour d’Itxassou, le lundi 6 juin, nous recevons à la maison un couple charmant, rencontré il y a sept ans, lors de notre premier séjour au Pays basque.

Aline et Paulo habitent à Saint-Jean-Pied-de-Port depuis plus de vingt ans. Quelle joie de les revoir et de les recevoir chez nous!

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Paulo, né au Pays basque, a été, dans les années 50, milieu de terrain pour l’équipe de football du FC Nantes. Il y eut ensuite la guerre d’Algérie et la mobilisation, là-bas, pendant 22 mois. Une vie bien remplie. Merci Paulo pour ta gentillesse et tes mots de sagesse!

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Aline et Paulo autour du repas préparé par Diana le lundi 6 juin

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Un peu plus tard le même jour, en fin d’après-midi, nous sommes en route pour Saint-Etienne de Baïgorry

C’est dans un cadre enchanteur que nous terminons avec Alix ce lundi 6 juin son séjour au Pays basque.

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L’hôtel restaurant Arcé, à Saint Étienne de Baïgorry, ci-dessus, est une véritable institution en Basse-Navarre. Depuis cinq générations la même famille accueille la clientèle dans une authentique maison basque…  

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… située au bord d’une petite rivière…

La cuisine est exceptionnelle!

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Carpaccio et gravelax de truite de Banka

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Poitrine confite de cochon Ibaïama, boudin noir, pieds et polenta au maïs grand roux.

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Quelle belle façon de clore le séjour d’Alix au Pays Basque! Mon frère reprend l’avion le lendemain pour Montréal.  

Dès le lendemain, Diana et moi reprenons nos promenades avec deux objectifs: parcourir le matin, avant la grande chaleur, les sentiers de la région – et s’arrêter si possible, vers midi, dans un petit restaurant afin de goûter à la cuisine du pays!

Caro près de SJPP le 9 juin 2022

En route pour le village de Çaro le jeudi 9 juin…

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Ci-dessus, la petite route (3 kms environ) qui mène de Saint-Jean-Pied-de-Port à Çaro. À l’arrière-plan, le clocher du village d’Ispoure. Les villages situés autour de Saint-Jean-Pied-de-Port sont splendides!

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Boudin basque au piment d’Espelette, accompagné de piperade et frites maison. Brasserie Le Navarre, Place Floquet, Saint-Jean-Pied-de-Port.

À pied, en bus ou en train, nous avons effectué, les jours suivants, de nombreuses haltes.

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Tous les matins, un train (deux wagons) quitte Saint-Jean-Pied-de-Port à 6h28 pour Bayonne. Arrivée à 7h34. De Bayonne, correspondances rapides et pratiques pour Biarritz, St-Jean-de-Luz, Hendaye, ou pour n’importe quelle autre destination (Toulouse, Pau, Bordeaux, Paris…)

À Bayonne, excellent déjeuner, dans le quartier Saint-Esprit…

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Araignée de porc, restaurant Sainte-Cluque, à Bayonne, le mercredi 8 juin.

Journée à Biarritz, le lundi 13 juin…

Difficile d’imaginer que Biarritz était autrefois un simple port de pêcheurs qui vivait de la chasse à la baleine, puis de la morue. Au milieu du 19è siècle, la mode des « bains de mer » transforme profondément la ville.

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Les escaliers qui mènent à la grande plage de Biarritz, le lundi 13 juin.

Biarritz devient une station balnéaire à la mode. Les têtes couronnées européennes s’y donnent rendez-vous. On construit des villas, des palaces, un casino. Et la ville, encore aujourd’hui, garde dans ses rues, sur ses promenades, une atmosphère BCBG.

Malgré le temps couvert le matin, longue marche le long de l’océan, entre le Rocher de la Vierge, le Port des Pêcheurs, la Grande Plage, la plage Miramar et l’Esplanade du Phare de la ville.

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Une partie de la Grande Plage de Biarritz. Sur la droite, le rocher de la Vierge et, au-delà, direction sud, la plage de la côte des Basques, puis les villages de Bidart, Guéthary, St-Jean-de-Luz et la ville de Hendaye à la frontière espagnole.

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Plat de crevettes, suivi d’une…

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Bavette d’aloyau poêlé, sauce porto, pommes grenailles, café de la Grande Plage, Biarritz, le lundi 13 juin

Ce beau séjour au Pays basque me réservait une dernière, formidable surprise!

Une escapade à Saint-Jean-de-Luz!

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Le bord de mer de la petite ville de Saint-Jean-de-Luz, vers 9h, vendredi matin.

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Grâce à ses digues qui la protègent des fortes vagues de l’océan, la plage de Saint-Jean-de-Luz (peu fréquentée, semble-t-il, le matin) est très populaire auprès des baigneurs

Cette petite ville située au sud de Biarritz a été une magnifique découverte!

La commune a une histoire mouvementée puisque Saint-Jean-de-Luz était autrefois surnommée « la Cité des Corsaires ». Contrairement aux pirates ou aux flibustiers, les corsaires étaient reconnus par le roi et habilités à s’emparer des bateaux ennemis. Le butin était ensuite partagé entre le roi, l’amirauté et l’équipage des navires.

Les corsaires qui écumaient au 17è siècle la côte autour de Saint-Jean-de-Luz étaient souvent d’anciens pêcheurs basques, reconvertis. L’un des plus connus était le célèbre Coursic.

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Né à Hendaye, Coursic (1643-1694) débute sa carrière à bord de baleiniers partant pêcher dans l’Atlantique nord. Il commande ensuite plusieurs navires et est autorisé par le roi (Louis XIV) à défendre les côtes du royaume. Il captura, dit-on, plus de cent navires.

C’est également à Saint-Jean-de-Luz, « dans la liesse générale, » que Louis XIV épouse, en 1660, l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse. « Leur union, » lit-on sur un écriteau de la ville, « consacre le rapprochement entre les deux principales puissances européennes de l’époque, la France et l’Espagne ».

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Le marché couvert et les étals des maraîchers autour des Halles de Saint-Jean-de-Luz, l’un des lieux emblématiques de la ville. Les Luziens et Luziennes font ici leurs courses le matin 

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Près du port de pêche, à Saint-Jean-de-Luz, vendredi matin.

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La rue Gambetta, une des principales artères commerçantes de la ville, malheureusement noire de monde dès le milieu de la matinée, surtout les jours de solde et de « grande braderie » comme c’était le cas le jour de ma visite  

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Heureusement, à Saint-Jean-de Luz, on peut facilement fuir la foule et parcourir (ci-dessus) un tronçon du Sentier du Littoral qui longe la côte basque, de Biarritz à la frontière espagnole. Ce Sentier du Littoral est un vrai paradis pour les promeneurs et les cyclistes.

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Retour au bord de la rivière La Nive, à Saint-Jean-Pied-de-Port

Nous devrons bientôt quitter le Pays basque! Ces trois semaines sont passées si vite! Et nous avons tant appris. Observé aussi des changements dans la région. Notamment, la vigueur, la place de plus en plus importante de la langue basque dans les activités quotidiennes et l’espace public.

Une langue basque fièrement revendiquée et qu’on entend maintenant partout, sur les marchés, dans les commerces, dans les médias. Une langue offerte en option dans la plupart des écoles, une langue que les enfants et les adolescents adoptent eux aussi, de plus en plus souvent.

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Les sept provinces (dont quatre en Navarre) qui composent le Grand Pays basque.

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Une majestueuse maison basque située près du village de Çaro

Nous avons aussi appris toute l’importance qu’occupe la maison basque dans la culture du pays. Solides, spacieuses, élégantes, méticuleusement entretenues, la maison basque (qu’on appelle « Etxea ») est beaucoup plus ici qu’un simple lieu d’habitation. Elle est au centre du noyau familial. La maison symbolise la sécurité, la pérennité de la famille. Elle lui procure son identité. L’Etxea (et ses dépendances) est en général transmise à un seul des enfants, l’aîné de la famille.

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Maison basque à Itxassou. La pelouse, la toîture, la peinture, la facade, tout est impeccable.

En terminant, comment pouvons-nous remercier les amis que nous avons retrouvés ici, sept ans plus tard?

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Avec nos amis Aline, Paulo, Monsieur et Madame L. au restaurant Ttipia, à Saint-Jean-Pied-de-Port, le mardi 14 juin

Amis qui nous ont si généreusement invités, à l’une des meilleures tables de la ville, pour nous dire au-revoir!

Installés à la table du restaurant à midi trente, nous avons quitté l’établissement, après un somptueux repas, à 16h15! Près de quatre heures d’échanges, de rires, de questions qui fusent, de conversations à bâtons rompus!

Merci infiniment, Aline, Paulo, Monsieur et Madame L. !

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Diana entourée de Monsieur et Madame L. qui nous avaient si gentiment hébergés à Saint-Jean-Pied-de-Port il y a sept ans.

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Agneau de lait du pays basque, grillé, accompagné de pommes de terre grenailles rôties et de champignons. Café restaurant Ttipia, Saint-Jean-Pied-de-Port. Un repas mémorable.

Monsieur L. qui a aussi pris le temps de se déplacer, après le repas, une heure plus tard, jusqu’à la maison, afin de nous amener (comme le souhaitait Diana) du piment d’Espelette et de la blette de son jardin!

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Monsieur L., dans notre cuisine, avec de la blette provenant de son jardin

Merci! Merci! Merci!

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Diana en compagnie de Marie, 83 ans, rencontrée le mercredi 15 juin devant sa coquette maison, à Ispoure.

Nous poursuivons notre voyage comme prévu, lundi, vers Cahors, dans le département du Lot. Nous retrouverons là-bas notre chère amie Christiane avec qui j’ai eu la chance de travailler, comme coopérant-bénévole, au Rwanda, entre 2011 et 2012. À dans quelques jours, Christiane!

Nous quittons le Pays basque comblés. Nous avons été ici si bien entourés!

Et nous reviendrons, sans aucun doute, dans ce pays, beau et accueillant comme nul autre!

Merci encore à tous!

Ez Adiorik! (Au revoir!)

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Déjeuner dans notre second jardin le mercredi 15 juin. Une nouvelle vague de chaleur doit déferler sur la France, en particulier sur le sud-ouest, dans les prochains jours. On attend, en Basse-Navarre, des températures avoisinant les 35 ou 36 degrés, peut-être plus.

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Rue de la Citadelle, la veille de notre départ de Saint-Jean-Pied-de-Port

De « la Belle Province » au Pays basque

Au revoir Côte-des-Neiges, Outremont, le Mile End, la Petite Italie, Villeray, Rosemont!

Au revoir à ces quartiers si vivants de Montréal que nous aimons tant!

Au revoir aux parcs paisibles de la ville.

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Halte à l’ombre pour Diana au parc Jarry, dans l’est de Montréal, le mercredi 18 mai…

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… près d’autres riverains qui apprécient comme nous cette douce journée de printemps après les trois jours consécutifs de canicule (plus de 30 degrés) vécus la semaine précédente!

Après avoir passé sous le soleil (la plupart du temps), cinq très belles semaines à Montréal, nous partons ce mercredi, le 25 mai, pour Paris… avant de rejoindre, le 30 mai, au pied des Pyrénées, la petite ville de Saint-Jean-Pied-de-Port, au Pays basque!

Cela a été un grand bonheur de revoir ici la famille, de retrouver nos vélos et d’accueillir, en français, le printemps dans « la Belle Province »!

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Mon frère Alix en compagnie de Diana sur « le sentier de la montagne » vers le Mont-Royal, le lundi 25 avril, quelques jours après notre arrivée à Montréal.

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Neveu, nièces et conjoints réunis autour d’un pique-nique familial organisé le dimanche 1er mai au parc Beaubien, à Outremont.

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Deux de mes nièces, aujourd’hui jeunes et attentives mamans, lors du weekend de la Fête des Mères, avenue de Chateaubriand, dans le quartier La Petite-Patrie à Montréal.

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Un peu plus tard le même jour, Diana, en route pour Rosemont, dans l’une des nombreuses « ruelles vertes » de Montréal. Celle-ci située juste à l’ouest de l’avenue de Chateaubriand. Le panneau, sur la droite, résume assez bien l’esprit des ces « ruelles vertes » conviviales et fièrement animées, gérées, par les résidents du quartier: « Ralentissez. Personne n’est à vos trousses« .

Comme la plupart des grandes métropoles, Montréal, après la pandémie, reprend peu à peu des couleurs. Les travailleurs sont de retour, de plus en plus nombreux, dans les bureaux, les tours du centre-ville. Après deux ans de quasi disette, les petits commerces, les boutiques, les restaurants, les cafés, rouvrent timidement leurs portes…

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Avenue Fairmount, dans le quartier du Mile End, le mercredi 18 mai.

La ville s’ébroue, s’étire comme après un long sommeil. Montréal pavoise. Un peu partout, dans les commerces, on recrute, on embauche, et il n’y a souvent pas assez de candidats pour les postes à pourvoir. Malgré les salaires, en hausse, la main d’oeuvre fait cruellement défaut. Au mois d’avril, le taux de chômage dans la région de Montréal était de 4.8% (5.2% au Canada). Un creux historique.  

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Au Marché Jean-Talon, dans la Petite Italie, le mercredi 18 mai

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Dans les allées du parc Jarry, ce samedi 21 mai. 

Tout n’est pas rose cependant à Montréal!

L’embellie ou « la reprise » post-covid ne profitent pas à tout le monde. L’épidémie semble avoir, ici aussi, pénalisé, marginalisé les plus démunis, en particulier les nouveaux arrivants, et parmi eux, les femmes. Pour ces nouveaux venus, point de télétravail ou de « modèle hybride ». Loin des beaux quartiers, à l’abri des regards, les inégalités se creusent.

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L’une des magnifiques murales qui ornent les murs du quartier Parc Extension, l’un des arrondissements les plus modestes de Montréal. Ici avenue Ball, près du parc Saint-Roch. Artiste, Annie Hamel (2010)

Dans notre quartier, Côte-des-Neiges, aux abords du parc Martin-Luther-King (ancien parc Kent), une demi-douzaine de sans-logis se sont récemment installés. Une première dans ce secteur. Quelles circonstances ont conduit ces hommes et ces femmes jusqu’ici?

