Voyage contrarié au temps de Delta & Omicron

Nos valises étaient prêtes. Paris nous attendait.

Nous devions partir le 4 décembre, pour cinq semaines, passer les Fêtes en France. À Paris d’abord, puis en province, à Cahors, dans le sud-ouest.

Notre premier voyage à l’étranger depuis deux ans. Une éternité.

Malgré l’hiver, le froid, le temps gris de décembre et les nombreuses contraintes liées à la pandémie, nous avions hâte de retrouver Paris et les quartiers de l’est de la ville que nous apprécions tant…

parisb

Sur les hauteurs de Belleville, à Paris, en juin 2016.

Belleville, Ménilmontant, le village Jourdain, Saint-Blaise, le quartier Gambetta-Pyrénées… et celui du cimetière Père-Lachaise où nous devions cette fois nous installer pendant une semaine. Dans une petite rue calme.

Le temps de nous adapter au décalage horaire. Et de profiter au maximum de l’atmosphère, de l’énergie de cette ville où nous nous sentons d’habitude si bien!

parisb5st blaise

La rue Saint-Blaise, située dans l’ancien « village de Charonne », dans le 20è arrondissement. Le quartier a été, jadis, l’un des hauts lieux de la Commune de Paris. À l’arrière-plan, l’église Saint-Germain de Charonne, dotée, à l’arrière, d’un petit cimetière. Ces quartiers, peu connus, offrent aux amoureux de Paris de splendides heures de promenades… 

Nous avions en poche notre passe sanitaire, sésame obligatoire pour avoir accès en France aux restaurants, aux musées, aux trains – un service essentiel pour nous puisque nous devions quitter Paris, de la gare d’Austerlitz, le 11 décembre, pour Cahors, dans le département du Lot.

eu1

Les citoyens canadiens vaccinés peuvent aussi obtenir un certificat covid numérique valide dans les pays de l’union européenne (UE).

Nous avions cet été applaudi le gouvernement français qui avait mis en place un système ingénieux et pratique de conversion de preuve vaccinale afin de faciliter le séjour des touristes étrangers sur son territoire. Le dispositif permet aux citoyens résidant hors de l’union européenne d’obtenir un code QR – le passe sanitaire français – s’ils sont entièrement vaccinés.

En quelques clics, début octobre, nous avions fait parvenir aux autorités françaises trois documents – la page photo de notre passeport, une preuve officielle de vaccination et une copie de notre titre de transport. Et nous avions reçu, trois semaines plus tard environ, notre certificat covid numérique UE valable en France et dans tous les pays de l’union européenne. Quelle excellente initiative!

(SVP notez cependant que la démarche a depuis été modifiée. Voir infos supplémentaires ici).

Nous avions prévu d’être hyper prudents dans nos déplacements et dans nos contacts quotidiens, tant à Paris qu’à Cahors. Nous allions porter le masque, prendre nos précautions, respecter « les gestes barrières ». Nous serions des visiteurs, des citoyens modèles…

parisb9juin 2015

Le parc de Belleville, dans le 20è arrondissement, en juin 2015

Ce serait si agréable de se promener de nouveau à l’étranger!

parisb3rondeaux

La rue des Rondeaux longe, dans le 20è arrondissement, le cimetière du Père-Lachaise. Il règne dans cette rue, aux allures de campagne, en plein Paris, un calme absolu.

Même si Paris n’a pas très bonne presse ces jours-ci.

Depuis plusieurs années en effet, des milliers de Parisiens quittent, désertent la capitale. Des familles entières déménagent. Faute d’élèves, des classes ferment et les écoles se vident peu à peu. Paris perd en moyenne, depuis 2012, environ 11 000 habitants par an. C’est beaucoup.

newparisécole

Bannière devant une école du 19è arrondissement, en juin 2015.

Avec le télétravail, l’exode s’est accéléré, comme le montre ce récent reportage (11 minutes) diffusé à l’antenne de France 24.

Comment expliquer ces multiples départs? Il y a, en premier lieu, le stress et le coût élevé de vivre à Paris. Le prix des logements, et de l‘immobilier en général, ne cesse de grimper. Il est de plus en plus difficile de se loger décemment et à un prix abordable dans la capitale.

(C’est, malheureusement, un scénario qu’on retrouve aussi dans la plupart des autres grandes villes, en France et ailleurs, comme chez nous, à Vancouver et à Montréal notamment).   

Les Parisiens dénoncent également les transports en commun – métro, RER – bondés. Les rues sales. Le manque de civisme. La circulation automobile, de plus en plus compliquée. Et, phénomène nouveau, dans les rues, semble-t-il, un sentiment d’insécurité, croissant.

parisb12

Dans le 18è arrondissement de Paris, en juillet 2015

Ils sont donc des milliers chaque année à quitter la capitale. En quête d’une vie plus simple – ailleurs – dans une ville « plus humaine », de taille moyenne, disposant si possible d’espaces verts et des services essentiels…

Pour nous, visiteurs, en transit, de passage à Paris, le tableau serait bien différent!

Nous aurions, pour guider nos pas, l’histoire et l’architecture somptueuse de la ville!

À la table des restaurants ou au zinc des cafés, nous écouterions, nous savourerions la langue, la gouaille parisienne!

Et nous marcherions dans les rues de Paris, le coeur léger, heureux, les oreilles tendues et les yeux ouverts, grands comme des soucoupes!

paris3 août 2015

La Seine et la cathédrale Notre-Dame vues de la terrasse de l’Institut du monde arabe, dans le 5è arrondissement, en août 2015.

Nous serions ensuite partis, en train, pour Cahors, une petite ville qui m’avait immédiatement séduite, il y a deux ans, lors de ma randonnée sur le chemin de Compostelle.

cahorsplus

Cahors est la commune principale du département du Lot, en Occitanie. Une petite ville magnifique!

Je voulais absolument partager cette belle découverte avec Diana.

cahors3

Par une brèche dans les buissons qui longent le Lot, on aperçoit une partie de la vieille ville de Cahors, en mai 2019.

Nous avions loué à Cahors, au cœur de la vieille ville, un appartement, pour un mois.

Nous serions à cinq minutes de marche des berges du Lot. À cinq minutes du marché, qui se tient, le mercredi et le samedi matin, sur la place de la cathédrale Saint-Étienne.

Une amie de Toulouse viendrait nous rejoindre un moment à Cahors. Ainsi qu’un de mes frères, au début du mois de janvier.

Tout autour de la ville, de l’autre côté du Lot, de nombreux sentiers de randonnée nous attendaient!

Le GR65 (qui relie Le-Puy-en Velay, en Haute-Loire, à Saint-Jean-Pied-de Port, au pied des Pyrénées), le GR 36 (qui va vers Figeac)…

cahors4

Quelques-uns des nombreux sentiers de grande randonnée (GR) qui sillonnent les alentours de Cahors

Et puis… Patatras!

Quelques jours avant notre départ, un nouveau variant a fait son apparition.

Qui, il y a encore deux semaines, avait entendu parler d’Omicron?

Nous avons hésité.

Et puis, rapidement, il y a eu cet avis de l’O.M.S., déconseillant aux plus de 60 ans de voyager.

D’autres restrictions sont vite venues assombrir nos plans de voyage.

Un test de dépistage requis avant l’arrivée en France. Un second test obligatoire avant notre départ vers le Canada. Et un troisième test une fois arrivé sur le sol canadien.

Notre voyage ressemblait de plus en plus à une course d’obstacles.

Nous avons donc décidé, comme beaucoup d’autres, d’être prudent. Et avec beaucoup de regret, nous avons décalé notre séjour en France pour le printemps – en espérant que la situation sanitaire sera, à ce moment-là, revenue à la normale.

Mais rien n’est moins sûr! Nous devrons peut-être, ce printemps ou cet été, prendre notre mal en patience. Et attendre encore un peu avant de pouvoir gambader et voyager de nouveau à l’étranger….

 D’ici là, prenez bien soin de vous et de vos proches!

Joyeuses Fêtes à tous!

Notes de lecture sur Haïti:

Emmélie Prophète, Le bout du monde est une fenêtre

ep

Éditions Mémoire d’encrier, 2015

Un roman magnifique, écrit dans une langue admirable. Samuel, jeune orphelin démuni, quitte son village au bord de la mer pour rejoindre la capitale, Port-au-Prince, où personne ne l’attend. Il a huit ans. De fil en aiguille, grâce à sa débrouillardise et au soutien de quelques adultes aussi indigents que lui, Samuel entre à l’école puis décroche un poste de mécanicien dans un garage situé dans un quartier cossu de la capitale. En face du garage, dans une maison bourgeoise qui tombe en ruines, vit Rose, une jeune femme mulâtre et désoeuvrée. Elle s’ennuie. Prisonnière de son rang, de son milieu social, Rose observe fiévreusement Samuel derrière le mince rideau de sa chambre. Les deux personnages, que tout oppose, entament par le regard un dialogue muet. La relation a-t-elle une chance d’aboutir?

 

Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past

trouillot

Beacon Press books, Boston, 1995

Au coeur de cet essai magistral, des questions fondamentales qui divisent les historiens depuis deux siècles. Comment expliquer que l’interprétation de l’incroyable épopée que constitue la révolution haïtienne (1791-1804) ait été pendant si longtemps détournée, déformée et cadenassée par une majorité d’historiens? Et comment expliquer que quelques années à peine après les nobles idéaux (« liberté« , « égalité« ) de la révolution américaine (1776) puis de la révolution française (1789), la révolte des esclaves menée à Saint-Domingue par Toussaint L’Ouverture, à partir de 1791, ait été si durement réprimée? La déclaration d’indépendance d’Haïti, en 1804, se heurtera au même déni. Michel-Rolph Trouillot partage ses arguments avec verve et talent et nous offre ses pistes de réflexion. Un grand, un immense livre. Qui vient d’être réédité.     

 

Chantal Kénol, Si je contais ma ville

ck

Éditions Atelier du Jeudi Soir, Port-au-Prince, 2020

Un poignant et merveilleux recueil de nouvelles qui plonge le lecteur au milieu des quartiers populaires de Port-au-Prince. Chacune des douze nouvelles est un tableau, saisissant, de ce pays « où on grandit vite ». Vaincre la misère, l’injustice, la faim, le chômage, survivre à tout prix dans une capitale surpeuplée, chauffée à blanc et pleine de rumeurs – telles sont les préoccupations principales des personnages croisés dans ce volume étonnant et fort bien écrit.  « Dans mon pays, je suis une privilégiée« , écrit Chantal Kénol dans l’avant-propos. « Mon seul recours, en tant qu’écrivain, est que mon écriture rejoigne l’autre en ce lieu seul qui nous rassemble: notre commune humanité. » Une très belle réussite.

 

 

Camille Kuyu, Les Haïtiens au Congo

Haitiens au Congo

Éditions L’Harmattan (2006)

L’histoire captivante et trop peu connue d’une génération de professionnels haïtiens venus offrir par centaines son expertise au Congo (ex belge) après l’indépendance du pays en juin 1960. Médecins, agronomes, enseignants, ces « assistants techniques » haïtiens débarquent au Congo avec leurs familles avec une triple motivation. Fuir la dictature de François Duvalier en Haïti. Participer au Congo à « une grande œuvre » dans le pays des ancêtres, « l’Alma Mater ». Et assurer à leurs familles une solide sécurité financière. Les témoignages des anciens coopérants haïtiens recueillis dans le livre sont passionnants. Seul regret, ces témoignages évoquent pour la plupart une période qui débute en 1967 – deux après l’accession de Mobutu au pouvoir. Il aurait été utile d’entendre la voix et les réflexions des « pionniers », les experts haïtiens arrivés au Congo entre 1960 et 1965, juste après l’indépendance. Notre père était l’un de ces « pionniers » recruté par l’OMS en février 1961 et affecté au Congo comme chirurgien, à l’hôpital de Bukavu, dans la province du Kivu. Pour notre famille, cela a été une aventure et une expérience inoubliables. SVP voir Retour au lac Kivu.         

Portraits de Montréal

Quel bonheur cet été de revoir Montréal et retrouver la famille… après deux ans d’absence!

22 juillet 2021

Réunion familiale, le jeudi 22 juillet. Notre frère aîné est en déplacement, à l’étranger.

24 juillet 2021 1 Côte des Neiges

Diana, à la table d’un café, dans le quartier Côte-des-Neiges, le samedi 24 juillet…

24 juillet 2021 4 Côte des Neiges

… après une randonnée de cinq heures en vélo dans les rues de Montréal, plus tôt ce jour-là, de la rue Rachel, au parc Maisonneuve puis retour via Rosemont et la piste cyclable de la rue Saint-Zotique Est…

L’appartement que nous louons d’habitude près du parc Kent, dans le quartier Côte-des-Neiges, n’étant pas disponible, nous logeons cette fois-ci un peu plus à l’est, dans le même arrondissement, dans le secteur de l’université de Montréal, à deux pas de l’avenue Willowdale.

Willowdale

L’avenue Willowdale, située derrière notre appartement…

DSC07293 (2)

… est à cinq minutes de marche d’Outremont

Dès le lendemain de notre arrivée, nous avons acheté deux vélos et, comme prévu, nous parcourons tous les matins la ville avec deux objectifs: aller à la rencontre des Montréalais et côtoyer, autant que possible, les membres de la communauté haïtienne, encore surpris et déconcertés par les récents événements survenus au pays.

Premier constat: après 16 mois de pandémie, Montréal, timidement, respire de nouveau, Montréal sourit! La ville reprend des couleurs et se remet, peu à peu…

DSC07266 (2)

Sur la rue Bernard (Outremont), transformée en partie, cet été, en rue piétonne, le samedi 24 juillet

montroyal

L’avenue du Mont-Royal, piétonnisée elle aussi cet été entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Fullum, le samedi 31 juillet. À l’horizon, le mât du Stade olympique, construit pour les JO de 1976

métro jarry

Montréalaise d’origine haïtienne rencontrée, rue Jarry, le mercredi 28 juillet

Au fil de nos randonnées, voici donc quelques-uns des visages croisés, fin juillet, début août, lors de notre séjour à Montréal.

steve et anna

Steve gère avec sa soeur, depuis 1985, le restaurant et casse-croûte de cuisine créole, « Steve & Anna« , une véritable institution, rue Bélanger Est, à Montréal…

23 juillet 2021 poulet

Poulet grillé accompagné de riz, de bananes mûres (plantain) et de « pikliz » (un condiment épicé haïtien) dégusté lors de notre passage au restaurant, le vendredi 23 juillet

En planifiant ce voyage, à l’exception du trajet de/vers l’aéroport, nous avions fait le pari de nous déplacer uniquement en vélo pendant notre séjour. Pari tenu!

Montréal, l’été, est une ville fantastique de vélo. La municipalité compte plus de 300 kms de pistes et voies cyclables. C’est le paradis. Pendant deux semaines, nous n’avons jamais utilisé de voiture ni même pris les transports en commun. Nous étions en selle, en moyenne, trois à quatre heures par jour. Parfois plus.

Ce mode de transport nous a permis de faire, chaque jour, de multiples rencontres, comme celle-ci, dans le quartier Rosemont, où nous nous sommes arrêtés, un après-midi, afin de régler un bris mécanique…

retry1

Grâce à Mundo, ci-dessus, originaire du Mexique et propriétaire du magasin « Vélo Intemporel« , rue Beaubien Est, notre petit pépin a été réparé en un clin d’oeil. Excellent service. Merci, Mundo!

st viateur2

Devant un café dans le quartier du Mile-End, le jeudi 22 juillet

Quelle surprise de découvrir un matin, dans le nord-est de la ville, à proximité du quartier Saint-Michel, un parc immense que nous ne connaissions pas, le parc Frédéric-Back…

newvélo

Diana en grande conversation, en cantonais et en français, avec un promeneur dans le parc Frédéric-Back, le vendredi 30 juillet

fb1plus

Le parc, inauguré en 1995, est (avec le parc Maisonneuve), l’un des grands espaces verts de l’est de Montréal. Aménagé sur le terrain d’une ancienne carrière et d’un site d’enfouissement, le parc se transforme progressivement…

fb2

Une fois les travaux d’aménagement terminés, la superficie du parc Frédéric-Back sera presque voisine de celle du Mont-Royal. Une belle découverte! Le parc est, malheureusement, encore trop peu connu des Montréalais.

mh

La Maison d’Haïti, située près du parc Frédéric-Back, dans le quartier Saint-Michel. La Maison, fondée en 1972, a pour missions l’accueil, l’éducation, l’intégration et l’amélioration des conditions de vie des personnes d’origines haïtienne, afro-descendantes et immigrante. Infos supplémentaires au: https://www.mhaiti.org/web

Lors de nos randonnées quotidiennes, fréquentes haltes, dans les quartiers de la ville, afin de déguster différentes cuisines et plats du monde entier. Ci-dessous, avenue Van Horne, une escale dans le sud de l’Inde, le lundi 26 juillet…

indien2

Poulet assaisonné au curry servi au restaurant Thanjai. Le restaurant est l’une des cantines de la communauté indienne de Montréal originaire du Kerala et du Tamil Nadu, deux états du sud de l’Inde

st viateur1

La rue Saint-Viateur, à l’est de l’avenue du Parc

À l’autre bout de la ville, le samedi 31 juillet, autre chaleureuse conversation, alors que je suis en route vers le canal Lachine.

