Montréal

Les différents quartiers de l’île de Montréal. La ville est baignée, au sud, par le fleuve Saint-Laurent et, au nord, par la rivière des Prairies. Le quartier Côte-des-Neiges est situé au centre de la ville (en vert)

Quel plaisir de retrouver Montréal cet été après tant d’années d’absence! C’est dans cette ville qu’a débuté, il y a bien longtemps, l’aventure canadienne de notre famille.

C’était en 1972. J’avais quinze ans.

Mes frères, ma sœur et moi sommes arrivés à Montréal à la fin de l’été. En provenance de Lagos, au Nigéria, où travaillait notre père. Ma mère avait quelques semaines plus tôt fait le déplacement jusqu’à Montréal et avait minutieusement préparé notre arrivée.

Nous avons reçu, en débarquant à l’aéroport, un document confirmant notre statut de résident permanent. Une feuille rose que l’agent d’immigration a pliée en quatre avant de la glisser dans notre passeport. « Surtout, les enfants, ne perdez pas cette feuille; gardez-la précieusement », répétait notre mère.

Un appartement nous attendait sur la rue Queen Mary, dans le quartier Côtes-des-Neiges. À deux pas de l’Oratoire Saint-Joseph. Nous étions selon les voeux de la famille inscrits dans de « bonnes » écoles. Pour moi, c’était le Collège Stanislas, à Outremont.

Tout ce dont nous avions besoin, épicerie, bureau de poste, transports en commun, était à cinq minutes de marche, « en bas de la côte », comme nous disions alors, dans ce qui est aujourd’hui le secteur du métro Snowdon.

J’avais été surpris de constater les premiers jours que dans notre voisinage les commerçants, les habitants, parlaient plutôt l’anglais. Notre appartement était situé à proximité de plusieurs quartiers anglophones – Hampstead, Côte-Saint-Luc, Westmount, Notre-Dame-de-Grâce – et les francophones avaient parfois de la difficulté à se faire comprendre…

L’élection du Parti Québécois, quatre ans plus tard, en novembre 1976, allait complètement bouleverser les habitudes du quartier. Le français devient alors la seule langue officielle de la province. Et le Parti Québécois annonce dès son arrivée au pouvoir la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Du jour au lendemain, des milliers de Montréalais et de Québécois anglophones prennent le chemin de l’exil vers Toronto et vers la province voisine de l’Ontario.

Le drapeau du Québec. La croix blanche symbolise la religion catholique et les fleurs de lys, la monarchie française.

Mais nous n’en étions pas encore là en cette fin d’été de 1972. Entourés par quelques proches et amis de la famille, nous nous sommes donc installés, timidement, au milieu du mois d’août, dans cette grande ville que nous ne connaissions pas, et dans ce pays qui allait devenir notre nouvelle patrie…

Un des attaquants de l’équipe canadienne, Phil Esposito, devant le gardien soviétique, Vladislav Tretiak, lors du deuxième match de « la Série du siècle », le 4 septembre 1972. Photo: Peter Bregg, PC.

Quelques jours à peine après notre arrivée débutait à Montréal « la Série du siècle ». Une série de huit matches qui allait opposer l’équipe canadienne de hockey sur glace à celle de l’URSS. Une série légendaire qui allait, pendant un mois, passionner et enflammer tout le pays.

Je n’avais jamais auparavant prêté la moindre attention à ce sport étrange où les joueurs se battaient fréquemment sur la glace et purgeaient ensuite, à l’écart, des punitions. J’avais remarqué, en lisant les journaux à Montréal, qu’on ne parlait dans la section des sports que de baseball, de « football » canadien et, bien sûr, de hockey. Rien sur le cyclisme ou sur le « vrai » football, à onze.

Je n’en revenais pas.

Comment pouvait-on au Canada ignorer « le foot » ou les coureurs du Tour de France?

Yvan Cournoyer, le virevoltant ailier droit de l’équipe canadienne.

Après avoir été menés 3 parties à 1, l’équipe canadienne allait finir par remporter cette fameuse Série du siècle.

Grâce à but marqué dans les dernières minutes lors du huitième match disputé à Moscou.

Cet immense événement sportif – dont tout le monde parlait alors, à l’école, dans la rue, dans les magasins – a été pour moi une véritable révélation. Une initiation. Cette série symbolisait en effet mon entrée dans un monde bien différent de celui que j’avais laissé à Lagos, à Lomé ou à Melun.

Après l’Afrique et la France, je commençais à Montréal, à quinze ans, un nouvel apprentissage.

Et j’amorçais en cette fin d’été, sans le savoir, une longue immersion dans une double culture, québécoise et canadienne, dont j’ignorais à peu près tout…

Rue St-Zotique Est, le mardi 31 juillet

Après toutes ces années (et de nombreux séjours, assez brefs, dans la ville) me revoilà, avec Diana, à Montréal!

Pour un mois cette fois-ci. Entouré de mes frères, de ma sœur, de mes neveux et nièces afin de célébrer avec eux, en famille, plusieurs événements heureux.

Fête d’anniversaire, rue Woodbury, le samedi 21 juillet. Ci-dessous, table familiale de réjouissances, à Outremont, le dimanche 29 juillet

Nous avons fait le choix de nous installer, comme lors de nos séjours à Belleville ou Ménilmontant à Paris, près d’un quartier populaire de la ville. Dans une rue calme, située à proximité du parc Kent, dans le secteur nord de l’arrondissement de Côte-des-Neiges.

Quartier Côte-des-Neiges, juillet 2018

Le quartier a beaucoup changé depuis mon départ, au début des années 80.

Notre haut de duplex sur l’avenue Carlton, à l’angle de la rue Légaré. Logement typique, en briques rouges, de la région de Montréal.

Les résidents d’autrefois, d’origine jamaïcaine ou haïtienne cohabitent aujourd’hui, paisiblement, avec des habitants venus des Philippines, du Vietnam ou du Sri Lanka.

Centre d’achats Côte-des-Neiges, jeudi 2 août

Le centre d’achats Côte-des-Neiges, au coeur du quartier, s’est métamorphosé en une véritable tour de Babel. Dans les allées des magasins, les clients et les commerçants, en plus du français et de l’anglais, parlent le tagalog, le mandarin, l’arabe et de multiples langues régionales venues de l’Inde, de la Chine ou des Philippines.

On peut acheter dans les boutiques des saris, des banh mi, du gai lan ou du bok choy.

 

 

 

De nombreuses associations aident ici les arrivants et leurs familles à s’intégrer à leur nouveau pays…

D’après ce que nous avons vu et vécu dans le quartier depuis bientôt un mois, le « vivre-ensemble » de ses cultures si différentes se passe admirablement bien.

Il ne semble pas y avoir à Montréal la tension qui marginalise et isole souvent les minorités dans les villes européennes. Si elle existe, nous ne l’avons pas ressentie. Aucune méfiance ici. Pas d’hostilité.

Tout le monde cohabite et partage paisiblement l’espace public.

C’est un vrai plaisir de déambuler pendant la journée dans les rues du quartier… et de déguster, à l’improviste, la cuisine du monde entier….

Le restaurant Nguyen Phi, au 6260 chemin Côte-des-Neiges, sert de cantine à de nombreux habitants du quartier qui viennent y déguster des plats comme ceux ci-dessous: boeuf grillé accompagné de rouleaux de printemps et de nouilles assaisonnées au basilic thaï et à la citronnelle. Téléphone: 514-344-1863

La rue Jarry, dans l’est de Montréal, le vendredi 20 juillet

Montréal compte aujourd’hui près de deux millions d’habitants…. et la ville, réorganisée en 2002 en dix-neuf arrondissements, est en pleine mutation…

De nouveaux quartiers surgissent, notamment dans le sud-ouest de la métropole. Ce secteur, situé près du fleuve Saint-Laurent, a connu, depuis quinze ans, une profonde transformation.

Une partie de la longue piste cyclable qui longe le canal Lachine dans le sud-ouest de la ville. À gauche, de nouveaux condominiums côtoient une ancienne cheminée, vestige du passé industriel du quartier. À l’arrière-plan, les tours du centre-ville. Ci-dessous, Diana sur la même piste du canal Lachine, près du marché Atwater, le samedi 21 juillet.

D’autres quartiers, plus anciens, renaissent. C’est le cas des secteurs Angus et Hochelaga-Maisonneuve où d’immenses entrepôts, appartenant autrefois aux grands barons de l’industrie, sont depuis une quinzaine d’années rénovés et reconvertis en appartements ou en vastes espaces à vocation communautaire ou culturelle….

Un des nombreux bâtiments reconvertis en logements dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans le sud-est de la ville. Certains immeubles servaient jadis d’ateliers aux ouvriers, aux cordonniers notamment. D’autres appartenaient aux grandes compagnies comme Hershey (chocolat) ou au chemin de fer (Canadian National). Ci-dessous, dans le même secteur, l’avenue Desjardins, située à proximité d’une maison de la culture, a été partiellement fermée à la circulation…

Maison de la culture, rue Ontario Est, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, un des plus vieux de Montréal…

Ces appartements ou lofts rénovés accueillent aujourd’hui des jeunes familles en quête d’un loyer raisonnable. D’autres, célibataires ou en couple, viennent ici acquérir leur premier appartement….

C’est que l’accès au logement à Montréal reste – pour combien de temps? – relativement abordable.

Les statistiques de la Ville indiquent que le loyer d’un appartement typique de deux chambres était l’an dernier de $782… À l’autre bout du pays, à Vancouver, il fallait, en 2017, compter près du double – $1552 – pour un espace similaire…

De plus, on peut encore acheter à Montréal un logement neuf, à un prix défiant toute concurrence… comme en témoigne cette affiche, aperçue il y a quelques jours rue de Rouen…

De nouveaux condominiums seront bientôt construits dans cette rue du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Deux stations de métro – Préfontaine et Joliette – sur la « ligne verte » sont à quelques minutes de marche…

Ces différents quartiers de la ville sont aujourd’hui reliés par un impressionnant réseau de pistes cyclables, praticables en général du 1er avril au 15 novembre…

La très populaire piste cyclable de la rue Rachel (ici à l’angle de la rue Papineau) relie le Mont-Royal aux quartiers est de la ville…

… la piste rejoint ensuite (avant le boulevard Pie-IX) le secteur du stade Olympique où ont eu lieu les Jeux d’été en 1976…

… et elle traverse enfin (direction nord) le magnifique Parc Maisonneuve, un des poumons de l’est de la ville… Une splendide balade en vélo!…

Marché Jean-Talon, mercredi 7 août

Rue Bernard

Ces innombrables pistes cyclables nous ont permis, pendant notre séjour, d’explorer et de découvrir Montréal à notre guise…

Du plateau-Mont-Royal au Vieux-Montréal… De Rosemont au quartier branché du Mile-End… D’Outremont au canal Lachine, nous avons dû parcourir en vélo une bonne centaine de kilomètres…

Cantine et épicerie haïtienne, rue Jarry

Le cinéma Beaubien qui offre aux cinéphiles, depuis 1937, des films de qualité, à Rosemont.

