Beaucoup de chemin parcouru depuis mon départ de Dalat, fin novembre…
Beaucoup de sentiments contradictoires aussi en voyant défiler sous mes yeux, de la plage de Doc Let (près de Ninh Hoa) au delta du Mékong, un pays bien différent de celui où j’ai vécu, il y a quinze ans…
Une formidable mutation est en cours dans la région du centre et du sud du Vietnam, particulièrement le long de la côte.
Partout, on construit, on bâtit.
Le pays, irréversiblement, se transforme, se métamorphose.
Je laisse à d’autres le soin de documenter ces immenses chantiers…
Je préfère partager ici mon bonheur d’être de retour au Vietnam. Et partager aussi les nombreux moments d’émerveillement glanés depuis dix jours – loin du bruit et de l’agitation de ces grands projets qui transforment inexorablement les villes côtières du pays.
6h30 du matin, pêcheurs sur la plage de Doc LetLe petit village et la plage de Doc Let sont situés…à environ 40 kms au nord de NhaTrang…… le village fait partie de la municipalité de Ninh Hoa…La plage est magnifique… et, début décembre, pratiquement déserte…Vue de ma chambre d’hôtel à Doc Let.
Comme prévu, après les émotions vécues à Dalat, je me suis livré ici chaque jour à l’une de mes activités préférées: le farniente. Repos, lectures, mise à jour de mes notes et photos de voyage, planification des prochaines étapes…. Farniente interrompu seulement par de longues promenades, le matin, le long de la plage… et par deux ou trois excusions dans les villages voisins…
La rue principale du petit village de Ninh Thuy, situé au sud de la plage de Doc LetMarché de Ninh Hoa, le 1er décembre. J’ai accompagné ce jour-là, par curiosité…… pendant un matinée, les membres du personnel de l’hôtel…au marché du village…
Après cette belle semaine passée au bord de la plage, quelle déception en arrivant à Nha Trang!
Je ne reconnais plus la ville, paisible, que j’ai connue il y a quinze ans…
La plage du centre-ville de Nha Trang, le 5 décembre
Malgré sa plage exceptionnelle, Nha Trang est devenue bruyante, assourdissante, presque méconnaissable, défigurée par ce qui semble être un triple fléau: une explosion de la démographie, le bruit et la pollution des motos qui circulent sans cesse au centre-ville, et l’arrivée d’un tourisme à grande échelle en provenance de la Russie.
Sur la grande plage de Nha Trang, la majorité des touristes parle russe. Plusieurs vols par semaine relient maintenant directement la Russie à l’aéroport de Nha Trang.
Déboussolé, déçu aussi, je ne suis resté qu’une journée à Nha Trang. Le temps d’acheter mon billet de train pour Saïgon, et visiter le très beau musée, rue Tran Phu, consacré à Alexandre Yersin. (J’espère revenir un jour dans ce blog sur la vie de cet homme hors du commun…)
Alexandre Yersin, 1863-1943
Ravitaillement à la gare de Nha Trang
Après une courte halte à Saïgon, trois heures de route, plein sud, jusqu’à Sa Dec pour retrouver, après Dalat et Doc Let, le Vietnam que j’aime…
Sa Dec, encerclée en vert, sur la carte ci-dessus, au coeur du delta du MékongLe Mékong, à Sa Dec
Depuis ma dernière visite, il y a quinze ou seize ans, la vie ici semble avoir très peu changé…
… et Sa Dec demeure ma ville préférée dans le delta du Mékong, malgré la grande précarité dans laquelle vit une partie de la population.