Ils ne sont ni violents ni agressifs. Il n’y a, le soir, pour l’instant, ni tentes, ni feux de camp. Mais leur présence dans le quartier étonne, surprend. Et témoigne de la défaillance des services sociaux qui semblent, dans certains arrondissements, comme chez nous à Vancouver, débordés.

Pour de nombreux montréalais, « la sortie de crise » est encore un lointain mirage…

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Avenue Victoria, près du métro Plamondon, dans le quartier Côte-des-Neiges. 

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La pandémie a aussi accéléré à Montréal la spéculation immobilière. Les loyers grimpent. Ci-dessus, une affiche, rue Masson, à Rosemont. La résistance s’organise. Qui, dans ce combat (locataires, propriétaires, agents immobiliers, spéculateurs), dispose des meilleures armes? Quel rôle peut – et doit – jouer la Ville? 

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Pour le plus grand bonheur des piétons et des cyclistes, la rue De Castelnau, dans le village de Villeray, est à nouveau cet été fermée à la circulation automobile. Quel plaisir de se promener dans ce quartier, l’un de nos préférés à Montréal. Ci-dessus, angle De Castelnau Est et avenue Henri-Julien. 

Grâce à mon frère Bernard et à son épouse Nancy, j’ai eu la chance de visiter, début mai, une région du Québec que je ne connaissais pas, les Cantons-de l’Est, situés à une heure de route environ à l’est de Montréal, près de la frontière américaine.

Carte des Cantons-de-lEst

Contrairement au reste du Québec, les Cantons-de-l’Est (nom administratif: l’Estrie) ont été développés à la fin du 18è siècle, après la déclaration d’indépendance américaine, par les « Loyalistes », des colons américains qui désiraient rester fidèles à la couronne britannique.

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Avec mon frère Bernard près du village de Sawyerville, dans la région du Haut-Saint-François, dans les Cantons-de-l’Est… après un délicieux pique-nique composé de pâtés haïtiens et d’une salade grecque dont mon frère a le secret. Journée inoubliable et conversation à bâtons rompus. Merci Ben & Nancy!  

Grâce à Nancy, j’ai aussi appris que de nombreux villages des Cantons-de-l’Est faisaient autrefois partie du réseau du chemin de fer clandestin (« the underground railroad« ) – un réseau secret et sûr de voies d’évasion, piloté par les abolitionistes, qui permettait aux Afro-Américains de fuir l’esclavage du sud des États-Unis afin de trouver refuge dans les états libres du nord et au Canada.

Entre 1840 et 1860, on estime qu’entre 30 000 et 40 000 fugitifs ont ainsi trouvé asile au Canada.

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La carte ci-dessus indique les principaux trajets empruntés par les Noirs décidés à fuir l’esclavage dans le sud des É-U. Voir, en haut à droite, le trajet – via les Cantons de l’Est – vers Montréal.

Alors que la météo change rapidement ce jour-là, l’une de nos dernières étapes dans cette fascinante région a été notre visite à l’Abbaye bénédictine de Saint-Benoît du Lac, fondée en 1912. Une halte incontournable dans les Cantons-de-l’est

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Une cinquantaine de moines vivent dans cette abbaye située sur la rive ouest du lac Memphrémagog, près du village d’Austin. L’abbaye est aussi un lieu de retraite pour les visiteurs qui peuvent y passer la nuit. Les moines de l’abbaye fabriquent ici du cidre et un fromage réputé, le Saint-Benoît.

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Le parc Marie-Gérin-Lajoie situé entre les quartiers Côte-des-Neiges et Outremont.

Retour à Montréal et retour aux sources pour moi lors d’une de nos innombrables randonnées en vélo dans les arrondissements de la ville. Nous décidons un matin de nous arrêter un moment au Paltoquet, rue Van Horne, à Outremont.

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La terrasse de la boulangerie-pâtisserie Le Paltoquet, le lundi 9 mai.

Au fil des ans, Le Paltoquet est devenu à Montréal une véritable institution. L’établissement est situé à deux pas du Collège Stanislas où j’ai étudié, entre 1972 et 1975, au tout début de notre installation à Montréal et au Canada.

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Le Collège Stanislas, à Outremont (sous l’égide du gouvernement du Québec) fait partie du réseau international des lycées français. Parmi les anciens élèves de l’établissement, plusieurs futurs premiers ministres du Québec: P.M. Johnson, J. Parizeau, P. Couillard. Au sein de ma promotion (juin 1975), beaucoup plus modeste, un musicien connu (quand même!) : Ivan Doroschuk, chanteur et leader du groupe « Men Without Hats ». Salut Ivan!  

Alors que nous partageons tranquillement en terrasse un café et un pain au chocolat, quelle surprise d’apprendre que « Le Paltoquet » vient d’être racheté par un couple… venu de Beijing!

Curieuse, la nouvelle propriétaire, avec un grand sourire, vient poliment nous saluer… et entame aussitôt avec Diana une longue conversation, en français, en anglais, en mandarin et en cantonais!

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La nouvelle propriétaire nous apprend que son fils fréquente lui aussi le Collège Stanislas! 

Bonne chance à la nouvelle équipe du Paltoquet!

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Avenue De Castelnau, dans le village de Villeray, ce samedi 21 mai. Super atmosphère dans le quartier. On y est bien. 31 degrés à Montréal! Quelques minutes plus tard, au même endroit, nous engageons une chaleureuse conversation…

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… avec Delphine, une jeune femme d’origine haïtienne qui partage gentiment et généreusement avec nous son parcours, exceptionnel, et quelques-uns de ses coups de coeur montréalais, y compris l’adresse de ses restaurants antillais préférés! Quelle belle rencontre! Inattendue et inoubliable. Merci i-n-f-i-n-i-m-e-n-t, Delphine!

Comme je l’ai mentionné plus haut, nous ne passerons qu’un bref moment à Paris. Dès le lundi 30 mai, nous prenons, gare Montparnasse, le train pour la petite ville de Saint-Jean-Pied-de-Port, au Pays basque, où mon frère Alix nous rejoindra pour quelques jours.

Au programme: parcourir, début juin, avec mon frère cette fois, le chemin mythique de 27 kilomètres qui traverse les Pyrénées et relie Saint-Jean-Pied-de-Port, en France, au village de Roncevaux, en Espagne.

Une randonnée fabuleuse dont j’ai déjà parlé ici. 

Comme pendant l’été 2015, Diana et moi séjournerons trois semaines au Pays basque avant de poursuivre notre voyage, le 20 juin, dans le département du Lot. Nous reverrons là-bas, avec bonheur, notre très chère amie, Christiane.

Si tout se déroule bien, je terminerai mon séjour en France cet été en parcourant, sur le chemin de Compostelle, les dernières étapes (325 kms) de ma longue randonnée, entamée au printemps 2018, vers les Pyrénées!

Retour prévu à Vancouver, le 8 août.   

Bon printemps à tous!

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Plat de crevettes assaisonnées au beurre et à l’ail, dégusté à la poissonnerie et restaurant égyptien Rayan, Chemin de la Côte-des-Neiges, à Montréal, le samedi 23 avril.

Notes de lecture:

Roland Brival, Nègre de personne – (Paris, 2016)

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Sur le thème de l’identité noire, l’un des meilleurs romans que j’ai lus depuis longtemps. Nous sommes au milieu des années 30, entre Paris et New York. Léon Damas, ami de Césaire et Senghor, est un jeune poète guyanais qui vient de publier à Paris son premier recueil de poèmes. Encouragé par ses deux illustres amis, chantres de la négritude, Damas se rend à New York avec un double objectif. Rencontrer à Harlem les écrivains, les intellectuels noirs américains – parmi eux, Langston Hughes, William EB Du Bois – et les inviter à participer à une grande conférence qui réunirait, à Paris, l’intelligentsia noire des deux côtés de l’Atlantique. Immense programme. Dès son arrivée à New-York, Damas est happé par la formidable énergie, l’effervescence culturelle de la ville. Il fréquente à Harlem les bars et les cabarets célèbres, le Savoy, l’Apollo Theater, le Cosmos. Il croise Billie Holiday, Lester Young. Il rencontre des peintres, des artistes afro-américains, haïtiens. Il assiste à des vernissages. Au fil de ces rencontres, Damas prend peu à peu la mesure des différences fondamentales qui existent entre la condition des Noirs aux États-Unis (la ségrégation, brutale) et le racisme latent, caché, plus sournois qui sévit en Europe. Ces deux expériences sont-elles réconciliables? Le projet d’un grand congrès à Paris n’aboutira finalement pas. Mais le lecteur sort grandi, transporté, galvanisé par la fougue et l’intelligence de ce récit éblouissant.   

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Diana, rue de Belleville, à Paris, le dimanche 29 mai.

Notes de lecture

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Phénomène inhabituel, Vancouver a connu cette année un rude hiver avec de fréquentes et abondantes chutes de neige. Ci-haut, notre rue, dans le quartier Mount Pleasant, fin décembre.

Quoi de mieux en temps de pandémie que d’aller fureter et piocher dans les bibliothèques de beaux et grands livres qui nous rapprochent de la lumière à venir du printemps?

En voici cinq. Cinq titres qui m’ont particulièrement plu récemment, présentés ici dans l’ordre dans lequel je les ai découverts.

Pierre Nora, Jeunesse – (Paris, 2021)

Lpierre noraes mémoires de jeunesse d’un grand intellectuel. Élevé à Paris, dans « le confort douillet » d’une famille bourgeoise, juive, Pierre Nora, historien et directeur de collection chez Julliard et Gallimard, a été le témoin attentif d’un siècle qu’il a traversé aux côtés de personnages illustres. Grâce à son frère aîné Simon, haut-fonctionnaire, il côtoie, très jeune, Pierre Mendès France, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Jean Daniel. Après quelques échecs (il échoue trois fois au concours d’entrée à l’École Normale), Pierre Nora déploie ses ailes.

Il obtient une licence en philosophie puis est reçu à l’agrégation d’histoire. Il fonde plus tard et anime pendant 40 ans la revue « Le Débat ». Il est élu à l’Académie française. Le livre, écrit « au galop », fourmille d’anecdotes sur la vie intellectuelle de l’époque. On y retrouve de multiples portraits et des réflexions, profondes, sur la famille, la religion. Au fil des pages, Pierre Nora revient sur les événements marquants de sa jeunesse, sur la période de la guerre notamment, qu’il a vécue en partie caché avec sa famille, recherchée par la Gestapo. Certains chapitres sont très personnels, comme le récit de ses relations amoureuses. Pierre Nora est aujourd’hui, à 90 ans, le compagnon de la journaliste Anne Sinclair.

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East 7th Avenue, dans le quartier Mount Pleasant, à Vancouver, fin décembre 2021.

Dominique AngladeCe Québec qui m’habite – (Montréal, 2021)

angladeL’autobiographie d’une femme talentueuse, ambitieuse… et pressée! Née au Québec de parents d’origine haïtienne, Dominique Anglade est, depuis mai 2020, à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ). La première femme noire à accéder à une si haute fonction politique au Québec. Mme Anglade retrace ici son parcours, parcours atypique, forgé par les valeurs et les convictions de ses parents, Georges, géographe, et Mireille, enseignante, tous les deux engagés à gauche et morts tragiquement lors du tremblement de terre en Haïti en 2010.

Après des études à l’École Polytechnique et à HEC à Montréal, Dominique Anglade se voit confier en Ontario puis à Montréal une série de postes de plus en plus importants en gestion. Côté cœur, invitée par une amie en octobre 1998 à passer quelques jours à Vancouver, elle y rencontre, lors d’une fête de l’Halloween près de UBC, l’homme qui deviendra en 2004 son mari: Helge est citoyen allemand et il étudie à ce moment-là la physique à UBC.

Quelques années plus tard, jeune maman, Dominique Anglade passera auprès de son mari trois ans à Vancouver – « une ville simple, gentille, sans complexe… mais plate (ennuyeuse ) » écrit-elle – avant de retourner avec sa famille au Québec où elle amorce, à partir de 2011, avec la CAQ (Coalition Avenir Québec) puis avec le PLQ une fulgurante ascension politique.

Élue députée puis nommée vice-première ministre et ministre de l’Économie sous le gouvernement libéral (2014-2018), Dominique Anglade dirige maintenant l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec.

Le livre est passionnant et se lit comme un roman. L’ouvrage fait référence à plusieurs lieux et thèmes qui me sont familiers: son lien avec Haïti, son attachement à Montréal et au Québec, son séjour à Vancouver, sa pratique du squash, l’école Marie de France, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

Entre les lignes, pointent la détermination et la volonté de réussir de Dominique Anglade. Pointent aussi sa force et son courage alors que, « quatre fois minoritaire – par la langue, le sexe, l’âge et l’origine ethnique », elle se taille une place dans le monde des affaires puis fait carrière en politique, dans un milieu souvent brutal et misogyne.

À quelques mois des élections provinciales au Québec, prévues en octobre, Dominique Anglade réussira-t-elle à déjouer les pronostics et les sondages? Le livre terminé, on a presque envie d’aller, de courir prendre sa carte d’adhésion au PLQ! C’est là, sans doute, l’un des buts de l’exercice.

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Les premiers signes du printemps ont fait leur apparition à Vancouver à la fin du mois de janvier. Ci-dessus, la plage Kitsilano…

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… où on peut, au choix, le 31 janvier, jouer au volley-ball sur la plage ou se promener en short, près de l’océan…

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Célébration de la Nouvelle Année chinoise. Le 1er février débute l’Année du Tigre. Photo et carte conçues par Diana.

Daniel KleinTravels with Epicurus – (2012)

DKleinUn petit livre magnifique, plein de sagesse, sur l’art de vieillir, sereinement. Daniel Klein, diplômé en philosophie de l’université Harvard part seul, pendant un mois, à l’âge de 73 ans, sur l’île de Hydra, en Grèce. Objectif: faire le point sur sa vie et sur « le grand âge » à la lumière des textes et de l’enseignement des anciens. Il a dans sa petite chambre modeste du village de Kamini une valise pleine de livres. Épicure, Platon, Sénèque, Marc-Aurèle. Mais aussi Sartre, Camus, Bertrand Russell, des textes venus de l’Inde. Que disent ces penseurs sur la vieillesse? Quel est leur message? Comment vivre au mieux ces années si complexes? J’ai dévoré en quelques jours cet essai lumineux, lu en anglais, dans sa version originale. Le livre est aussi disponible en français. Un super petit bouquin, un bijou. À lire absolument!