Quartier du « Mile-End »

Tôt un matin, j’ai emprunté la longue piste cyclable de l’avenue Christophe-Colomb qui m’a conduit, en une douzaine de kilomètres, tout au nord de l’île de Montréal… jusqu’à la rivière des Prairies… et jusqu’au parc naturel de l’île-de-la-Visitation… où j’ai découvert ce qui est sans doute l’un des plus anciens et l’un des plus beaux édifices religieux de la région de Montréal…

Boulevard Gouin, en route pour l’île de la Visitation, le lundi 6 août

L’église de la Visitation été construite entre 1749 et 1751 sur le bord de la rivière des Prairies. Une plaque rappelle le passage en ce lieu de Jacques Cartier, en 1535, et la première messe dite à Montréal, en présence de Samuel de Champlain, en 1615.

Il fait bon vivre l’été à Montréal!… Et j’ai parfois l’impression d’être ici de retour à la maison…

L’importante communauté haïtienne de Montréal dispose de plusieurs restaurants de qualité. Ci-dessus, poulet en sauce accompagné de riz aux pois, banane plantain, salade et sauce piquante « pikliz », restaurant Sissi et Paul, 2517, rue Jean-Talon Est. Tel: 514 903 2517. Une excellente adresse.

Programme du 12è festival « Haïti en Folie » tenu à Montréal en juillet…

Diana en compagnie de ma soeur et de son mari avant une séance de dégustation de cuisine indienne, le samedi 11 août.

Café San Gennaro, Petite-Italie, rue St-Zotique E.

Nous avons été frappés pendant notre séjour à Montréal par le grand calme et par la tranquillité qui règnent dans les petites rues des différents quartiers, notamment dans l’est de la ville….

Nous avons aussi été touchés par la politesse et par la gentillesse des habitants à qui nous demandions notre chemin…

Dépanneur, avenue Henri-Julien, dans l’est de Montréal

Sans vouloir généraliser, nous nous sommes demandé si le coût de la vie, relativement peu élevé ici, avait une incidence sur le bien-être et la convivialité des habitants… Chez nous, à Vancouver, depuis quelques années, les gens semblent si pressés et si anxieux… tourmentés peut-être par les loyers exorbitants ou par les hypothèques vertigineuses consenties à l’achat de leurs domiciles…

Rien de tout cela ici… L’habitat, comme locataire ou comme propriétaire, semble être encore à la portée de la majorité… C’est là un atout majeur pour Montréal… Atout à sauvegarder.

Mais… y a-t-il des nuages à l’horizon? Une manifestation a eu lieu cette semaine pour protester contre la gentrification et la hausse des loyers dans le quartier de Parc-Extension, quartier populaire, connu pour la modicité de ses loyers. D’autres manifestations sont prévues dans les prochains jours.

Déjà, l’an dernier, des citoyens avaient haussé le ton contre l’embourgeoisement du quartier Hochelaga-Maisonneuve, comme le rapporte ici le quotidien Le Devoir…

Curieusement, l’accès au logement ne semble pas être un des enjeux de la campagne électorale provinciale qui s’amorce. C’est dommage! C’est le moment d’être vigilant.

Le Québec ira aux urnes le 1er octobre.

Rue Drolet, dans le quartier Villeray, le vendredi 20 juillet.

Un dernier mot.

J’ai été étonné de constater que la langue française à Montréal avait depuis mon départ pris un nouvel accent.

Au traditionnel joual des quartiers de l’est de la ville est venu se greffer, avec le temps, une multitude d’autres accents, colorés, ensoleillés, venus du sud et des pays de la Méditerranée, d’Haïti, de l’Asie et du Moyen-Orient…

Il y a comme du pili-pili, du piment d’espelette et du nuoc nam dans la langue française parlée aujourd’hui à Montréal….

Un exemple?

Après le sempiternel ‘Bonjour/Hi » qui accueille ici partout les gens dans l’espace public, l’oreille se tend… et savoure ensuite, dans les échanges, l’accent de Casablanca, de Port-au-Prince, de Phnom Penh ou de Paris…

Comment cette langue va-t-elle évoluer dans les années à venir?

Difficile de le prédire… mais c’est une autre raison, pour nous, comme le dit la chanson de Robert Charlebois, de revenir à Montréal…

Avec mon frère Alix dans le quartier de « la Petite-Italie », boulevard Saint-Laurent, lors des festivités de « la Semaine italienne » de Montréal, le vendredi 10 août

Notre « été canadien » se poursuit dans les prochains jours avec une halte dans la ville de Gatineau, située dans la région de l’Outaouais (à proximité d’Ottawa), à deux heures de route environ à l’ouest de Montréal.

Nous irons ensuite jusqu’à Calgary, en Alberta, passer quelques jours dans la famille de Diana…

Bonne fin d’été à tous!

Piste cyclable, rue Boyer, Montréal, le lundi 6 août

 

 

 

 

 

 

Du plateau de l’Aubrac à Conques

Le village de Conques en Aveyron est depuis le Moyen-Âge une étape importante sur le chemin de Compostelle. Les pèlerins viennent se recueillir ici dans l’abbaye et dans l’église (aux trois tours) du village où reposent, depuis le 9è siècle, les reliques de sainte Foy (née et martyrisée à Agen)…

Arrivée à Conques (Concas en Occitan) sous les nuages et une pluie fine, le dimanche 13 mai… après 60 heures de marche sur le GR65 depuis Le-Puy-en-Velay!… Fatigué, les côtes meurtries après une chute, les vêtements sales, une partie du pantalon déchiré (et recousu à Espalion)… mais… pari tenu!

Neuvième journée de marche, dimanche 6 mai, entre Nasbinals, en Lozère, et Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron.

Comment partager les enseignements du chemin de Compostelle?

Et comment rendre justice ici à l’immense beauté de ce sentier après ce périple de dix-sept jours – dont quinze jours de marche – entre Le-Puy-en-Velay et Conques?

Le tracé du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Conques. Ci-dessous, en détail, les étapes de la deuxième partie de ma randonnée, entre Aumont-Aubrac et Conques. Deux étapes manquent sur le pointillé rouge: Finieyrols (entre Aumont-Aubrac et Nasbinals) et Sénergues (entre Golinhac et Conques)

Périple de 205 kilomètres qui m’a conduit dans trois départements – la Haute-Loire, La Lozère, l’Aveyron – et au cours duquel j’ai traversé des paysages féeriques….

Traversée du plateau de l’Aubrac, dimanche 6 mai… Ce tronçon de 17 kilomètres entre Nasbinals et Saint-Chély d’Aubrac a été classé en 1998 au patrimoine mondial de l’Unesco… Cette partie du chemin dans l’Aubrac était autrefois entièrement boisée… et dangereuse au Moyen-Âge pour les pèlerins qui se faisaient régulièrement dépouiller par les bandits cachés dans la forêt… Arriver le soir sans être attaqué était une chance… Les pèlerins devaient aussi se méfier des loups…

Dimanche 6 mai entre la Lozère et l’Aveyron…

Arrivée au village d’Aubrac, le 6 mai, à mi-chemin entre Nasbinals et Saint-Chély d’Aubrac. À l’arrière-plan, la domeraie d’Aubrac, le monastère qui marquait pour les pèlerins la fin des dangers… « Les soirs de brume », lit-on dans un document, « on y sonnait la cloche Maria, la cloche des perdus, afin que les égarés se dirigent vers le gîte plutôt que de mourir de froid… »

Le GR65 quelques kilomètres avant le village de Saint-Chély d’Aubrac… classé comme un des « plus beaux villages de France »… et photographié ci-dessous, tôt le dimanche 7 mai, sur le sentier vers Saint-Côme d’Olt et le Couvent de Malet…

Le village de Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron. Le pont des pèlerins (en bas, à gauche) qui enjambe la rivière Boralde, date du 14è siècle et est inscrit au patrimoine de l’Unesco.

J’ai aussi eu la chance au cours de ce périple de rencontrer des dizaines de marcheurs, de pèlerins… et  de riverains…

Isabelle qui gère avec son mari Benoît, à Sénergues, l’excellente maison « Domaine de Sénos »

Coupe de fromage Cantal à l’épicerie d’Espeyrac, en Aveyron

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai appris en parlant aux gens de la région que ces petits villages de la Lozère et de l’Aveyron ont, historiquement, presque toujours été des terres d’émigration. Le sol du pays, rude et peu fertile, poussait les jeunes à quitter les villages. Ils s’engageaient dans l’armée ou ils allaient tenter leur chance ailleurs, souvent à Paris. (Voir les nouvelles de Maupassant). La Lozère demeure encore aujourd’hui le département le moins peuplé de la France.

Dixième journée de marche le lundi 7 mai entre Saint-Chély d’Aubrac et Saint-Côme d’Olt

Le GR65 dans toute la splendeur du printemps…

Après avoir dégusté le lundi 7 mai au déjeuner un délicieux « farçou » à l’ombre d’une terrasse dans le petit village de La Rozière…

Un farçou, une crèpe aux oignons, au persil et à la blette, mets typique de l’Aveyron…

… alors que j’admirais le paysage en cheminant tranquillement vers le bourg de Saint-Côme d’Olt et vers la vallée du Lot…

Paysage de Provence en Aveyron, lundi 7 mai, juste avant l’arrivée au village de Saint-Côme d’Olt…

… j’ai eu un accident!… Je suis tombé, assez lourdement, sur le chemin. Plus de peur que de mal, mais j’ai quand même eu 2 ou 3 côtes endolories… et un pied gauche que j’ai dû longtemps masser… Tout cela à cause d’une jonction inégale entre le sentier et un morceau de route goudronnée… J’aurais dû mieux regarder où je mettais les pieds.