En descendant la rue Saint-Pierre, dans l’arrondissement de Lachine, je suis intrigué par l’atmosphère toute conviviale d’une petite entreprise qui a pignon sur rue dans ce quartier, très modeste. Je m’arrête, m’approche d’un étal où sont disposés fruits et légumes. Et j’entame avec Carlo, 27 ans, une longue discussion.

lachine1

Carlo devant le marché Saint-Pierre, l’un des nouveaux « petits marchés » récemment ouverts à Lachine

lachine2

Carlo gère le petit marché le samedi avec un ami… 

Le quartier Saint-Pierre de Lachine, m’explique Carlo, est un « désert alimentaire ». Il n’y a aucun supermarché dans le secteur. Très peu d’épiceries. L’accès aux produits frais, fruits, légumes, est très limité. Et les résidents du quartier, ayant en général peu de ressources, sans véhicules, ont beaucoup de difficulté à se nourrir correctement, de façon saine.

D’où ce projet, conçu avec l’arrondissement de Lachine, de monter, rue Saint-Pierre, ce « petit marché » qui permet aux riverains de se procurer, près de chez eux, des aliments de bonne qualité, produits dans la région, à un prix abordable.

Bravo, Carlo! Et bonne chance à cette belle entreprise d’équité et de partage.

lachine3

Quelques-uns des produits offerts au marché Saint-Pierre de Lachine, le samedi 31 juillet

Une quarantaine de minutes plus tard, j’ai rejoint Montréal, en vélo, par la longue piste cyclable du canal Lachine. La journée est magnifique!

h4

Les tours du centre-ville de Montréal se dressent à l’horizon, à l’est du canal Lachine, le samedi 31 juillet

canal2

Piétons et cyclistes font en général plutôt bon ménage à Montréal y compris le long du canal Lachine, ci-dessus. Le canal est un lieu historique, une des portes d’entrée d’un réseau de canaux qui reliait autrefois l’Atlantique à Montréal et au coeur du continent.

pvietnam

Le presbytère, situé rue Beaubien Est, dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie, témoigne de l’importante présence de la communauté catholique vietnamienne à Montréal

Il faut déjà quitter Montréal!

Notre séjour a été, comme d’habitude, bien trop court!

Rendez-vous est déjà pris pour le printemps prochain afin d’assister au mariage d’une de mes nièces.

menu1

Le menu, préparé par Diana…

repas de famille

… pour un grand repas de famille organisé chez mon frère, le lundi 2 août… 

D’autres aventures et voies cyclables nous attendent l’an prochain – notamment le long parcours, via l’Estacade du pont Champlain, qui mène à l’Île-des-Soeurs, l’Île Notre-Dame, le parc Jean-Drapeau et les berges du fleuve Saint-Laurent.

D’ici là, début novembre, les Montréalais iront aux urnes, élire leur maire. Tous nos voeux de succès à la mairesse sortante, Valérie Plante, pour sa réélection.

Bonne fin d’été à tous!

vplante

Valérie Plante a été élue, en 2017, mairesse de la Ville de Montréal

Vancouver, Colombie-Britannique

La ville de Vancouver, située sur les rives du détroit de Georgie, détroit qu’on appelle, de plus en plus souvent, « The Salish Sea », en hommage aux peuples indigènes qui ont, les premiers, habité la région.

Voiliers et bateaux de plaisance ancrés à « False Creek », le bras de mer qui pénètre au coeur de Vancouver, la ville principale de la Colombie-Britannique.

À l’ouest de « False Creek », le pont Burrard et le détroit de Georgie. Au-delà, l’océan Pacifique

Comment expliquer mon histoire d’amour avec Vancouver?

Une histoire qui dure depuis bientôt quarante ans…

Après une randonnée en vélo, déjeuner à la plage Jericho en compagnie d’une amie. Vancouver, septembre 2020

Pique-nique avec nos amis Stephen et Annie dans l’un de nos parcs préférés de l’est de la ville, Burrard View Park. Août 2020.

La ville a bien changé depuis mon arrivée, en août 1982.

Joueurs de « lawn bowling » à Vancouver

Vancouver était à ce moment-là une petite ville tranquille, anglo-saxonne, assoupie, au bord de l’océan, dans un bel écrin de verdure. Tout était fermé le dimanche.

On jouait au cricket, le weekend, au parc Stanley. Ou, tout de blanc vêtu, au boulingrin (« lawn bowling ») au parc Reine-Elizabeth.

Elizabeth II en juillet 1982

 Le visage de la reine trônait un peu partout, dans les écoles, les édifices publics. En plus du parc, un grand théâtre, au centre-ville, et une école, près de l’université, portaient aussi son nom… 

Vancouver revendiquait encore fièrement, à cette époque, son attachement à la Couronne et ses liens avec le Vieux Continent.

Le blason officiel de la Colombie-Britannique

Entre le début de son règne, en 1952, et l’été 1982, la reine ou un membre de la famille royale avaient officiellement visité Vancouver ou la Colombie-Britannique … neuf fois.

Une dixième visite royale (pour inaugurer le stade B.C. Place et lancer Expo 86) eut lieu en mars 1983. 

Cependant, derrière cet aspect un peu guindé, Vancouver avait aussi un autre visage. Beaucoup plus séduisant. Et l’ambiance sur la côte ouest était bien différente de celle que j’avais laissée à Montréal…

On pouvait ici, en janvier, sortir en short et sandales. Jouer au tennis à l’extérieur. Faire du vélo ou de la voile. Pique-niquer sur la plage.

Autre pique-nique, sur la plage Spanish Banks

… en décembre 2020. Température? 7 ou 8 degrés

Dès la mi-février, le printemps pointait le bout du nez, les jonquilles, les tulipes faisaient leur apparition…

Les promeneurs, en tee-shirts, envahissaient les parcs.

Quel contraste avec Montréal!

Quel bonheur, et quel sentiment de liberté surtout! J’avais 25 ans!

Diana cheminant le long de « Siwash Rock Trail », l’un des nombreux sentiers qui sillonnent le parc Stanley.

Les différents quartiers de Vancouver. Chacun a son ambiance, ses parcs, son histoire. La ligne verte au milieu marque la « frontière » qui, historiquement, sépare les quartiers plus aisés de la ville, à l’ouest, des quartiers plus modestes, à l’est. J’habite, depuis plus de 25 ans, à Mount Pleasant.

Notre domicile dans le quartier Mount Pleasant, au début du printemps, en mars 2020.

Vancouver avait encore, au début des années 80, une réputation de ville frondeuse, contestataire, anticonformiste. Vertus essentielles pour le jeune homme rebelle que j’étais alors – j’étudiais à l’université McGill, puis à UBC, l’histoire tumultueuse du mouvement Dada.  

Dans les années 60 et 70, des milliers de jeunes américains, farouchement opposés à la guerre au Vietnam, fuient les États-Unis et trouvent refuge en Colombie-Britannique.

Plusieurs s’installent à Vancouver ou dans les Îles du détroit de Georgie: Salt Spring, Pender, Galiano ou Gabriola. Certains fondent des communes, plus à l’est, dans la région des Kootenays. Partout, ces jeunes idéalistes créent des ponts, des alliances dans la province autour de concepts dont on parlait encore très peu à l’époque: la fin des essais nucléaires dans le monde, la protection de l’environnement et de la biodiversité. 

De fil en aiguille, rencontre après rencontre, les idées fusent. Les forces, les énergies de ces activistes convergent et, peu à peu, une vision commune prend forme.

Au cours d’ultimes réunions tenues dans divers quartiers de la ville (Kitsilano, Shaughnessy), un plan d’action émerge. Et, en 1971, naît à Vancouver un tout nouveau mouvement: Greenpeace.

La premiers adhérents de Greenpeace, photographiés ici à Vancouver en 1971. (Source: R.K – Greenpeace)

Le 15 septembre 1971, un groupe de militants embarque, depuis Vancouver, à bord d’un vieux chalutier, le « Phyllis Cormack », rebaptisé Greenpeace.

Le bateau se dirige vers l’Alaska afin d’empêcher les essais nucléaires américains sur le site d’Amchitka. Malgré quelques revers, contre vents et marées, et contre toute attente, la mission réussit. La voix du mouvement, et celle de Vancouver, se font aussitôt entendre dans le monde entier!

L’année suivante, en 1972, les États-Unis annoncent la fin de leurs essais nucléaires atmosphériques. C’est un véritable coup de tonnerre. Greenpeace poursuit dans la foulée son combat contre les essais nucléaires de la France cette fois, en Polynésie française. Le mouvement entre dans l’histoire.

Greenpeace a aujourd’hui son siège à Amsterdam

C’est aussi à Vancouver qu’ont lieu, au milieu des années 80, d’immenses manifestations et marches pour la paix. Les cortèges mobilisent la ville entière. Les rues, les ponts sont noirs de monde. 

Événements auxquels, à peine arrivé, je participe, fasciné, avec des amis.

Plus de 100 000 personnes défilent pour la paix, en mars 1986, sur le pont Burrard. Photo: City of Vancouver Archives.

Marchant au milieu de la foule, je suis complètement transporté, galvanisé. Inspiré aussi par la ferveur, les arguments des participants. Conquis par la formidable énergie de la ville. Je n’avais jamais rien connu de pareil.

Comment aurais-je quitter Vancouver?

À l’ouest du pont Burrard, sur la droite, la plage Sunset Beach et le quartier du West End. Sur la gauche, une partie du parc Vanier…

… qu’on aperçoit mieux ici, dans le quartier Kitsilano

Au parc Vanier, avec ma soeur, en visite à Vancouver, en juin 2012

Je ne devais au départ que passer trois ou quatre ans sur la côte ouest, le temps de terminer mes études. Je devais ensuite sagement reprendre le chemin vers Montréal et y rejoindre ma famille…

Mais… tout était si nouveau pour moi ici! La culture. Le climat. Le site exceptionnel dans lequel était située la ville!… 

Un tronçon de la promenade du bord de mer – « The Seawall », ici en mars 2020…

… qui serpente entre l’océan et le parc Stanley. Je parcours régulièrement en vélo ce chemin magnifique. (La photo a été prise, en juillet 2020, de mon vélo, du pont Lions Gate).

Vancouver me réservait aussi bien d’autres surprises…

Prince Edward St & 47th Avenue, dans le quartier Sunset, en avril 2020

À l’exception de deux ou trois commerces francophones, établis, dans les années 80, autour de la 16è Avenue et de la paroisse Saint-Sacrement, pratiquement personne, dans les rues, dans les magasins, ne parlait ici le français! 

Quatre langues affichées sur un panneau de stationnement, sur la rue Fraser, à Vancouver…

On parlait plutôt, en plus de l’anglais, le cantonais, le mandarin, le penjabi ou le tagalog.

La ville avait un grand quartier chinois, le deuxième en importance en Amérique du Nord, un quartier italien (Commercial Drive), un quartier grec (Broadway), un ancien quartier japonais (les rues Powell & Alexander).

Il y avait même, à l’angle de la rue Main et de la 49è Avenue, un quartier indien regroupant des commerçants venus de la région du Punjab… mais le français, langue officielle du pays, était, à Vancouver, dans l’espace public, quasiment inexistant.

Avec le recul, c’est ce besoin je crois, ce besoin fort, urgent, de pratiquer et partager ici ma langue maternelle, qui m’a poussé, quelques mois après mon arrivée, à poser ma candidature à un poste … à la Société Radio-Canada.

J’avais lu dans les colonnes du Soleil de Colombie (l’unique journal francophone de la province) que la SRC était à la recherche d’un journaliste pour une des émissions diffusées à la radio l’après-midi. 

Grâce à une série de chroniques et d’articles écrits, un an plus tôt, dans une revue de Montréal (Virus Montréal), grâce aussi aux critiques de théâtre et aux éditoriaux rédigés pour le journal étudiant de l’université McGill (The McGill Daily), j’ai été embauché.

Cela a été le début d’une expérience et d’une aventure inoubliables!

Au micro de CBUF-FM (97.7 FM) dans le studio 4 de Radio-Canada à Vancouver, au 700 rue Hamilton, saison 1991-1992.

J’ai eu pendant plusieurs années l’immense privilège de travailler, à temps partiel d’abord, l’été, puis à temps plein, pendant deux ans, comme recherchiste, puis comme journaliste et animateur à CBUF-FM, la radio française de Radio-Canada en Colombie-Britannique.

Pour de nombreux francophones de la province, pour ceux notamment résidant dans des régions ou des villes éloignées (Dawson Creek, Terrace, Kitimat, Port-Alberni…) la radio de Radio-Canada était, à ce moment-là, bien avant l’arrivée de l’internet, un service essentiel – le seul lien quotidien souvent, en français, avec le monde extérieur.   

Animateur à l’émission « Horizons » diffusée du lundi au vendredi, de 15h30 à 17h30, sur les ondes du réseau régional de Radio-Canada en Colombie-Britannique. Saison 1991-1992.

Nous recevions tous les jours en studio ou à l’extérieur des invités provenant des quatre coins de la province. 

Je me rappelle d’une entrevue réalisée à Whistler avec Nancy Greene, la championne olympique de ski alpin (Grenoble,1968). D’une autre encore avec Kim Campbell qui était à ce moment-là ministre de la justice dans le gouvernement Mulroney – avant de devenir, à son tour, première ministre du pays.

Toutes les deux avaient de profondes racines en Colombie-Britannique et conversaient adéquatement en français.

D’autres invités venaient de beaucoup plus loin…

Avec l’écrivain Dany Laferrière aujourd’hui académicien et « immortel ». L’entrevue a été réalisée à CBUF-FM à Vancouver au printemps 1992…

… grâce au précieux concours de Marc Fournier, à l’époque libraire hors-pair, et présent sur les deux photos. Merci, Marc!

En compagnie d’une partie de l’équipe de CBUF-FM, lors d’une émission réalisée à l’extérieur du studio pendant la saison 1991-1992.

Après toutes ces années, malgré l’appui du gouvernement fédéral, malgré l’immense popularité des programmes d’immersion française dans les écoles de la province, malgré quelques timides avancées dans le domaine de la santé et de la justice, il faut bien constater que l’usage du français en Colombie-Britannique reste, aujourd’hui, malheureusement, très restreint. Et sa visibilité à Vancouver, limitée.

C’est dommage! 

Soupe accompagnée de raviolis aux crevettes. East Georgia St, dans le quartier chinois de Vancouver.

Avant d’évoquer un peu plus loin, brièvement, quelques autres zones d’ombre, j’aimerais m’arrêter ici sur trois événements qui ont profondément marqué, façonné l’histoire récente de la ville.

La plage Kitsilano, à la fin août 2020. À l’arrière-plan, le quartier du West End.

Événements qui ont largement contribué à placer Vancouver, depuis plusieurs années maintenant, dans le peloton de tête des villes où il fait, globalement, « le mieux vivre »…

Le dimanche, entre mai et octobre, a lieu dans notre quartier un marché fermier qui réunit la communauté et de petits producteurs indépendants de la région. Comme le montre la photo, l’harmonie entre les différentes cultures est l’un des grands atouts de Vancouver. Dans une ville où la plupart des habitants viennent « d’ailleurs », la diversité est ici très respectée. Cela n’a pas toujours été le cas.

Danse et parade lors de la Nouvelle Année chinoise à Vancouver, rue Keefer.

#1 

Le premier de ces événements a eu lieu dans le quartier chinois, Chinatown.