2 janvier 2022

Lectures d’hiver

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Quel plaisir ce mois-ci de revoir mon ami Ian à Vancouver! Basé à Hambourg avec sa famille, Ian passera les deux prochains mois en Colombie-Britannique…

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Première longue randonnée en vélo, le dimanche 13 février

Caroline DawsonLà où je me terre – (Montréal, 2020)

LàOuJeMeTerreUn récit bouleversant qui connaît au Québec, depuis sa sortie, un succès retentissant et bien mérité. L’histoire vécue d’une petite fille (Caroline, l’auteur) arrachée à sept ans à son pays d’origine, le Chili, et contrainte de suivre en exil ses parents qui fuient la dictature de Pinochet.

La famille obtient au Canada le statut de réfugié et débarque à Montréal en plein hiver, en janvier 1987. Commence alors pour Caroline et les siens le long et douloureux apprentissage de « l’intégration ».

Apprendre au Québec une nouvelle langue. Apprivoiser à l’école, dans les classes d’accueil puis dans le programme régulier, de nouveaux codes. Se construire à Montréal une nouvelle façon d’être, de vivre. Le parcours est semé d’embûches, d’incertitudes.

La famille (3 enfants) déménage souvent. D’Ahuntsic à Hochelaga-Maisonneuve à Brossard, chaque nouveau quartier apporte son lot de surprises et de découvertes que Caroline partage avec force détails, dans une langue savoureuse, parfois crue, mêlée de joual.

Pendant que ses parents, Natalia et Alfredo (ex professeur d’anglais au Chili), font des ménages pour nourrir la famille, Caroline observe, s’applique et réussit peu à peu à trouver sa place dans une société québécoise qu’elle dissèque, de chapitre en chapitre, comme une anthropologue.

Grâce à son intelligence, au soutien de ses parents, à la lecture, Caroline réussit son pari: « devenir un super modèle d’intégration » au Québec. Elle étudie la sociologie et devient professeur au Cegep (l’équivalent du lycée). Une belle revanche et une récompense pour celle qui a tant vu souffrir ses parents.

Un récit remarquable. À mettre entre toutes les mains de ceux et celles qui arrivent, d’ailleurs, pleins d’espoir, au Québec et au Canada.

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Un groupe de kayakeurs explore le littoral près du parc Vanier, à Vancouver, dimanche 13 février.

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Un peu plus tôt, le même jour, le long de la promenade (the seawall) du bord de mer…

Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs – (Paris, 2016)

chemins noirsUn livre de chevet pour les marcheurs. Une pépite. Après une lourde chute et quatre mois passés à l’hôpital, Sylvain Tesson nous offre le carnet de voyage d’une randonnée épique entre le Mercantour (extrême sud-est de la France) et le Cotentin (nord de la Normandie). Deux mois et demi de marche. Un périple effectué presqu’exclusivement sur « les chemins noirs », un réseau d’anciens sentiers et de chemins ruraux, désaffectés, mais toujours répertoriés sur les cartes IGN.

Objectif de l’écrivain voyageur: traverser le pays à pied (jusqu’à 40 kms par jour) en évitant les villes, les banlieues, les ronds-points, afin de retrouver et célébrer une ruralité française aujourd’hui oubliée.

Tesson part seul. Passe la plupart de ses nuits dehors, sous les arbres ou sous une tente. Quelques amis le rejoignent parfois et l’accompagnent, quelques jours, sur la route.

Cette longue randonnée, au coeur de la France « hyper rurale », est le fruit d’un serment conclu après sa chute. « Corseté dans mon lit d’hôpital, écrit-il, je m’étais dit que j’avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso… Si je m’en sortais, il était temps que je traverse la France à piedIl y avait encore une géographie de traverse pour peu qu’on lise les cartes… Une France ombreuse, protégée du vacarme, épargnée par « l’aménagement » du territoire… Je voulais m’en aller par les chemins cachés, campagnards, ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides »…

Pari tenu. Parti du Mercantour à la fin du mois d’août, Sylvain Tesson termine son périple dans le Cotentin, début novembre. Le livre est magistralement écrit. C’est l’oeuvre d’un virtuose. Et ce texte accroît encore mon envie de terminer cet été (si la situation sanitaire le permet) ma route sur le chemin de Compostelle.

À noter: Sylvain Tesson a aussi animé l’excellente série « Un été avec Rimbaud », série diffusée il y a deux ans, sur France Inter. Une quarantaine de courtes et précieuses capsules radio (3-4 minutes chacune) sur « l’homme aux semelles de vent ». Un régal pour l’oreille. À retrouver ici.

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Repas éthiopien (lentilles, choux, épinards, purée de pois, boeuf) accompagné de injera. Restaurant Axum, East Hastings St, Vancouver. Photo: Ian.

Bonnes lectures et bonne fin d’hiver à tous!

SVP, n’hésitez pas à partager vous aussi vos coups de coeur!

Prenez soin de vous et de vos proches.

Le printemps, officiellement, sera avec nous dans 32 jours.

20 février 2022

Brockton Point, Vancouver, le dimanche 20 février 2022

21 février 2022

Randonnée le long de la rivière Fraser avec mes amis Florence et Ian, dans le quartier Southlands, à Vancouver, le lundi 21 février. Nous nous connaissons depuis plus de trente ans.

Voyage contrarié au temps de Delta & Omicron

Nos valises étaient prêtes. Paris nous attendait.

Nous devions partir le 4 décembre, pour cinq semaines, passer les Fêtes en France. À Paris d’abord, puis en province, à Cahors, en Occitanie.

Notre premier voyage à l’étranger depuis deux ans. Une éternité.

Une amie de Toulouse devait nous rejoindre un moment à Cahors, ainsi que mon frère Alix, un peu plus tard, début janvier.

Malgré l’hiver, le froid, le temps gris de décembre et les nombreuses contraintes liées à la pandémie, nous avions hâte, dans un premier temps, de retrouver Paris et les quartiers de l’est de la ville que nous apprécions tant…

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Sur les hauteurs de Belleville, à Paris, en juin 2016.

Belleville, Ménilmontant, le village Jourdain, Saint-Blaise, le quartier Gambetta-Pyrénées et celui du cimetière Père-Lachaise où nous devions nous installer pendant une semaine. Dans une petite rue calme.

Le temps de nous adapter au décalage horaire. Et de profiter au maximum de l’atmosphère, de l’énergie de cette ville où nous nous sentons d’habitude si bien!

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La rue Saint-Blaise, située dans l’ancien « village de Charonne », dans le 20è arrondissement. Le quartier a été, jadis, l’un des hauts lieux de la Commune de Paris. À l’arrière-plan, l’église Saint-Germain de Charonne, dotée, à l’arrière, d’un petit cimetière. Ces quartiers, peu connus, offrent aux amoureux de Paris de splendides heures de promenades… 

Nous avions en poche notre passe sanitaire, sésame obligatoire pour avoir accès en France aux restaurants, aux musées et aux trains, un service essentiel pour nous puisque nous devions quitter Paris, de la gare d’Austerlitz, le 11 décembre, pour Cahors, dans le département du Lot.

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Les citoyens canadiens vaccinés peuvent aussi obtenir un certificat covid numérique valide dans les pays de l’union européenne (UE).

Nous avions cet été applaudi le gouvernement français qui avait mis en place un système ingénieux et pratique de conversion de preuve vaccinale afin de faciliter le séjour des touristes étrangers sur son territoire. Le dispositif permet aux citoyens résidant hors de l’union européenne d’obtenir un code QR – le passe sanitaire français – s’ils sont entièrement vaccinés.

En quelques clics, début octobre, nous avions fait parvenir aux autorités françaises trois documents – la page photo de notre passeport, une preuve officielle de vaccination et une copie de notre titre de transport. Et nous avions reçu, trois semaines plus tard environ, notre certificat covid numérique UE valable en France et dans tous les pays de l’union européenne. Quelle excellente initiative!

(SVP notez cependant que la démarche a depuis été modifiée. Voir infos supplémentaires ici).

Nous avions prévu d’être hyper prudents dans nos déplacements et dans nos contacts quotidiens, tant à Paris qu’à Cahors. Nous allions porter le masque, prendre nos précautions, respecter « les gestes barrières ». Nous serions des visiteurs, des citoyens modèles…

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Le parc de Belleville, dans le 20è arrondissement, en juin 2015

Ce serait si agréable de se promener de nouveau à l’étranger!

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La rue des Rondeaux longe, dans le 20è arrondissement, le cimetière du Père-Lachaise. Il règne dans cette rue, aux allures de campagne, en plein Paris, un calme absolu.

Même si Paris n’a pas très bonne presse ces jours-ci!

Depuis plusieurs années en effet, des milliers de Parisiens quittent, désertent la capitale. Des familles entières déménagent. Faute d’élèves, de nombreuses classes ferment et les écoles se vident peu à peu. Paris perd en moyenne, depuis 2012, environ 11 000 habitants par an. C’est beaucoup.

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Bannière devant une école du 19è arrondissement, en juin 2015.

Avec la pandémie et le télétravail, l’exode s’est encore accéléré, comme le montre ce reportage (11 minutes) diffusé récemment à l’antenne de France 24.

Comment expliquer ces multiples départs? Il y a, selon les Parisiens, en premier lieu, le stress et le coût élevé de la vie dans la capitale. Le prix des logements, de l‘immobilier, ne cesse de grimper et il est de plus en plus difficile de se loger décemment, à un prix abordable, à Paris « intra-muros ».

(C’est un scénario qu’on retrouve, malheureusement, dans la plupart des autres grandes villes, en France et ailleurs, comme chez nous, à Vancouver et à Montréal notamment).   

Les Parisiens dénoncent également les transports en commun – métro, RER – bondés. Les rues sales. Le bruit. Le manque de civisme. La circulation automobile, de plus en plus compliquée. Et, phénomène nouveau, dans les rues, semble-t-il, un sentiment d’insécurité, croissant.

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Dans le 18è arrondissement de Paris, en juillet 2015

Ils sont donc des milliers chaque année à quitter la capitale. En quête d’une vie plus simple – ailleurs – dans une ville « plus humaine », de taille moyenne, disposant si possible d’espaces verts et des services essentiels…

Pour nous, visiteurs, en transit, de passage à Paris, le tableau serait bien différent!

Nous aurions, pour guider nos pas, l’histoire et l’architecture somptueuse de la ville!

À la table des restaurants ou au zinc des cafés, entre deux bouchées, nous savourerions, la langue, la gouaille parisienne!

Et nous marcherions dans les rues de Paris, le coeur léger, heureux, les oreilles aux aguets et les yeux ouverts, grands comme des soucoupes!

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La Seine et la cathédrale Notre-Dame vues de la terrasse de l’Institut du monde arabe, dans le 5è arrondissement, en août 2015.

Nous serions ensuite partis, en train, pour Cahors, une petite ville qui m’avait immédiatement séduite, il y a deux ans, lors de ma randonnée sur le chemin de Compostelle.

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Cahors est la commune principale du département du Lot, en Occitanie. La ville est magnifique!

Je voulais absolument partager cette belle découverte avec Diana.

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Par une brèche dans les buissons qui longent le Lot, on aperçoit une partie de la vieille ville de Cahors, en mai 2019.

Nous avions loué à Cahors, au cœur de la vieille ville, un appartement, pour un mois.

Nous serions à cinq minutes de marche des berges du Lot. À cinq minutes du marché, qui se tient, le mercredi et le samedi matin, sur la place de la cathédrale Saint-Étienne.

Tout autour de la ville, de l’autre côté du Lot, de nombreux sentiers de randonnée nous attendaient!

Le GR65, par exemple, qui relie Le-Puy-en Velay, en Haute-Loire, à Saint-Jean-Pied-de Port, au pied des Pyrénées. Ou le GR 36 qui va vers Figeac. Ou le GR 46 qui grimpe jusqu’à Rocamadour…

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Quelques-uns des nombreux sentiers de grande randonnée (GR) qui sillonnent les alentours de Cahors

Et puis… Patatras!

Quelques jours avant notre départ, un nouveau variant a fait son apparition.

Qui, il y a encore deux semaines, avait entendu parler d’Omicron?

Nous avons hésité.

Et puis, rapidement, il y a eu cet avis de l’O.M.S., déconseillant aux plus de 60 ans de voyager.

D’autres restrictions sont vite venues assombrir nos plans de voyage.

Un test de dépistage était requis avant l’arrivée en France. Un second test obligatoire avant notre départ vers le Canada. Et un troisième test une fois arrivé sur le sol canadien.

Notre voyage ressemblait de plus en plus à une course d’obstacles.

Nous avons donc décidé, comme beaucoup d’autres, d’être prudents. Et, avec beaucoup de regret, nous avons décalé notre séjour en France pour le printemps – en espérant que la situation sanitaire sera, à ce moment-là, revenue à la normale.

Mais rien n’est moins sûr! Nous devrons peut-être, ce printemps ou cet été, prendre notre mal en patience. Et attendre, encore un peu, avant de pouvoir gambader et voyager de nouveau à l’étranger!

 D’ici là, malgré tout, essayons de rester « Zen » et, comme le dit le philosophe, « cultivons notre jardin ».

Prenez bien soin de vous et de vos proches!

Joyeuses Fêtes à tous!

Notes de lecture sur Haïti:

Emmélie Prophète, Le bout du monde est une fenêtre

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Éditions Mémoire d’encrier, 2015

Un roman magnifique, écrit dans une langue admirable. Samuel, jeune orphelin démuni, quitte son village au bord de la mer pour rejoindre la capitale, Port-au-Prince, où personne ne l’attend. Il a huit ans. De fil en aiguille, grâce à sa débrouillardise et au soutien de quelques adultes aussi indigents que lui, Samuel entre à l’école puis décroche un poste de mécanicien dans un garage situé dans un quartier cossu de la capitale. En face du garage, dans une maison bourgeoise qui tombe en ruines, vit Rose, une jeune femme mulâtre et désoeuvrée. Elle s’ennuie. Prisonnière de son rang, de son milieu social, Rose observe fiévreusement Samuel derrière le mince rideau de sa chambre. Les deux personnages, que tout oppose, entament par le regard un dialogue muet. La relation a-t-elle une chance d’aboutir?