Heureusement, l’incident est arrivé à quelques minutes de marche seulement du village de Saint-Côme d’Olt où j’avais prévu passer la nuit… et prendre une journée de repos le lendemain, au Couvent de Malet…

Le Couvent de Malet, établi au 12è siècle près du village de Saint-Côme d’Olt, en Aveyron. Le couvent, rénové en 2004, est un havre de paix et de repos pour les pèlerins fatigués. Chambres spacieuses et confortables. Calme absolu, à cinq minutes de marche du village. Exactement ce dont j’avais besoin après ma chute! Le couvent accueille aussi des soeurs, des Ursulines, âgées, en fin de vie…

… et accueille également, le soir, des dizaines de randonneurs… rassemblés ici dans la cafétéria autour d’un couple d’hospitaliers et d’un jeune séminariste vietnamien (né à Dalat!) qui enseignent au groupe, après le repas, une chanson traditionnelle de pèlerin…

Les dix commandements du pèlerin modèle affichés sur le chemin entre Finieyrols et Nasbinals

Après une journée de repos, et presque complètement remis, j’ai repris la route, le mercredi 9 mai, en direction d’Espalion… Et j’ai poursuivi le lendemain mon chemin jusqu’au village d’Estaing…

Le hameau du Briffoul, entre Espalion et Estaing, le jeudi 10 mai. Ci-dessous, le village d’Estaing, situé sur les rives du Lot, classé lui aussi parmi « les plus beaux villages de France »…

Après avoir acheté une particule (auprès du Conseil d’État) en 1922, la famille de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing a fait l’acquisition du château d’Estaing en 2005. Les archives personnelles et un petit musée à la gloire du président ont été aménagés à l’intérieur du château…. La ville d’Estaing a fourni autrefois au Royaume de France des personnages illustres (aujourd’hui oubliés)…

L’ancien président ne vient que deux fois par an dans son château. Lors des journées du patrimoine en septembre, et lors de la fête de la saint Fleuret (le saint patron du village) le 1er dimanche de juillet…

Jean Urbain Dijols, ancien conseiller municipal et adjoint au maire accueille chez lui à Estaing randonneurs et pèlerins. Une bonne adresse sur le GR65. « Chez Jeannot ». Tél: 05 65 44 71 51

Nous avons eu droit le vendredi 11 mai à l’une de nos dernières journées de grand ciel bleu sur le chemin de Compostelle…

Le GR65 entre Estaing et Golinhac, le vendredi 11 mai

Journée qui m’a conduit après quatorze kilomètres sur les hauteurs du petit village de Golinhac…

Sur la place du village de Golinhac…

… et vers une confortable chambre d’hôtes – « Les Rochers » – disposant d’un grand jardin… et d’une vue exceptionnelle sur la vallée du Lot…

Jardin de la chambre d’hôtes « Les Rochers » à Golinhac. Une excellente adresse. Tél: 05 65 48 18 85

De Golinhac, il ne me restait qu’une vingtaine de kilomètres avant d’arriver à Conques…

Départ du village de Golinhac (330 habitants) samedi 12 mai

Distance que j’ai franchie, malgré le temps gris, à petits pas, et en deux étapes… en savourant profondément ces derniers kilomètres… et les derniers moments de cette magnifique randonnée!…

Entre Golinhac et Espeyrac, samedi 12 mai

En quittant le hameau Le Soulié…

Une partie du village d’Espeyrac, 400 habitants, situé à deux heures de marche environ de Golinhac…

… et l’arrivée à Sénergues, trente minutes plus tard, où j’ai fait halte pour la nuit… Conques n’est plus très loin!…

Ultimes kilomètres entre Sénergues et Conques, le dimanche 13 mai…

Mon carnet de pèlerin… obtenu en juillet 2015, au Pays basque, à Saint-Jean-Pied-de-Port… et dûment estampillé à chacune de mes étapes depuis Le-Puy-en-Velay…

Jambons et fromages de l’Aveyron, Conques, mardi 15 mai

Avant de terminer, et avant de partager quelques conseils pratiques sur le chemin, j’aimerais m’arrêter un moment sur un phénomène qui m’a beaucoup frappé – et dont on parle assez peu, me semble-t-il, sur le chemin de Compostelle.

Ce phénomène, c’est la grande solitude et l’isolement des personnes âgées qui vivent, délaissées, ignorées souvent, dans les villages que traverse le GR65…

Vieil homme, accompagné de son chat, un peu perdu dans les ruelles de Saint-Chély d’Aubrac, le dimanche 6 mai…

Dans le hameau de Saint-Marcel, en Aveyron, le dimanche 13 mai…

… Adrienne, 87 ans, née dans le village voisin d’Espeyrac, vit seule avec son chien pendant la journée… Sa fille la rejoint le soir… « quand elle peut »…

Femme âgée qui cultive seule le samedi 12 mai un lopin de terre près du village de Campagnac…

André vit depuis 82 ans dans le petit village – devenu hameau – de Rieutort-d’Aubrac, en Lozère. Population: 11 habitants. « François 1er venait autrefois, il y a bien longtemps, chasser le héron ici », m’a-t-il annoncé, fièrement…

Que deviendront ces « anciens » dans deux, trois ou cinq ans?

Où finiront-ils leurs jours?

Ces personnes âgées, qui semblent parfois presque abandonnées au bord du chemin de Compostelle, sont les derniers témoins d’une époque et d’une façon de vivre qui s’en va…

Que deviendront ces villages qu’ils sont aujourd’hui pratiquement les seuls à habiter?

Qui partagera avec les pèlerins la mémoire et les traditions du chemin de Compostelle?

Coïncidence, le journal « Le Monde » publiait cette semaine un long article sur la situation de plus en plus précaire des personnes âgées en France…

« Le Monde » daté du 17 mai 2018

Article où l’on apprend que parmi la population des personnes âgées de plus de 75 ans:

  • 25% vivent seules
  • 50% n’ont plus de réseau amical actif
  • 79% n’ont pas ou peu de contact avec leurs frères et soeurs
  • 41% n’ont pas ou peu de contact avec leurs enfants

Statistiques à méditer…

Entre le hameau de Saint-Marcel et Conques, le dimanche 13 mai

Alors, pendant cette longue randonnée, y a-t-il eu des surprises?

Pas vraiment. À part la neige en Haute-Loire et ma chute avant Saint-Côme d’Olt. J’avais bien planifié mon itinéraire, mes haltes, j’étais équipé comme il faut, et le GR65 ne présente pas de difficultés particulières entre le-Puy-en Velay et Conques…

À chacun son chemin. À chacun de choisir la distance à parcourir chaque jour. À chacun de choisir ses hébergements. Et son ou ses compagnon(s) de route. Ou s’en passer. Un bon quart des pèlerins rencontrés marchent seuls.

Tous ces choix sont fondamentaux et font partie de la beauté de l’expérience de la marche sur le chemin de Compostelle.

Saint-Chély d’Aubrac, lundi 7 mai

Voici donc, comme promis, quelques conseils pratiques pour ceux et celles qui songent à parcourir une partie du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port…

Chaussures

27 avril

10 mai

Idéalement, choisir des chaussures imperméables car il y a souvent de la pluie et/ou de la boue sur le chemin. Chaussures qui doivent si possible aussi laisser respirer les pieds. Bien choisir ses chaussettes en conséquence.

 

Hébergements

Omelette-jambon, le 12 mai à Golinhac.

Petit déjeuner à Golinhac. Chambres d’hôtes « Les Rochers ». Contact cité plus haut.

Éviter les hôtels, souvent vétustes, et où le client est anonyme. Choisir plutôt les chambres d’hôtes, en demi-pension. L’atmosphère est en général beaucoup plus conviviale et les repas pris en commun sont presque toujours « préparés maison » à partir de produits frais et locaux. En plus, autour de la table, le soir et/ou le matin, des randonneurs venus de toutes les régions de la France, et du monde entier.

Aligot-maison (purée de pommes de terre, de tome – fromage frais – et de beurre) servi aux « Gentianes », le vendredi 4 mai

À quelle heure partir le matin? 

La grande majorité des pèlerins part tôt le matin, entre 7 heures et 8 heures 15. Si vous décalez votre départ vers 8h30 ou 9h, le sentier est souvent désert et vous aurez le chemin à vous.

Lors de ma plus longue étape (19kms), le 1er mai, entre Chanaleilles (Haute-Loire) et Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), je n’ai rencontré absolument personne. Pas une âme. Personne dans les villages. Il neigeait. Pour ceux qui aiment parfois marcher seul, c’est le paradis.

dimanche 6 mai

De plus, avec des étapes de 3 heures 30 ou 4 heures, si vous partez vers 8h30 ou 9 h, vous arriverez à destination entre midi et 13 heures. C’est l’heure du déjeuner! En arrivant au village, choisissez un petit restaurant fréquenté par les riverains (restaurant où, de préférence, on ne parle pas l’anglais), et commandez le plat du jour. C’est souvent l’un des meilleurs moments de la journée!

Veau de l’Aubrac, accompagné de tomates farcies à la provençale, de salade et de pain. Restaurant « La Route d’Argent » à Nasbinals, le samedi 5 mai. Un de mes meilleurs repas sur le GR65! Un régal!

Plat du jour à Espaillon, le mercredi 9 mai. Carré de porc pommes confites à la graisse d’oie….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le déjeuner, direction votre hébergement où vos hôtes (et votre sac) vous attendent. Après une bonne douche et une sieste, visite du village l’après-midi avant de rentrer pour le dîner à 19h. Journée idéale.

Chambres d’hôtes « Le 24 » à Aumont-Aubrac

La Malle Postale.

J’en ai déjà parlé. Excellent service sur toutes les étapes du GR65 entre Le-Puy et Conques. Votre sac vous attend à votre hébergement, en général avant 14 heures. Seul bémol, le matin, votre sac doit être prêt à être transporté dès 8h. Contact: https://www.lamallepostale.com/fr/  ou Tél: 04 71 04 21 79

À quoi s’attendre sur le chemin?

Une des plus belles surprises, pour moi, a été de constater que le tracé du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Conques suit à peu près sur 85%-90% un sentier pédestre, rural, bucolique, merveilleux. Il n’y a pratiquement pas de route goudronnée. Sauf avant l’arrivée dans les villages. Et ces tronçons sont assez courts. Un peu plus de bitume quand même, malheureusement, à partir d’Estaing…

BON CHEMIN À TOUS!

Pèlerins rencontrés dans l’Aubrac, le vendredi 4 mai, en route pour Conques avec leur âne, Baladin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre Le-Puy-en-Velay et Aumont-Aubrac

Le Puy-en-Velay, ville principale de la Haute-Loire et point de départ du « chemin du Puy » vers Compostelle. Sur la gauche, la cathédrale, édifiée sur le site d’une église construite au 5è siècle.

Difficile de résumer en quelques paragraphes ces six premiers jours de marche entre Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire et Aumont-Aubrac, en Lozère.

Six jours de marche réalisés dans des conditions météo surprenantes – puisqu’après le grand ciel bleu des trois premiers jours (du vendredi 27 au dimanche 29), nous avons eu droit sur le chemin de Compostelle, pendant les deux jours suivants, à un temps gris et maussade.

À partir de Saugues, nous avons eu un peu de pluie, de la grêle et du vent. Beaucoup de vent, parfois violent. Il a même neigé, au réveil, mardi matin, 1er mai, dans le petit village de Chanaleilles, en Haute-Loire!

Les six premières étapes de mon chemin le long du GR65 vers Conques

Heureusement, dès mardi après-midi, au milieu du cinquième jour de marche, avant l’arrivée à Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère, le beau temps est revenu…. et nous a accompagnés jusqu’à Aumont-Aubrac…

Sixième jour de marche, en Lozère, entre Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac, mercredi 2 mai.