La rue Nguyen Hueà Sa Dec, en décembre 2014
Rue principale du marché de Sa Dec
Malgré l’animation qui règne près du marché, on est ici au calme, à l’ombre des arbres en fleurs qui longent le fleuve…
Rue de Sa Dec
À l’écart de ses deux grandes soeurs du delta, Vinh Long, à l’est, et Can Tho, au sud, poumons économiques de la région, Sa Dec, le long du Mékong, a gardé son cachet d’ancienne petite ville coloniale… Petite ville où vécu autrefois, adolescente, Marguerite Duras… (La mère de l’écrivaine a été institutrice et directrice de l’école de Sa Dec entre 1928 et 1932)…
Sa Dec, mardi matin
Il faut malheureusement déjà quitter Sa Dec…
Départ demain pour Rangoun, avant de rejoindre, ensuite, Kalawpuisle pays Shandans le nord de la Birmanie…
Dalat, « la ville de l’éternel printemps », située sur les hauts plateaux du centre du Vietnam. Le lac Xuan Huong, baigne le cœur de la ville.
Pendant deux ans, de septembre 1997 à juin 1999, j’ai eu l’immense privilège de travailler comme professeur de français à l’université de Dalat. Cela a été une expérience inoubliable.
Une aventure incroyable aussi.
Ho Chi Minh (1890 -1969), fondateur du Parti communiste vietnamien
Le Vietnam, à ce moment-là, commençait à peine à s’ouvrir au monde extérieur. Après la fin de la guerre et de longues années d’isolement, la période du « doi-moi » (« renouveau », en vietnamien) venait de débuter, et le pays, timidement, ouvrait la porte aux étrangers.
Le drapeau vietnamien, adopté en 1975 après la victoire de l’Armée populaire du Nord-Vietnam.
Hanoï s’apprêtait à accueillir, en novembre 1997, le sommet de la francophonie…
J’avais été envoyé au Vietnam par l’Entraide universitaire mondiale du Canada. Je faisais partie d’un groupe d’une quarantaine de coopérants canadiens (juristes, enseignants, agronomes) détachés au Vietnam pour un ou deux ans dans le cadre d’un accord bilatéral financé par l’ACDI (l’Agence canadienne de développement international) destiné à appuyer le pays dans ses projets de développement.
J’étais le premier professeur de français étranger à travailler à l’université de Dalat depuis la fin de la guerre, en 1975.
Université de Dalat, année scolaire 1998-1999, entouré par un groupe d’étudiants inscrits en 3è année.
Après une semaine d’orientation à Hanoï, j’avais eu le coup de foudre en arrivant à Dalat (via Danang) au début du mois de septembre 1997.
Dalat est située sur les hauts plateaux du centre du Vietnam. La ville, réputée pour son climat agréable, ses vergers, ses fleurs, son café, est aussi appréciée par les nombreux touristes et les jeunes couples vietnamiens qui viennent y passer leur lune de miel…Vue partielle du lac Tuyèn Lâm, près de Dalat. Il y a, autour de la ville, des paysages magnifiques!Quelques-unes des nombreuses fermes situées en périphérie de Dalat. La région est l’une des plus fertiles du Vietnam. Pêches, prunes, artichauts, oignons, choux, laitue, carottes, poussent ici en abondance!
Nichée à 1500 mètres d’altitude, Dalat fut conçue dès 1905 par les autorités françaises comme un centre de villégiature pour les fonctionnaires de l’administration coloniale cherchant à fuir, avec leurs familles, la chaleur et le climat souvent insalubre de Saïgon.
Entre 1915 et 1945, des centaines de « villas » – inspirées des demeures bourgeoises françaises – sont construites dans la région de Dalat. Des hôtels de luxe font également leur apparition.
On appelait alors Dalat « le petit Paris », ou « la ville de l’éternel printemps. »
Une « villa » typique dans un quartier boisé de DalatL’hôtel Dalat Palace, construit entre 1916 et 1922
L’université de Dalat est créée par les autorités en 1957.
Mon mandat, au sein du département de français, était clair. Enrichir par des activités de communication le contenu plutôt fade des manuels de français. Et relever le niveau de langue orale des étudiants en leur donnant la parole le plus souvent possible.