L’une des nombreuses boutiques de Chinatown à Vancouver, ici sur la rue Main, en janvier 2021. Le quartier est l’un des plus anciens de la ville et accueille, depuis le milieu du 19è siècle, les travailleurs venus, de la Chine, chercher en Colombie-Britannique un emploi stable et une vie meilleure…

Certains en arrivant vont chercher fortune à l’intérieur de la province, lors de la ruée vers l’or (1858). D’autres participent, entre 1881 et 1885, à la construction du chemin de fer transcanadien. La plupart s’installent à Vancouver et affrontent, quotidiennement, une discrimination intense. Les Canadiens d’origine chinoise n’obtiendront le droit de vote qu’en 1947.

La famille Chan devant leur maison, située au 658 Keefer St, près de Chinatown.

Au milieu des années 60, un groupe de résidents, menés par Walter et Mary Lee Chan (ainsi que par le futur maire, Mike Harcourt), s’oppose à un immense projet de développement du quartier Chinatown, situé au coeur de la ville.

Des dizaines de logements, plusieurs immeubles résidentiels et commerciaux doivent être démolis afin de permettre la construction d’une autoroute vers le centre-ville. 

Le projet, affirment les activistes, va complètement défigurer le quartier, effacer l’histoire de la communauté et gommer la trace des premiers résidents chinois implantés dans cette partie de la ville.

Le mouvement prend vite de l’ampleur. Des pétitions circulent dans la ville, et au-delà. Des centaines de signatures sont recueillies.

Boucher, Keefer St.

Apothicaire, Gore St, Chinatown

 

 

 

 

 

 

 

Après une série de manifestations, la mairie finit par jeter l’éponge et le projet d’autoroute est temporairement puis définitivement abandonné.

Cette victoire aura un impact déterminant sur la planification et sur le développement de la ville.

En plein boom économique (les années 60), à une époque où la voiture est reine et impose partout ailleurs sa présence, Vancouver se démarque et devient, à ce moment-là, l’une des seules grandes villes d’Amérique du Nord à se développer sans aucune autoroute, intra-muros.

Central Valley Greenway

East 45th Avenue

C’est encore le cas aujourd’hui. Aucune voie rapide (comme le boulevard Décarie ou l’autouroute Ville-Marie à Montréal par exemple) ne défigure, scinde ou divise la ville.

Vancouver reste une agglomération, une mosaïque de quartiers. Et la majorité de ses résidents (près de 53%, en 2019) se déplace quotidiennement à pied, en vélo ou utilise les transports en commun. 

La Ville veut accroître à 65% ce type de déplacement d’ici 20 ans.

Chaque printemps, au mois d’avril, un événement, « Bike the Blossoms », rassemble des centaines de cyclistes, de tout âge…

… invités à parcourir et admirer, dans les rues de l’est de la ville, les cerisiers en fleurs. Ci-dessus, East 10th Avenue & Glen, dans le quartier Mount Pleasant, en avril 2019.

Un peu plus haut, sur East 11th Ave & Windsor, en avril 2020… Avril et septembre sont sans doute deux des plus beaux mois de l’année à Vancouver… Où d’autre au Canada peut-on marcher sur des trottoirs jonchés de pétales de cerisiers?…

Fleming St & East 18th Avenue, Cedar Cottage

#2

Un deuxième événement vient, en 1986, bouleverser et métamorphoser Vancouver – Expo 86. 

Le transport est le thème de l’Exposition internationale tenue à Vancouver en 1986.

Le monde entier est convié à cette Exposition internationale qui coïncide avec le centenaire de la ville. Et Vancouver accueille, entre le 2 mai et le 13 octobre, plus de 22 millions de visiteurs. C’est un immense succès. Les touristes se pressent, se bousculent dans le parc de l’Exposition, situé sur les rives de False Creek

L’Exposition est aussi un énorme exercice de marketing, conçu par le gouvernement pour attirer à Vancouver investisseurs et spéculateurs à la recherche de nouveaux marchés. 

Presque du jour au lendemain, après Expo 86, la ville se transforme, se métamorphose. Le prix de l’immobilier grimpe, flambe – attisé par l’exode de milliers de familles qui anticipent la rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1997, et fuient le territoire.

En quelques années, une multitude de nouveaux résidents, venus de Hong Kong, mais aussi des Philippines, de l’Inde, de la Chine, de la Russie, de la Corée, s’installent à Vancouver et dans sa banlieue.

Le visage de la ville change.

De nouveaux quartiers naissent, surgissent de la terre – parmi eux, Coal Harbour, False Creek North. L’architecture et l’atmosphère de ces nouveaux districts tranchent singulièrement avec l’histoire et la tradition de la ville. 

Le quartier Coal Harbour construit, à proximité du parc Stanley, peu après l’Exposition internationale, Expo 86. Dans ces grandes tours de verre, de nombreux appartements demeurent vides, inoccupés une longue partie de l’année…

Vancouver devient peu à peu, après Expo 86, près du centre-ville et le long de la rive nord de False Creek, une nouvelle cité, baptisée en 2000, par l’écrivain Douglas Coupland, « The City of Glass ». Une ville de verre.

La densité y est intense. Les services et commerces de proximité se multiplient. Les résidents qui affluent dans ces nouveaux quartiers vivent à quelques minutes du bord de mer. Ils ont aussi accès à des parcs, à des centres communautaires, à des écoles, au transport en commun, s’ils le désirent. Plusieurs d’entre eux rejoignent leurs bureaux à la marche ou en vélo.

« Que demander de plus? », entend-on dans le quartier.

La population au centre-ville explose… et, progressivement, un nouveau concept d’urbanisme émerge, « Vancouverism ».    

Les tours de False Creek North, à proximité du quartier Yaletown.

Ce concept, limité aux quartiers proches du centre-ville, est loin de faire l’unanimité. Le coût, et l’espace restreint de ces logements, préoccupent.

De premières frictions apparaissent dans la communauté.

Certains groupes sont pointés du doigt.

Les services de la mairie, jugés trop complaisants, ou l’appétit féroce des promoteurs immobiliers, sont aussi mis en cause.

Les résidents des quartiers plus anciens s’inquiètent… et craignent de voir arriver, près de chez eux, l’un de ces nouveaux chantiers…    

Yale St, dans le quartier Hastings-Sunrise. À l’horizon, à l’ouest, le port de Vancouver et les tours du centre-ville…

East 11th Avenue à Mount Pleasant, près de la rue Fraser

Vernon Drive, dans le quartier Strathcona

On comprend l’émoi de certains résidents.

Une grande partie du patrimoine immobilier de Vancouver a été construite à la fin du 19è et au début du 20è siècle. Entre 1895 et le début de la première guerre, en 1914, la population de la ville quadruple et atteint 100 000 habitants.

De très nombreuses maisons bâties à cette époque ont été, depuis, patiemment réhabilitées, restaurées, rénovées, mises en valeur par des générations de Vancouverois…

Demeures à l’angle de Lakewood Dr & William St dans le quartier Grandview-Woodland. Février 2021.

Prince Albert St & East 13th Avenue, dans le quartier Mount Pleasant. Février 2021.

… qui voient plutôt d’un mauvais oeil un autre type de construction apparaître et s’imposer dans certains quartiers de la ville…   

Au pied des résidences qui se dressent au-dessus de False Creek, une flotte de petits bateaux transporte les passagers d’une rive à l’autre. Sur la droite, le complexe Science World et le dôme du cinéma Omnimax.

#3

Logo des JO d’hiver tenus à Vancouver du 12 au 28 février 2010

La métamorphose de Vancouver s’accélère lorsque la ville accueille, avec Whistler, en février 2010, les 21è Jeux olympiques d’hiver.

Pour la première fois dans l’histoire olympique, les Jeux d’hiver sont organisés à proximité du bord de mer et rassemblent, « entre ciel et mer« , plus de 2500 athlètes, venus de 82 pays.

Sur le plan sportif, l’événement est un succès considérable. Le Canada rafle 14 médailles d’or et se hisse au sommet du tableau des médailles. Une première. La ville, et le pays, exultent. (Le Canada n’avait remporté aucune médaille d’or aux Jeux d’été de Montréal en 1976, ni aux Jeux d’hiver de Calgary en 1988). 

D’un côté plus personnel, quelques jours avant l’ouverture des Jeux, j’ai l’immense privilège de rencontrer et d’accueillir à Vancouver, au nom de la communauté haïtienne, réunie à Yaletown ce jour-là, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada et représentante de la reine au pays. Son Excellence est d’origine haïtienne. 

Lors d’une réception tenue le 10 février 2010 à Vancouver House, j’ai l’honneur de prononcer devant les dignitaires et le maire de la Ville, Gregor Robertson, quelques mots de bienvenue adressés à Michaëlle Jean, venue à Vancouver ouvrir officiellement les Jeux olympiques d’hiver – Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall

L’invitation était venue de la Mairie de Vancouver où travaillait un ami – Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall.

Moment extrêmement émouvant… même si (voir plus bas) j’ai hésité avant d’accepter l’invitation. Photo, Sgt Serge Gouin, Rideau Hall, OSGG

Sur le plan social, le bilan des Jeux est beaucoup plus mitigé.

Avant la cérémonie d’ouverture, des dizaines de sans-abris sont temporairement déplacés, mis hors de vue. Éloignés manu militari du regard des milliers de touristes et d’athlètes qui résident dans la ville.

Malgré les succès sportifs, les Jeux divisent. Une partie de la communauté est meurtrie. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent et interrogent les autorités. Comment peut-on justifier les coûts exorbitants des Jeux? Qui profite et bénéficie réellement d’un tel événement? 

Les questions, officiellement, restent sans réponse.

Et nous en sommes, grosso modo, toujours là aujourd’hui.

Coureurs sur le bord de mer, dans le West End, en mars 2020

Malgré quelques mesures prises par le nouveau gouvernement provincial (NDP, centre-gauche) afin de freiner la spéculation immobilière et faciliter l’accès au logement, le prix des propriétés continue de grimper – et la candidature de Vancouver, aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, est de nouveau, officiellement, évoquée… 

La question sera débattue, à l’hôtel de ville, ce printemps. Le maire et six des dix conseillers municipaux ont déjà indiqué leur appui conditionnel au projet. 

Près de la plage Kitsilano, été 2020

Alors que la mutation de Vancouver continue, certains artistes, comme Michael Kluckner, peintre et historien, rappellent dans leurs ouvrages, leurs aquarelles, l’histoire d’une ville qui, au fil des ans, s’efface et disparaît, sous nos yeux…

« Vancouver Remembered » (2011) de Michael Kluckner. Voir aussi, du même auteur, « Vanishing Vancouver » (1990)

Un autre artiste, Fred Herzog, est l’un des photographes qui a le mieux documenté le Vancouver « d’avant » – la ville dans les années 50 et 60. Ses photos rivalisent souvent avec les documents d’archives.

Lorsqu’on regarde deux de ses clichés les plus célèbres… 

Celui-ci, pris en 1968, sur la rue East Hastings…

Photo Fred Herzog – « Man with Bandage » (1968). © Equinox Gallery, Vancouver

… et cette photo de False Creek, prise plus tôt, en 1957, entre les ponts Burrard et Granville…

Photo Fred Herzog – « West End From Granville Bridge » (1957), © Equinox Gallery, Vancouver

5 aout 2020 plusoriginal.JPG1.JPG2

Photo prise en août 2020 à peu près au même endroit que celle ci-dessus…

 … lorsqu’on voit, enfin, ce qu’est devenue Vancouver aujourd’hui…

False Creek, en août 2020. La photo a été prise (au 6è étage) de l’immeuble où travaille mon dentiste, sur la rue Broadway & Oak. 

… on se demande quel visage aura la ville demain…

Vancouver, vue de Spanish Banks

Quelques derniers mots…

Third Beach, Vancouver, juillet 2020

Il n’y a pas eu ici, depuis un an, depuis le début de la pandémie, l’exode qu’ont connu beaucoup d’autres grandes villes – délaissées, désertées par leurs résidents, partis « se mettre au vert » à la campagne…

Très peu de gens ont, volontairement, quitté la ville. Pourquoi le feraient-ils?

La forêt, l’océan, les montagnes, la nature est ici toute proche. 

De plus, la grande région de Vancouver a été jusqu’à présent relativement épargnée par les ravages causés par le virus. En partie, grâce à la communauté asiatique qui a, très tôt, dès décembre 2019, sonné l’alarme et donné l’exemple avec le port du masque.

Qu’ils en soient remerciés!

Keefer St, Chinatown

Paradoxalement, Chinatown a été ici l’un des quartiers les plus durement touchés depuis un an.

Par la pandémie et par la migration de la communauté chinoise vers la banlieue, migration qui s’est accélérée récemment.

Les commerces ferment les uns après les autres et les rues de Chinatown se vident peu à peu…

East Pender St, Chinatown, Vancouver, janvier 2021.

Il est grand temps de conclure…

Spanish Banks, août 2020

L’esprit rebelle et dissident de Greenpeace (1971), évoqué plus haut, a aujourd’hui largement disparu à Vancouver. (Comme l’esprit de Mai 68 a déserté les rues de Paris).

Avec le temps, la ville a changé, s’est « durcie », s’est embourgeoisée. Les inégalités ici aussi se creusent. Comme dans d’autres métropoles, la gentrification de quartiers autrefois populaires s’intensifie.

Malgré tout, comme ces hydravions qui s’élancent, plusieurs fois par jour, au-dessus de l’océan, dans le ciel de Vancouver…

Destinations: Victoria, Nanaimo, Comox, Tofino ou Seattle…

… et reviennent ensuite, se poser, dans la ville, au pied des montagnes….

Retour à la maison…

Après toutes ces années, ces voyages, ces rencontres…

Mon histoire d’amour avec Vancouver se poursuit.

Je reste profondément attaché à cette ville.

Et je remercie tous les jours la bonne étoile qui m’a conduit jusqu’ici.

Bon début de printemps à tous!

SVP restez prudents. Portez-vous bien!

Que nous réserve, collectivement, l’année 2021? – © Vinnie Neuberg, NY Times

Notes de lecture:

Maryse Condé, Histoire de la femme cannibale

Un roman magnifique, sur l’exil, le racisme, la condition des femmes, le rôle de l’art. Le récit se déroule au Cap, en Afrique du Sud. L’héroïne du roman, Rosélie, guadeloupéenne (comme Maryse Condé) trimballe son mal de vivre entre ses tableaux inachevés et le souvenir des différents hommes qui ont, un temps, traversé sa vie – de Pointe-à-Pitre à Paris, du Tchad au Cap enfin où elle est installée avec son mari, Stephen, professeur à l’université. Regard cinglant sur la société du Cap et sur la vie, compartimentée, parfois violente, en Afrique du Sud. Maryse Condé a remporté en 2018 le Prix Nobel alternatif de littérature, décerné par la Nouvelle académie à Stockholm. Une grande dame. 

 

Irène Frain, Le Nabab 

Un chef-d’oeuvre. En particulier pour ceux qui aiment l’histoire et la culture de l’Inde. Le roman (826 pages) est inspiré de la vie rocambolesque de René Madec, un jeune matelot breton qui embarque, en 1754, sur un navire de la Compagnie des Indes à destination de Pondichéry. La ville est à ce moment-là un des joyaux de l’Inde française. Au milieu des intrigues et des combats qui opposent, en Inde, Français et Anglais, le matelot devient un soldat farouche, respecté. Il prend la tête d’une petite armée, remporte avec ses hommes d’importantes victoires, et fréquente les rajahs. En quelques années, Madec devient l’un des nababs les plus puissants du pays. Entre Calcutta, Delhi et Bénarès (Varanasi), le roman nous plonge dans les mystères de l’Inde. Ses bazars, l’odeur des épices, le jeu des harems. Le roman est aussi l’histoire de la folle passion amoureuse qui unit Madec et une jeune princesse guerrière du Rajasthan, Sarasvati. Véritable conte des mille et une nuits, merveilleusement écrit. On attend le film.

 

Michèle Rechtman SmolkinC’est encore loin, le bonheur?