Mais commençons par le début…

Arrivé avec quelques jours d’avance (à cause de la grève à la SNCF) au Puy-en-Velay, j’ai eu le temps d’explorer la ville – préfecture du département – et une partie des environs…

La chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe construite en 969 sur un piton volcanique au centre du Puy-en-Velay suite au 1er pèlerinage vers Compostelle de l’évêque de la ville. Ci-dessous, un des chemins qui longe la Borne, la petite rivière qui traverse Le-Puy-en-Velay avant de rejoindre, quatre kilomètres plus loin, la Loire…

Le temps de découvrir aussi, un matin, une partie du G.R. 70 – le sentier de 270 kilomètres qui court vers les Cévennes, baptisé « le chemin de Stevenson », en mémoire du voyage qu’effectua dans la région, en 1878, l’écrivain écossais Robert-Louis Stevenson…

Sur le GR70, à proximité du Puy-en-Velay, mardi 24 avril… Le printemps est bien arrivé en Haute-Loire…. Ci-dessous, au bord de la route, un cheval quitte son enclos et vient me saluer… C’est plutôt bon signe…

J’ai également eu la chance lors de mon séjour au Puy de déguster dans la vieille ville quelques plats délicieux…

Un plat basque de piperade au Puy-en-Velay. Restaurant « Chez mon Pote », place du Marché Couvert.

Rue Saint-Jacques, Le Puy-en-Velay

Depuis les escaliers de la cathédrale du Puy, des coquilles en bronze, clouées au sol, indiquent aux pèlerins le début de la voie vers Compostelle…

Grand départ sur le chemin de Compostelle à 8h40, vendredi matin, 27 avril… Après une trentaine de minutes de marche, première surprise: il n’y a personne, ou presque, sur le G.R. 65 qui monte lentement vers la campagne, au sud-ouest du Puy…

Entre Le-Puy-en-Velay et Montbonnet, vendredi 27 avril

Pendant cette première étape de 15 kilomètres jusqu’à Montbonnet, je ne rencontrerai que quatre ou cinq pèlerins. Tout aussi surpris que moi semble-t-il du chemin presque désert qui s’ouvre devant nous…

Je ne me plains pas. Il fait un temps magnifique! En route, des petits villages pimpants, des hameaux, tous habités…

Le hameau de Liac en Haute-Loire

Le long du sentier de nombreuses plaques viennent illustrer la riche histoire de la région…

Je me suis arrêté souvent. J’ai pris plusieurs photos… Et il me faudra presque cinq heures pour atteindre Montbonnet, un petit village paisible de 120 habitants où je passerai ma première nuit de randonneur…

Une partie du village de Montbonnet, 1110 métres d’altitude…. Ci-dessous, un berger, à Montbonnet…

… qui, comme tous les après-midis, veille au bon retour à l’étable de ses 48 vaches montbéliardes…

… connues comme excellentes laitières pour la fabrication de fromages et pour leur viande de qualité…

En compagnie de deux autres marcheurs, je goûterai ce soir-là à mon premier repas, en formule chambre d’hôtes…

Saucisse de Lyon accompagnée de légumes bio. Ci-dessous, fromage fermier « aux artisous » (auvergnat pour « artisan ») de la Haute-Loire, Montbonnet, vendredi 27 avril.

Le soleil est encore au rendez-vous le lendemain sur le tronçon vallonné de 15 kilomètres qui relie Montbonnet à Monistrol d’Allier…

Le GR65 au sud-ouest de Montbonnet, le samedi 28 avril

… en passant par le très beau et accueillant village de Saint-Privat d’Allier…

Le château médiéval qui surplombe le village de Saint-Privat d’Allier

Saint-Privat d’Allier où, à ma grande surprise, les panneaux dans les rues sont aussi rédigés dans le patois local, une variante de l’Occitan… Patois encore parlé par quelques anciens dans le village… Et complètement incompréhensible, me dit-on malicieusement, pour les habitants de la ville de Saugues… distante d’environ trente kilomètres!…

Saint-Privat d’Allier

 

Nous croisons sur la route d’autres villages… aux noms parfois étonnants…

SVP prononcer « Le Chère »… Les habitants du village vous en seront reconnaissants…

Entre Montbonnet et Monistrol d’Allier…

Après quatre heures de marche, arrivée en début d’après-midi, samedi 28 avril, au bourg de Monistrol d’Allier… Une pancarte annonce fièrement aux visiteurs qu’un des deux ponts de la ville a été construit, en 1888, par l’ingénieur Gustave Eiffel…

Monistrol d’Allier compte environ 150 habitants. Le bourg accueillait autrefois de riches Écossais qui venaient jusqu’ici pêcher le saumon, abondant, dans la rivière Allier. Pour servir cette clientèle fortunée, un hôtel étoilé – « Le Pain de Sucre » – a jadis été construit dans le village. Cet hôtel existe toujours et accueille aujourd’hui dans un cadre suranné randonneurs et pèlerins…

Troisième étape le dimanche 29 avril entre Monistrol d’Allier et Saugues

Le village de Saugues en Haute-Loire

Le temps s’est brusquement couvert le lundi 30 avril lors de ma quatrième étape entre Saugues et Chanaleilles…

Le GR65 entre Saugues et Chanaleilles… Altitude: environ 1200 métres…

Le vent s’est levé. Un vent fort et glacial a soufflé sur les monts de la Margeride. J’ai pressé le pas, et j’ai franchi les 13 kilomètres entre Saugues et Chanaleilles en un peu plus de deux heures trente…

J’ai retrouvé à Chanaleilles plusieurs visages connus. Randonneurs français pour la plupart. Mais aussi étrangers. Belges, Allemands, Colombiens, Taïwanais, Australiens.

Nous avons, le lundi 30 avril, partagé chaleureusement le repas du soir autour d’une table commune dans l’unique café du village…

Randonneurs réunis le lundi soir 30 avril au Café du Pont, à Chanaleilles, en Haute-Loire. Une belle soirée!

Quelle surprise le lendemain, 1er mai, de se réveiller dans le village sous la neige! Et d’emprunter, tôt le matin, sous la neige toujours, le chemin de 19 kilomètres (ma plus longue étape) vers Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère…

Le GR65 entre Chanaleilles et Saint-Alban-sur-Limagnole, le mardi 1er mai… Ci-dessous, près du village « Le Sauvage », altitude 1300 mètres. Heureusement, il ne fait pas trop froid. Et je suis bien équipé. Le thermomètre tourne autour de 3 ou 4 degrés… Étape épique!…

Comme par miracle, vers midi, alors que le GR65 laisse la Haute-Loire et entre dans la Lozère, le soleil, timidement, fait son apparition… Hallelujah!…

Mardi après-midi 1er mai en Lozère près du village de Saint-Alban-sur-Limagnole…

Après une halte confortable à Saint-Alban-sur-Limagnole, j’ai rejoint mercredi après-midi le village d’Aumont-Aubrac, distant de 16 kilomètres…

Mercredi 2 mai entre Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac

91 kilomètres parcourus jusqu’à présent. Rien de cassé. Pas une seule ampoule. Et je chemine semble-t-il de plus en plus vite, terminant des étapes de 15 à 19 kilomètres en 3 heures ou 3 heures 30, au lieu des 4 heures ou 4 heures 30 prévues au départ. Un autre un bon signe.

Voyager légèrement s’est révélé être une excellente option. La Malle Postale achemine tous les matins mon sac jusqu’à ma prochaine destination. Service impeccable. Mon sac m’attend chaque après-midi dans ma chambre d’hôtes ou à l’hôtel.

mercredi 2 mai

Restent 114 kilomètres jusqu’à Conques… Le GR65 est, paraît-il, encore plus beau au fur et à mesure que l’on se rapproche du département et de la vallée du Lot…

J’ai bien hâte de découvrir dans les prochains jours les tronçons du chemin de Compostelle classés par l’Unesco…

Neuf étapes avant l’arrivée à Conques…

Avant de terminer, j’aimerais remercier sincèrement Sandrine et Boris pour la très chaleureuse halte partagée à Saugues (merci pour les champignons!). Et remercier également Christian et Françoise qui m’ont si gentiment accueilli pendant deux jours dans leur grande et belle maison de famille à Aumont-Aubrac.

Deux excellentes adresses sur le chemin de Compostelle. Merci infiniment!

Saugues – Chambres d’hôtes L’Arc-en-Ciel. Tel: 04 71 77 68 60  ou  06 19 19 29 45.

Aumont-Aubrac – Chambres d’hôtes Le 24. Tel: 06 75 91 71 30.

Le chemin de Compostelle, avril 2018

 

 

Paris – Mai 1968

« Quel bordel!… Mais quel bordel!… »

Voilà les premiers mots que j’ai entendus en arrivant à Paris lundi matin!

J’étais à peine sorti de la zone réservée aux passagers, à l’aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle, que déjà j’entendais autour de moi, sur les portables, des bribes de conversations tendues, crispées. Je voyais des visages renfrognés, impatients. Des gens pressés.

Un autre jour de grève dans les transports allait commencer le lendemain en France. Le septième jour de grève depuis le début du mois d’avril. Le dixième si on ajoute les débrayages d’Air France. La grève allait se poursuivre mercredi et jeudi.

Calendrier des jours de grève dans le secteur des transports en France, avril 2018

Sur la route qui mène à Paris, et dans la ville ensuite, partout, lundi, des embouteillages….

Il a fallu plus de deux heures pour rejoindre mon quartier du Village Jourdain situé entre Belleville et Ménilmontant, à quelques minutes de marche du parc des Buttes-Chaumont. Le trajet depuis l’aéroport prend d’habitude un peu plus d’une heure…

Malgré tout, c’est un grand bonheur de retrouver Paris ce printemps!…

Mercredi 18 avril, déjeuner rue des Pyrénées, dans le village Jourdain. Ci-dessous, un peu plus tôt, le parc des Buttes-Chaumont. Températures (entre 25 et 29 degrés) presque estivales à Paris en cette mi-avril…

Rue des Cascades, Ménilmontant.

Heureux de retrouver Paris… Même si je ne suis ici, cette fois, que pour quelques jours… En route pour Le-Puy-en-Velay… Et même s’il y a, ces jours-ci, dans la ville, comme un petit air de révolution… Et comme un petit air de déjà-vu!

Des milliers de Français sont, ce printemps, dans la rue. Mécontents de la rapidité et de l’ampleur des réformes engagées ou à venir du gouvernement d’Emmanuel Macron – élu il y a moins d’un an.

Plusieurs universités – à Paris, à Rennes, à Toulouse, à Montpellier notamment – ont dû, pendant quelques jours, fermer leurs portes.

Les retraités, les éboueurs, les avocats, les magistrats et certains employés d’hôpitaux ont également fait grève plus tôt ce printemps. Des milliers de fonctionnaires les ont rejoints lors de grandes démonstrations tenues dans les principales villes du pays. Certains syndicats appellent à une grève générale. À « une convergence des luttes » des travailleurs.

Une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle a réuni hier à Paris, entre la gare Montparnasse et la Porte d’Italie, environ 15 000  personnes. Des manifestants, opposés à la politique jugée trop libérale du gouvernement, ont aussi défilé hier dans une centaine de communes. Le cortège de Marseille a rassemblé plus de 5000 personnes. D’autres rassemblements sont prévus le 1er et le 5 mai.