Très vite, dans les classes, le courant était passé! Je découvrais des étudiants enthousiastes, chaleureux, généreux, avides de partager, en français, leur culture vietnamienne, leurs rêves et leurs défis de jeunes adultes.
Octobre 1997, à l’Espace Francophone de l’université de Dalat
Étudiants de 4è année, octobre 1998.
Dans le cadre de ma mission, je devais également encourager les professeurs à faire preuve de plus de créativité dans leur enseignement du français comme langue seconde…
À Saïgon, en compagnie des professeurs du département de français de l’université de Dalat, lors d’une journée de développement professionnel tenue en décembre 1997. De gauche à droite, Marianne, talentueuse conseillère pédagogique belge, basée à Dalat, et mes collègues de l’université, Lan Huong, My, et Anh.
Les professeurs étrangers habitaient sur le campus de l’université, et nous recevions régulièrement la visite des étudiants, surtout lors de la Journée nationale des enseignants, célébrée partout au Vietnam en novembre.
Nous recevions sourires, fleurs et cadeaux…
Entouré de quelques étudiants dans mon appartement de fonction à l’université de DalatQuelquefois, les parents des étudiants se déplaçaient aussi… Ci-dessus, une maman accompagnée de ses deux filles et une amie…D’autres fois, une classe presqu’entière venait me rendre visite!…
Je profitais de mes jours de congé pour aller, en moto, en bus, émerveillé, reconnaissant, découvrir le pays, du nord au sud…
Dans le delta du Mékong, près de Can Tho, en décembre 1997
Après deux ans de travail et de mentorat à l’université de Dalat, j’ai quitté le Vietnam, comme prévu, à la fin de mon contrat avec l’EUMC, en juin 1999.
Je me rappelle encore des mots chaleureux du recteur de l’université, Dr. Duc, lors de notre dernier entretien, dans son bureau. « Max, nous ne vous oublierons pas. Vous reviendrez au Vietnam, j’en suis sûr ».
Comme il avait raison!
Je suis retourné au Vietnam six ans plus tard, pendant l’été 2005.
Lors de mon retour à Dalat, en juillet 2005, j’ai tenu à aller saluer le Dr Duc qui occupe encore, à ce moment-là, le poste de recteur à l’université de Dalat. Visite de courtoisie et, en même temps, pour moi, dans son bureau, émouvantes retrouvailles.
Lors de ce retour, en 2005, j’étais cette fois accompagné de Diana.
Entre Saïgon, Dalat, Nha Trang, Hanoï puis Sapa (dans le nord du pays), nous avons passé un été inoubliable!
Sur la plage de Nha Trang, avec Diana, en juillet 2005.Août 2005, halte lors d’une randonnée dans la région de Sapa, dans le nord du pays, à quelques kilomètres de la frontière chinoise. Plus de la moitié de la population aux alentours de Sapa appartient à la communauté Hmong. Photo: Diana
Et me voilà, neuf ans plus tard, en novembre 2014, de retour à Dalat!
Route de montagne, le 24 novembre 2014. La moto demeure la meilleure façon de découvrir les environs de Dalat…Au marché de Dalat, le 22 novembre 2014
Le projet d’un second retour à Dalat s’est construit, pendant plusieurs mois, lors de conversations au téléphone et de courriels échangés avec mon amie et ex-collègue, My, responsable autrefois du département de français à l’université de Dalat. My habite maintenant Houston avec sa famille.
Comme beaucoup de Vietnamiens résidant à l’étranger, My revient régulièrement dans son pays d’origine visiter famille et amis.
Après toutes ces années, pourquoi ne pas nous retrouver à Dalat?
Avec tout son talent, et très discrètement, My organisa, pour le 22 novembre, à Dalat, une formidable réunion de retrouvailles au domicile d’une de ses amies!