 

Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past

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Beacon Press books, Boston, 1995

Au coeur de cet essai magistral, des questions fondamentales qui divisent les historiens depuis deux siècles. Comment expliquer que l’interprétation de l’incroyable épopée que constitue la révolution haïtienne (1791-1804) ait été pendant si longtemps détournée, déformée et cadenassée par une majorité d’historiens? Et comment expliquer que quelques années à peine après les nobles idéaux (« liberté« , « égalité« ) de la révolution américaine (1776) puis de la révolution française (1789), la révolte des esclaves menée à Saint-Domingue par Toussaint L’Ouverture, à partir de 1791, ait été si durement réprimée? La déclaration d’indépendance d’Haïti, en 1804, se heurtera au même déni. Michel-Rolph Trouillot partage ses arguments avec verve et talent et nous offre ses pistes de réflexion. Un grand, un immense livre. Qui vient d’être réédité.     

 

Chantal Kénol, Si je contais ma ville

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Éditions Atelier Jeudi Soir, Port-au-Prince, 2020

Un poignant et merveilleux recueil de nouvelles qui plonge le lecteur au milieu des quartiers populaires de Port-au-Prince. Chacune des douze nouvelles est un tableau, saisissant, de ce pays « où on grandit vite ». Vaincre la misère, l’injustice, la faim, le chômage, la corruption, survivre à tout prix dans une capitale surpeuplée, chauffée à blanc et pleine de rumeurs – telles sont les préoccupations principales des personnages croisés dans ce volume étonnant et fort bien écrit.  « Dans mon pays, je suis une privilégiée« , écrit Chantal Kénol dans son avant-propos. « Mon seul recours, en tant qu’écrivain, est que mon écriture rejoigne l’autre en ce lieu seul qui nous rassemble: notre commune humanité. » Une très belle réussite.

 

Camille Kuyu, Les Haïtiens au Congo

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Éditions L’Harmattan (2006)

L’histoire captivante et trop peu connue d’une génération de professionnels haïtiens venus offrir son expertise au Congo (ex belge) après l’indépendance du pays en juin 1960. Médecins, agronomes, enseignants, ces « assistants techniques » haïtiens débarquent au Congo avec leurs familles avec une triple motivation. Fuir la dictature de François Duvalier en Haïti. Participer au Congo à « une grande œuvre » dans le pays des ancêtres, « l’Alma Mater ». Et assurer à leurs familles une solide sécurité financière. Les témoignages des anciens coopérants haïtiens recueillis dans le livre sont passionnants. Seul regret, ces témoignages évoquent pour la plupart une période qui débute en 1967 – deux après l’accession de Mobutu au pouvoir. Il aurait été utile d’entendre la voix et les réflexions des « pionniers », les experts haïtiens arrivés au Congo entre 1960 et 1965, juste après l’indépendance. Notre père était l’un de ces « pionniers » recruté par l’OMS en février 1961 et affecté au Congo comme chirurgien, à l’hôpital de Bukavu, dans la province du Kivu. Pour notre famille, cela a été une aventure et une expérience inoubliables. SVP voir Retour au lac Kivu.         

Portraits de Montréal

Quel bonheur cet été de revoir Montréal et retrouver la famille… après deux ans d’absence!

22 juillet 2021

Réunion familiale, le jeudi 22 juillet. Notre frère aîné est en déplacement, à l’étranger.

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Diana, à la table d’un café, dans le quartier Côte-des-Neiges, le samedi 24 juillet…

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… après une randonnée de cinq heures en vélo dans les rues de Montréal, plus tôt ce jour-là, de la rue Rachel, au parc Maisonneuve puis retour via Rosemont et la piste cyclable de la rue Saint-Zotique Est…

L’appartement que nous louons d’habitude près du parc Kent, dans le quartier Côte-des-Neiges, n’étant pas disponible, nous logeons cette fois-ci un peu plus à l’est, dans le même arrondissement, dans le secteur de l’université de Montréal, à deux pas de l’avenue Willowdale.

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L’avenue Willowdale, située derrière notre appartement…

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… est à cinq minutes de marche d’Outremont

Dès le lendemain de notre arrivée, nous avons acheté deux vélos et, comme prévu, nous parcourons tous les matins la ville avec deux objectifs: aller à la rencontre des Montréalais et côtoyer, autant que possible, les membres de la communauté haïtienne, encore surpris et déconcertés par les récents événements survenus au pays.

Premier constat: après 16 mois de pandémie, Montréal, timidement, respire de nouveau, Montréal sourit! La ville reprend des couleurs et se remet, peu à peu…

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Sur la rue Bernard (Outremont), transformée en partie, cet été, en rue piétonne, le samedi 24 juillet

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L’avenue du Mont-Royal, piétonnisée elle aussi cet été entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Fullum, le samedi 31 juillet. À l’horizon, le mât du Stade olympique, construit pour les JO de 1976

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Montréalaise d’origine haïtienne rencontrée, rue Jarry, le mercredi 28 juillet

Au fil de nos randonnées, voici donc quelques-uns des visages croisés, fin juillet, début août, lors de notre séjour à Montréal.

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Steve gère avec sa soeur, depuis 1985, le restaurant et casse-croûte de cuisine créole, « Steve & Anna« , une véritable institution, rue Bélanger Est, à Montréal…

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Poulet grillé accompagné de riz, de bananes mûres (plantain) et de « pikliz » (un condiment épicé haïtien) dégusté lors de notre passage au restaurant, le vendredi 23 juillet

En planifiant ce voyage, à l’exception du trajet de/vers l’aéroport, nous avions fait le pari de nous déplacer uniquement en vélo pendant notre séjour. Pari tenu!

Montréal, l’été, est une ville fantastique de vélo. La municipalité compte plus de 300 kms de pistes et voies cyclables. C’est le paradis. Pendant deux semaines, nous n’avons jamais utilisé de voiture ni même pris les transports en commun. Nous étions en selle, en moyenne, trois à quatre heures par jour. Parfois plus.

Ce mode de transport nous a permis de faire, chaque jour, de multiples rencontres, comme celle-ci, dans le quartier Rosemont, où nous nous sommes arrêtés, un après-midi, afin de régler un bris mécanique…

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Grâce à Mundo, ci-dessus, originaire du Mexique et propriétaire du magasin « Vélo Intemporel« , rue Beaubien Est, notre petit pépin a été réparé en un clin d’oeil. Excellent service. Merci, Mundo!

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Devant un café dans le quartier du Mile-End, le jeudi 22 juillet

Quelle surprise de découvrir un matin, dans le nord-est de la ville, à proximité du quartier Saint-Michel, un parc immense que nous ne connaissions pas, le parc Frédéric-Back…

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Diana en grande conversation, en cantonais et en français, avec un promeneur dans le parc Frédéric-Back, le vendredi 30 juillet

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Le parc, inauguré en 1995, est (avec le parc Maisonneuve), l’un des grands espaces verts de l’est de Montréal. Aménagé sur le terrain d’une ancienne carrière et d’un site d’enfouissement, le parc se transforme progressivement…

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Une fois les travaux d’aménagement terminés, la superficie du parc Frédéric-Back sera presque voisine de celle du Mont-Royal. Une belle découverte! Le parc est, malheureusement, encore trop peu connu des Montréalais.

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La Maison d’Haïti, située près du parc Frédéric-Back, dans le quartier Saint-Michel. La Maison, fondée en 1972, a pour missions l’accueil, l’éducation, l’intégration et l’amélioration des conditions de vie des personnes d’origines haïtienne, afro-descendantes et immigrante. Infos supplémentaires au: https://www.mhaiti.org/web

Lors de nos randonnées quotidiennes, fréquentes haltes, dans les quartiers de la ville, afin de déguster différentes cuisines et plats du monde entier. Ci-dessous, avenue Van Horne, une escale dans le sud de l’Inde, le lundi 26 juillet…

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Poulet assaisonné au curry servi au restaurant Thanjai. Le restaurant est l’une des cantines de la communauté indienne de Montréal originaire du Kerala et du Tamil Nadu, deux états du sud de l’Inde

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La rue Saint-Viateur, à l’est de l’avenue du Parc

À l’autre bout de la ville, le samedi 31 juillet, autre chaleureuse conversation, alors que je suis en route vers le canal Lachine.

En descendant la rue Saint-Pierre, dans l’arrondissement de Lachine, je suis intrigué par l’atmosphère toute conviviale d’une petite entreprise qui a pignon sur rue dans ce quartier, très modeste. Je m’arrête, m’approche d’un étal où sont disposés fruits et légumes. Et j’entame avec Carlo, 27 ans, une longue discussion.

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Carlo devant le marché Saint-Pierre, l’un des nouveaux « petits marchés » récemment ouverts à Lachine

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Carlo gère le petit marché le samedi avec un ami… 

Le quartier Saint-Pierre de Lachine, m’explique Carlo, est un « désert alimentaire ». Il n’y a aucun supermarché dans le secteur. Très peu d’épiceries. L’accès aux produits frais, fruits, légumes, est très limité. Et les résidents du quartier, ayant en général peu de ressources, sans véhicules, ont beaucoup de difficulté à se nourrir correctement, de façon saine.

D’où ce projet, conçu avec l’arrondissement de Lachine, de monter, rue Saint-Pierre, ce « petit marché » qui permet aux riverains de se procurer, près de chez eux, des aliments de bonne qualité, produits dans la région, à un prix abordable.

Bravo, Carlo! Et bonne chance à cette belle entreprise d’équité et de partage.

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Quelques-uns des produits offerts au marché Saint-Pierre de Lachine, le samedi 31 juillet

Une quarantaine de minutes plus tard, j’ai rejoint Montréal, en vélo, par la longue piste cyclable du canal Lachine. La journée est magnifique!

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Les tours du centre-ville de Montréal se dressent à l’horizon, à l’est du canal Lachine, le samedi 31 juillet

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Piétons et cyclistes font en général plutôt bon ménage à Montréal y compris le long du canal Lachine, ci-dessus. Le canal est un lieu historique, une des portes d’entrée d’un réseau de canaux qui reliait autrefois l’Atlantique à Montréal et au coeur du continent.

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Le presbytère, situé rue Beaubien Est, dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie, témoigne de l’importante présence de la communauté catholique vietnamienne à Montréal

Il faut déjà quitter Montréal!

Notre séjour a été, comme d’habitude, bien trop court!

Rendez-vous est déjà pris pour le printemps prochain afin d’assister au mariage d’une de mes nièces.

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Le menu, préparé par Diana…

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… pour un grand repas de famille organisé chez mon frère, le lundi 2 août… 

D’autres aventures et voies cyclables nous attendent l’an prochain – notamment le long parcours, via l’Estacade du pont Champlain, qui mène à l’Île-des-Soeurs, l’Île Notre-Dame, le parc Jean-Drapeau et les berges du fleuve Saint-Laurent.

D’ici là, début novembre, les Montréalais iront aux urnes, élire leur maire. Tous nos voeux de succès à la mairesse sortante, Valérie Plante, pour sa réélection.

Bonne fin d’été à tous!

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Valérie Plante a été élue, en 2017, mairesse de la Ville de Montréal

Vancouver, Colombie-Britannique

La ville de Vancouver, située sur les rives du détroit de Georgie, détroit qu’on appelle, de plus en plus souvent, « The Salish Sea », en hommage aux peuples indigènes qui ont, les premiers, habité la région.

Voiliers et bateaux de plaisance ancrés à « False Creek », le bras de mer qui pénètre au coeur de Vancouver, la ville principale de la Colombie-Britannique.

À l’ouest de « False Creek », le pont Burrard et le détroit de Georgie. Au-delà, l’océan Pacifique

Comment expliquer mon histoire d’amour avec Vancouver?

Une histoire qui dure depuis bientôt quarante ans…

Après une randonnée en vélo, déjeuner à la plage Jericho en compagnie d’une amie. Vancouver, septembre 2020

Pique-nique avec nos amis Stephen et Annie dans l’un de nos parcs préférés de l’est de la ville, Burrard View Park. Août 2020.

La ville a bien changé depuis mon arrivée, en août 1982.

Joueurs de « lawn bowling » à Vancouver

Vancouver était à ce moment-là une petite ville tranquille, anglo-saxonne, assoupie, au bord de l’océan, dans un bel écrin de verdure. Tout était fermé le dimanche.

On jouait au cricket, le weekend, au parc Stanley. Ou, tout de blanc vêtu, au boulingrin (« lawn bowling ») au parc Reine-Elizabeth.

Elizabeth II en juillet 1982

 Le visage de la reine trônait un peu partout, dans les écoles, les édifices publics. En plus du parc, un grand théâtre, au centre-ville, et une école, près de l’université, portaient aussi son nom… 

Vancouver revendiquait encore fièrement, à cette époque, son attachement à la Couronne et ses liens avec le Vieux Continent.

Le blason officiel de la Colombie-Britannique

Entre le début de son règne, en 1952, et l’été 1982, la reine ou un membre de la famille royale avaient officiellement visité Vancouver ou la Colombie-Britannique … neuf fois.

Une dixième visite royale (pour inaugurer le stade B.C. Place et lancer Expo 86) eut lieu en mars 1983. 

Cependant, derrière cet aspect un peu guindé, Vancouver avait aussi un autre visage. Beaucoup plus séduisant. Et l’ambiance sur la côte ouest était bien différente de celle que j’avais laissée à Montréal…

On pouvait ici, en janvier, sortir en short et sandales. Jouer au tennis à l’extérieur. Faire du vélo ou de la voile. Pique-niquer sur la plage.

Autre pique-nique, sur la plage Spanish Banks

… en décembre 2020. Température? 7 ou 8 degrés

Dès la mi-février, le printemps pointait le bout du nez, les jonquilles, les tulipes faisaient leur apparition…

Les promeneurs, en tee-shirts, envahissaient les parcs.

Quel contraste avec Montréal!

Quel bonheur, et quel sentiment de liberté surtout! J’avais 25 ans!