Ces démonstrations se déroulent au moment où l’on commémore un peu partout en France, et particulièrement à Paris, les événements de Mai 1968…

Mai 68 à Paris

Événements historiques, inouïs, parfois violents, qui allaient, quelques mois plus tard, faire tomber le gouvernement…

Événements dont j’ai été, avec ma famille, témoin. Jeune et attentif témoin. Il y a exactement cinquante ans, alors que nous vivions près de Paris…

Événements qui ont profondément marqué mon enfance. Et dont je me rappelle presque chaque printemps lorsque, comme c’est encore le cas cette année, de grandes manifestations remplissent et font trembler les rues de Paris…

1966

1966-1967

 

 

Voici donc un retour en mots et en images sur cette époque mouvementée, turbulente de mai 1968 telle que je l’ai vécue, en France, avec mes yeux et mes oreilles d’enfant…

En mai 1968, j’avais onze ans et j’étais un bon élève inscrit en classe de septième au Collège Saint-Aspais de Melun, en Seine-et Marne. À cinquante kilomètres de Paris.

La petite ville de Melun, au sud-est de Paris.

Je me rappelle encore de l’adresse du collège: 36, rue Saint-Barthélémy.

Le Collège Saint-Aspais de Melun

Saint-Aspais était (et est toujours aujourd’hui) un établissement catholique et privé. Fondé en 1883. Très respecté à Melun et dans la ville voisine, Fontainebleau.

En face de l’école, il y avait une petite boutique où mes camarades et moi achetions en fin d’après-midi les friandises de l’époque, des malabars, des carambars, des berlingots, du réglisse… et des roudoudous – de fausses coquilles Saint-Jacques en plastique blanc avec, à l’intérieur, une pâte sucrée de couleur rouge, orange ou verte que nous léchions éperdument pendant des heures…

Les roudoudous…

Ces confiseries coûtaient 20 ou 25 centimes. C’était bien avant l’euro… À la récréation, je jouais aux billes ou au foot avec mes copains.

Juin 1968. Mon bulletin de la fin de l’année scolaire 1967-1968 au Collège Saint-Aspais de Melun.

J’habitais avec ma famille une résidence située à une quinzaine de minutes de marche du collège. Mon père, en formation pour l’OMS, était absent, pour un an.

J’allais avec ma mère le jeudi (jour de congé) faire les courses au supermarché, tout proche. Au retour, elle me donnait invariablement une pièce d’un franc que je mettais dans une tirelire. Je n’avais absolument besoin de rien. J’étais un petit garçon comblé et heureux.

Un carambar, friandise enrobée de caramel

À la télévision, c’était l’époque du carré blanc (émission interdite aux enfants) et de Léon Zitrone. Le présentateur vedette du journal de 20h. Il avait à l’écran une présence et une diction d’une éblouissante élégance. Il m’intimidait. Mais je l’écoutais, le soir, presque religieusement.

Nous regardions aussi dans le salon, en famille, Catherine Langeais, une des « speakerines » de la télévision. Avec ses cheveux blonds, elle présentait vers 19h les programmes de la première et de la deuxième chaîne. Les seules qui diffusaient à ce moment-là.

Catherine Langeais avait au petit écran de la prestance, un sourire maternel… et une allure de mannequin. Je crois que j’étais, comme bien des jeunes garçons, un peu amoureux d’elle… et amoureux aussi de sa collègue speakerine Anne-Marie Peysson…

Catherine Langeais (à gauche), Anne-Marie Peysson et Jacqueline Huet, les « speakerines » de l’ORTF en 1968.

 

 

 

 

 

 

 

 

À la télévision justement, en mai 1968, il se passait de drôles de choses. On voyait tous les soirs au journal de 20h des étudiants qui lançaient des pavés à Paris, du côté du Quartier latin.

J’étais loin de tout comprendre, mais je sentais à la récré, avec mes amis, qu’il se passait quelque chose d’important. On discutait ferme, entre deux matches de foot. Le collège allait-il fermer? Y aurait-il une grève?

On voyait le général De Gaulle à la télévision, le visage sombre.

Le général De Gaulle à la télévision en mai 68. Il devra quitter le pouvoir un an plus tard…

J’entendais pour la première fois des mots qui sont, depuis, devenus familiers. La Sorbonne. Le Boulevard Saint-Michel. Grève générale. Daniel Cohn-Bendit. CRS. Gaz lacrymogènes.

En allant au collège, je voyais sur les murs à Melun des slogans singuliers. « Il est interdit d’interdire ». « Ni robot, ni esclave« . « Ni Dieu, ni maître« . « Soyons réalistes, demandons l’impossible ».

Qu’est-ce que tout cela pouvait bien vouloir dire?

Les adultes, à l’école, restaient étrangement silencieux sur ce qui se passait dans les rues à Paris…

 

 

À la radio, en fin d’après-midi, sur France Inter, j’écoutais fidèlement sur mon transistor les émissions de Gérard Klein. C’était l’époque des Yéyés. Johnny chantait les hippies de San Francisco. Noir c’est Noir. Les portes du pénitencier. J’écoutais aussi Sylvie et Jacques Dutronc. Les Surfs. Sheila et Françoise Hardy. Mais j’écoutais surtout mon chanteur préféré – Antoine – et ses « Élucubrations »

« Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les cheveux

Je lui ai dit ma mère dans vingt ans si tu veux… »

Ma mère ne l’aimait pas trop, Antoine, avec sa guitare, ses chemises à fleurs et son harmonica. Il faisait mauvais genre, disait-elle. Et il avait les cheveux beaucoup trop longs. Elle préférait Richard Anthony et Sacha Distel.

Johnny en 67/68

Antoine

 

 

 

 

 

 

 

Les Surfs, groupe de rock (modéré) composé de 4 frères et 2 soeurs de Madagascar. Qui se souvient d’un de leurs plus grands succès, « Si j’avais un marteau? »

En 1968, j’étais aussi (déjà) un fanatique du Tour de France.

En juillet 68, la caravane du Tour s’était arrêtée à Melun. Dernière étape avant l’arrivée à Paris. Et j’avais pu, au stade de la ville, m’approcher avec mon frère Bernard à quelques mètres de mon idole, Roger Pingeon. Qui avait, l’année précédente, remporté la grande boucle… Après Jacques Anquetil en 64, Felice Gimondi en 65 et Lucien Aimar en 66…

Les murs de ma chambre étaient tapissés d’images de coureurs cyclistes…

Roger Pingeon, en juillet 1968, entre Font Romeu et Albi, lors de la 15ème étape du Tour de France.

 

Berlingots

Le chewing-gum Malabar

 

 

 

 

Côté lecture, je lisais sagement à la maison les livres de la Comtesse de Ségur et ceux d’Enid Blyton. Je dévorais chaque semaine dans Tintin les aventures de Michel Vaillant et de Ric Hochet. Je lisais Spirou, les 4 As. Les aventures de Joe Zette et Jocko.

Avec mes copains, à l’école, nous discutions longuement, entre deux roudoudous, des histoires palpitantes de Bob Morane et de son ami Bill Ballantine, histoires publiées dans la collection Marabout…

 

 

Cette période heureuse, enchantée, naïve de mon enfance allait se poursuivre encore pendant un an… à des milliers de kilomètres de Melun…

 

 

L’Afrique de l’ouest

L’année scolaire suivante (1968-1969) nous avons quitté la France et rejoint notre père qui avait été promu et muté par l’OMS à Lomé, au Togo. Notre famille était de nouveau réunie. En Afrique.

J’étais inscrit à Lomé avec mes frères au Collège Saint-Joseph. En sixième. Ma soeur allait à l’école La Marina.

Nous habitions une grande maison aux volets de bois vert, située près de la mer, à proximité de l’immense palais où résidait le président du pays, Étienne Eyadéma… Lomé était à ce moment-là (à mes yeux du moins) une petite ville calme et sûre et le Togo un pays stable….

Je me rappelle encore du boulevard circulaire, de l’odeur pestilentielle des camions qui transportaient les ordures, et de nos fous rires aux séances de cinéma dans un quartier populaire de la ville…

La petite colonie des enfants et des familles des Nations-Unies se retrouvait en fin d’après-midi dans notre quartier… C’est à cette époque que j’ai connu mes premières « boums »… et mes premiers « slows »

« Hey Jude, don’t make it bad
Take a sad song and make it better… »

Quelquefois, le dimanche, nous allions en voiture le long de la côte jusqu’au Dahomey (aujourd’hui le Bénin) tout proche…  D’autres fois, nous allions en famille dans l’autre direction, vers Accra, au Ghana…

Mes frères et moi n’avons passé qu’une année au Togo… Pourquoi? Mes parents, je crois, n’étaient pas trop satisfaits de la scolarité dispensée à Lomé… Et de la vie un peu trop facile que nous menions là-bas…

Le drapeau et la devise du Togo

L’année suivante (1969-1970) j’étais de retour en France avec mon frère Alix, en pension cette fois, à Nogent-sur-Marne. Inscrit en cinquième, puis en quatrième (1970-1971), au collège Albert-de-Mun. Une autre institution catholique et privée. Située en face du bois de Vincennes à quelques centaines de mètres de Paris.

Une autre époque, ponctuée par les règlements et la stricte discipline du collège, allait alors commencer…

Le dessinateur et scénariste Gotlib

Entre mes « colles » pour indiscipline au collège, et nos allers-retours le weekend à Paris (changement à Nation, puis à Pasteur, descente au métro Convention), mon frère Alix m’initiera dans les cafés, le dimanche soir, au « flipper », et ensuite à la lecture du magazine Pilote, au Grand Duduche, aux histoires du professeur Choron et aux dessins délirants de Gotlib dans Fluide Glacial… 

Mon frère Bernard lui me fera découvrir un peu plus tard un tout autre genre de musique, venue d’Amérique et d’Outre-Manche.

Musique anglophone, psychédélique, qui viendra vite bousculer et détrôner mes chers Yéyés.

Ces nouveaux musiciens, chevelus, débraillés, affichaient sur les pochettes des 45 et des 33-tours des poses provocantes que je ne comprenais pas. Un groupe en particulier, composé de quatre musiciens, me fascinait – Led Zeppelin – connu un peu partout pour les riffs rageurs de son guitariste, Jimmy Page.

Une page se tournait… Sans le savoir, j’entrais dans mon adolescence…

Été 1970 ou 1971, entouré par mes deux frères dans notre maison de Lagos, au Nigéria, où mon père avait, après Lomé, été transféré et une nouvelle fois promu par l’OMS… J’ai passé l’année scolaire 1971-1972 à Lagos. J’étudiais par correspondance… Après le Congo et le Togo, le Nigéria sera notre dernière étape africaine avant notre arrivée au Canada…

Quelle époque!

Heureux d’avoir connu et vécu tout cela!

D’avoir partagé toutes ces aventures, ces défis aussi, en France et en Afrique avec mes frères et ma soeur!

Qu’ils en soient ici remerciés!

Le square des Saint-Simoniens à Ménilmontant, un de mes parcs préférés à Paris. Ci-dessous, un café, rue de Ménilmontant, mercredi 18 avril.