Je suis tombé sur ce récit par hasard, il y a quelques semaines, et j’ai été vite conquis. Sa lecture a été l’un des déclics qui m’a poussé à écrire, à mon tour, sur Vancouver. Le roman résume l’histoire émouvante, attachante d’une enfant qui, à 5 ans, entre le Maroc et la France, vit un traumatisme profond, la mort de sa mère. Les adultes lui cachent la vérité. C’est « l’année du grand malheur ». Entre Zagora, Casablanca et Paris, le lecteur suit les péripéties de son parcours d’adolescente puis de jeune femme, ballottée, tiraillée entre plusieurs cultures. La narratrice s’installe, plus tard, adulte, apaisée semble-t-il, à Vancouver, « cette ville qui porte en elle, dans la forêt de ses tours miroitantes, l’avant-goût du monde de demain ». Une belle découverte.   

 

Barack Obama, A Promised Land

Il nous manque terriblement depuis 4 ans et j’ai littéralement dévoré cet ouvrage dès sa sortie, en décembre. 700 pages de réflexions, de portraits, d’anecdotes, émaillent le premier tome de ces mémoires – et le parcours exceptionnel de cet homme métis, introverti, ambitieux qui, enfant et adolescent, vit entre Hawaï, l’Indonésie et le souvenir amer de son père kenyan, absent. Un destin hors du commun. Même si souvent, entre les lignes, Obama se donne le beau rôle. De très belles pages sur la vie quotidienne à la Maison Blanche. Le dernier chapitre (7) qui révèle le contexte et le déroulement du raid, au Pakistan, menant à la capture (et à la mort) de Osama Bin Laden est tout simplement haletant. 

 

De Vilcabamba à Otavalo, en Équateur

À l’entrée d’un restaurant, calle General Torres, dans la vieille ville de Cuenca, le jeudi 23 janvier

Soulignées en rouge, le long de la Cordillère des Andes, les cinq étapes de mon voyage en Équateur

Il n’a fallu que quelques heures pour que je me sente presque chez moi en Équateur…

Le paisible village de Vilcabamba, niché dans les Andes, près de la frontière péruvienne, à 250 kms environ au sud de Cuenca, dans la province de Loja, le lundi 27 janvier.

Est-ce à cause du climat? De l’altitude, que j’aime tant dans les Andes?

Est-ce le billet vert américain, familier, qui tient lieu ici de devise? Est-ce la présence réconfortante des peuples autochtones croisés sur la route?

Jour de marché à Riobamba, le samedi 1er février…

… et ci-dessus, sur la Plaza de Ponchos, dans la petite ville d’Otavalo, le 12 février. Le standard de vie chez les autochtones autour d’Otavalo est beaucoup plus élevé que dans le reste du pays. La différence est due notamment à la production et au commerce florissant du textile dans la région.

Ou encore est-ce la nourriture, simple, savoureuse, composée souvent de produits frais, locaux?

Plat végétarien, calle Esmeraldas, Centro Historico, Quito

Tout cela a joué, sans doute.

Mais le facteur le plus important, c’est qu’ici aussi, comme en Colombie, malgré la barrière de la langue parfois, chacun de mes pas dans le pays a été guidé par la gentillesse, la bienveillance et le sourire des Équatoriens….

Au marché d’Otavalo, le samedi 8 février

J’ai donc commencé mon voyage comme prévu, le mardi 21 janvier, à Cuenca, la troisième ville du pays, après Quito et Guayaquil…

Calle Esteves Toral, dans la vieille ville de Cuenca, le lendemain de mon arrivée. Coup de foudre, ce premier matin, en découvrant le centre historique. Les escaliers ci-dessus mènent vers la petite place Del Vado puis, plus bas, vers la rivière Tomebamba, l’un des quatre cours d’eau qui baignent Cuenca.

Comme Carthagène, Cuenca était à l’origine un village amérindien, conquis par les Incas au 15è siècle et pris de force ensuite par les conquistadors espagnols en 1557.

Cuenca devient pendant la période coloniale un centre administratif important et la ville se développe au 18è siècle grâce, notamment, au commerce du textile.

Après plusieurs années de lutte contre les Espagnols, Cuenca gagne son indépendance en 1820 et rejoint dix ans plus tard, en 1830, avec Quito et Guayaquil, la toute nouvelle république de l’Équateur.

Les tours de la « nouvelle » cathédrale (construite à partir de 1885) surplombent la Plaza de San Francisco

Figures emblématiques de l’histoire et de la société de Cuenca, « les Cholas », élégamment vêtues, sont les descendantes du métissage entre les peuples autochtones et les conquistadors espagnols…

« Les Cholas » arpentent sans relâche les rues de la ville, ou…

… plus âgées, elle se reposent, le matin, dans un parc…

Le quartier historique de Cuenca, classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’Unesco, a été, comme celui de Carthagène, magnifiquement restauré et préservé.

Calle Bolivar

Immeuble résidentiel accroché aux flancs de la rivière Tomebamba

La plupart des somptueux édifices qui bordent les rues de la ville ont été construits au 17è et 18è siècles. Plusieurs immeubles ont été inspirés par l’architecture française

En face du parc Calderon, à deux pas de la cathédrale

Mais, contrairement à Carthagène, les rues de la vieille ville, ici, bourdonnent d’activité…

Calle Mariscal Sucre

Calle Vega Munoz, près du quartier San Blas

Calle Mariscal Sucre, dimanche matin, 26 janvier…

… une chaude et mélodieuse voix de crooner accompagne les badauds en promenade ce matin-là…

Marchés, restaurants, magasins et boutiques semblent avoir été conçus ici pour toutes les bourses, même les plus modestes…

Elena vend de l’excellent fromage de vache au marché 10 de Agosto…

Boutique, calle Juan Jaramillo, Cuenca

Au même marché 10 de Agosto. Environ 12 000 expatriés, en majorité Américains, se sont installés dans la région de Cuenca. Ils ont leur propre journal, le Gringo Post. Les relations entre les deux communautés sont bonnes, m’a-t-on dit plusieurs fois. Ci-dessus, du porc grillé, une des spécialités de Cuenca.

Sous les arcades des immeubles, dans les parcs, dans les marchés ou à l’ombre des petites places, étudiants, personnes âgées, autochtones, employés de bureau, commerçants, membres des classes moyennes et aisées de la ville se côtoient, à Cuenca, sans heurts, et partagent paisiblement l’espace public.

Un bel exemple d’inclusion! Dont devraient s’inspirer à mon avis bon nombre de grandes villes européennes et nord-américaines…

Près du marché aux fleurs, à Cuenca

Malgré la circulation automobile, souvent intense, j’ai adoré découvrir et vivre dans le centre historique de Cuenca qui est une vraie merveille! Un trésor.

Il fait bon se promener ici, en particulier tôt le matin…

Calle Gran Colombia, tôt, le dimanche matin, 26 janvier. On aperçoit au loin les tours de l’église Santo-Domingo. Ci-dessous, la même rue, un peu plus tard dans la matinée.

Un chauffeur de taxi qui me ramenait à l’hôtel un après-midi me résumait ainsi sa ville:

« Je suis né à Cuenca, et j’ai visité la plupart des villes du pays. Cuenca est unique. Es muy tranquilo. Il n’y a pas de graves problèmes sociaux ici, pas de violence comme à Guayaquil ou à Quito. Les gens se parlent, s’écoutent. Je ne partirai jamais d’ici, et je mourrai dans cette ville. »

Les villages de San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo, soulignés en rouge, sont situés à environ 30-35 kms à l’est de Cuenca

Avant de quitter Cuenca, j’ai voulu explorer quelques-uns des villages situés en périphérie de la ville. Et je suis donc parti, accompagné d’un guide, en voiture, le vendredi 24 janvier, en direction de 3 villages voisins: San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo…

San Bartolomé, vendredi matin, le 24 janvier. Le village compte environ 1200 âmes. La terre est fertile dans cette région. On retrouve dans les marchés des prunes, des poires, des avocats gros comme le poing, et une multitude de fleurs, des roses notamment, destinées à l’exportation. Un bouquet de 50 roses coûte ici entre $5 et $6.

Le village de San Bartolomé est connu en Équateur pour la fabrication de guitares… Les meilleurs musiciens du pays viennent commander ici et acheter leurs instruments, de grande qualité, souvent faits sur mesure…

Comme son père avant lui, José, 70 ans, poursuit dans un atelier près de son domicile, à San Bartolomé, la tradition familiale de confection de guitares…

… il travaille en compagnie d’un de ses fils…

Nous avons ensuite continué notre route, direction nord, vers Chordeleg…

Le village de Chordeleg est célèbre au pays pour ses nombreux artisans, ateliers et boutiques de joaillerie. Les grossistes viennent s’approvisionner ici en bijoux, confectionnés exclusivement en argent

Le travail minutieux de joaillier à Chordeleg

Conversation entre amis, à la sortie de Chordeleg, le vendredi 24 janvier

… puis vers Gualaceo, un bourg important, doté d’un grand marché…

Le marché de Gualaceo

Déjeuner à l’hosteria Arhana, à Gualaceo, avant de rentrer à Cuenca…

La pluie tombe abondamment en cette saison dans les Andes, en général en fin d’après-midi… et la région de Cuenca a eu pendant mon séjour son lot d’inondations… Rien de bien grave, heureusement… Les infrastructures routières sont excellentes en Équateur…

Direction plein sud, le dimanche 26 janvier, vers Vilcabamba, via Loja… Une navette très pratique effectue le trajet depuis Cuenca…

… en quatre heures environ. 250 kms séparent les deux villes…

Vilcabamba

Le village de Vilcabamba, blotti à 1700 mètres d’altitude dans l’écrin verdoyant des Andes. La ville tire son nom de la langue quechua. « Vilca », signifiant sacré et « bamba », déformation de pampa = vallée…

L’église et, ci-dessous, la place principale de Vilcabamba. Le temps a malheureusement souvent été couvert pendant mon séjour là-bas…

Vilcabamba

Au début des années 1970, un article publié dans un magazine américain révélait au monde entier un phénomène étrange, inexpliqué, relié à un petit village du sud de l‘Équateur.

Les statistiques indiquaient en effet qu’un nombre important et inhabituel de centenaires vivait dans la commune de Vilcabamba, une bourgade située à l’extrême sud du pays, près de la frontière péruvienne.

Plusieurs habitants affirmaient avoir 110 voire 120 ans, et les spécialistes s’interrogeaient sur les causes de cette longévité exceptionnelle.

Était-ce dû au climat doux et tempéré de la vallée? À la consommation de l’eau, provenant de sources riches en magnésium? Au café, produit en altitude dans la région sans aucun pesticide? À une substance, fumée par les anciens, combinant les effets de la cocaïne et de la marijuana?

Les spéculations allaient bon train.

Il n’en fallait pas plus pour attirer à Vilcabamba hippies, aventuriers et touristes (américains surtout) en quête, dans la vallée, d’une jeunesse éternelle….

Avec le temps cependant, de nouvelles études ont été menées. Les statistiques se sont révélées trompeuses, tronquées. On ne vivait pas plus longtemps à Vilcabamba qu’ailleurs.

J’ai eu beau chercher, écarquiller les yeux, patienter à la terrasse des cafés, je n’ai croisé pendant mon séjour aucun centenaire dans le village. Pas un seul.

Les riverains, interrogés, se sont montrés plutôt évasifs. Et j’ai vite eu l’impression que cette étrange légende autour de Vilcabamba n’était en fait qu’une fable, une fiction, peut-être arrangée par les autorités pour attirer ici, au milieu de nulle part, des touristes… un peu naïfs… comme moi.

Bonne leçon.

Mais j’ai quand même ramené dans mes bagages du café de Vilcabamba…

Au cas où…

Paolina, rencontrée tôt le matin sur une route déserte au-dessus de Vilcabamba. Sans hésiter, elle me propose de continuer le chemin avec elle. Je suis assez surpris. Dans combien de pays une femme, seule sur un chemin de campagne, va-t-elle inviter un homme, inconnu, à l’accompagner sur la route? « Bienvenido a Ecuador! »

Autre surprise lors d’une longue randonnée à l’extérieur du village. Au détour d’un chemin, en pleine campagne, j’aperçois un homme, âgé, qui semble veiller, tapi dans un champ de maïs.

Il tient une arme à la main et me dévisage longuement. Il semble très étonné, intrigué par ma présence. J’engage prudemment la conversation…

Antonio, 70 ans environ, au milieu de son champ de maïs, dans un faubourg de Vilcabamba

Antonio, c’est son nom, m’explique qu’il passe plusieurs heures par jour à surveiller son champ de maïs pour contrer les voleurs qui, apparemment, viennent lui dérober ses récoltes…

C’est à mon tour d’être surpris. Il n’y a pas un seul épi de maïs en vue dans le champ. C’est la saison des pluies, et le temps de la récolte est bien loin… Je me demande si Antonio a toute sa tête… Poliment, je prends congé, et poursuis rapidement mon chemin…

Au-revoir, Antonio… et au-revoir Vilcabamba!…

Le cadre est splendide… mais pas un chat – ni un centenaire – dans les rues de Vilcabamba… Quelle étrange étape!… On a l’impression ici, à quelques heures de voiture de la frontière péruvienne, d’être au bout du monde…

Bref retour, en navette, à Cuenca, le jeudi 30 janvier, et départ, le vendredi 31 janvier, direction nord, pour Riobamba.

Riobamba est située au sud-est du volcan Chimborazo…

J’ai préféré cette fois-ci prendre le transport en commun

Six heures de route quand même entre Cuenca et Riobamba

Riobamba

J’avais planifié mon itinéraire afin d’arriver à Riobamba la veille du grand marché du samedi…

Cela a été une bonne décision!

Calle José de Orozco, à Riobamba, le samedi 1er février

J’ai eu ce matin-là, en me promenant dans Riobamba, un peu la même impression qu’il y a 4 ou 5 ans, en découvrant le grand marché du centre-ville de Rangoun, en Birmanie…

Riobamba, le samedi 1er février

Ici aussi, pratiquement chacune des rues du centre historique de la ville se transforme, le samedi, en marché… Des familles entières s’installent sur les trottoirs…

Il y a bien peu de choses à vendre… Quelques légumes, des tomates, des carottes, des oignons, de l’ail, du citron, parfois du poulet ou du poisson…

Les carrefours sont tous plus animés les uns que les autres…

Mais quelle pauvreté, hélas! Quels bénéfices génèrent donc ces petits commerces?

Le marché San Alfonso, à Riobamba

La cantine du marché San Alfonso, calle 5 de Junio, est particulièrement animée à l’heure du déjeuner…

On parle beaucoup plus le quechua ici que l’espagnol…

Un plat coûte au marché moins d’un dollar…

À l’extérieur, les clients affluent…

Marché San Alfonso

… se bousculent parfois…

San Alfonso

… et reviennent, inlassablement, se restaurer…

Marché San Alfonso à Riobamba

Quelle expérience!

Mais je suis perplexe devant les maigres revenus perçus par les marchands…

Si l’on soustrait le coût du transport, avec combien de sous repartent-ils dans leurs villages? Cela suffit-il à nourrir, à vêtir leurs familles?

Petit déjeuner à Quito, oeufs accompagnés de majado verde (purée de bananes plantain) et de boeuf.

Après deux jours passés à Riobamba, je reprends la route, le dimanche 2 février, pour la capitale…

Deux heures de trajet à peine, en bus, entre Riobamba et Quito…

Quito

Les escaliers descendent vers calle Garcia Moreno et le centre historique de Quito. On aperçoit, à l’horizon, les tours de la basilique de la ville.

J’ai a-d-o-r-é Quito!

J’y ai passé quatre jours, basé dans la vieille ville, et j’aurais facilement pu prolonger mon séjour.

Je me suis installé à Quito calle Paredes (ci-dessus) dans le centre historique. Sur la colline, qu’on surnomme « El Panecillo » (le petit pain), trône une statue de la Vierge, un des symboles de la ville. De 45 minutes à une heure de marche pour arriver au sommet, par les escaliers de la photo précédente. Rien de mieux pour bien commencer une journée à Quito…

Calle Garcia Moreno, Quito

On m’avait mille fois mis en garde avant mon arrivée: « Fais attention, Quito est une ville dangereuse », « Reste vigilant, dans les transports en commun surtout, à l’arrivée ou au départ de Quito », « Sois prudent dans les taxis… »

L’omniprésence des policiers dans les rues y est sans doute pour quelque chose, mais rien de fâcheux ne m’est arrivé. Au contraire. Partout où je suis allé, pendant la journée, dans la vieille ville, j’ai pu circuler paisiblement et j’ai été accueilli avec politesse et gentillesse.