Diana cheminant le long de « Siwash Rock Trail », l’un des nombreux sentiers qui sillonnent le parc Stanley.

Les différents quartiers de Vancouver. Chacun a son ambiance, ses parcs, son histoire. La ligne verte au milieu marque la « frontière » qui, historiquement, sépare les quartiers plus aisés de la ville, à l’ouest, des quartiers plus modestes, à l’est. J’habite, depuis plus de 25 ans, à Mount Pleasant.

Notre domicile dans le quartier Mount Pleasant, au début du printemps, en mars 2020.

Vancouver avait encore, au début des années 80, une réputation de ville frondeuse, contestataire, anticonformiste. Vertus essentielles pour le jeune homme rebelle que j’étais alors – j’étudiais à l’université McGill, puis à UBC, l’histoire tumultueuse du mouvement Dada.  

Dans les années 60 et 70, des milliers de jeunes américains, farouchement opposés à la guerre au Vietnam, fuient les États-Unis et trouvent refuge en Colombie-Britannique.

Plusieurs s’installent à Vancouver ou dans les Îles du détroit de Georgie: Salt Spring, Pender, Galiano ou Gabriola. Certains fondent des communes, plus à l’est, dans la région des Kootenays. Partout, ces jeunes idéalistes créent des ponts, des alliances dans la province autour de concepts dont on parlait encore très peu à l’époque: la fin des essais nucléaires dans le monde, la protection de l’environnement et de la biodiversité. 

De fil en aiguille, rencontre après rencontre, les idées fusent. Les forces, les énergies de ces activistes convergent et, peu à peu, une vision commune prend forme.

Au cours d’ultimes réunions tenues dans divers quartiers de la ville (Kitsilano, Shaughnessy), un plan d’action émerge. Et, en 1971, naît à Vancouver un tout nouveau mouvement: Greenpeace.

La premiers adhérents de Greenpeace, photographiés ici à Vancouver en 1971. (Source: R.K – Greenpeace)

Le 15 septembre 1971, un groupe de militants embarque, depuis Vancouver, à bord d’un vieux chalutier, le « Phyllis Cormack », rebaptisé Greenpeace.

Le bateau se dirige vers l’Alaska afin d’empêcher les essais nucléaires américains sur le site d’Amchitka. Malgré quelques revers, contre vents et marées, et contre toute attente, la mission réussit. La voix du mouvement, et celle de Vancouver, se font aussitôt entendre dans le monde entier!

L’année suivante, en 1972, les États-Unis annoncent la fin de leurs essais nucléaires atmosphériques. C’est un véritable coup de tonnerre. Greenpeace poursuit dans la foulée son combat contre les essais nucléaires de la France cette fois, en Polynésie française. Le mouvement entre dans l’histoire.

Greenpeace a aujourd’hui son siège à Amsterdam

C’est aussi à Vancouver qu’ont lieu, au milieu des années 80, d’immenses manifestations et marches pour la paix. Les cortèges mobilisent la ville entière. Les rues, les ponts sont noirs de monde. 

Événements auxquels, à peine arrivé, je participe, fasciné, avec des amis.

Plus de 100 000 personnes défilent pour la paix, en mars 1986, sur le pont Burrard. Photo: City of Vancouver Archives.

Marchant au milieu de la foule, je suis complètement transporté, galvanisé. Inspiré aussi par la ferveur, les arguments des participants. Conquis par la formidable énergie de la ville. Je n’avais jamais rien connu de pareil.

Comment aurais-je quitter Vancouver?

À l’ouest du pont Burrard, sur la droite, la plage Sunset Beach et le quartier du West End. Sur la gauche, une partie du parc Vanier…

… qu’on aperçoit mieux ici, dans le quartier Kitsilano

Au parc Vanier, avec ma soeur, en visite à Vancouver, en juin 2012

Je ne devais au départ que passer trois ou quatre ans sur la côte ouest, le temps de terminer mes études. Je devais ensuite sagement reprendre le chemin vers Montréal et y rejoindre ma famille…

Mais… tout était si nouveau pour moi ici! La culture. Le climat. Le site exceptionnel dans lequel était située la ville!… 

Un tronçon de la promenade du bord de mer – « The Seawall », ici en mars 2020…

… qui serpente entre l’océan et le parc Stanley. Je parcours régulièrement en vélo ce chemin magnifique. (La photo a été prise, en juillet 2020, de mon vélo, du pont Lions Gate).

Vancouver me réservait aussi bien d’autres surprises…

Prince Edward St & 47th Avenue, dans le quartier Sunset, en avril 2020

À l’exception de deux ou trois commerces francophones, établis, dans les années 80, autour de la 16è Avenue et de la paroisse Saint-Sacrement, pratiquement personne, dans les rues, dans les magasins, ne parlait ici le français! 

Quatre langues affichées sur un panneau de stationnement, sur la rue Fraser, à Vancouver…

On parlait plutôt, en plus de l’anglais, le cantonais, le mandarin, le penjabi ou le tagalog.

La ville avait un grand quartier chinois, le deuxième en importance en Amérique du Nord, un quartier italien (Commercial Drive), un quartier grec (Broadway), un ancien quartier japonais (les rues Powell & Alexander).

Il y avait même, à l’angle de la rue Main et de la 49è Avenue, un quartier indien regroupant des commerçants venus de la région du Punjab… mais le français, langue officielle du pays, était, à Vancouver, dans l’espace public, quasiment inexistant.

Avec le recul, c’est ce besoin je crois, ce besoin fort, urgent, de pratiquer et partager ici ma langue maternelle, qui m’a poussé, quelques mois après mon arrivée, à poser ma candidature à un poste … à la Société Radio-Canada.

J’avais lu dans les colonnes du Soleil de Colombie (l’unique journal francophone de la province) que la SRC était à la recherche d’un journaliste pour une des émissions diffusées à la radio l’après-midi. 

Grâce à une série de chroniques et d’articles écrits, un an plus tôt, dans une revue de Montréal (Virus Montréal), grâce aussi aux critiques de théâtre et aux éditoriaux rédigés pour le journal étudiant de l’université McGill (The McGill Daily), j’ai été embauché.

Cela a été le début d’une expérience et d’une aventure inoubliables!

Au micro de CBUF-FM (97.7 FM) dans le studio 4 de Radio-Canada à Vancouver, au 700 rue Hamilton, saison 1991-1992.

J’ai eu pendant plusieurs années l’immense privilège de travailler, à temps partiel d’abord, l’été, puis à temps plein, pendant deux ans, comme recherchiste, puis comme journaliste et animateur à CBUF-FM, la radio française de Radio-Canada en Colombie-Britannique.

Pour de nombreux francophones de la province, pour ceux notamment résidant dans des régions ou des villes éloignées (Dawson Creek, Terrace, Kitimat, Port-Alberni…) la radio de Radio-Canada était, à ce moment-là, bien avant l’arrivée de l’internet, un service essentiel – le seul lien quotidien souvent, en français, avec le monde extérieur.   

Animateur à l’émission « Horizons » diffusée du lundi au vendredi, de 15h30 à 17h30, sur les ondes du réseau régional de Radio-Canada en Colombie-Britannique. Saison 1991-1992.

Nous recevions tous les jours en studio ou à l’extérieur des invités provenant des quatre coins de la province. 

Je me rappelle d’une entrevue réalisée à Whistler avec Nancy Greene, la championne olympique de ski alpin (Grenoble,1968). D’une autre encore avec Kim Campbell qui était à ce moment-là ministre de la justice dans le gouvernement Mulroney – avant de devenir, à son tour, première ministre du pays.

Toutes les deux avaient de profondes racines en Colombie-Britannique et conversaient adéquatement en français.

D’autres invités venaient de beaucoup plus loin…

Avec l’écrivain Dany Laferrière aujourd’hui académicien et « immortel ». L’entrevue a été réalisée à CBUF-FM à Vancouver au printemps 1992…

… grâce au précieux concours de Marc Fournier, à l’époque libraire hors-pair, et présent sur les deux photos. Merci, Marc!

En compagnie d’une partie de l’équipe de CBUF-FM, lors d’une émission réalisée à l’extérieur du studio pendant la saison 1991-1992.

Après toutes ces années, malgré l’appui du gouvernement fédéral, malgré l’immense popularité des programmes d’immersion française dans les écoles de la province, malgré quelques timides avancées dans le domaine de la santé et de la justice, il faut bien constater que l’usage du français en Colombie-Britannique reste, aujourd’hui, malheureusement, très restreint. Et sa visibilité à Vancouver, limitée.

C’est dommage! 

Soupe accompagnée de raviolis aux crevettes. East Georgia St, dans le quartier chinois de Vancouver.

Avant d’évoquer un peu plus loin, brièvement, quelques autres zones d’ombre, j’aimerais m’arrêter ici sur trois événements qui ont profondément marqué, façonné l’histoire récente de la ville.

La plage Kitsilano, à la fin août 2020. À l’arrière-plan, le quartier du West End.

Événements qui ont largement contribué à placer Vancouver, depuis plusieurs années maintenant, dans le peloton de tête des villes où il fait, globalement, « le mieux vivre »…

Le dimanche, entre mai et octobre, a lieu dans notre quartier un marché fermier qui réunit la communauté et de petits producteurs indépendants de la région. Comme le montre la photo, l’harmonie entre les différentes cultures est l’un des grands atouts de Vancouver. Dans une ville où la plupart des habitants viennent « d’ailleurs », la diversité est ici très respectée. Cela n’a pas toujours été le cas.

Danse et parade lors de la Nouvelle Année chinoise à Vancouver, rue Keefer.

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Le premier de ces événements a eu lieu dans le quartier chinois, Chinatown.

L’une des nombreuses boutiques de Chinatown à Vancouver, ici sur la rue Main, en janvier 2021. Le quartier est l’un des plus anciens de la ville et accueille, depuis le milieu du 19è siècle, les travailleurs venus, de la Chine, chercher en Colombie-Britannique un emploi stable et une vie meilleure…

Certains en arrivant vont chercher fortune à l’intérieur de la province, lors de la ruée vers l’or (1858). D’autres participent, entre 1881 et 1885, à la construction du chemin de fer transcanadien. La plupart s’installent à Vancouver et affrontent, quotidiennement, une discrimination intense. Les Canadiens d’origine chinoise n’obtiendront le droit de vote qu’en 1947.

La famille Chan devant leur maison, située au 658 Keefer St, près de Chinatown.

Au milieu des années 60, un groupe de résidents, menés par Walter et Mary Lee Chan (ainsi que par le futur maire, Mike Harcourt), s’oppose à un immense projet de développement du quartier Chinatown, situé au coeur de la ville.

Des dizaines de logements, plusieurs immeubles résidentiels et commerciaux doivent être démolis afin de permettre la construction d’une autoroute vers le centre-ville. 

Le projet, affirment les activistes, va complètement défigurer le quartier, effacer l’histoire de la communauté et gommer la trace des premiers résidents chinois implantés dans cette partie de la ville.

Le mouvement prend vite de l’ampleur. Des pétitions circulent dans la ville, et au-delà. Des centaines de signatures sont recueillies.

Boucher, Keefer St.

Apothicaire, Gore St, Chinatown

 

 

 

 

 

 

 

Après une série de manifestations, la mairie finit par jeter l’éponge et le projet d’autoroute est temporairement puis définitivement abandonné.

Cette victoire aura un impact déterminant sur la planification et sur le développement de la ville.

En plein boom économique (les années 60), à une époque où la voiture est reine et impose partout ailleurs sa présence, Vancouver se démarque et devient, à ce moment-là, l’une des seules grandes villes d’Amérique du Nord à se développer sans aucune autoroute, intra-muros.

Central Valley Greenway

East 45th Avenue

C’est encore le cas aujourd’hui. Aucune voie rapide (comme le boulevard Décarie ou l’autouroute Ville-Marie à Montréal par exemple) ne défigure, scinde ou divise la ville.

Vancouver reste une agglomération, une mosaïque de quartiers. Et la majorité de ses résidents (près de 53%, en 2019) se déplace quotidiennement à pied, en vélo ou utilise les transports en commun. 

La Ville veut accroître à 65% ce type de déplacement d’ici 20 ans.

Chaque printemps, au mois d’avril, un événement, « Bike the Blossoms », rassemble des centaines de cyclistes, de tout âge…

… invités à parcourir et admirer, dans les rues de l’est de la ville, les cerisiers en fleurs. Ci-dessus, East 10th Avenue & Glen, dans le quartier Mount Pleasant, en avril 2019.

Un peu plus haut, sur East 11th Ave & Windsor, en avril 2020… Avril et septembre sont sans doute deux des plus beaux mois de l’année à Vancouver… Où d’autre au Canada peut-on marcher sur des trottoirs jonchés de pétales de cerisiers?…

Fleming St & East 18th Avenue, Cedar Cottage

#2

Un deuxième événement vient, en 1986, bouleverser et métamorphoser Vancouver – Expo 86. 

Le transport est le thème de l’Exposition internationale tenue à Vancouver en 1986.

Le monde entier est convié à cette Exposition internationale qui coïncide avec le centenaire de la ville. Et Vancouver accueille, entre le 2 mai et le 13 octobre, plus de 22 millions de visiteurs. C’est un immense succès. Les touristes se pressent, se bousculent dans le parc de l’Exposition, situé sur les rives de False Creek

L’Exposition est aussi un énorme exercice de marketing, conçu par le gouvernement pour attirer à Vancouver investisseurs et spéculateurs à la recherche de nouveaux marchés. 

Presque du jour au lendemain, après Expo 86, la ville se transforme, se métamorphose. Le prix de l’immobilier grimpe, flambe – attisé par l’exode de milliers de familles qui anticipent la rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1997, et fuient le territoire.

En quelques années, une multitude de nouveaux résidents, venus de Hong Kong, mais aussi des Philippines, de l’Inde, de la Chine, de la Russie, de la Corée, s’installent à Vancouver et dans sa banlieue.

Le visage de la ville change.

De nouveaux quartiers naissent, surgissent de la terre – parmi eux, Coal Harbour, False Creek North. L’architecture et l’atmosphère de ces nouveaux districts tranchent singulièrement avec l’histoire et la tradition de la ville. 