Ma très chère amie et collègue, My, à Dalat, le 22 novembre 2014Ex-collègues et ami(e)s, réunis au domicile de Madeleine, au centre-ville de Dalat, le 22 novembreEn compagnie de mon ex-collègue, Nguyêt Aï, à droite, professeur de français exceptionnelle et, à gauche, My Hanh, ex-bibliothécaire au Cercle francophone de Dalat.Mon ex-collègue, Monsieur Duc, bien entouré, le 22 novembre. Quelle belle réunion cela a été… et tout le monde parlait français!La rencontre a eu lieu autour d’un délicieux buffet préparé avec amour et amitié…Nouvelle rencontre avec My, et sa soeur Chi, le lendemain, dans un café du centre-ville … Comment te remercier, My?… J’ai hâte de reprendre bientôt avec toi notre conversation à bâtons rompus
Après une semaine pleine d’émotions, je quitte Dalat avec regret demain. J’ai été si heureux dans cette ville, et elle m’a tant donné!
Malgré le temps et les changements, l’afflux de touristes, le nombre croissant de motos qui polluent le centre-ville, l’ouverture, l’an dernier, d’un immense centre d’achats climatisé, au bord du lac Xuan Huong – Dalat a gardé toute son âme, son charme de petite ville de province, prospère, où il fait encore bon vivre.
Le lac Xuan Huong avec, à l’arrière-plan, l’ancien lycée Yersin, en novembre 2014.Luu Vinh Phuoc et son épouse, Phung, tiennent un petit restaurant à deux pas de l’université. Lors de ma mission, j’y allais prendre mes repas plusieurs fois par semaine. Dix-sept ans plus tard, ils sont toujours là, au même endroit, toujours souriants.
Quelle surprise, avant le départ, en me promenant, lundi, dans le quartier du marché Hoa Binh, au centre-ville, d’entendre quelqu’un héler mon nom.
C’était Bao Duy, l’un de mes anciens étudiants à l’université! Après toutes ces années, il m’avait reconnu…
Avec Bao Duy au centre-ville de Dalat, le 24 novembre 2014. Bao Duy est maintenant marié, a trois enfants, et travaille dans l’informatique. Ci-dessous, à ma gauche, vêtu de bleu, Bao Duy, entouré de ses amis, venus me rendre visite dans mon appartement à l’université, seize ans plus tôt, en 1998!
Le centre-ville de Dalat, en novembre 2014
Prochaine destination au Vietnam: le petit village de pêcheurs de Doc Let, et sa plage, au bord de la mer de Chine, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Nha Trang.
J’irai ensuite passer quelques jours dans le delta du Mékong, dans la ville de Sadec, avant de prendre l’avion, le 11 décembre, pour Yangon et la Birmanie…
Quel bonheur de retrouver l’Asie du sud-est!
Bon mois de décembre à tous!
À bientôt!
La merveilleuse petite route de campagne entre Cau Dat et Dalat, en novembre 2014.Au revoir, Dalat!
Trente degrés à mon arrivée à Saïgon mardi matin. Trente-deux degrés aujourd’hui!
Après neuf ans d’absence, quel plaisir de retrouver le sud du Vietnam, et l’élégance, la finesse de la culture vietnamienne!
Mais Saïgon (Hô Chi Minh-Ville) a bien changé!
Chauffeur de cyclo devant le marché Thai Binh, à Saïgon
Dans les rues, les vélos, les cyclos ont pratiquement disparu, remplacés par un flot continu de motos, de taxis, de voitures privées…
Dans les rues…… de Saïgon…… mercredi matin…
Le centre-ville de Saïgon est un immense chantier. Des tours gigantesques ont poussé le long de la rivière…
Rivière de Saïgon. Au loin, le port par où transitent près de 40% des exportations du pays.
De plus en plus difficile, en se promenant, de reconnaître le vieux Saïgon.