Calle Esmeraldas, à Quito, le jeudi 6 février

En fait, je me suis rarement senti aussi bien dans une grande ville qu’à Quito!

 C’est peut-être à cause de l’altitude (2850 mètres) ou du vent qui balaye la ville. Du grand ciel bleu pendant mon séjour. Peut-être est-ce la grande diversité de la population croisée dans les rues? Tout cela me convenait parfaitement à Quito. 

C’est peut-être aussi parce que je n’ai pratiquement pas mis les pieds en dehors du centre historique – qui est immense, et où il y a tant à voir et à faire…

Le centre historique de Quito, vu du haut du « Panecillo »

Certains visiteurs – peut-être à cause du confort des hôtels ou de la cuisine « internationale » des restaurants – préfèrent loger dans la « nouvelle ville », située au nord de Quito… À chacun ses choix, ses goûts…

De mon côté, j’ai préféré habiter le centre historique… Les gratte-ciels, les centres commerciaux ou les bars pour gringos éméchés, dans le quartier de la Mariscal, dans la nouvelle ville, très peu pour moi…

Plaza Grande, le cœur du quartier historique de Quito, où se retrouvent, matin et soir, visiteurs et résidents. Plaza Grande est aussi un lieu de pouvoir. C’est ici, dans el Palacio de Gobierno, qu’habite et travaille le président du pays. Chaque lundi a lieu…

… à 11 heures précises, la très officielle relève de la garde…

… en présence du président de la République ou de son représentant…

… des centaines de curieux (y compris de nombreux écoliers) viennent assister à la cérémonie…

… et témoignent ainsi leur attachement aux traditions de la république…

J’ai eu la chance, quelques jours plus tard, de visiter, en petit groupe, le palais présidentiel…

Quelle surprise, à la fin de la visite, lorsque le photographe officiel du président s’est approché… et nous a offert, individuellement, de prendre une photo, en guise de souvenir…

Devant les marches qui mènent au second étage du palais et de la résidence présidentielle, à Quito, le jeudi 6 février

Je me souviendrai longtemps de ce geste et de ce moment absolument inattendu.

Mais ma plus belle journée à Quito a sans aucun doute été celle où j’ai sauté un matin dans un taxi en direction du « Teleferico de Quito »…

Les cabines du téléférique de Quito…

… emmènent visiteurs et curieux, à flanc de montagne, en 18 minutes exactement, sous un ciel bleu éclatant ce jour-là…

… haut, très haut au-dessus de Quito… à une altitude… de 4100 mètres!

   Au sommet, sur une esplanade qu’on appelle « Cruz Loma », une vue imprenable sur la ville et les volcans avoisinants…

On aperçoit au loin, et ci-dessous, le volcan Cotapaxi qui culmine à 5897 mètres au-dessus de Quito…

Le cône presque parfait du volcan Cotopaxi dont le nom signifie, en langue amérindienne « le cou de la lune »

De l’autre côté de ce panorama magnifique, un sentier balisé invite les randonneurs intrépides…

Le sentier est splendide…

… à poursuivre le chemin jusqu’à un autre sommet, le « Rucu Pichincha » qui culmine, lui, à 4680 mètres d’altitude…

Paysage de rêve, féérique… Une de mes plus belles journées de voyage…

Matinée absolument exceptionnelle au-dessus de Quito!

À l’extérieur du centre historique de Quito, à deux pas de la basilique, calle Haïti…

Dans une rue de Cotacachi, village situé au nord d’Otavalo, le lundi 10 février

Seule ombre au tableau dans les villes traversées en Équateur: le nombre important de réfugiés vénézuéliens, hommes, femmes, enfants qui essaient tant bien que mal de reconstruire leurs vies ici.

Les statistiques sont effarantes. Depuis quatre ans, plus de 3 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. C’est plus de 10% de la population. En Amérique du sud, les pays d’accueil les plus importants sont la Colombie et le Pérou. D’après Human Rights Watch, plus de 250 000 Vénézuéliens sont également arrivés en Équateur. L’intégration, on le devine, n’est pas facile. Infos supplémentaires ici.

Par le plus grand des hasards, à Quito, j’en ai rencontré un… réfugié, vénézuélien, qui s’en tire, lui, plutôt bien

Manuel, à Quito, vendredi matin, 7 février

Manuel est informaticien. Il a quitté sa petite ville du Venezuela pour l’Équateur il y a deux ans. Parce qu’il parle assez bien l’anglais, il a vite trouvé du travail, à Quito, dans un restaurant, comme serveur. De fil en aiguille, il a ensuite été recruté par un hôtel du centre historique (celui où je suis descendu) pour y travailler, à la réception.

Manuel a des amis, des contacts à Ottawa, et il prépare en ce moment son dossier pour obtenir un travail, dans l’informatique, au Canada.

Bonne chance, Manuel!

Vue partielle d’Otavalo, l’après-midi de mon arrivée, le vendredi 7 février… et, ci-dessous…

… Plaza Bolivar, toujours à Otavalo, le dimanche 10 février

Après deux heures de route sans histoires depuis Quito, je suis arrivé le vendredi 7 février, en début d’après-midi, à Otavalo.

Tous les dimanches, un orchestre vient égayer avec de la salsa et des merengues les rues…

.. et les places plutôt tranquilles d’Otavalo… Sur la scène, les cuivres assurent une ambiance du tonnerre!…

Otavalo, qui compte environ 40 000 habitants, est connu en Équateur, et au-delà, pour son légendaire marché du samedi qui accueille, Plaza de Ponchos, colporteurs et marchands venus parfois de villages très lointains…

Plaza de Ponchos, à Otavalo, samedi matin, 8 février. 70% de la population dans la région d’Otavalo est indigène, le plus haut pourcentage au pays.

Josefina, marchande à Otavalo, affiche un grand sourire après m’avoir vendu deux chandails…

Il y a en fait, le samedi, deux marchés à Otavalo.. et je suis allé faire un tour au second, le marché aux bestiaux, qui se tient quelques kilomètres plus loin, à Quinchiqui…

Bœufs, vaches, cochons, volaille… les acheteurs ont le choix… les négociations commencent très tôt le samedi matin…

Il règne au marché aux bestiaux une ambiance bon enfant… On peut aussi s’approvisionner, un peu plus loin, en quincaillerie ou en poterie… Les femmes sont, ici aussi, élégamment vêtues…

Quinchiqui, le samedi 8 février

Le marchandage est partout de rigueur…

… avant de rentrer, en fin de journée, à Otavalo…

Otavalo, le samedi 8 février

J’ai effectué ici un très beau voyage, un des plus beaux depuis le Kerala! Et je ne suis resté que dans les Andes!

Mon seul regret, c’est de ne pas être allé dans « l’Oriente », la région de l’Amazone où vivent encore, à l’écart, des peuples peu connus. Ce sera peut-être pour une prochaine fois…

Quinchiqui, le samedi 8 février

C’est en voyageant dans un pays comme l’Équateur qu’on s’aperçoit à quel point la vie, souvent, dans les grandes métropoles en Europe ou en Amérique du Nord est devenue fade, formatée, prévisible.

Le climat y est sans doute pour beaucoup. Mais les gens semblent ici avoir gardé dans le cœur, dans les yeux, dans les gestes de la vie quotidienne, une douceur, une poésie, une fantaisie qui fait cruellement défaut chez nous. Qui a disparu en fait devant la peur de l’autre et les manchettes accablantes des journaux. C’est dommage.

Heureusement, le voyage, souvent, comme ici, permet de renouer avec cette insouciance, cette légèreté, cette innocence maintenant perdue chez nous.

Bonne fête de la Saint-Valentin à tous!

Je vous laisse avec une chanson qui résume assez bien mon état d’esprit après ces cinq semaines de découvertes… Vous pouvez l’écouter ici.

Déjeuner pantagruélique à Otavalo, une recette hollandaise-équatorienne. Saucisses enrobées de bacon accompagnées de légumes du pays: épinards, avocats, bananes plantain. Restaurante « Arbol de Montalvo » (Hôtel Dona Esther), calle Montalvo.

 

 

 

Colombie, côte caraïbe

Encerclée en rouge, la région de la côte caraïbe colombienne que j’ai pu explorer, début janvier. La petite ville de montagne de Minca est située à environ 20 kms au sud de Santa Marta.

Cela a été une bonne idée de visiter la région de la côte caraïbe de la Colombie, même si je n’ai pas pu aller jusqu’à Riohacha comme je le souhaitais…

Deux visages de la côte caraïbe colombienne. Ci-dessus, la Plaza de la Trinidad, au cœur du quartier (barrio) Getsemani, dans la vieille ville de Carthagène. Ci-dessous, en randonnée le 15 janvier sur les hauteurs de Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Il y a parfois, au début d’un voyage, des moments presque magiques. Des moments où dès l’arrivée dans une ville ou un pays que l’on visite pour la première fois, les plans, les programmes convergent, les projets se mettent en place et tout se déroule à merveille, un peu comme par enchantement.

C’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes premiers jours en Colombie… Et cette entrée toute en douceur dans le pays, je la dois en grande partie aux Colombiens eux-mêmes.

Accueillants, souriants, j’ai eu chaque jour pendant ces deux trop courtes semaines l’occasion d’observer sur la côte caraïbe la courtoise et la gentillesse de ce peuple chaleureux.

Petit-déjeuner servi dans le quartier Getsemani, le vendredi 10 janvier, le lendemain de mon arrivée à Carthagène…

Estaban, fanatique de musique afro-caribéenne, rencontré dans l’après-midi du samedi 11 janvier sur la plage de Playa Blanca

Ci-dessus, Playa Blanca, peu après l’arrivée en bateau vers 10h du matin… Playa Blanca est située à 45 minutes (en hors-bord ultra-rapide) de Carthagène… 34 degrés en ville ce samedi-là et, bien sûr, beaucoup de monde à la plage… mais l’eau est si bonne…

Les autorités colombiennes songent sérieusement à limiter, bientôt, le nombre de visiteurs à Playa Blanca… Excellente idée. Malgré l’affluence, quel bonheur de se baigner, à la mi-janvier, dans la mer des Caraïbes!

Filet de poisson accompagné de riz à la noix de coco, de bananes plantain frites (platacones) et d’une salade. Restaurant Mundo Nuevo, Minca

Ceci dit, malgré le soleil, la plage, la nourriture, excellente, tout n’est pas rose en Colombie, loin s’en faut… en particulier à Carthagène où j’ai débuté mon voyage…

Carthagène, qui accueille chaque année des millions de touristes… Touristes qui oublient trop souvent, malheureusement, que la plupart des somptueux édifices de la ville coloniale ont été construits grâce aux fortunes colossales amassées pendant plus de deux siècles sur le dos des peuples autochtones…

Plaza de San Pedro Claver, dans le barrio El Centro, dans la vieille ville de Carthagène. L’édifice à droite abrite le Musée d’art moderne…

L’esplanade de la Plaza Santa Teresa surplombe l’une des entrées du quartier fortifié El Centro de Carthagène

Carthagène des Indes comme on appelle officiellement la cité, a été fondée en 1533 sur les vestiges d’un village amérindien « abandonné ». La ville est vite devenue pendant l’époque coloniale un des principaux ports du royaume d’Espagne sur le continent américain.

Porte d’entrée vers la Cordillère des Andes, au sud, et proche du Mexique, au nord, c’est à Carthagène qu’étaient entreposés au 16è et 17è siècles les butins prodigieux – argent, or, émeraudes et autres pierres précieuses – soustraits de force aux peuples autochtones aztèques et incas.

Issus de pillages cruels et odieux, ces trésors, tâchés de sang, étaient acheminés à dos de mule ou par bateau à Carthagène et ensuite transportés sous escorte, à bord d’immenses vaisseaux, vers l’Espagne…

(Ces mêmes navires revenaient ensuite vers Carthagène avec, au fond de leurs cales, des esclaves. Des documents d’archives révèlent, qu’entre 1573 et 1640, 487 navires négriers ont débarqué dans le port de Carthagène près de 80 000 esclaves, hommes femmes et enfants capturés principalement en Guinée et en Angola.)

Galions espagnols du 17è siècle. Ces navires, en haute mer, entre Carthagène et l’Europe, regorgent de richesses et attirent toutes les convoitises…

Pirates, corsaires et flibustiers, à l’affût, attaquent régulièrement les convois…

Ces pillages perpétrés dans les Andes et au Mexique, ce génocide des populations indigènes constituerait aujourd’hui sans aucun doute « un crime contre l’humanité ».

Question naïve: pourquoi les Espagnols (ou les Français, les Anglais ou les Portugais, coupables eux aussi de crimes dans leurs ex-colonies) ne sont-ils pas poursuivis?

Anne Chemin publiait récemment dans « Le Monde » un excellent article sur la prescription. Article où l’on rappelle que si la France a voté, dès 1964, une loi déclarant imprescriptible « par nature » les crimes contre l’humanité, les institutions européennes, elles, restent très prudentes sur la question. C’est dommage.

Calle San Juan de Dios, barrio El Centro, à Carthagène

C’est donc avec un pincement au cœur que l’on visite les anciens quartiers coloniaux de Carthagène, quartiers merveilleusement restaurés, préservés, au nombre de quatre, et inscrits, depuis 1984, au patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’intérieur des murailles qui ceinturent la cité, deux quartiers, chics et huppés: El Centro et San Diego

Élégante maison dans le barrio San Diego, à deux pas de l’Alliance Française de Carthagène

Barrio El Centro… Ces demeures, inabordables pour la très grande majorité des Colombiens, appartiennent aujourd’hui à une élite fortunée, souvent étrangère. Les appartements se vendent ou se louent ici à prix d’or, excluant automatiquement la plupart des Colombiens de leur propre ville… Ce triste phénomène se répète malheureusement un peu partout dans le monde…

Heureusement, les célèbres « Palenqueras » de Carthagène ajoutent un peu de couleur et de vie à ces deux quartiers qui ressemblent parfois à des musées…

Les « Palenqueras » revendiquent fièrement leur héritage africain. Elles sont originaires d’un petit village situé au sud-est de Carthagène, San Basilio de Palenque. Le village a été le premier a être gouverné par des esclaves ayant fui leur condition. Le royaume d’Espagne leur accorda par décret la liberté en 1691. Infos supplémentaires ici.

Les quartiers de Carthagène. Au nord de la ville, El Centro et San Diego. Au sud, Getsemani. Au centre, La Matuna

À l’extérieur des murailles, au sud de la ville, un troisième quartier, populaire, bohème et branché: Getsemani. C’est là où j’ai posé mes valises, dans l’une des rues les plus calmes du secteur, Calle de San Juan.

Calle de San Juan, barrio Getsemani, Carthagène

Les Colombiens peuvent encore se loger, vivre et travailler à Getsemani….

Mais pour combien de temps? Ici aussi, les choses changent très vite…

Dans le quartier Getsemani, à Carthagène

Getsemani s’embourgeoise… On construit un peu partout de nouveaux hôtels… Des restaurants « fusion« , des galeries d’art apparaissent dans des rues occupées autrefois par des familles modestes…

Galerie d’art, Calle de San Juan… Plusieurs tableaux de la galerie sont accrochés et exposés dans la rue, à même les murs…

Le seul quartier du centre-ville qui échappe pour l’instant à la spéculation est celui de « La Matuna », situé entre les murailles et Getsemani.

Là, dans les rues, les bureaux et les commerces, les Colombiens se retrouvent entre eux. À l’heure du déjeuner notamment afin de grignoter rapidement un morceau avant de reprendre leurs activités…

Les clients se pressent autour d’une cantine de fortune dressée dans le quartier de la Matuna

Vendeurs de billets de loterie, La Matuna

J’ai passé pas mal de temps à La Matuna à observer et à converser parfois avec les commerçants… L’un des restaurants du quartier est même devenu ma cantine à Carthagène…

Filet de poisson à la noix de coco accompagné de riz, de bananes plantain et d’une salade…

Restaurant Espiritu Santo, calle Porvenir, La Matuna, à Carthagène. Une excellente adresse.