Je pars comme prévu dimanche en train pour Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire, afin d’entamer ma randonnée de 200 kilomètres le long du GR65 et du chemin du Puy de Saint-Jacques de Compostelle

J’aurai encore le temps, pendant les quinze prochains jours de marche, de repenser à toutes ces aventures – et à bien d’autres choses – avant d’arriver, sauf imprévus, à Conques, dans l’Aveyron, le dimanche 13 mai.

« Mechouia », salade de poivrons grillés. Ménilmontant.

Soupe de raviolis au porc. Restaurant « L’échappée », rue Boyer, Ménilmontant.

Bon printemps à tous!

 

 

Le Chemin de Compostelle

Cela fait plusieurs années que je songe à parcourir l’un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Depuis huit ou neuf ans, je me documente, je lis, j’écoute, je regarde des films, des émissions sur ce chemin légendaire vieux de plus de mille ans.

En 2013, j’avais dévoré dès sa sortie le récit de Jean-Christophe Ruffin sur le Camino Del Norte, Immortelle Randonnée.

Un peu plus tard, pendant l’été 2015, au Pays basque, j’ai eu la chance de parcourir une des étapes mythiques du chemin de Compostelle – le sentier de 27 kilomètres qui traverse les Pyrénées et relie le village de Saint-Jean-Pied-de-Port, en France, à celui de Roncevaux, en Espagne. Cela avait été une expérience inoubliable. Et je m’étais promis, depuis, de revenir sur le chemin.

Entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux, juillet 2015

Mais… à quel moment partir? Quel chemin et quel point de départ choisir? Combien de kilomètres franchir?

Quatre chemins en France convergent vers Saint-Jacques de Compostelle. Le chemin du Puy-en-Velay est le plus ancien et le plus connu. Baptisé GR65 (Chemin de Grande Randonnée) il emmène marcheurs et pèlerins jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées. Le chemin suit ensuite, en Espagne, le Camino Francès ou le Camino Del Norte avant l’arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le déclic a eu lieu l’an dernier lorsqu’une de nos amies, Julie, est revenue – enchantée, galvanisée – après avoir parcouru en quelques semaines, sac au dos, plus de 700 kilomètres entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Saint-Jacques-de-Compostelle.

Son enthousiasme, au retour, était contagieux. « J’ai rencontré des gens formidables!… Et je n’ai pas eu une seule ampoule! » nous a-t-elle dit en riant, tout en racontant son aventure. Julie songeait déjà à repartir et à rallier Compostelle par un autre chemin…

En planifiant davantage mon projet cependant, je me suis vite rendu compte que marcher en Espagne ne m’intéressait que modérément. Ce qui m’intéressait, c’était emprunter, côté français, un des chemins qui mène jusqu’aux Pyrénées.

Le chemin du Puy – le GR65 – entre Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées- Atlantiques)

J’avais envie de faire l’expérience d’un voyage à pied dans « la France profonde » du Centre et du Sud-Ouest – et explorer, à petits pas, des départements que je ne connaissais pas: la Haute-Loire, la Lozère, l’Aveyron, le Lot, le Tarn.

J’avais envie d’écouter l’accent de ces régions rurales, parfois délaissées. Apprendre avec les habitants des mots anciens, des mots oubliés, liés aux traditions et à la terre. J’avais envie de découvrir la gastronomie de ces pays et goûter aux produits du terroir.

J’avais envie de prendre mon temps. De flâner et musarder sur les routes. D’aller à la rencontre des gens. Écouter leurs histoires.

Traditions et villages sur le chemin du Puy. Source de l’aquarelle: http://www.atelier-de-marienoelle.com

J’avais envie de m’arrêter l’après-midi dans des petits villages et partager, le soir, le dîner avec les riverains.

J’avais envie enfin de me réveiller dans le profond silence de la campagne et sentir le matin, dans ma chambre, l’odeur du café et du pain grillé…

Images de la région de l’Aubrac, le long du GR65 qui relie Le-Puy-en-Velay et Conques. Aquarelles de Marie-Noëlle Lapouge –  http://www.atelier-de-marienoelle.com

Peu à peu, le chemin du Puy, par son histoire, par ses légendes, par ses nombreux sites classés au patrimoine de l’Unesco, s’est imposé, progressivement…

Une partie du chemin du Puy entre Le-Puy-en-Velay (Haute-Loire), Conques et Cahors (Lot)

Je me suis donc décidé au début de l’automne. En quelques semaines, le nez enfoui dans les cartes, dans les guides et les multiples sites en ligne consacrés au Chemin, j’ai construit pour le printemps un itinéraire d’environ 200 kilomètres entre Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Conques (Aveyron), et réservé mes hébergements, selon trois principes.

#1 – Marcher en moyenne entre douze à seize kilomètres par jour. Ce qui correspond à trois ou quatre heures d’exercice quotidien. Distance entre Le Puy et Conques: 205 kilomètres. À parcourir en dix-sept jours. Quinze jours de marche et deux jours de repos.

#2 – Éviter de transporter mon sac sur le dos. Il sera acheminé par la malle postale du chemin et m’attendra tous les jours, avant 17 heures, à mon logement.

#3 – Pour les hébergements, j’ai résolument penché côté confort, et j’ai choisi pour toutes mes nuits de randonnée la formule chambres d’hôtes (dîner chez l’habitant, chambre individuelle, petit déjeuner). Ou, au besoin, l’hôtel. Deux nuits sont réservées dans un couvent – le Couvent de Malet – dans le village de Saint-Côme d’Olt, dans l’Aveyron.

Les légendes abondent sur le chemin du Puy. Ci-dessus, à droite, une gravure du Moyen-Âge représentant un pèlerin dévoré par une bête sauvage, dans la région de l’Aubrac, une des plus accidentées du chemin. Les loups ont heureusement depuis longtemps disparu du GR65…

Voilà donc ci-dessous, étape par étape, mon itinéraire de randonneur, de pèlerin (et de vagabond) entre mon départ de Vancouver, le 15 avril, et mon retour en Colombie-Britannique, le 30 mai.

Ces 205 kilomètres de randonnée seront suivis d’une dizaine de jours de repos dans deux petits villages: Figeac, dans le Lot, et Najac, dans l’Aveyron.

Je terminerai mon aventure dans la ville d’Albi (Tarn) avant le retour à Paris.

Itinéraire Compostelle:

16-22 avril = Paris

23-26 avril = Le Puy-en-Velay

27 avril = Le Puy-en-Velay – Montbonnet (Haute-Loire)15kms. Temps de marche (TDM): 3h40 à 4h.

28 avril = Montbonnet – Monistrol d’Allier – 15kms. TDM: 4h à 4h30

29 avril = Monistrol d’Allier – Saugues – 13kms. TDM: 3h30 à 4h

30 avril = Saugues – Chanaleilles – 13kms. TDM: 4h à 4h30.

1er mai = Chanaleilles – St-Alban-sur-Limagnole (Lozère) 19kms. TDM: 4h à 4h30.

2 mai = St-Alban-sur- Limagnole – Aumont-Aubrac – 16kms. TDM: 5 à 6h.

3 mai = Jour de repos à Aumont-Aubrac

4 mai = Aumont-Aubrac à Les Gentianes – 16kms. TDM: 4 à 5h.

5 mai = Les Gentianes à Nasbinals – 11kms. TDM: 3 à 4h.

6 mai = Nasbinals à Saint-Chely d’Aubrac (Aveyron)17kms. TDM: 4 à 5h.

7 mai = Saint-Chély-d’Aubrac à St Côme d’Olt (Couvent de Malet) – 16kms. TDM: 4h

8 mai = Jour de repos à St Côme d’Olt

9 mai  = St Côme d’Olt à Espalion – 9 kms. TDM: 2h15.

10 mai = Espalion à Estaing – 12kms. – TDM: 3h.

11 mai = Estaing à Golinhac – 14kms. TDM: 3h30.

12mai = Golinhac à Sénergues – 12kms. TDM: 3h.

13 mai = Sénergues à Conques – 9kms. TDM: 2h.

Distance parcourue = 205 kilomètres

Lundi 14 mai = Jour de repos à Conques

15 – 19 mai = Figeac (Lot)

20 – 24 mai = Najac (Aveyron)

25-26 mai = Albi (Tarn)

27-30 mai = Paris

Bon début de printemps à tous!

Le département de l’Aveyron où (sauf imprévus) je terminerai ma randonnée, le 13 mai. Le village de Conques (classé au patrimoine de l’Unesco) est situé au nord-ouest du département, presqu’à la frontière entre le Cantal et le Lot. Figeac, dans le Lot, est à une cinquantaine de kms à l’ouest. Le village de Najac est lui situé à l’ouest du département, à proximité du département du Tarn et du Tarn et Garonne.

Dernière halte avant de rentrer à Paris, Albi, dans le Tarn.

Seguin et le parc national La Visite

 

Cet article est respectueusement dédié à la Fondation Seguin

Lilliane, 22 ans, résidente de Seguin, en route avec un plat de nourriture vers le domicile de ses parents, mardi 23 janvier

La plupart des visiteurs qui se rendent en Haïti ignorent qu’il existe dans le sud-est du pays un village, perché à 1800 mètres d’altitude, qui vit un peu à l’écart du monde, près d’une magnifique forêt de pins.

Ce village, c’est Seguin, situé au cœur du parc national La Visite.

À mi-chemin entre Jacmel et Port-au-Prince, le village de Seguin (dans l’encadré, en vert), dans le parc national La Visite

Pour y arriver, environ trois heures de route, en moto, depuis Jacmel. Ou une longue – et inoubliable – journée de marche, à partir du village de Furcy, sur un chemin ancien qui franchit les ravins et serpente au milieu des mornes. (Le village de Furcy est lui-même situé à près de trois heures route au-dessus de Port-au-Prince.)

Au coeur d’Haïti, lundi 22 janvier. Le sentier magnifique qui relie Furcy et Seguin. Rares sont les visiteurs, hélas, qui s’aventurent jusqu’ici. Ce sentier est l’un des plus beaux d’Amérique.

Entre Seguin et Furcy, la longue pente dans le massif de la Selle qui mène au village de Cayes-Jacques… En-dessous des mornes, en haut à gauche, la mer des Caraïbes…

Les quatre images qui suivent ont été prises il y a un peu plus de sept ans, en juillet 2010, lors de ma première randonnée sur ce chemin exceptionnel qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude…

Le sentier entre Seguin et Furcy est avant tout une route de commerce empruntée par les marchandes. C’est le trajet le plus court entre les champs de haute montagne où les paysans cultivent poireaux, oignons, carottes et pommes de terre et les marchés de la côte…

Les marchandes se lèvent régulièrement avant l’aube et parcourent à pied souvent plus de 20 kilomètres afin d’acheminer leurs récoltes vers des camions qui transporteront ensuite leurs produits jusqu’aux marchés de Kenscoff, Pétion-Ville et Port-au-Prince… Sur le chemin, ci-dessous, quelques abris et étals de fortune où se désaltérer et se reposer…

Je suis arrivé cette fois-ci à Seguin en fin d’après-midi, le dimanche 21 janvier, alors que le village, en fête, célébrait plus tôt dans la journée deux mariages et la consécration d’une nouvelle église….