Le quartier Coal Harbour construit, à proximité du parc Stanley, peu après l’Exposition internationale, Expo 86. Dans ces grandes tours de verre, de nombreux appartements demeurent vides, inoccupés une longue partie de l’année…

Vancouver devient peu à peu, après Expo 86, près du centre-ville et le long de la rive nord de False Creek, une nouvelle cité, baptisée en 2000, par l’écrivain Douglas Coupland, « The City of Glass ». Une ville de verre.

La densité y est intense. Les services et commerces de proximité se multiplient. Les résidents qui affluent dans ces nouveaux quartiers vivent à quelques minutes du bord de mer. Ils ont aussi accès à des parcs, à des centres communautaires, à des écoles, au transport en commun, s’ils le désirent. Plusieurs d’entre eux rejoignent leurs bureaux à la marche ou en vélo.

« Que demander de plus? », entend-on dans le quartier.

La population au centre-ville explose… et, progressivement, un nouveau concept d’urbanisme émerge, « Vancouverism ».    

Les tours de False Creek North, à proximité du quartier Yaletown.

Ce concept, limité aux quartiers proches du centre-ville, est loin de faire l’unanimité. Le coût, et l’espace restreint de ces logements, préoccupent.

De premières frictions apparaissent dans la communauté.

Certains groupes sont pointés du doigt.

Les services de la mairie, jugés trop complaisants, ou l’appétit féroce des promoteurs immobiliers, sont aussi mis en cause.

Les résidents des quartiers plus anciens s’inquiètent… et craignent de voir arriver, près de chez eux, l’un de ces nouveaux chantiers…    

Yale St, dans le quartier Hastings-Sunrise. À l’horizon, à l’ouest, le port de Vancouver et les tours du centre-ville…

East 11th Avenue à Mount Pleasant, près de la rue Fraser

Vernon Drive, dans le quartier Strathcona

On comprend l’émoi de certains résidents.

Une grande partie du patrimoine immobilier de Vancouver a été construite à la fin du 19è et au début du 20è siècle. Entre 1895 et le début de la première guerre, en 1914, la population de la ville quadruple et atteint 100 000 habitants.

De très nombreuses maisons bâties à cette époque ont été, depuis, patiemment réhabilitées, restaurées, rénovées, mises en valeur par des générations de Vancouverois…

Demeures à l’angle de Lakewood Dr & William St dans le quartier Grandview-Woodland. Février 2021.

Prince Albert St & East 13th Avenue, dans le quartier Mount Pleasant. Février 2021.

… qui voient plutôt d’un mauvais oeil un autre type de construction apparaître et s’imposer dans certains quartiers de la ville…   

Au pied des résidences qui se dressent au-dessus de False Creek, une flotte de petits bateaux transporte les passagers d’une rive à l’autre. Sur la droite, le complexe Science World et le dôme du cinéma Omnimax.

#3

Logo des JO d’hiver tenus à Vancouver du 12 au 28 février 2010

La métamorphose de Vancouver s’accélère lorsque la ville accueille, avec Whistler, en février 2010, les 21è Jeux olympiques d’hiver.

Pour la première fois dans l’histoire olympique, les Jeux d’hiver sont organisés à proximité du bord de mer et rassemblent, « entre ciel et mer« , plus de 2500 athlètes, venus de 82 pays.

Sur le plan sportif, l’événement est un succès considérable. Le Canada rafle 14 médailles d’or et se hisse au sommet du tableau des médailles. Une première. La ville, et le pays, exultent. (Le Canada n’avait remporté aucune médaille d’or aux Jeux d’été de Montréal en 1976, ni aux Jeux d’hiver de Calgary en 1988). 

D’un côté plus personnel, quelques jours avant l’ouverture des Jeux, j’ai l’immense privilège de rencontrer et d’accueillir à Vancouver, au nom de la communauté haïtienne, réunie à Yaletown ce jour-là, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada et représentante de la reine au pays. Son Excellence est d’origine haïtienne. 

Lors d’une réception tenue le 10 février 2010 à Vancouver House, j’ai l’honneur de prononcer devant les dignitaires et le maire de la Ville, Gregor Robertson, quelques mots de bienvenue adressés à Michaëlle Jean, venue à Vancouver ouvrir officiellement les Jeux olympiques d’hiver – Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall

L’invitation était venue de la Mairie de Vancouver où travaillait un ami – Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall.

Moment extrêmement émouvant… même si (voir plus bas) j’ai hésité avant d’accepter l’invitation. Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall, OSGG

Sur le plan social, le bilan des Jeux est beaucoup plus mitigé.

Avant la cérémonie d’ouverture, des dizaines de sans-abris sont temporairement déplacés, mis hors de vue. Éloignés manu militari du regard des milliers de touristes et d’athlètes qui résident dans la ville.

Malgré les succès sportifs, les Jeux divisent. Une partie de la communauté est meurtrie. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent et interrogent les autorités. Comment peut-on justifier les coûts exorbitants des Jeux? Qui profite et bénéficie réellement d’un tel événement? 

Les questions, officiellement, restent sans réponse.

Et nous en sommes, grosso modo, toujours là aujourd’hui.

Coureurs sur le bord de mer, dans le West End, en mars 2020

Malgré quelques mesures prises par le nouveau gouvernement provincial (NDP, centre-gauche) afin de freiner la spéculation immobilière et faciliter l’accès au logement, le prix des propriétés continue de grimper – et la candidature de Vancouver, aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, est de nouveau, officiellement, évoquée… 

La question sera débattue, à l’hôtel de ville, ce printemps. Le maire et six des dix conseillers municipaux ont déjà indiqué leur appui conditionnel au projet. 

Près de la plage Kitsilano, été 2020

Alors que la mutation de Vancouver continue, certains artistes, comme Michael Kluckner, peintre et historien, rappellent dans leurs ouvrages, leurs aquarelles, l’histoire d’une ville qui, au fil des ans, s’efface et disparaît, sous nos yeux…

« Vancouver Remembered » (2011) de Michael Kluckner. Voir aussi, du même auteur, « Vanishing Vancouver » (1990)

Un autre artiste, Fred Herzog, est l’un des photographes qui a le mieux documenté le Vancouver « d’avant » – la ville dans les années 50 et 60. Ses photos rivalisent souvent avec les documents d’archives.

Lorsqu’on regarde deux de ses clichés les plus célèbres… 

Celui-ci, pris en 1968, sur la rue East Hastings…

Photo Fred Herzog – « Man with Bandage » (1968). © Equinox Gallery, Vancouver

… et cette photo de False Creek, prise plus tôt, en 1957, entre les ponts Burrard et Granville…

Photo Fred Herzog – « West End From Granville Bridge » (1957), © Equinox Gallery, Vancouver

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Photo prise en août 2020 à peu près au même endroit que celle ci-dessus…

 … lorsqu’on voit, enfin, ce qu’est devenue Vancouver aujourd’hui…

False Creek, en août 2020. La photo a été prise (au 6è étage) de l’immeuble où travaille mon dentiste, sur la rue Broadway & Oak. 

… on se demande quel visage aura la ville demain…

Vancouver, vue de Spanish Banks

Quelques derniers mots…

Third Beach, Vancouver, juillet 2020

Il n’y a pas eu ici, depuis un an, depuis le début de la pandémie, l’exode qu’ont connu beaucoup d’autres grandes villes – délaissées, désertées par leurs résidents, partis « se mettre au vert » à la campagne…

Très peu de gens ont, volontairement, quitté la ville. Pourquoi le feraient-ils?

La forêt, l’océan, les montagnes, la nature est ici toute proche. 

De plus, la grande région de Vancouver a été jusqu’à présent relativement épargnée par les ravages causés par le virus. En partie, grâce à la communauté asiatique qui a, très tôt, dès décembre 2019, sonné l’alarme et donné l’exemple avec le port du masque.

Qu’ils en soient remerciés!

Keefer St, Chinatown

Paradoxalement, Chinatown a été ici l’un des quartiers les plus durement touchés depuis un an.

Par la pandémie et par la migration de la communauté chinoise vers la banlieue, migration qui s’est accélérée récemment.

Les commerces ferment les uns après les autres et les rues de Chinatown se vident peu à peu…

East Pender St, Chinatown, Vancouver, janvier 2021.

Il est grand temps de conclure…

Spanish Banks, août 2020

L’esprit rebelle et dissident de Greenpeace (1971), évoqué plus haut, a aujourd’hui largement disparu à Vancouver. (Comme l’esprit de Mai 68 a déserté les rues de Paris).

Avec le temps, la ville a changé, s’est « durcie », s’est embourgeoisée. Les inégalités ici aussi se creusent. Comme dans d’autres métropoles, la gentrification de quartiers autrefois populaires s’intensifie.

Malgré tout, comme ces hydravions qui s’élancent, plusieurs fois par jour, au-dessus de l’océan, dans le ciel de Vancouver…

Destinations: Victoria, Nanaimo, Comox, Tofino ou Seattle…

… et reviennent ensuite, se poser, dans la ville, au pied des montagnes….

Retour à la maison…

Après toutes ces années, ces voyages, ces rencontres…

Mon histoire d’amour avec Vancouver se poursuit.

Je reste profondément attaché à cette ville.

Et je remercie tous les jours la bonne étoile qui m’a conduit jusqu’ici.

Bon début de printemps à tous!

SVP restez prudents. Portez-vous bien!

Que nous réserve, collectivement, l’année 2021? – © Vinnie Neuberg, NY Times

Notes de lecture:

Maryse Condé, Histoire de la femme cannibale

Un roman magnifique, sur l’exil, le racisme, la condition des femmes, le rôle de l’art. Le récit se déroule au Cap, en Afrique du Sud. L’héroïne du roman, Rosélie, guadeloupéenne (comme Maryse Condé) trimballe son mal de vivre entre ses tableaux inachevés et le souvenir des différents hommes qui ont, un temps, traversé sa vie – de Pointe-à-Pitre à Paris, du Tchad au Cap enfin où elle est installée avec son mari, Stephen, professeur à l’université. Regard cinglant sur la société du Cap et sur la vie, compartimentée, parfois violente, en Afrique du Sud. Maryse Condé a remporté en 2018 le Prix Nobel alternatif de littérature, décerné par la Nouvelle académie à Stockholm. Une grande dame. 

 

Irène Frain, Le Nabab 

Un chef-d’oeuvre. En particulier pour ceux qui aiment l’histoire et la culture de l’Inde. Le roman (826 pages) est inspiré de la vie rocambolesque de René Madec, un jeune matelot breton qui embarque, en 1754, sur un navire de la Compagnie des Indes à destination de Pondichéry. La ville est à ce moment-là un des joyaux de l’Inde française. Au milieu des intrigues et des combats qui opposent, en Inde, Français et Anglais, le matelot devient un soldat farouche, respecté. Il prend la tête d’une petite armée, remporte avec ses hommes d’importantes victoires, et fréquente les rajahs. En quelques années, Madec devient l’un des nababs les plus puissants du pays. Entre Calcutta, Delhi et Bénarès (Varanasi), le roman nous plonge dans les mystères de l’Inde. Ses bazars, l’odeur des épices, le jeu des harems. Le roman est aussi l’histoire de la folle passion amoureuse qui unit Madec et une jeune princesse guerrière du Rajasthan, Sarasvati. Véritable conte des mille et une nuits, merveilleusement écrit. On attend le film.

 

Michèle Rechtman SmolkinC’est encore loin, le bonheur?

Je suis tombé sur ce récit par hasard, il y a quelques semaines, et j’ai été vite conquis. Sa lecture a été l’un des déclics qui m’a poussé à écrire, à mon tour, sur Vancouver. Le roman résume l’histoire émouvante, attachante d’une enfant qui, à 5 ans, entre le Maroc et la France, vit un traumatisme profond, la mort de sa mère. Les adultes lui cachent la vérité. C’est « l’année du grand malheur ». Entre Zagora, Casablanca et Paris, le lecteur suit les péripéties de son parcours d’adolescente puis de jeune femme, ballottée, tiraillée entre plusieurs cultures. La narratrice s’installe, plus tard, adulte, apaisée semble-t-il, à Vancouver, « cette ville qui porte en elle, dans la forêt de ses tours miroitantes, l’avant-goût du monde de demain ». Une belle découverte.   

 

Barack Obama, A Promised Land

Il nous manque terriblement depuis 4 ans et j’ai littéralement dévoré cet ouvrage dès sa sortie, en décembre. 700 pages de réflexions, de portraits, d’anecdotes, émaillent le premier tome de ces mémoires – et le parcours exceptionnel de cet homme métis, introverti, ambitieux qui, enfant et adolescent, vit entre Hawaï, l’Indonésie et le souvenir amer de son père kenyan, absent. Un destin hors du commun. Même si souvent, entre les lignes, Obama se donne le beau rôle. De très belles pages sur la vie quotidienne à la Maison Blanche. Le dernier chapitre (7) qui révèle le contexte et le déroulement du raid, au Pakistan, menant à la capture (et à la mort) de Osama Bin Laden est tout simplement haletant. 

 

De Vilcabamba à Otavalo, en Équateur

À l’entrée d’un restaurant, calle General Torres, dans la vieille ville de Cuenca, le jeudi 23 janvier

Soulignées en rouge, le long de la Cordillère des Andes, les cinq étapes de mon voyage en Équateur

Il n’a fallu que quelques heures pour que je me sente presque chez moi en Équateur…

Le paisible village de Vilcabamba, niché dans les Andes, près de la frontière péruvienne, à 250 kms environ au sud de Cuenca, dans la province de Loja, le lundi 27 janvier.

Est-ce à cause du climat? De l’altitude, que j’aime tant dans les Andes?

Est-ce le billet vert américain, familier, qui tient lieu ici de devise? Est-ce la présence réconfortante des peuples autochtones croisés sur la route?

Jour de marché à Riobamba, le samedi 1er février…

… et ci-dessus, sur la Plaza de Ponchos, dans la petite ville d’Otavalo, le 12 février. Le standard de vie chez les autochtones autour d’Otavalo est beaucoup plus élevé que dans le reste du pays. La différence est due notamment à la production et au commerce florissant du textile dans la région.

Ou encore est-ce la nourriture, simple, savoureuse, composée souvent de produits frais, locaux?

Plat végétarien, calle Esmeraldas, Centro Historico, Quito

Tout cela a joué, sans doute.