Aucune trace dans les rues de Carthagène des manifestations qui ont secoué la Colombie cet automne. Les rues sont calmes et partout sur la côte caraïbe je me suis senti parfaitement en sécurité…

Après cinq journées passées à Carthagène, départ le mardi 14 janvier pour Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada…

Le village de Minca souligné en vert, à mi-chemin entre Carthagène et Riohacha

Deux navettes rapides et pratiques (15-20 passagers) relient le centre-ville de Carthagène à Santa Marta. Compter environ 5h de trajet, avec un ou deux courts arrêts comme ici près de Barranquilla. Contacts: MarSol ou Berlinas. De Santa Marta, prendre un taxi (50 000 COP – $20 ou 13 euros) ou un collectivo au marché (8000 COP) pour rejoindre Minca en 40-45 minutes.

Un panneau à l’entrée du village atteste que Minca (population: 1000 habitants environ) s’est fièrement auto-proclamée « capitale écologique »…

Lever du jour à Minca ce samedi matin, 18 janvier.

La région autour de Minca est magnifique et est maintenant reconnue (comme Clayoquot Sound en Colombie-Britannique) comme une réserve de biosphère, officiellement protégée.

Un couple en route mercredi vers la cascade Marinka, située à 90 minutes de marche de Minca

La cascade Marinka…

Beaucoup de visiteurs viennent ici observer les oiseaux….

Et le village, niché à 700 mètres d’altitude, est le point de départ de randonnées fabuleuses, à pied ou en vélo.

En randonnée jeudi sur un sentier dans la Sierra Nevada, au-dessus de Minca. On aperçoit à l’horizon, sur la côte, Santa Marta et la mer des Caraïbes…

Après deux heures de marche sur l’un des chemins qui conduit à la « Finca Victoria », une ferme spécialisée dans la production de café biologique, un groupe de cyclistes me rejoint. Ils vont eux aussi à la ferme participer à une dégustation de café. Dégustation suivie d’une visite de la fabrique fondée en 1892 par des Britanniques qui décidèrent de nommer l’entreprise « Victoria » en hommage à leur reine…

Explication détaillée de la récolte et de la production de café à la Finca Victoria. Excellente visite…

Le café est délicieux… mais je préfère, malgré tout, le café vietnamien ou haïtien, plus corsé..

Une petite rivière baigne aussi Minca…

Rio Minca

Rencontre entre baigneurs et cyclistes au bord de la rivière Minca ce samedi matin…

Je suis très heureux d’avoir fait halte ici, au début de ce voyage de cinq semaines. L’altitude et ce genre de climat me conviennent parfaitement.

Et, ce qui ne gâte rien, je suis confortablement installé dans un ancien couvent, restauré, l’hôtel Minca.

L’hôtel Minca jouit d’un cadre exceptionnel. Les montagnes au-dessus du village sont aujourd’hui peuplées d’environ 30 000 autochtones (les Arhuacos, les Kogis, les Wiwas, descendants des Tayronas ) qui protègent farouchement leur territoire, refusent toute assimilation et bloquent encore l’accès aux plus hauts sommets de la Sierra Nevada. Infos supplémentaires ici ou ici.

On retrouve dans la région des avocats tout simplement… énormes!

Menu affiché devant un café, à Santa Marta

Un cordonnier au travail, Carrera 3, à Santa Marta, le vendredi 17 janvier

Avant de repartir pour Carthagène je tenais à rendre hommage, à Santa Marta, à l’une des figures emblématiques du continent, Simon Bolivar, « El Libertador » (le Libérateur). Mort dans la ville, dans des circonstances mystérieuses, en 1830.

Un grand parc au bord de la mer lui est dédié.

Bolivar a courageusement participé, de près ou de loin, à l’indépendance de 6 pays d’Amérique latine: la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. Ses dépouilles ont été rapatriées au Venezuela où il est né.

Je n’ai donc malheureusement pas pu aller jusqu’à Ríohacha.

Pour rejoindre, de Minca, l’entrée de la péninsule Guajira où vit le peuple Wayúu, il faut compter au minimum 5 heures de trajet. Il m’aurait fallu trois jours au minimum (deux jours a-r pour le voyage et un jour sur place) pour y aller. Sans aucune garantie de contact à Riohacha avec les Wayúu.

J’ai donc renoncé, avec regret. J’aurais dû mieux planifier cette partie du voyage et mieux anticiper surtout les distances dans cette partie de la côte caraïbe.

Je me suis un peu rattrapé cependant en admirant vendredi, dans une boutique de Santa Marta, les très beaux sacs en laine confectionnés avec soin par les Wayúu…

Une autre fois, peut-être?

Sacs Wayuu

Ma deuxième semaine de voyage s’achève bientôt. Je reprends la route lundi matin pour Carthagène. Mardi, trois vols successifs (Carthagène-Bogota/Bogota-Quito/Quito-Cuenca) m’amèneront dans le sud de l’Équateur…

Bon début d’année à tous!

 

Colombie & Équateur

Lorsque j’ai commencé à la fin de l’été à planifier les grandes lignes de mon voyage en Colombie et en Équateur, les deux pays faisaient presque figure d’élèves modèles dans la région. Modèles de stabilité politique et sociale.

L’Équateur avait élu pacifiquement, en 2017, un nouveau président. Et la Colombie avait l’an dernier accueilli plus de six millions de touristes étrangers. Un record. Le pays, connu autrefois pour la violence et le trafic des stupéfiants, poursuivait sa remarquable transformation…

Comme d’autres pays en Amérique latine, la Colombie et l’Équateur ont connu, en 2019, un automne particulièrement agité.

Et puis, brusquement, en quelques semaines, tout a changé.

Début octobre, des émeutes ont éclaté en Équateur suite à la forte augmentation du prix de l’essence décrétée par le gouvernement. Des milliers de manifestants, en majorité autochtones, ont envahi les rues de Quito.

L’état d’urgence a été déclaré et un couvre-feu instauré dans la capitale. Le siège du gouvernement a été momentanément déplacé vers la seconde ville du pays, Guayaquil.

« Le jour du chômage arrive avec le couvre-feu  » titre, début octobre, un quotidien de Quito sous la photo d’une manifestation monstre dans la capitale

Quelques semaines plus tard, en Colombie, de vastes cortèges populaires, composés d’organisations syndicales et autochtones, d’étudiants, d’écologistes, de féministes, déferlent dans les rues des principales villes du pays afin de dénoncer les violences policières, la corruption et la politique d’austérité du gouvernement.

Devant l’ampleur des manifestations, le président colombien, Iván Duque (droite), élu en 2018, annonce rapidement l’ouverture d’un grand « dialogue national », dialogue qui doit s’achever le 15 mars.

Heureusement, depuis, les choses se sont apaisées!

Le dollar américain est la monnaie officielle de l’Équateur depuis mars 2000

En Colombie, la devise est le peso colombien (COP ou $)

 

 

 

L’augmentation du prix de l’essence en Équateur a été annulée, et le calme semble être largement revenu dans les rues de Bogota, de Medellin et de Cali.

Ces événements n’ont cependant rien changé à mes plans de voyage. Au contraire.

Quoi de plus stimulant pour les neurones que visiter deux pays en pleine mutation? Je serai simplement sur mes gardes, et beaucoup plus prudent.

Je pars donc, début janvier, pour trente-cinq jours. Cinq semaines. Deux semaines en Colombie et trois semaines en Équateur. J’ai prévu sept étapes, cinq jours en moyenne par étape, selon l’itinéraire suivant:

Pour ce 1er voyage en Colombie, je visiterai uniquement la région de la côte caraïbe: Carthagène et ses environs puis le village de montagne de Minca, situé dans la Sierra Nevada, au sud de Riohacha. De Carthagène, je prendrai ensuite l’avion directement jusqu’à Cuenca, dans le sud de l’Équateur.

Cela fait si longtemps que je rêve de visiter le nord de la Colombie!

Depuis les folles soirées passées autrefois à rire et à danser au rythme de « la cumbia » colombienne!…

Soirées endiablées, arrosées, coquines où nous chantions à tue-tête et reprenions en chœur les refrains de Joe Arroyo et de son groupe « La Verdad »… Joe Arroyo!… Chanteur et compositeur hors-pair, né dans un quartier pauvre de Carthagène et mort prématurément à Barranquilla, à 55 ans. Une icône de la musique colombienne. Peut-être reconnaitrez-vous un extrait de sa musique ici.

Joe Arroyo (1955-2011). Une statue a été érigée en son honneur dans une rue de Carthagène

Hors la musique, bien d’autres objectifs m’amènent en Colombie, et deux semaines suffiront à peine!

Au programme?

Explorer, bien sûr, la ville coloniale de Carthagène, classée depuis 1984 au patrimoine mondial de l’Unesco. Pratiquer au maximum mon espagnol. Nager une, deux, trois fois si possible dans la mer des Caraïbes! Découvrir quelques-uns des sentiers de randonnée qui sillonnent « la Sierra Nevada » aux alentours du village de Minca, et goûter dans cette région au café produit dans les « fincas » (fermes).

Mais aussi, et surtout: essayer de m’approcher de la ville de Riohacha (voir la carte), porte d’entrée de la péninsule Guajira où vit un peuple mystérieux et peu connu, la tribu Wayúu.

Cette communauté indigène, qui vit de façon largement autonome de part et d’autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie, me fascine depuis des années! Le film « Les Oiseaux de Passage », sorti et vu l’an dernier au Festival International des Films de Vancouver, n’a fait que renforcer ma curiosité… Il faudra là-bas, encore plus qu’ailleurs, être prudent.

« Les Oiseaux de Passage/Pajaros de Verano » (2018) est un film magnifique, une co-production mexico-colombienne, qui lève le voile sur la culture et les traditions du peuple Wayuu.

En Équateur, j’aurai un peu plus de temps. Mon objectif là-bas est de me déplacer uniquement le long de la Cordillère des Andes, en allant du sud vers le nord. Et en restant le plus près possible de la culture et des communautés indigènes.

J’ai prévu cinq haltes. De la petite ville de Vilcabamba, située tout au sud du pays, près de la frontière péruvienne, jusqu’à Otavalo, village connu pour son grand marché du samedi et où vit, à deux heures de route environ au nord de Quito, une importante population autochtone.

Mes 5 haltes en Équateur le long de la Cordillère des Andes: Cuenca, Vilcabamba (située au sud de Loja, près de la frontière péruvienne), Riobamba, Quito et Otavalo. Toutes ces villes (sauf Vilcabamba à 1700 mètres) sont situées à 2000 mètres d’altitude ou plus.

(À Vilcabamba, j’essaierai de percer un mystère, celui du nombre de centenaires exceptionnellement élevé dans l’agglomération. Certains résidents vivent là-bas jusqu’à 110, voire 115 ans, et la région a été surnommée « la vallée de la longévité »… Avantage non négligeable en cette période de changement climatique où l’espérance de vie, dans certains endroits, tend maintenant à diminuer…)

Un classique absolu de « la cumbia » colombienne (Caïman Records) sorti en 1986. Extrait ici.

J’ai bien hâte de reprendre la route!

Bonne année à tous!

Lectures de décembre

 

Un premier roman remarquable, sur le désir féminin, de l’écrivaine franco-marocaine, Leïla Slimani. Merveilleusement écrit. Publié en 2014.

Leïla Slimani a obtenu en 2016 le prix Goncourt pour son deuxième roman (que j’ai moins aimé) « Chanson douce ». Elle est aujourd’hui la représentante personnelle du président Emmanuel Macron pour la francophonie.

Un été au Québec

Comment partager le bonheur d’habiter, depuis bientôt deux mois, au Québec?

Le bonheur de parler et de vivre, ici, en français.

D’être près de la famille.

De vivre, à Montréal, à proximité de la communauté haïtienne.

Le bonheur aussi d’avoir découvert, grâce à Diana, pendant deux semaines, à la mi-août, une région sauvage, splendide et, selon moi, trop peu connue du Québec – le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

Au bord de la rivière Saguenay, à sept kilomètres au nord de Jonquière, devant l’embarcadère pour le village Shipshaw, le mardi 13 août. La rivière Saguenay prend sa source dans le lac Saint-Jean et se jette, à Tadoussac, dans le fleuve Saint-Laurent.

Une autre magnifique journée dans le Saguenay, région où, pendant trois étés, Diana a étudié le français, autrefois…

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est situé à environ 5 heures de route au nord de Montréal. On peut rejoindre la région en train, comme nous l’avons fait, ou effectuer le trajet en voiture selon le tracé proposé ci-dessous.

C’est à partir de Jonquière que nous avons exploré en train, en vélo, en traversier, en bus et en voiture quelques uns des trésors du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l’ouest, nous sommes allés jusqu’au parc national de la Pointe-Taillon, et à l’est, jusqu’au village de Sainte-Rose-du-Nord, photographié ci-dessous.

Arrivée en traversier le jeudi 16 août au village de Sainte-Rose-du-Nord, situé sur la rive nord du fjord du Saguenay. La traversée, depuis la petite commune de La Baie, dure environ 90 minutes.

L’église et la rue principale de Sainte-Rose-du Nord. Le village, qu’on surnomme « la perle du fjord », compte environ 400 habitants. Parmi eux, de nombreux artisans.

À l’origine, les habitants du Saguenay sont les Montagnais (qu’on appelle aussi Innus) un peuple amérindien, présent dans la région depuis plus de 5000 ans.

Les Montagnais vivent principalement de chasse et de pêche, ils sont nomades. Selon les historiens, leur mode de vie, « en symbiose avec la nature, rend leurs traces très discrètes » le long d’un vaste territoire qui s’étend jusqu’à la côte nord du fleuve Saint-Laurent. (SVP voir la carte ci-dessous).

Montagnais au Lac-Saint-Jean, vers 1898. (Source: Musée McCord, Montréal). Malheureusement, la plupart des Montagnais (ils sont environ 27 000) qui vivent au Québec aujourd’hui sont confinés dans des réserves situées au nord de la province ou au Labrador. Ils y vivent dans des conditions souvent déplorables. Faute impardonnable du gouvernement fédéral.

Répartition géographique des peuples autochtones au Québec. Historiquement, les Montagnais sont présents du Saguenay à la côte nord du fleuve Saint-Laurent

Les premiers européens, Français et Anglais, arrivent dans le Saguenay au milieu du 17è siècle pour la traite et le commerce des fourrures. Ils explorent « une contrée pratiquement à l’état vierge », nous disent les documents de l’époque. Les missionnaires, Jésuites, suivent peu après.

La région se développe vraiment au 19è siècle avec l’arrivée, en 1838, d’un groupe de colons, venus de Charlevoix. Accompagnés de leurs familles, ils viennent exploiter la terre et le bois. De nombreuses scieries sont créées afin de produire la pâte à papier.

L’industrialisation s’accélère au début du 20è siècle. Les principaux cours d’eau du Saguenay sont domptés, harnachés et utilisés pour la production électrique. Entre 1920 et 1930, plusieurs alumineries voient le jour, la plus connue étant sans doute l’immense aluminerie de la compagnie Alcan, située près de Jonquière, à Arvida.  (Alcan a été rachetée en 2007 par Rio Tinto).

Pour mieux comprendre la région et son contexte, il faut aussi savoir que c’est au Saguenay qu’ont eu lieu, au début des années 40, les premières grandes luttes syndicales du Québec – et les premières victoires des travailleurs qu’on appelait alors les « Canadiens-français« .

Ouvrier dans une salle de cuve d’aluminium, à Arvida, en 1935. Source Rio Tinto Alcan (Saguenay).

En juillet 1941, environ 700 ouvriers de l’aluminerie Alcan, à Arvida, débrayent spontanément et occupent l’usine. Les jours suivants, l’arrêt de travail se propage dans les alumineries du Saguenay. Plus de 8500 travailleurs sont en grève, avec l’appui de la population, en grande majorité francophone.

Les ouvriers réclament de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire.

Assemblée des travailleurs lors de la grève chez Alcan en 1941. © Archives du syndicat CSN.

La direction des alumineries, anglophone, est médusée. Elle renâcle – puis riposte.

L’armée canadienne, équipée de mitrailleuses et de chars d’assaut, est dépêchée à Arvida. La tension monte. Les ouvriers ne cèdent pas. Une médiation s’engage et, quelques jours plus tard, les revendications des ouvriers sont acceptées. Ce qui débouchera, pour les travailleurs, sur des gains importants.

Cette grève marquera profondément les esprits et sera l’un des événements déclencheurs, l’une des amorces de « la Révolution tranquille », la période qui symbolisera, dans les années soixante, l’émancipation graduelle des francophones au Québec.