Seguin, fin d’après-midi, dimanche 21 janvier

Étourdis par les bruits de la fête et les verres de rhum ou de clairin (alcool clair et fort) avalés depuis le matin, les paysans regagnent lentement leurs maisons. Les femmes portent sur la tête de grands paniers remplis de victuailles, de provisions…

Les villageois descendent des mornes au-dessus de Seguin dans la lumière de la fin de l’après-midi…

Seguin, dimanche 21 janvier

J’ai l’impression d’être dans les Andes.

Autour de moi, comme au Pérou ou en Bolivie, les mêmes visages burinés par le soleil et l’altitude…

Alors que le soleil décline sur les mornes, retour à la maison pour un groupe d’enfants excités par la fête qui se termine…

C’est mon troisième séjour à Seguin. Dès mon arrivée, je retrouve avec plaisir la belle et solide auberge qui accueille depuis plus de vingt ans visiteurs et randonneurs du monde entier….

L’auberge La Visite, une merveilleuse adresse située à 30 minutes de marche environ au nord du village de Seguin. Pour réserver: Tel (509) 38 51 01 59. Ci-dessous, une des deux salles à manger…

À peine descendu de moto, un délicieux repas est servi. Tout est fait maison ici. Les légumes, la viande, le café, toute la nourriture – y compris l’eau, de source – provient d’un rayon d’environ un kilomètre autour de l’auberge.

Salade de betteraves accompagnées… de capucines, des fleurs multicolores et comestibles cueillies quelques minutes auparavant dans le jardin de l’auberge…

Je suis aussi ici afin de revoir mon ami Winnie, personnage connu et respecté dans la région de Seguin.

Venu pour la première fois à Seguin avec son père en 1975, Winnie Attié, 64 ans, n’est jamais reparti. Depuis 43 ans, il règne sur ses terres et gère, de façon admirable, son établissement.

Nous aurons comme d’habitude pendant mon séjour de longues et chaleureuses conversations…

Comme tous les enfants des familles haïtiennes qui ont fui avec leurs parents, au début des années soixante, la dictature du président François Duvalier, Winnie, comme mes frères et moi, enfant et adolescent, a vécu et a été scolarisé un peu partout.

En France d’abord, à Cannes, puis en Suisse, en Afrique ensuite, à Ouagadougou, en Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina-Faso) où travaillait son père, et aux États-Unis enfin, avant de redécouvrir, jeune adulte, Haïti, qu’il n’a plus quittée…

Petit déjeuner à Seguin composé d’une omelette aux légumes et de pain grillé…

Préparatifs pour le déjeuner…

Première randonnée le lendemain de mon arrivée sur le chemin principal qui traverse la forêt de pins. Notre destination est le petit village de Cayes-Jacques (« la maison de Jacques »), situé à 90 minutes de marche, sur la route de Furcy.

Le parc national La Visite, créé en 1983, renferme la pus grande réserve de pins d’Haïti…

… et a été conçu afin de protéger la région de la déforestation – galopante, comme dans tout le pays…

Mon guide et professeur pour la journée s’appelle Obnès. Né à Seguin, la quarantaine, il est déjà père de huit enfants, un garçon et sept filles, dont Lilliane, la jeune femme de 22 ans dont la photo ouvre cet article. Obnès travaille aussi à temps partiel pour la Fondation Seguin.

Mon guide à Seguin, Obnès. Nous n’avons parlé que créole pendant notre excursion…

Nous suivons sans difficulté le chemin qu’empruntent chaque jour les motos et les centaines de paysans en route pour les villages avoisinants…. Autour de nous, accroupis dans l’herbe, des groupes de femmes et d’enfants s’affairent à leur lessive…

Un des nombreux points d’eau sur le chemin entre Seguin et Cayes-Jacques

… en moins de 90 minutes nous avons rejoint le petit marché de Cayes-Jacques… Marché de subsistance, perché au-dessus d’une longue pente rocailleuse qui descend vers Furcy…

Le marché de montagne de Cayes-Jacques

Nous achetons pour l’auberge quelques figues, des bananes, du pain et du café en grains, encore vert…

À Cayes-Jacques aussi les marchandes ne vivent qu’avec quelques gourdes par jour…  Envoyer ici les enfants à l’école publique est un énorme défi financier car il faut payer les uniformes, quelquefois les livres…  Grand sentiment de précarité dans ce petit marché de montagne. Et une immense dignité.

Quelques produits achetés au petit marché de Cayes Jacques. Le café sera plus tard torrifié à l’auberge…

Dernier coup d’oeil sur les mornes du massif de la Selle. Le marché de Cayes-Jacques est juste en haut de la pente.

Pour le retour à Seguin, Obnès me propose de prendre un chemin différent, « un raccourci », dit-il, « par la forêt ».

Il a un air mystérieux…   J’obtempère, et je le suis….

Après une quinzaine de minutes de marche, alors que nous pénétrons au coeur de la forêt des pins, terrible surprise… et grande tristesse…

Le parc national qui, à première vue, sur le chemin principal, semblait boisé, verdoyant, est, à l’intérieur, attaqué de tous côtés…

À mesure que nous progressons vers Seguin, nous apercevons des dizaines d’arbres, de troncs, brisés, brûlés. Des pans entiers de la forêt ont été mutilés.

 

 

 

 

 

 

 

 

Que se passe-t-il?

Obnès m’explique avec chagrin que certains paysans, afin d’augmenter leurs revenus, n’hésitent pas à tailler l’écorce puis le tronc des pins pour en soutirer la résine. Résine qu’ils vendent ensuite dans les marchés sous forme de bougies ou de chandelles…

Les petits fagots de bois, taillés dans le pin et enduits de résine, sont également très en demande dans les marchés du pays. On les connaît dans la région de Jacmel sous le nom de « bois gras » ou « bois pin« . Ce petit bois – qui sert à allumer le charbon et à attiser le feu sur lequel cuisent les marmites – est devenu presque indispensable dans la vie quotidienne et dans les cuisines de fortune des paysans…

« Bois gras » en vente devant une boutique de Jacmel, lundi 29 janvier

La Fondation Seguin essaie, depuis des années, avec peu de moyens, d’éduquer la population paysanne.

Combat colossal, quotidien et inégal.

Si les plus jeunes et les élèves inscrits dans les écoles de Seguin semblent, en général, avoir développé une sensibilité qui les encourage à préserver leur environnement, pour les paysans plus âgés, le « bois gras » est une source de revenus dont ils ne peuvent plus se passer…

J’aimerais saluer ici le travail de la Fondation Seguin. À partir d’un petit centre de travail et de recherche établi à quelques pas de l’Auberge La Visite, une poignée d’agronomes et de bénévoles (souvent étrangers) essaie de façon remarquable de combattre la lente et inexorable déforestation du parc national.

Qu’ils soient félicités et remerciés.

Cependant, malgré le soutien de quelques ONG internationales (allemandes, espagnoles…) et l’appui financier de deux ou trois ambassades, les subventions sur lesquelles pouvait compter jadis la Fondation sont de plus en plus rares. Et une partie du travail, des acquis et des projets réalisés par l’équipe est aujourd’hui en péril.

Une douzaine d’employés de la pépinière de la Fondation ont récemment été mis à pied, faute d’argent.

Une demie-douzaine de gardes forestiers, employés par le ministère de l’environnement et affectés à la surveillance et à la bonne gestion du parc, n’ont pas été payés depuis plus de dix-huit mois. Ils ont, temporairement, démissionné.

La défaillance – le désintérêt – de l’état est flagrante. Impardonnable.

Combien de temps encore la Fondation pourra-t-elle poursuivre sa mission?

Ludovic, employé de l’auberge, m’emmènera lors d’une seconde randonnée, le mardi 23 janvier, jusqu’à la cascade de Seguin, principale source d’approvisionnement en eau du village… Plusieurs lieux de la forêt sont encore, heureusement, intacts et préservés…

Sacs d’oignons et de poireaux… entreposés au frais au bord d’une rivière près de Seguin…

… avant d’être acheminés à cheval et à dos d’âne vers les marchés de Port-au-Prince…

Le brouillard s’est levé, et il faut déjà repartir, après trois jours à Seguin…

Seguin, mercredi matin 24 janvier

La longue descente en moto vers Jacmel est, comme d’habitude, vertigineuse… En un peu moins de trois heures, après avoir traversé les villages de moyenne montagne de Fonds-Jean-Noël, Pistache et Pérédo, nous arrivons, au niveau de la petite ville de Marigot, au bord de la mer des Caraïbes…

Le contraste est saisissant…

En quittant Marigot et, ci-dessous, les magnifiques plages du village de Kabik…

Malgré le ciel bleu, très peu de touristes au bord des plages. Pourquoi? De nombreuses ONG ont plié bagage depuis le tremblement de terre de 2010, et les visiteurs tardent à revenir en Haïti… attirés plutôt par des destinations (Saint-Domingue, la Jamaïque, Cuba) jugées plus sûres et plus faciles d’accès… C’est dommage! Les Haïtiens, de leur côté, trouvent l’eau de la mer plutôt froide en janvier/février…

Dernière étape avant de rentrer à Jacmel, l’hôtel Cyvadier, situé à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville… hôtel où j’ai le grand plaisir de retrouver, comme prévu, des amis de longue date de notre famille… en visite eux aussi en Haïti…

G.R. entouré de deux de ses enfants à l’hôtel Cyvadier, le jeudi 25 janvier. Après avoir travaillé comme agronome à Seguin en 1959/60, G., comme des dizaines de professionnels haïtiens (dont notre père) a rejoint l’Afrique, le Congo, comme fonctionnaire des Nations Unies, au début des années 60, fuyant la dictature de François « Papa Doc » Duvalier. G. nous a rappelé que la plupart des agences de l’ONU au Congo à ce moment-là (l’OMS, l’UNICEF, la FAO) étaient dirigées par des Haïtiens. Les anciens colons, les Belges, ayant déserté le Congo après l’indépendance, survenue le 30 juin 1960.