Mais le facteur le plus important, c’est qu’ici aussi, comme en Colombie, malgré la barrière de la langue parfois, chacun de mes pas dans le pays a été guidé par la gentillesse, la bienveillance et le sourire des Équatoriens….

Au marché d’Otavalo, le samedi 8 février

J’ai donc commencé mon voyage comme prévu, le mardi 21 janvier, à Cuenca, la troisième ville du pays, après Quito et Guayaquil…

Calle Esteves Toral, dans la vieille ville de Cuenca, le lendemain de mon arrivée. Coup de foudre, ce premier matin, en découvrant le centre historique. Les escaliers ci-dessus mènent vers la petite place Del Vado puis, plus bas, vers la rivière Tomebamba, l’un des quatre cours d’eau qui baignent Cuenca.

Comme Carthagène, Cuenca était à l’origine un village amérindien, conquis par les Incas au 15è siècle et pris de force ensuite par les conquistadors espagnols en 1557.

Cuenca devient pendant la période coloniale un centre administratif important et la ville se développe au 18è siècle grâce, notamment, au commerce du textile.

Après plusieurs années de lutte contre les Espagnols, Cuenca gagne son indépendance en 1820 et rejoint dix ans plus tard, en 1830, avec Quito et Guayaquil, la toute nouvelle république de l’Équateur.

Les tours de la « nouvelle » cathédrale (construite à partir de 1885) surplombent la Plaza de San Francisco

Figures emblématiques de l’histoire et de la société de Cuenca, « les Cholas », élégamment vêtues, sont les descendantes du métissage entre les peuples autochtones et les conquistadors espagnols…

« Les Cholas » arpentent sans relâche les rues de la ville, ou…

… plus âgées, elle se reposent, le matin, dans un parc…

Le quartier historique de Cuenca, classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’Unesco, a été, comme celui de Carthagène, magnifiquement restauré et préservé.

Calle Bolivar

Immeuble résidentiel accroché aux flancs de la rivière Tomebamba

La plupart des somptueux édifices qui bordent les rues de la ville ont été construits au 17è et 18è siècles. Plusieurs immeubles ont été inspirés par l’architecture française

En face du parc Calderon, à deux pas de la cathédrale

Mais, contrairement à Carthagène, les rues de la vieille ville, ici, bourdonnent d’activité…

Calle Mariscal Sucre

Calle Vega Munoz, près du quartier San Blas

Calle Mariscal Sucre, dimanche matin, 26 janvier…

… une chaude et mélodieuse voix de crooner accompagne les badauds en promenade ce matin-là…

Marchés, restaurants, magasins et boutiques semblent avoir été conçus ici pour toutes les bourses, même les plus modestes…

Elena vend de l’excellent fromage de vache au marché 10 de Agosto…

Boutique, calle Juan Jaramillo, Cuenca

Au même marché 10 de Agosto. Environ 12 000 expatriés, en majorité Américains, se sont installés dans la région de Cuenca. Ils ont leur propre journal, le Gringo Post. Les relations entre les deux communautés sont bonnes, m’a-t-on dit plusieurs fois. Ci-dessus, du porc grillé, une des spécialités de Cuenca.

Sous les arcades des immeubles, dans les parcs, dans les marchés ou à l’ombre des petites places, étudiants, personnes âgées, autochtones, employés de bureau, commerçants, membres des classes moyennes et aisées de la ville se côtoient, à Cuenca, sans heurts, et partagent paisiblement l’espace public.

Un bel exemple d’inclusion! Dont devraient s’inspirer à mon avis bon nombre de grandes villes européennes et nord-américaines…

Près du marché aux fleurs, à Cuenca

Malgré la circulation automobile, souvent intense, j’ai adoré découvrir et vivre dans le centre historique de Cuenca qui est une vraie merveille! Un trésor.

Il fait bon se promener ici, en particulier tôt le matin…

Calle Gran Colombia, tôt, le dimanche matin, 26 janvier. On aperçoit au loin les tours de l’église Santo-Domingo. Ci-dessous, la même rue, un peu plus tard dans la matinée.

Un chauffeur de taxi qui me ramenait à l’hôtel un après-midi me résumait ainsi sa ville:

« Je suis né à Cuenca, et j’ai visité la plupart des villes du pays. Cuenca est unique. Es muy tranquilo. Il n’y a pas de graves problèmes sociaux ici, pas de violence comme à Guayaquil ou à Quito. Les gens se parlent, s’écoutent. Je ne partirai jamais d’ici, et je mourrai dans cette ville. »

Les villages de San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo, soulignés en rouge, sont situés à environ 30-35 kms à l’est de Cuenca

Avant de quitter Cuenca, j’ai voulu explorer quelques-uns des villages situés en périphérie de la ville. Et je suis donc parti, accompagné d’un guide, en voiture, le vendredi 24 janvier, en direction de 3 villages voisins: San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo…

San Bartolomé, vendredi matin, le 24 janvier. Le village compte environ 1200 âmes. La terre est fertile dans cette région. On retrouve dans les marchés des prunes, des poires, des avocats gros comme le poing, et une multitude de fleurs, des roses notamment, destinées à l’exportation. Un bouquet de 50 roses coûte ici entre $5 et $6.

Le village de San Bartolomé est connu en Équateur pour la fabrication de guitares… Les meilleurs musiciens du pays viennent commander ici et acheter leurs instruments, de grande qualité, souvent faits sur mesure…

Comme son père avant lui, José, 70 ans, poursuit dans un atelier près de son domicile, à San Bartolomé, la tradition familiale de confection de guitares…

… il travaille en compagnie d’un de ses fils…

Nous avons ensuite continué notre route, direction nord, vers Chordeleg…

Le village de Chordeleg est célèbre au pays pour ses nombreux artisans, ateliers et boutiques de joaillerie. Les grossistes viennent s’approvisionner ici en bijoux, confectionnés exclusivement en argent

Le travail minutieux de joaillier à Chordeleg

Conversation entre amis, à la sortie de Chordeleg, le vendredi 24 janvier

… puis vers Gualaceo, un bourg important, doté d’un grand marché…

Le marché de Gualaceo

Déjeuner à l’hosteria Arhana, à Gualaceo, avant de rentrer à Cuenca…

La pluie tombe abondamment en cette saison dans les Andes, en général en fin d’après-midi… et la région de Cuenca a eu pendant mon séjour son lot d’inondations… Rien de bien grave, heureusement… Les infrastructures routières sont excellentes en Équateur…

Direction plein sud, le dimanche 26 janvier, vers Vilcabamba, via Loja… Une navette très pratique effectue le trajet depuis Cuenca…

… en quatre heures environ. 250 kms séparent les deux villes…

Vilcabamba

Le village de Vilcabamba, blotti à 1700 mètres d’altitude dans l’écrin verdoyant des Andes. La ville tire son nom de la langue quechua. « Vilca », signifiant sacré et « bamba », déformation de pampa = vallée…

L’église et, ci-dessous, la place principale de Vilcabamba. Le temps a malheureusement souvent été couvert pendant mon séjour là-bas…

Vilcabamba

Au début des années 1970, un article publié dans un magazine américain révélait au monde entier un phénomène étrange, inexpliqué, relié à un petit village du sud de l‘Équateur.

Les statistiques indiquaient en effet qu’un nombre important et inhabituel de centenaires vivait dans la commune de Vilcabamba, une bourgade située à l’extrême sud du pays, près de la frontière péruvienne.

Plusieurs habitants affirmaient avoir 110 voire 120 ans, et les spécialistes s’interrogeaient sur les causes de cette longévité exceptionnelle.

Était-ce dû au climat doux et tempéré de la vallée? À la consommation de l’eau, provenant de sources riches en magnésium? Au café, produit en altitude dans la région sans aucun pesticide? À une substance, fumée par les anciens, combinant les effets de la cocaïne et de la marijuana?

Les spéculations allaient bon train.

Il n’en fallait pas plus pour attirer à Vilcabamba hippies, aventuriers et touristes (américains surtout) en quête, dans la vallée, d’une jeunesse éternelle….

Avec le temps cependant, de nouvelles études ont été menées. Les statistiques se sont révélées trompeuses, tronquées. On ne vivait pas plus longtemps à Vilcabamba qu’ailleurs.

J’ai eu beau chercher, écarquiller les yeux, patienter à la terrasse des cafés, je n’ai croisé pendant mon séjour aucun centenaire dans le village. Pas un seul.

Les riverains, interrogés, se sont montrés plutôt évasifs. Et j’ai vite eu l’impression que cette étrange légende autour de Vilcabamba n’était en fait qu’une fable, une fiction, peut-être arrangée par les autorités pour attirer ici, au milieu de nulle part, des touristes… un peu naïfs… comme moi.

Bonne leçon.

Mais j’ai quand même ramené dans mes bagages du café de Vilcabamba…

Au cas où…

Paolina, rencontrée tôt le matin sur une route déserte au-dessus de Vilcabamba. Sans hésiter, elle me propose de continuer le chemin avec elle. Je suis assez surpris. Dans combien de pays une femme, seule sur un chemin de campagne, va-t-elle inviter un homme, inconnu, à l’accompagner sur la route? « Bienvenido a Ecuador! »

Autre surprise lors d’une longue randonnée à l’extérieur du village. Au détour d’un chemin, en pleine campagne, j’aperçois un homme, âgé, qui semble veiller, tapi dans un champ de maïs.

Il tient une arme à la main et me dévisage longuement. Il semble très étonné, intrigué par ma présence. J’engage prudemment la conversation…

Antonio, 70 ans environ, au milieu de son champ de maïs, dans un faubourg de Vilcabamba

Antonio, c’est son nom, m’explique qu’il passe plusieurs heures par jour à surveiller son champ de maïs pour contrer les voleurs qui, apparemment, viennent lui dérober ses récoltes…

C’est à mon tour d’être surpris. Il n’y a pas un seul épi de maïs en vue dans le champ. C’est la saison des pluies, et le temps de la récolte est bien loin… Je me demande si Antonio a toute sa tête… Poliment, je prends congé, et poursuis rapidement mon chemin…

Au-revoir, Antonio… et au-revoir Vilcabamba!…

Le cadre est splendide… mais pas un chat – ni un centenaire – dans les rues de Vilcabamba… Quelle étrange étape!… On a l’impression ici, à quelques heures de voiture de la frontière péruvienne, d’être au bout du monde…

Bref retour, en navette, à Cuenca, le jeudi 30 janvier, et départ, le vendredi 31 janvier, direction nord, pour Riobamba.

Riobamba est située au sud-est du volcan Chimborazo…

J’ai préféré cette fois-ci prendre le transport en commun

Six heures de route quand même entre Cuenca et Riobamba

Riobamba

J’avais planifié mon itinéraire afin d’arriver à Riobamba la veille du grand marché du samedi…

Cela a été une bonne décision!

Calle José de Orozco, à Riobamba, le samedi 1er février

J’ai eu ce matin-là, en me promenant dans Riobamba, un peu la même impression qu’il y a 4 ou 5 ans, en découvrant le grand marché du centre-ville de Rangoun, en Birmanie…

Riobamba, le samedi 1er février

Ici aussi, pratiquement chacune des rues du centre historique de la ville se transforme, le samedi, en marché… Des familles entières s’installent sur les trottoirs…

Il y a bien peu de choses à vendre… Quelques légumes, des tomates, des carottes, des oignons, de l’ail, du citron, parfois du poulet ou du poisson…

Les carrefours sont tous plus animés les uns que les autres…

Mais quelle pauvreté, hélas! Quels bénéfices génèrent donc ces petits commerces?

Le marché San Alfonso, à Riobamba

La cantine du marché San Alfonso, calle 5 de Junio, est particulièrement animée à l’heure du déjeuner…

On parle beaucoup plus le quechua ici que l’espagnol…

Un plat coûte au marché moins d’un dollar…

À l’extérieur, les clients affluent…

Marché San Alfonso

… se bousculent parfois…

San Alfonso

… et reviennent, inlassablement, se restaurer…

Marché San Alfonso à Riobamba

Quelle expérience!

Mais je suis perplexe devant les maigres revenus perçus par les marchands…

Si l’on soustrait le coût du transport, avec combien de sous repartent-ils dans leurs villages? Cela suffit-il à nourrir, à vêtir leurs familles?

Après deux jours passés à Riobamba, je reprends la route, le dimanche 2 février, pour la capitale…

Deux heures de trajet à peine, en bus, entre Riobamba et Quito…

Quito

Les escaliers descendent vers calle Garcia Moreno et le centre historique de Quito. On aperçoit, à l’horizon, les tours de la basilique de la ville.

J’ai a-d-o-r-é Quito!

J’y ai passé quatre jours, basé dans la vieille ville, et j’aurais facilement pu prolonger mon séjour.

Je me suis installé à Quito calle Paredes (ci-dessus) dans le centre historique. Sur la colline, qu’on surnomme « El Panecillo » (le petit pain), trône une statue de la Vierge, un des symboles de la ville. De 45 minutes à une heure de marche pour arriver au sommet, par les escaliers de la photo précédente. Rien de mieux pour bien commencer une journée à Quito…

Calle Garcia Moreno, Quito

On m’avait mille fois mis en garde avant mon arrivée: « Fais attention, Quito est une ville dangereuse », « Reste vigilant, dans les transports en commun surtout, à l’arrivée ou au départ de Quito », « Sois prudent dans les taxis… »

L’omniprésence des policiers dans les rues y est sans doute pour quelque chose, mais rien de fâcheux ne m’est arrivé. Au contraire. Partout où je suis allé, pendant la journée, dans la vieille ville, j’ai pu circuler paisiblement et j’ai été accueilli avec politesse et gentillesse.

Calle Esmeraldas, à Quito, le jeudi 6 février

En fait, je me suis rarement senti aussi bien dans une grande ville qu’à Quito!

 C’est peut-être à cause de l’altitude (2850 mètres) ou du vent qui balaye la ville. Du grand ciel bleu pendant mon séjour. Peut-être est-ce la grande diversité de la population croisée dans les rues? Tout cela me convenait parfaitement à Quito. 