La Marjolaine, l’un des plus vieux bateaux de passagers encore en opération au Canada, accosté pendant notre escale de 90 minutes, au quai du village de Sainte-Rose-du-Nord, au milieu du fjord du Saguenay

Cela a été un immense plaisir de rencontrer, pendant notre séjour, les gens du Saguenay!

Plus de 95% de la population ici est francophone!

Les établissements scolaires de la région, notamment les « Cegeps » (lycées) de Jonquière et de Chicoutimi accueillent, depuis des années, des étudiants du monde entier qui viennent apprendre ou perfectionner leur usage du français et faire ici l’expérience d’une immersion culturelle authentiquement francophone.

Plus de 34 ans après sa dernière visite, Diana a retrouvé à Jonquière Ghislain et Rachel, un couple exceptionnel qui l’avait hébergée – en 1984 – lors d’un séjour culturel et linguistique.

Quelle surprise aussi de découvrir les merveilleuses pistes cyclables de la région!

La piste cyclable (18 kms a-r) qui relie Jonquière au lac Kénogami, le long de la rivière-aux-sables.

La véloroute des Bleuets est un circuit de plus de 250 kms qui permet de parcourir en vélo une grande partie de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean. Infos au https://veloroutedesbleuets.com/

En allant vers le lac Kénogami, le vendredi 9 août.

Rue de l’Hôtel-de-Ville, à Chicoutimi.

C’est un peu en pèlerinage que nous sommes allés, le samedi 10 août, passer la journée à Chicoutimi, la grande ville administrative du Saguenay…

Chicoutimi où, en 1949, un jeune étudiant haïtien, notre père, est venu effectuer une partie de sa résidence dans le cadre de ses études de médecine…

J’ose à peine imaginer son dépaysement, les premières semaines de son installation, sa découverte de l’hiver!

Ce séjour de travail a dû être pour lui une aventure exceptionnelle.

Notre père en décembre 1949

Combien de temps notre père, boursier à ce moment-là, est-il resté à Chicoutimi? Un peu moins de deux ans, semble-t-il, avant de rentrer au pays…

Assez longtemps cependant, certainement, pour apprécier, jeune médecin, la gentillesse et l’ouverture des gens du Saguenay.

Et je comprends mieux, maintenant, son attachement au Québec, et sa volonté, plus tard, de faire venir ici sa famille

Vue partielle de l’hôpital de Chicoutimi… Le bâtiment a été, maintes fois, agrandi, rénové et modernisé depuis 1949… Sur la gauche, une aile plus ancienne…

Quartier de l’hôpital à Chicoutimi

 Où exactement habitait notre père? Qui fréquentait-il à Chicoutimi, hors de l’hôpital? Comment s’est déroulée sa formation? Quelles expériences a-t-il vécues ici? Nous n’avons, malheureusement, aucun document sur cette période de sa vie… C’est dommage!

Le quartier de l’hôpital, situé sur les hauteurs de Chicoutimi… Je me suis senti tout drôle en sachant que papa avait vécu et travaillé dans ce quartier, marché dans les mêmes rues, aperçu tous les jours les tours de la cathédrale Saint-François-Xavier (ci-dessus), cheminé sans doute le long de la rivière Saguenay qui coule au centre-ville…

Après cette journée pleine d’émotion à Chicoutimi, nous avons poursuivi, le jeudi 15 août, en voiture cette fois, notre exploration du Saguenay-Lac-Saint Jean…

 

Nous avons parcouru, ce-jour-là, plus de 200 kilomètres… La route nous a mené de Jonquière…

 

… à Saint-Gédéon, un petit village situé sur la rive est du lac Saint-Jean…

Étirements et exercices matinaux sur la plage Saint-Joseph, à Saint-Gédéon. Il est 9h30 et la plupart des vacanciers dorment ou se reposent encore dans une des nombreuses roulottes situées au bord du lac…

… puis au parc national de la Pointe-Taillon, sur la rive nord du lac, où, le temps d’un pique-nique suivi d’une petite sieste, nous avons retrouvé le littoral…

Malgré le grand ciel bleu, il fait plutôt frais sur les rives du lac-Saint-Jean… Aucun baigneur en vue en cette fin de matinée…

Parc national de la Pointe-Taillon

Nous nous sommes aussi arrêtés à Saint-Bruno, puis à Alma, avant de regagner Jonquière…

Promeneurs le long de la rivière-aux-sables…

Notre quartier à Jonquière

Les tours de l’église Saint-Dominique surplombent un parc de la ville

… et dire, quelques jours plus tard, au-revoir au Saguenay et à nos amis Ghislain et Rachel…

Il faut déjà, malheureusement, quitter Jonquièrel Au-revoir et merci, Ghislain et Rachel!

En quelques heures, le mardi 20 août, nous sommes de retour, en bus, via Québec, à Montréal…

… où nous retrouvons, avec plaisir, notre quartier de Côte-des-Neiges… le même où nous étions l’an dernier…

Le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

Quelle contraste entre Jonquière et Montréal!

Pour notre plus grand bonheur, la diversité culturelle est, à Montréal, dans les rues, dans les magasins, dans les parcs de la ville, présente, partout!

Célébration culturelle au parc Lafontaine

Adrienne, rencontrée au parc Martin-Luther-King à Côte-des-Neiges

On parle russe, grec, français et anglais chez notre propriétaire et voisin, Kosta, entouré ici de Diana et de sa famille. On y mange aussi très bien! Merci, Kosta!

Montréal réserve encore bien d’autres surprises!

Scènes de liesse dans les rues du « Petit Maghreb » à Montréal, le vendredi 19 juillet, lors de la victoire de l’Algérie face au Sénégal (1-0) à l’issue de la finale de la coupe d’Afrique de football

Dans « le Petit Maghreb », rue Jean-Talon, dans le nord de Montréal, le vendredi 19 juillet.

Aucun incident sérieux n’est venu troubler la fête ce jour-là…

… malgré l’éxubérance des supporters algériens…

Dans d’autres quartiers de Montréal, à Outremont par exemple ou dans le Mile-End, la co-habitation culturelle est parfois plus difficile…

Deux membres de la communauté juive hassidique traversent la chaussée, avenue du Parc, à l’angle de la rue Bernard. La communauté est présente à Montréal depuis plus d’un siècle. Selon les plus récentes statistiques, environ 15% de la population à Outremont a le yiddish comme langue maternelle.

Avenue du Parc

Rue Saint-Viateur dans le quartier du Mile-End

Avenue Lajoie, à Outremont

Cette cohabitation culturelle ne se déroule pas dans ces deux quartiers, semble-t-il, sans quelques heurts, comme en témoigne ici cet excellent reportage (53 minutes) de Éric Scott.

J’aimerais bien entendre les Montréalais s’exprimer sur la question…

Balade dans le quartier du « Petit-Champlain » lors d’une visite d’une journée dans la ville de Québec, le mardi 3 septembre. J’ai aussi adoré découvrir à Québec le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Boudin noir maison, restaurant l’Échaude, 73 Sault-au-Matelot, quartier du Vieux-Port, à Québec. Excellente cuisine! Infos au: https://www.echaude.com/

L’image de Leonard Cohen, enfant et icône de Montréal, trône au-dessus de la rue Crescent

Festival de quartier, avenue du Mont-Royal, le 24 août

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera bientôt le temps, malheureusement, de quitter Montréal et le Québec…

Quel beau séjour nous avons passé ici!

Réunion familiale autour de notre frère Bernard et de son épouse, à Gatineau, le vendredi 6 septembre

Deux dernières observations, cependant, avant de reprendre, dans une dizaine de jours, la route vers Vancouver.

#1 – Le recul prononcé du français à Montréal se confirme, même dans les quartiers traditionnellement francophones de la ville. À Outremont, un quartier que je connais assez bien puisque je le fréquentais tous les jours comme étudiant, autrefois, au Collège Stanislas, l’anglais est de plus en plus présent.

Dans les boutiques, les cafés ou les restaurants de la rue Bernard, l’anglais, dans les échanges est maintenant omniprésent. Même scénario sur ou autour de la rue Laurier.

La présence du Mile-End, quartier anglophone, tout proche, quartier jeune et branché, peut-elle, à elle seule, expliquer le recul du français à Outremont? Ou le phénomène s’est-il généralisé?

Dans le quartier Villeray, par exemple, plus à l’est, quartier traditionnellement francophone lui aussi, on entend les clients, le samedi, à la terrasse des cafés, rue De Castelnau, parler autant l’anglais que le français.

Il faut maintenant aller jusqu’au quartier de Rosemont-Petite-Patrie, encore plus à l’est, pour retrouver, semble-t-il, à Montréal, des résidents majoritairement francophones.

#2 – L’augmentation inquiétante du prix de l’immobilier dans le Grand Montréal. Dans certains quartiers (voir le graphique ci-dessous) les prix des maisons unifamiliales a augmenté de plus de 30% en cinq ans. Même phénomène à peu près pour les maisons de ville ou les condominiums. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, réclame (avec raison, selon moi) l’imposition d’une taxe aux acheteurs non-résidents comme c’est le cas maintenant à Vancouver ou Toronto.

Le gouvernement québécois, pour l’instant, «étudie la question ». C’est dommage. Les autorités devraient agir très vite, et limiter aussi, c’est urgent, la hausses des loyers, avant que d’autres familles ne soient brutalement chassées de leurs logements comme c’est le cas maintenant dans les quartiers de Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri.

Le prix des maisons unifamiliales dans certains quartiers de l’île de Montréal a grimpé de plus de 30% en 5 ans…

Un mot de politique avant de terminer.

Parc de la rivière-aux-sables, à Jonquière

Dans quelques semaines, le 21 octobre, les Canadiens iront aux urnes afin d’élire un nouveau gouvernement. 338 sièges sont en jeu. Ce sera une élection cruciale.

Le premier ministre et chef du Parti Libéral du Canada, Justin Trudeau, a participé, le dimanche 18 août, à Montréal, au 36è « Défilé de la Fierté » aux côtés de deux autres chefs de partis fédéraux: Jagmeet Singh, du Nouveau Parti Démocratique (NPD – gauche) et Elizabeth May, du Parti vert. Ces trois partis représentent, grosso modo, 60% de l’électorat canadien… (Photo, Graham Hughes – Presse Canadienne)

À six semaines du scrutin, rien n’est encore joué.

Mais devant l’obscurantisme qui semble, un peu partout, gagner du terrain, espérons que les Canadiens éliront le mois prochain un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, composé de parlementaires, hommes et femmes, progressistes et éclairés…

Bonne rentrée à tous!

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les pas de Bacchus et d’Épicure

Le chemin de Compostelle (le GR 65) a encore une fois, ce printemps, tenu toutes ses promesses!

Sur le chemin de Compostelle entre La Romieu et Castelnau-sur-l’Auvignon, dans le département du Gers, le dimanche 12 mai. Dixième jour de marche depuis mon départ de Cahors, le 2 mai.

Entre le village d’Auvillar, dans le département du Tarn-et-Garonne et la commune de Nogaro, dans le Gers, j’ai parcouru, comme prévu, en sept jours, 121 kilomètres.

17 kilomètres de marche par jour, en moyenne.

Sept jours de grand bonheur, de découvertes, de rencontres et d’échanges….

Sept jours passés (sauf les premières 48 heures) sous un ciel absolument radieux!

Les étapes (en mauve) de mon parcours réalisé du 9 au 16 mai entre Auvillar et Nogaro. J’ai aussi fait halte à Miradoux (entre Auvillar et Lectoure) et au hameau de Larressingle (entre La Romieu et Montréal-du-Gers). Après le 1er tronçon de 100 kms accompli début mai entre Cahors et Auvillar, j’ai parcouru ce mois-ci 221 kms. Objectif l’an prochain: à partir de Nogaro, rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port et les Pyrénées!

Pèlerins sur le sentier de Grande Randonnée (GR 65) avant l’arrivée à Castelnau-sur-l’Auvignon, dans le Gers…

… et en route ensuite vers Larressingle, le dimanche 12 mai

Sept jours au cours desquels j’ai pu aussi poursuivre mon apprentissage de la merveilleuse cuisine du sud-ouest…

Asperges vertes du pays, jambon cru, carottes et soupe aux lentilles. Restaurant Aube Nouvelle, dans le Tarn-et-Garonne.

Cuisine parfois métissée, comme le plat ci-dessous, servi au déjeuner, le 13 mai, sur une terrasse de la place de l’hôtel de ville, dans le village de Montréal-du-Gers.

Saucisses de Toulouse aux épices de Madagascar, pâtes parfumées d’huile de truffe blanche

Au sud de la Garonne, quelques kilomètres après avoir quitté Auvillar, le GR 65 entre dans le Pays de la Lomagne, en Gascogne.

Paysage de Gascogne, entre Miradoux et Lectoure, le vendredi 10 mai. Ci-dessous, un randonneur chemine près d’un vignoble entre Larressingle et Montréal-du-Gers, le lundi 13 mai

La Gascogne!

Que je rêve de découvrir depuis si longtemps!

Emblème du Pays gascon

« Un pour tous, tous pour un »

A. Dumas (1802-1870)

Nous sommes ici dans la patrie de d’Artagnan, le fier, l’impétueux d’Artagnan, né en Gascogne dans le village de Lupiac,  et « monté » très jeune à Paris rejoindre le corps des mousquetaires du roi, Louis XIII.

Que de souvenirs!

« Les Trois Mousquetaires« , le roman d’Alexandre Dumas, a été pour moi, comme pour beaucoup d’autres enfants, une véritable révélation. Une des premières grandes lectures de mon adolescence.

J’avais alors treize ans et j’étais avec l’un de mes frères pensionnaire, inscrit en cinquième, près de Paris, au Collège Albert-de-Mun, à Nogent-sur-Marne, à deux pas du bois de Vincennes.

Éloigné de mes parents (mon père travaillait pour l’OMS en Afrique), d’Artagnan et ses compagnons – Porthos, Aramis, le mystérieux Athos surtout – ont été, ces années-là, mes indéfectibles héros. Je dévorais leurs aventures le soir, à l’étude, et pendant les weekends, à Paris.

Après « Les Trois Mousquetaires », d’autres aventures de d’Artagnan, tout aussi palpitantes, ont suivi: « Vingt ans après » puis « Le Vicomte de Bragelonne ». Ces romans ont profondément marqué mes jeunes années.

« La Route d’Artagnan » est un chemin équestre européen (le premier dans le monde) qui relie Lupiac, en Gascogne, à Maastricht, en Hollande, Maastricht où est mort le véritable d’Artagnan en 1673.

Sur le chemin de Compostelle, le samedi 11 mai, l’immense église Saint-Pierre, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, domine le village de La Romieu. Le village doit son nom au terme gascon « Roumiou » qui signifie « le pèlerin venu de Rome ». Comme plusieurs autres communes dans le Gers, La Romieu doit son existence au passage continu des pèlerins depuis le Moyen-Âge…

Concert de musique ancienne et sacrée présenté par deux chorales – l’une venue de Tarbes, l’autre du pays de la Lomagne – rassemblées le samedi 11 mai à l’église Saint-Pierre de La Romieu.

Au programme: oeuvres de Marc-Antoine Charpentier, Scarlatti et Mozart…

Lynn, Canadienne de la province de la Nouvelle-Écosse, s’est arrêtée cette année juste après La Romieu. Elle poursuivra sa route sur le GR 65 l’an prochain. Au-revoir, Lynn!

La Gascogne, c’est aussi le pays de l’armagnac… et des tables gourmandes!

La place d’Armagnac, au centre du village d’Eauze, dans le département du Gers…

… le mercredi 15 mai, jour de repos, après six jours consécutifs de marche

Blancs de poulets sur oignons confits déglacés aux côtes de Gascogne

Un vieil homme soigne son jardin et ses vignes devant sa maison dans le village de Marides situé dans le Gers, entre Lectoure et Marsolan

Filet mignon de porc, gratin dauphinois et courgettes, La Romieu, samedi 11 mai.

Bacchus, dieu romain du vin et de la vigne

Épicure, philosophe grec, 341-270 av. J.-C.

En fait, au fur et à mesure que je progresse vers Nogaro, un phénomène assez curieux, inattendu, se produit…

Bacchus, dieu du vin et de la vigne, et Épicure, chantre de l’hédonisme…

… me prennent peu à peu par la main… et, ensemble, jour après jour, inexorablement,

ils transforment, métamorphosent mon Chemin de Compostelle… en un Chemin… épicurien!