L’hôtel Cyvadier, près de Jacmel, dispose d’une agréable petite plage au bord de la mer des Caraïbes. Une excellente adresse – http://www.hotelcyvadier.com

Multiples bains de mer pendant mon séjour à Cyvadier…

À l’approche du carnaval, à Jacmel, l’atmosphère est de plus en plus festive. Les rues de la ville (et le jardin de mon hôtel) sont régulièrement envahies par des groupes de musiciens et de danseurs qui déambulent, costumés, en quête d’attention et d’une poignée de gourdes…

En cinq minutes, ils sont déjà repartis, tambours, sifflets, bouteilles de rhum et de tafia à la main … perpétuant la grande tradition de fête du carnaval haïtien…

Dans quelle autre île des Caraïbes peut-on vivre, à l’improviste, plusieurs fois par jour pendant le carnaval, un tel événement?…

Marché de Lafon, samedi 27 janvier

Une de mes dernières excursions m’a conduit le 27 janvier jusqu’au village de Lafon (à quarante minutes de moto au nord de Jacmel) où a lieu, tous les samedis, un grand marché…

Lafon

… mais c’est la peinture qui m’amène ici. Une famille de peintres, la famille Laurent, (SVP cliquez sur le lien, en gras, pour infos supplémentaires) connue, réputée, appréciée en Haïti et à l’étranger, habite dans le village, à une vingtaine de minutes de marche au-delà du marché… et je suis bien décidé ce samedi matin à les rencontrer…

En compagnie d’un garçon du village et de mon fidèle chauffeur Junior, nous quittons le marché… et nous franchissons (ci-dessous) la rivière La Gosseline (dont parle souvent René Dépestre dans ses ouvrages…)

La rivière La Gosseline

… avant de déboucher sur l’atelier de la famille Laurent qui tient lieu aussi de centre culturel et de bibliothèque…

Les Laurent, le père, Maccène, 71 ans, et son fils, Olivier, 43 ans, sont aux champs. On les appelle…

Rencontre émouvante et respectueuse de ces deux peintres talentueux, dont une des toiles a été vendue, cet automne, à une des ambassades européennes de Port-au-Prince…

Une longue et délicate négociation (en créole) débute avec les deux peintres autour de deux tableaux accrochés aux murs de l’atelier qui me plaisent particulièrement. L’un de Maccène, l’autre d’Olivier….

Une scène de village créée par Maccène Laurent…

Le tableau d’Olivier Laurent représente, lui, une scène de « ra-ra » (fête populaire) dans un village du sud-est, au moment des fêtes de Pâques…

Il nous faudra environ vingt minutes pour nous mettre d’accord…

Affaire conclue avec les deux peintres (qui, comme la plupart des Haïtiens, n’aiment pas beaucoup être photographiés…)

… et, après de multiples remerciements, accolades et de vigoureuses poignées de mains, j’emporte avec moi, vers Jacmel, à pied, puis en moto, soigneusement enroulés, mes précieux tableaux…

Haïti Chérie!…

Un troisième peintre, sensible et généreux, Colin Anicet, rencontré dans son atelier le lundi 29 janvier peu avant mon départ de Jacmel…

Avant de quitter Haïti, quelques dernières images de la gastronomie du pays…

Poisson grillé, pommes de terre frites, riz aux pois, salade et sauce piquante, Jacmel

Poulet grillé, bananes pesées, riz aux pois, salade assaisonnée, sauce piquante, Guesthouse Eucalyptus, (www.eucalyptusguesthouse.com), Port-au-Prince….

…et un ultime coup d’oeil sur le jardin de l’auberge La Visite à Seguin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haïti Chérie

La baie et les toits de la ville de Jacmel, jeudi 18 janvier

Avant de monter, dans quelques heures, en moto jusqu’à Seguin (trois heures de route depuis Jacmel), retour sur une semaine exceptionnelle de découvertes – et de leçons apprises – dans le sud-est d’Haïti.

La rue du Commerce, dans le quartier des artisans, dans la vieille ville de Jacmel

En planifiant ce quatrième voyage au pays, un de mes objectifs était d’explorer la région montagneuse autour de Jacmel. Une région peu connue et souvent délaissée par les visiteurs qui préfèrent en général s’installer sur une des nombreuses plages situées le long de la côte, à l’est de la ville.

Après Cap Rouge et Fort-Ogé, j’ai donc repris la route, le mercredi 17 janvier, en compagnie de mon guide et chauffeur, Junior, en direction cette fois de l’étang Bossier…

Une partie du chemin qui mène à l’étang Bossier, mercredi 17 janvier

Enclavé au milieu des mornes, à une heure de route environ au nord-est de Jacmel, l’étang Bossier est un petit havre de verdure et de paix…

L’étang Bossier

… autour duquel vit une population pauvre composée de paysans et d’éleveurs. Malgré la pêche et le poisson, abondant nous dit-on, les conditions de vie autour de l’étang sont précaires. La plupart des habitants ne disposent ici que de quelques gourdes par jour…

Paysanne lavant son linge au bord de l’étang Bossier. Ci-dessous gardien de boeufs…

Comme le souligne un récent rapport (2014) de l’Institut Haïtien des Statistiques (IHSI) , géographiquement, la pauvreté en Haïti est beaucoup plus élevée en milieu rural. Environ 60% de la population haïtienne vit en-dessous du seuil international de pauvreté fixé à US$1.90 par jour.

Le taux d’alphabétisation dans le pays est d’un peu plus de 60%. Le taux de mortalité infantile est de 39% (chiffres UNICEF).

Devant de telles statistiques, le regard sur les plages qui émaillent la côte sud-est d’Haïti n’est plus le même…

Plage de Raymond les bains… Le sentier pour l’étang Bossier débute juste en face de la plage, de l’autre côté de la route qui relie Jacmel à Marigot.

Sur la plage Ti-Mouillage, plus jolie et plus à l’est que celle de Raymond les bains…

La plage Ti-Mouillage, mercredi 17 janvier.

… les bungalows se louent entre US$30 et US$50 la nuit…

Les prix indiqués sont en gourdes (HTG). 1US$ = 63 gourdes (janvier 2018)

Dans le centre-ville de Jacmel

Un des paons, résident permanent de la grande cour de mon hôtel, qui m’accueille tous les matins…

Une nouvelle aventure m’emmène, le vendredi 19 janvier, du côté de Bassin Bleu, un des lieux  emblématiques de la région de Jacmel….

Une bonne heure de moto de nouveau avant d’arriver à Bassin Bleu, à l’ouest de la ville de Jacmel

En chemin, après avoir quitté la route goudronnée, entre la petite localité de Savannette et celle de Carrefour-Pingouin, dans la commune de Lavaneau, une enseigne attire mon attention…

Une belle surprise!…

Une petite boutique d’artisanat, authentique, tenue par un jeune homme, plein de talent, qui fabrique dans son studio une multitude d’objets multicolores en papier mâché, une des spécialités de la région de Jacmel…

Frantz Janvier, 27 ans est propriétaire de son petit studio à une vingtaine de minutes de Bassin Bleu. Il a récemment suivi une formation en gestion d’entreprise d’artisanat, formation offerte à Jacmel par l’Unesco et la coopération internationale espagnole. Son commerce est en pleine expansion.

Entouré de ses créations, Frantz ne chôme pas. Ses objets en papier mâché sont très en demande pendant la saison du carnaval…. Une bonne adresse sur la route de Bassin Bleu…

Je suis reparti avec un sac rempli de trésors…

Avant d’arriver au premier des trois bassins qui forment l’ensemble de Bassin Bleu, les visiteurs, obligatoirement accompagnés d’un guide, doivent suivre un long sentier bordé d’arbres, de buissons et de plantes odorantes.

Incroyable biodiversité du lieu. On retrouve ici de l’acajou, des bananiers, des avocats, des figues, du cacao, des mandarines, des mangues, du corossol…

Débordant d’optimisme et d’énergie, Patso, au premier plan, guide intrépide pour une visite inoubliable au Bassin Bleu. A l’arrière-plan, le fidèle Junior…

Il y a aussi des colibris, des libellules… Heureusement, le périmètre de Bassin bleu est désormais protégé grâce à de multiples subventions provenant en majorité d’ONG internationales…

Le bassin palmiste (profondeur 15 mètres) premier des trois bassins d’eau turquoise approvisionnés par une série de sources et de chutes…

Grande surprise sur le sentier qui mène au deuxième bassin. Nous marchons tranquillement tous les trois lorsque Patso me demande poliment d’enlever mes sandales…

Il prend ensuite mon sac, le met prestement sur son dos puis, en quelques secondes, il déroule une longue corde, l’attache rapidement à un rocher et… se lance avec un grand rire dans le vide… en direction du bassin bleu!

Patso, heureux comme un poisson dans l’eau…

C’est bientôt à mon tour de le suivre… Ma descente est beaucoup plus… hésitante…

Rire jaune en descendant vers le bassin bleu. Profondeur du bassin: 57 mètres!

Le troisième bassin est le plus impressionnant…

Une magnifique chute se jette dans le bassin clair. Profondeur: 75 mètres!… Une légende raconte que les lieux sont peuplés de sirènes qui emportent quiconque essaie de plonger afin de mesurer la profondeur exacte des bassins…

Quelle aventure!… Le lieu est vraiment remarquable… Il faut malheureusement penser à rentrer….

Junior achète quelques provisions avant de quitter Bassin Bleu…

… et reprendre, en moto, le chemin de Jacmel…

La baie de Jacmel, vue du côté ouest cette fois, entre Bassin Bleu et Lavaneau, vendredi 19 janvier

Prochaine destination: Seguin, altitude 1800 mètres, petit village de montagne niché au coeur du parc national de La Visite… Une partie du film Kiskeya, mais où sont passés nos arbres? a été tourné dans la région. Ce sera ma troisième visite là-bas…

Petit déjeuner composé d’une omelette et de « patates douces »

Quels enseignements tirer de ces dix premiers jours passés à Jacmel?

Que le tourisme indépendant en Haïti, bien que difficile, est possible, et doit être encouragé. Le pays a accueilli l’an dernier environ 500 000 touristes. La plupart sont venus en voyage organisé. C’est dommage. En Haïti, ce type de voyage ne profite que très peu à la population.

Voyager de façon indépendante, c’est aider directement, par exemple, les chauffeurs de moto et les guides qui reçoivent sans intermédiaire leurs courses et leurs pourboires. C’est aider les artistes chez qui on s’arrête. Au lieu de subventionner « les boutiques de souvenirs » des grands hôtels.

Voyager indépendamment, c’est aller à la rencontre des Haïtiens et prendre avec eux les transports en commun qui se développent ici rapidement. Exemple: La Source Transport pour le trajet Port-au-Prince-Jacmel. Ou Transport Chic pour aller dans le grand sud, notamment aux Cayes.

Si l’on veut sortir des sentiers battus, et avoir, en Amérique, un petit goût de l’Afrique, conjugué à une double dose de culture créole et francophone, Haïti est une destination de choix.

Petite maison sur la route de l’étang Bossier

Pour terminer, quelques conseils.

Il faut ici, plus qu’ailleurs, soigneusement planifier son itinéraire, ses déplacements, vérifier et re-vérifier avec les hôtels ou les chambres d’hôtes les renseignements qui sont partagés.

Être prudent, comme partout en voyage, mais particulièrement dans la région de Port-au-Prince. Avoir impérativement un contact qui vous attend en arrivant à l’aéroport. Il est même possible, en attendant ses bagages devant le carrousel, d’emprunter un téléphone à quelqu’un et de rapidement confirmer son arrivée avec la personne qui vous attend à l’extérieur. La culture des téléphones portables est ici un vrai roman.

Bon voyage en Haïti!

Plat de poulet en sauce accompagné de millet, de banane mûre, et d’une salade