C’est peut-être aussi parce que je n’ai pratiquement pas mis les pieds en dehors du centre historique – qui est immense, et où il y a tant à voir et à faire…

Le centre historique de Quito, vu du haut du « Panecillo »

Certains visiteurs – peut-être à cause du confort des hôtels ou de la cuisine « internationale » des restaurants – préfèrent loger dans la « nouvelle ville », située au nord de Quito… À chacun ses choix, ses goûts…

De mon côté, j’ai préféré habiter le centre historique… Les gratte-ciels, les centres commerciaux ou les bars pour gringos éméchés, dans le quartier de la Mariscal, dans la nouvelle ville, très peu pour moi…

Plaza Grande, le cœur du quartier historique de Quito, où se retrouvent, matin et soir, visiteurs et résidents. Plaza Grande est aussi un lieu de pouvoir. C’est ici, dans el Palacio de Gobierno, qu’habite et travaille le président du pays. Chaque lundi a lieu…

… à 11 heures précises, la très officielle relève de la garde…

… en présence du président de la République ou de son représentant…

… des centaines de curieux (y compris de nombreux écoliers) viennent assister à la cérémonie…

… et témoignent ainsi leur attachement aux traditions de la république…

J’ai eu la chance, quelques jours plus tard, de visiter, en petit groupe, le palais présidentiel…

Quelle surprise, à la fin de la visite, lorsque le photographe officiel du président s’est approché… et nous a offert, individuellement, de prendre une photo, en guise de souvenir…

Devant les marches qui mènent au second étage du palais et de la résidence présidentielle, à Quito, le jeudi 6 février

Je me souviendrai longtemps de ce geste et de ce moment absolument inattendu.

41pdej

Petit déjeuner à Quito, oeufs accompagnés de majado verde (purée de bananes plantain) et de boeuf.

Mais ma plus belle journée à Quito a sans aucun doute été celle où j’ai sauté un matin dans un taxi en direction du « Teleferico de Quito »…

Les cabines du téléférique de Quito…

… emmènent visiteurs et curieux, à flanc de montagne, en 18 minutes exactement, sous un ciel bleu éclatant ce jour-là…

… haut, très haut au-dessus de Quito… à une altitude… de 4100 mètres!

   Au sommet, sur une esplanade qu’on appelle « Cruz Loma », une vue imprenable sur la ville et les volcans avoisinants…

On aperçoit au loin, et ci-dessous, le volcan Cotapaxi qui culmine à 5897 mètres au-dessus de Quito…

Le cône presque parfait du volcan Cotopaxi dont le nom signifie, en langue amérindienne « le cou de la lune »

De l’autre côté de ce panorama magnifique, un sentier balisé invite les randonneurs intrépides…

Le sentier est splendide…

… à poursuivre le chemin jusqu’à un autre sommet, le « Rucu Pichincha » qui culmine, lui, à 4680 mètres d’altitude…

Paysage de rêve, féérique… Une de mes plus belles journées de voyage…

Matinée absolument exceptionnelle au-dessus de Quito!

À l’extérieur du centre historique de Quito, à deux pas de la basilique, calle Haïti…

Dans une rue de Cotacachi, village situé au nord d’Otavalo, le lundi 10 février

Seule ombre au tableau dans les villes traversées en Équateur: le nombre important de réfugiés vénézuéliens, hommes, femmes, enfants qui essaient tant bien que mal de reconstruire leurs vies ici.

Les statistiques sont effarantes. Depuis quatre ans, plus de 3 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. C’est plus de 10% de la population. En Amérique du sud, les pays d’accueil les plus importants sont la Colombie et le Pérou. D’après Human Rights Watch, plus de 250 000 Vénézuéliens sont également arrivés en Équateur. L’intégration, on le devine, n’est pas facile. Infos supplémentaires ici.

Par le plus grand des hasards, à Quito, j’en ai rencontré un… réfugié, vénézuélien, qui s’en tire, lui, plutôt bien

Manuel, à Quito, vendredi matin, 7 février

Manuel est informaticien. Il a quitté sa petite ville du Venezuela pour l’Équateur il y a deux ans. Parce qu’il parle assez bien l’anglais, il a vite trouvé du travail, à Quito, dans un restaurant, comme serveur. De fil en aiguille, il a ensuite été recruté par un hôtel du centre historique (celui où je suis descendu) pour y travailler, à la réception.

Manuel a des amis, des contacts à Ottawa, et il prépare en ce moment son dossier pour obtenir un travail, dans l’informatique, au Canada.

Bonne chance, Manuel!

Otavalo

Vue partielle d’Otavalo, l’après-midi de mon arrivée, le vendredi 7 février… et, ci-dessous…

… Plaza Bolivar, toujours à Otavalo, le dimanche 10 février

Après deux heures de route sans histoires depuis Quito, je suis arrivé le vendredi 7 février, en début d’après-midi, à Otavalo.

Tous les dimanches, un orchestre vient égayer avec de la salsa et des merengues les rues…

.. et les places plutôt tranquilles d’Otavalo… Sur la scène, les cuivres assurent une ambiance du tonnerre!…

Otavalo, qui compte environ 40 000 habitants, est connu en Équateur, et au-delà, pour son légendaire marché du samedi qui accueille, Plaza de Ponchos, colporteurs et marchands venus parfois de villages très lointains…

Plaza de Ponchos, à Otavalo, samedi matin, 8 février. 70% de la population dans la région d’Otavalo est indigène, le plus haut pourcentage au pays.

Josefina, marchande à Otavalo, affiche un grand sourire après m’avoir vendu deux chandails…

Il y a en fait, le samedi, deux marchés à Otavalo.. et je suis allé faire un tour au second, le marché aux bestiaux, qui se tient quelques kilomètres plus loin, à Quinchiqui…

Bœufs, vaches, cochons, volaille… les acheteurs ont le choix… les négociations commencent très tôt le samedi matin…

Il règne au marché aux bestiaux une ambiance bon enfant… On peut aussi s’approvisionner, un peu plus loin, en quincaillerie ou en poterie… Les femmes sont, ici aussi, élégamment vêtues…

Quinchiqui, le samedi 8 février

Le marchandage est partout de rigueur…

… avant de rentrer, en fin de journée, à Otavalo…

Otavalo, le samedi 8 février

J’ai effectué ici un très beau voyage, un des plus beaux depuis le Kerala! Et je ne suis resté que dans les Andes!

Mon seul regret, c’est de ne pas être allé dans « l’Oriente », la région de l’Amazone où vivent encore, à l’écart, des peuples peu connus. Ce sera peut-être pour une prochaine fois…

Quinchiqui, le samedi 8 février

C’est en voyageant dans un pays comme l’Équateur qu’on s’aperçoit à quel point la vie, souvent, dans les grandes métropoles en Europe ou en Amérique du Nord est devenue fade, formatée, prévisible.

Le climat y est sans doute pour beaucoup. Mais les gens semblent ici avoir gardé dans le cœur, dans les yeux, dans les gestes de la vie quotidienne, une douceur, une poésie, une fantaisie qui fait cruellement défaut chez nous. Qui a disparu en fait devant la peur de l’autre et les manchettes accablantes des journaux. C’est dommage.

Heureusement, le voyage, souvent, comme ici, permet de renouer avec cette insouciance, cette légèreté, cette innocence maintenant perdue chez nous.

Bonne fête de la Saint-Valentin à tous!

Je vous laisse avec une chanson qui résume assez bien mon état d’esprit après ces cinq semaines de découvertes… Vous pouvez l’écouter ici.

Déjeuner pantagruélique à Otavalo, une recette hollandaise-équatorienne. Saucisses enrobées de bacon accompagnées de légumes du pays: épinards, avocats, bananes plantain. Restaurante « Arbol de Montalvo » (Hôtel Dona Esther), calle Montalvo.

Colombie, côte caraïbe

Encerclée en rouge, la région de la côte caraïbe colombienne que j’ai pu explorer, début janvier. La petite ville de montagne de Minca est située à environ 20 kms au sud de Santa Marta.

Cela a été une bonne idée de visiter la région de la côte caraïbe de la Colombie, même si je n’ai pas pu aller jusqu’à Riohacha comme je le souhaitais…

Deux visages de la côte caraïbe colombienne. Ci-dessus, la Plaza de la Trinidad, au cœur du quartier (barrio) Getsemani, dans la vieille ville de Carthagène. Ci-dessous, en randonnée le 15 janvier sur les hauteurs de Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Il y a parfois, au début d’un voyage, des moments presque magiques. Des moments où dès l’arrivée dans une ville ou un pays que l’on visite pour la première fois, les plans, les programmes convergent, les projets se mettent en place et tout se déroule à merveille, un peu comme par enchantement.

C’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes premiers jours en Colombie… Et cette entrée toute en douceur dans le pays, je la dois en grande partie aux Colombiens eux-mêmes.

Accueillants, souriants, j’ai eu chaque jour pendant ces deux trop courtes semaines l’occasion d’observer sur la côte caraïbe la courtoise et la gentillesse de ce peuple chaleureux.

Petit-déjeuner servi dans le quartier Getsemani, le vendredi 10 janvier, le lendemain de mon arrivée à Carthagène…

Estaban, fanatique de musique afro-caribéenne, rencontré dans l’après-midi du samedi 11 janvier sur la plage de Playa Blanca

Ci-dessus, Playa Blanca, peu après l’arrivée en bateau vers 10h du matin… Playa Blanca est située à 45 minutes (en hors-bord ultra-rapide) de Carthagène… 34 degrés en ville ce samedi-là et, bien sûr, beaucoup de monde à la plage… mais l’eau est si bonne…

Les autorités colombiennes songent sérieusement à limiter, bientôt, le nombre de visiteurs à Playa Blanca… Excellente idée. Malgré l’affluence, quel bonheur de se baigner, à la mi-janvier, dans la mer des Caraïbes!

Filet de poisson accompagné de riz à la noix de coco, de bananes plantain frites (platacones) et d’une salade. Restaurant Mundo Nuevo, Minca

Ceci dit, malgré le soleil, la plage, la nourriture, excellente, tout n’est pas rose en Colombie, loin s’en faut… en particulier à Carthagène où j’ai débuté mon voyage…

Carthagène, qui accueille chaque année des millions de touristes… Touristes qui oublient trop souvent, malheureusement, que la plupart des somptueux édifices de la ville coloniale ont été construits grâce aux fortunes colossales amassées pendant plus de deux siècles sur le dos des peuples autochtones…

Plaza de San Pedro Claver, dans le barrio El Centro, dans la vieille ville de Carthagène. L’édifice à droite abrite le Musée d’art moderne…

L’esplanade de la Plaza Santa Teresa surplombe l’une des entrées du quartier fortifié El Centro de Carthagène

Carthagène des Indes comme on appelle officiellement la cité, a été fondée en 1533 sur les vestiges d’un village amérindien « abandonné ». La ville est vite devenue pendant l’époque coloniale un des principaux ports du royaume d’Espagne sur le continent américain.

Porte d’entrée vers la Cordillère des Andes, au sud, et proche du Mexique, au nord, c’est à Carthagène qu’étaient entreposés au 16è et 17è siècles les butins prodigieux – argent, or, émeraudes et autres pierres précieuses – soustraits de force aux peuples autochtones aztèques et incas.

Issus de pillages cruels et odieux, ces trésors, tâchés de sang, étaient acheminés à dos de mule ou par bateau à Carthagène et ensuite transportés sous escorte, à bord d’immenses vaisseaux, vers l’Espagne…

(Ces mêmes navires revenaient ensuite vers Carthagène avec, au fond de leurs cales, des esclaves. Des documents d’archives révèlent, qu’entre 1573 et 1640, 487 navires négriers ont débarqué dans le port de Carthagène près de 80 000 esclaves, hommes femmes et enfants capturés principalement en Guinée et en Angola.)

Galions espagnols du 17è siècle. Ces navires, en haute mer, entre Carthagène et l’Europe, regorgent de richesses et attirent toutes les convoitises…

Pirates, corsaires et flibustiers, à l’affût, attaquent régulièrement les convois…

Ces pillages perpétrés dans les Andes et au Mexique, ce génocide des populations indigènes constituerait aujourd’hui sans aucun doute « un crime contre l’humanité ».

Question naïve: pourquoi les Espagnols (ou les Français, les Anglais ou les Portugais, coupables eux aussi de crimes dans leurs ex-colonies) ne sont-ils pas poursuivis?

Anne Chemin publiait récemment dans « Le Monde » un excellent article sur la prescription. Article où l’on rappelle que si la France a voté, dès 1964, une loi déclarant imprescriptible « par nature » les crimes contre l’humanité, les institutions européennes, elles, restent très prudentes sur la question. C’est dommage.

Calle San Juan de Dios, barrio El Centro, à Carthagène

C’est donc avec un pincement au cœur que l’on visite les anciens quartiers coloniaux de Carthagène, quartiers merveilleusement restaurés, préservés, au nombre de quatre, et inscrits, depuis 1984, au patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’intérieur des murailles qui ceinturent la cité, deux quartiers, chics et huppés: El Centro et San Diego

Élégante maison dans le barrio San Diego, à deux pas de l’Alliance Française de Carthagène

Barrio El Centro… Ces demeures, inabordables pour la très grande majorité des Colombiens, appartiennent aujourd’hui à une élite fortunée, souvent étrangère. Les appartements se vendent ou se louent ici à prix d’or, excluant automatiquement la plupart des Colombiens de leur propre ville… Ce triste phénomène se répète malheureusement un peu partout dans le monde…

Heureusement, les célèbres « Palenqueras » de Carthagène ajoutent un peu de couleur et de vie à ces deux quartiers qui ressemblent parfois à des musées…

Les « Palenqueras » revendiquent fièrement leur héritage africain. Elles sont originaires d’un petit village situé au sud-est de Carthagène, San Basilio de Palenque. Le village a été le premier a être gouverné par des esclaves ayant fui leur condition. Le royaume d’Espagne leur accorda par décret la liberté en 1691. Infos supplémentaires ici.

Les quartiers de Carthagène. Au nord de la ville, El Centro et San Diego. Au sud, Getsemani. Au centre, La Matuna

À l’extérieur des murailles, au sud de la ville, un troisième quartier, populaire, bohème et branché: Getsemani. C’est là où j’ai posé mes valises, dans l’une des rues les plus calmes du secteur, Calle de San Juan.