Je découvre ainsi en route, chaque jour, dans les villages, des menus, des plats, de plus en plus alléchants!…

Poireaux vinaigrette revisités avec anchois et noisettes torréfiées. Tous les plats dans ce restaurant (Le Loft, à Eauze) sont confectionnés maison. « La racine du poireau », me confie la serveuse, « est la partie la plus vitaminée« .

Un midi, dans le bourg de Labastide-Marnhac, un peu après Cahors, mon plat du jour arrive… accompagné d’un litre de vin rosé. Un litre!

Araignée de porc, épinards et purée de pommes de terre. Restaurant « Les Halles », Labastide-Marnhac, dans le Lot.

« Le vin est compris », me dit gentiment la serveuse, en souriant, étonnée par mon regard perplexe. Autour de moi dans le restaurant, des ouvriers, les mains rudes, déjeunent joyeusement, en groupe. Sur leur table, quatre ou cinq bouteilles, bien entamées. Il est midi trente, un lundi…

Ce jour-là, malheureusement, je n’ai pu que tremper les lèvres dans mon verre… sous peine d’arriver plutôt chancelant à destination…

Le GR65 entre La Romieu et Larressingle, le dimanche 12 mai

L’Armagnac qu’on appelait jadis « l’eau ardente » était réputé au moyen-âge pour ses vertus thérapeutiques

Tous les randonneurs le confirment. Il règne sur les sentiers et les routes du département du Gers une atmosphère bien particulière.

Les agriculteurs, rencontrés près de leurs fermes, le long du GR65, vivent plutôt bien. La terre ici est féconde. Irriguée par de nombreuses rivières et cours d’eau. (Curieusement, une des villes les plus importantes du département, Condom, est baignée par la rivière Baïse. Bien prononcer le tréma du « ï ». C’est étrange, non?).

Le commerce de l’armagnac a largement contribué à la richesse de la région.

La fabrication de cette eau-de-vie, la plus vieille de France, se fait par distillation de vins blancs, secs. Une distillation suffit. (À la différence du cognac qui, lui, est distillé deux fois.)

Les tonneaux d’armagnac étaient autrefois transportés par bateau vers les ports de Bordeaux et de Bayonne et ensuite exportés, notamment vers la Hollande et l’Angleterre.

Aujourd’hui encore, partout dans le Gers, les randonneurs côtoient et traversent des immenses champs de vignes, soigneusement entretenus.

Entre Montréal-du-Gers et Eauze, le mardi 14 mai

La vigne est encore jeune au mois de mai. Les vendanges auront lieu à l’automne.

Le Floc de Gascogne

Une autre liqueur, plus douce, le Floc de Gascogne, est aussi souvent offerte aux pèlerins, en guise de bienvenue ou à l’heure de l’apéritif.

Bienvenue en Gascogne!

Entre Montréal-du-Gers et Eauze, un autre Canadien, de la Colombie-Britannique…

Mon carnet de pèlerin dûment estampillé à l’arrivée ou au départ de chaque étape.

Dîner chez Martine, à la « Halte de Larressingle », le dimanche 12 mai.

Pour moi, l’un des grands plaisirs du Chemin de Compostelle est de retrouver, le soir ou le matin, à l’heure du repas, randonneurs et pèlerins. Les sujets de conversation ne manquent pas. Les questions, les rires et les taquineries non plus.

En ce début de saison, à la mi-mai, la plupart des pèlerins sont à la retraite ou en vacances. Au début de chaque repas, il y a souvent entre randonneurs, autour de la table, un lien de camaraderie assez fort. Même si nous ne nous connaissons pas, nous avons tous la veille ou pendant la journée marché sur le même sentier, traversé les mêmes villages, rencontré les mêmes riverains. Cela créée immédiatement entre nous une atmosphère amicale, bienveillante, intime, parfois propice aux confidences…

Ces repas pris en commun sont un moment fort du Chemin. Apprendre à connaître et fraterniser avec ses voisins de table, partager ses expériences. Écouter la grande variété des parcours professionnels et familiaux. Entendre, dans le plus grand respect, les décisions, les choix qui ont été faits, par l’un ou par l’autre. Éclater de rire aussi. C’est là, chaque jour, au cours du repas, l’un des immenses privilèges du chemin de Compostelle!

Photo de groupe, lundi matin le 13 mai, avant le départ de Larressingle pour Montréal-du-Gers.

J’aimerais donc, avant de poursuivre, rendre ici hommage à quelques-uns de ces marcheurs, pèlerins et riverains rencontrés ce printemps entre Auvillar et Nogaro…

Martine, ex-enseignante, offre aux pèlerins un accueil et un environnement exceptionnels dans sa propriété de Larressingle. Merci, Martine!

Jasmine, anthropologue, née à Saïgon, d’une famille originaire de Pondichéry

Philippe, du Var, avec qui j’ai cheminé un long moment entre Larressingle et Montréal-du-Gers

Laurence qui reçoit si gentiment les pèlerins dans sa grande maison située dans le centre historique de Eauze

Petit-déjeuner le mardi 14 mai à Montréal-du-Gers. La patronne (à gauche) vient de Madagascar

Gisèle, d’origine camerounaise, rencontrée devant sa maison à Manciet

Isabelle, derrière le comptoir du café-restaurant « Chez Monique » à Manciet, où je me suis arrêté pour le déjeuner

Sous un grand ciel bleu, le GR65 traverse les champs quelques kilomètres après Montréal-du-Gers… Le thermomètre oscille autour de 30 degrés.

J’ai rapidement parcouru les deux dernières étapes de mon parcours entre Montréal-du-Gers et Eauze, le mardi 14 mai, et entre Eauze et Nogaro, le jeudi 16 mai. Il fait un temps magnifique et de plus en plus chaud!

Après avoir quitté la région de la Lomagne puis le chemin de la Ténarèze (une ancienne voie gauloise), le GR 65 entre, près de Eauze, dans la région du Bas-Armagnac… Territoire méticuleusement protégé où est produit, depuis le Moyen-Âge, le précieux nectar, l’Armagnac…

Sur le chemin, on peut apercevoir, à l’horizon, la ligne de crête des Pyrénées!

Entre Éauze et Nogaro, se profilent (sur la gauche) les sommets enneigés des Pyrénées!

Paysages splendides traversés entre Eauze et Nogaro!

Bassins où l’on pratique l’aquiculture (élevage des poissons et crustacés) dans la région du Bas-Armagnac. Treizième et dernier jour de marche, le jeudi 16 mai. Ci-dessous, une heure environ avant de rejoindre Nogaro, une partie du terrain de la grande ferme du Haguet, ouverte aux pèlerins…

La ferme du Haguet

Quelques derniers kilomètres (ci-dessous) à franchir dans le Bas-Armagnac… et…

… vers 13h30, le jeudi 16 mai, arrivée, comme prévu, à Nogaro, village paisible d’environ 2000 habitants…

En début d’après-midi, c’est l’heure de la sieste à Nogaro… Il n’y a personne à l’entrée du village pour prendre une photo!…

Mission accomplie!

221 kilomètres parcourus depuis mon départ de Cahors, le 2 mai. Je suis en pleine forme. Aucune ampoule. Pas d’entorse. J’aurais facilement pu réaliser deux ou trois étapes supplémentaires.

Pourquoi donc s’arrêter à Nogaro?

C’est qu’ici une navette quotidienne, en direction de Pau ou d’Agen, est assurée, par autocar, par la SNCF. Dans cette région isolée du département du Gers, il n’est pas facile de se déplacer et les liaisons ferroviaires ou par bus sont rares. C’est dommage!

L’accès aux transports en commun sera encore plus difficile, l’an prochain, plus au sud, dans le département des Landes et au Pays basque…

Le lendemain de mon arrivée à Nogaro, le vendredi 17 mai, jour de repos, je suis allé, sur les conseils de la propriétaire de ma chambre d’hôtes, déjeuner à l’une des bonnes tables du village, « Chez Quentin ». Et je n’ai pas hésité, cette fois, à accepter le quart de vin rosé…

Salade de chèvre chaud au restaurant « Chez Quentin », à Nogaro, dans le département du Gers

… avant de rejoindre en bus, le lendemain, le samedi 18 mai, brièvement, la ville de Pau (temps gris et pluie pendant deux jours, malheureusement)…

Le Grand Prix automobile de Pau s’est tenu (sous la pluie) le weekend du 17-19 mai

… puis, en train, Paris où jai retrouvé, dans le 19è et 20è arrondissement, mes repères et mes habitudes à Belleville et Ménilmontant.

Marché du jeudi, rue des Pyrénées, le 23 mai

Comme à chacun de mes séjours à Paris, rendez-vous chez mon fidèle coiffeur, Kandy, dans son modeste salon de la rue de Belleville (angle rue Julien Lacroix). Kandy, 52 ans, père de trois enfants, est originaire de Jaffna, au Sri Lanka.

La rue principale du village de Marsolan, dans le Gers. Un des plus beaux villages traversés ce printemps.

Me voilà donc arrivé au terme de cette deuxième belle aventure sur le chemin de Compostelle!

Il me reste un peu plus de 310 kilomètres maintenant avant d’atteindre les Pyrénées.

135 kms environ entre Conques (où je me suis arrêté l’an dernier) et Cahors. Ce qui représente 7 étapes. (Une étape = environ 20 kms)

Ensuite, 175 kms environ entre Nogaro et Saint-Jean-Pied-de-Port. 9 autres étapes.

Seize étapes donc à prévoir le printemps prochain, plus quelques jours de repos. Je prévois faire de nouveau une longue halte à Figeac afin, notamment, d’aller en train explorer la région de Rocamadour.

Si tout se passe bien, je devrais pouvoir réaliser ces 16 étapes + repos + Rocamadour en environ un mois.

Je commencerai donc ma randonnée un peu plus tard en 2020, vers la fin-mai probablement. Afin d’avoir presque terminé fin juin, et avant de retrouver Diana en France, début juillet.

Nous parcourrons ensemble au Pays basque les deux ou trois dernières étapes du GR65 jusqu’à l’arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Voilà, c’est le plan. Sortons, encore une fois, les gris-gris et les amulettes!

Merci à tous pour vos messages et vos encouragements!

Les tours de la cathédrale Notre-Dame photographiées hier matin, le mardi 21 mai, du pont Louis-Philippe

Un mot sur Notre-Dame avant de terminer…

Je suis retourné hier matin sur l’île de la Cité. C’était ma deuxième visite ce printemps. 

Les dégâts causés par l’incendie du 15 avril sont condidérables… tout comme les travaux de restauration entrepris très vite par les autorités….

Les touristes ont maintenant de nouveau accès aux rues avoisinantes de la cathédrale, la rue d’Arcole et la rue du Cloître Notre-Dame, (elles étaient fermées lors de ma première visite fin avril)… mais…

Notre-Dame réouvrira-t-elle ses portes dans cinq ans (pour les J.O. de Paris en 2024) comme l’a annoncé le président?

Les avis sont très partagés.

Notre-Dame, du pont de l’Archevêché, le mardi 21 mai…

……la cathédrale vue du Quai Montebello, mardi matin…

….les parois grandes ouvertes, béantes sur Paris

Le GR65 entre Cahors (Lot) et Auvillar (Tarn-et-Garonne)

Après quelques jours de repos à Belleville et Ménilmontant, à Paris, j’ai repris comme prévu, le jeudi 2 mai, à Cahors, ma route sur le Chemin de Compostelle.

Véritable coup de foudre en arrivant à Cahors!

Cahors, ville principale du département du Lot, le mardi 30 avril, vue du sentier qui mène au mont St-Cyr. Ci-dessous, une partie de la cité médiévale où l’on aperçoit le clocher et le dôme de la cathédrale St-Étienne. Le long des quais, ambiance et douceur méridionales….

La ville, qui compte environ 20 000 habitants, est nichée dans une boucle du Lot, dans un grand écrin de verdure. Le lieu est exceptionnel. Les Cadurciens et les Cadurciennes, c’est ainsi qu’on appelle les riverains, jouissent ici d’un environnement et d’un cadre de vie remarquables.

Il fait en plus, fin avril, un temps magnifique!

Le pont fortifié Valentré, construit au 14è siècle pour défendre Cahors, est l’un des plus célèbres ponts médiévaux de France. Il a été habilement restauré par Viollet-le-Duc dans les années 1870. Le pont est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco

Randonneurs et pèlerins se retrouvent le matin, dans une atmosphère conviviale, chez Pierre, autour de la table du petit-déjeuner…

 

Sur les conseils de Pierre qui offre à Cahors des chambres d’hôtes simples et chaleureuses dans la maison familiale, située dans la cité médiévale, je pars le lendemain de mon arrivée explorer l’un des chemins qui surplombe la ville…

 

 

 

Le sentier du Mont St-Cyr

 

Quatre-vingt-dix minutes de randonnée environ dans un décor étonnant… À partir du pont Louis-Philippe, qui enjambe le Lot, le chemin du Mont St-Cyr grimpe lentement vers un immense plateau verdoyant…

… impression d’être à mille lieues d’un centre urbain…

… le sentier redescend ensuite…

… vers la ville

… d’où l’on peut, en quelques minutes, traverser de nouveau la rivière, par le pont Cabessut, et rejoindre par les quais le cœur de la cité médiévale… Incroyable promenade! Bienvenue à Cahors!

Place du Marché à Cahors, près de la cathédrale Saint-Étienne

Cahors est le point de départ de très nombreux autres sentiers de randonnée…

Belle surprise à mon retour du mont St-Cyr. Un message m’attend. Un message de notre amie et ex-collègue, Josiane… qui est à Cahors pour raisons familiales. Josiane est née et a grandi dans le sud-ouest de la France. Nous avons travaillé ensemble dans la même école, à Vancouver, pendant cinq ans.

Nous nous retrouvons le lendemain, le 1er mai, place Clément Marot, dans la ville médiévale, autour d’un savoureux déjeuner, composé de mets typiques de la région.

En compagnie de notre amie Josiane à Cahors, le mercredi 1er mai. Ci-dessous, une des spécialités de la région…

Confit de canard

Nous décidons après le repas de participer, avec une demi-douzaine d’autres vacanciers, à une visite guidée de la ville organisée par l’Office de Tourisme. Grosse déception. Comme lors de ma visite guidée de Figeac l’an dernier, le guide est encore, cette fois-ci, une dame… originaire de l’Angleterre!

Malgré un accent prononcé, sa maîtrise du français est assez bonne, niveau C1 sans doute à l’oral du DELF, mais pourquoi faut-il que les Offices de Tourisme du Sud-Ouest embauchent des ressortissants anglais afin de faire découvrir aux visiteurs les trésors du patrimoine français?

Messieurs, Mesdames les responsables des Bureaux de Tourisme, de grâce, revoyez votre copie! (Voilà, c’était ma tirade « Vieille France »).

Entre deux explications emberlificotées de notre guide, Josiane et moi avons, du côté de la cathédrale, filé à l’anglaise et nous sommes allés terminer la journée en dégustant des crêpes au sucre sur une petite place paisible et ombragée…

Sur les rives du Lot, le mercredi 1er mai

Au-revoir, Cahors!

C’est au pont Valentré que débute à Cahors le GR65

Josiane est très gentiment venue le lendemain, le jeudi 2 mai, m’accompagner au début de mon périple de 221 kms qui doit me mener de Cahors à Nogaro

Le Chemin du Puy qui emmène marcheurs et pèlerins jusqu’aux Pyrénées

Entre Cahors et Montcuq (34 kms), j’ai eu droit, pendant les deux premiers jours sur le chemin, à tous les caprices possibles de la météo. Temps couvert, grandes éclaircies, ciel bleu, suivi de vent… et de quelques gouttes de pluie. Heureusement, ce seront les seules pendant les cinq prochains jours…

Il fait frais. Température idéale pour la marche…

Premier jour de marche, 14 kms, le jeudi 2 mai, entre Cahors et le hameau de Granéjouls (près du village de l’Hospitalet) où je me suis arrêté pour la nuit…

Comme l’an dernier, le GR65 me réserve bien des surprises…

Ainsi, cette petite buvette, stratégiquement située à la sortie du village de Lascabanes, où je fais halte, vers midi, lors de mon deuxième jour de marche, le vendredi 3 mai, pour le déjeuner…

Francine et sa partenaire Josy tiennent avec le sourire sur le GR65, depuis quatre ans, un petit bijou de restaurant. Pour les randonneurs affamés, tout y est « fait maison », y compris…..