Autour de la rue Dong Khoi (l’ancienne rueCatinat), au coeur de ce qui était autrefois la Cochinchine, les boutiques, les maisons bourgeoises, les immeubles ont été rénovés, modernisés… comme pour effacer toute trace de l’architecture française et de la période coloniale…
Seuls quelques édifices ont survécu: la poste, l’opéra, deux ou trois grands hôtels, la cathédrale…
L’hôtel Continental, construit en 1880, et récemment restauré. Somerset Maugham, André Malraux, Graham Greene y ont séjourné. L’hôtel a aussi été le quartier général de la presse étrangère pendant la guerre du Vietnam. Les magazines Newsweek et Time y avaient leurs bureaux, au 2è étage.La cathédrale Notre-Dame, construite entre 1887 et 1891. La brique rouge est d’origine de Toulouse.District 1, 6h30 du matin
Dans quelques heures, je laisserai derrière moi la formidable énergie de cette ville de plus de huit millions d’habitants.
Comme prévu, départ demain – six à sept heures de route – pour les hauts plateaux de la province du Lâm Dông, et la ville de Dalat où j’ai travaillé et vécu pendant deux ans, entre 1997 et 1999.
La ville de Dalat, située au nord de Saïgon (Hô Chi Minh-Ville) dans la province du Lâm Dông, sur les hauts plateaux du centre du Vietnam
Au-revoir, Saïgon!
Scènes de rues…… près du marché Thai Binh, fin novembre 2014
Littoral de l’île Gabriola, en Colombie-Britannique, en octobre 2014
Gabriola!
Cela fait plus de vingt-cinq ans que je reviens, régulièrement, passer quelques jours sur cette île magnifique, située dans le détroit de Géorgie, au large de Vancouver.
Quelques-unes des principales îles du détroit de Georgie. Gabriola est située au nord du détroit. On y accède en traversier (20 minutes de trajet) à partir de la ville de Nanaimo.Le parc provincial Drumbeg situé dans le sud-est de l’île
Me revoilà, à Gabriola, en ce weekend splendide de la mi-octobre, afin de participer à la grande randonnée annuelle, organisée par l’association GALTT (Gabriola Land & Trails Trust).
Gabriola compte environ 4000 habitants. La population augmente sensiblement l’été.
Dix-huit kilomètres de randonnée environ, d’un bout à l’autre de l’île, le long des sentiers de campagne et dans la forêt de Gabriola.
De Silva Bay, à la pointe sud-est de l’ïle, jusqu’à Descanso Bay, à la pointe nord…
Heureux d’avoir, pour la première fois, participé à cette belle tradition… avant de reprendre, le mois prochain, mon sac de voyage pour l’Asie du sud-est…
De la plage Spanish Banks, Vancouver, posée à l’horizon comme sur un écrin…
Quelques mots simplement pour dire mon bonheur d’être de retour à Vancouver…
Après une année mouvementée, complexe, souvent difficile au Rwanda, quel plaisir et quel soulagement de retrouver ma liberté, mon quartier, mon vélo, mes amis, et le confort de la ville où j’habite depuis plus de trente ans…
Voiliers ancrés à « False Creek », au coeur de Vancouver, entre les ponts Burrard et Cambie
Après le Voyage au pays des mille collines, ce blog prend congé, pour plusieurs mois – le temps de reprendre mon souffle, de me réhabituer à la vie et au rythme des saisons au bord de l’océan Pacifique.
Je reprendrai ensuite, dans un an environ, mon sac de voyage et mon bâton de pèlerin…
À l’an prochain…
Vancouver, en septembre 2013, vue d’une terrasse de la rue Point Grey. Ci-dessous, navires et pétroliers croisant au large de Vancouver, près de l’université de la Colombie-Britannique (UBC).
Au bord du lac Daumesnil, situé entre le bois de Vincennes…… et le 12è arrondissement de Paris, en août 2013
Grande bouffée d’oxygène depuis mon arrivée à Paris, le 28 juillet!
Après onze mois passés à travailler comme coopérant bénévole au Rwanda, quel plaisir de retrouver Diana, et de revoir Paris!
Paris où l’atmosphère est bien différente, en cette fin de mois d’août, de celle qui régnait lors de mon dernier séjour, en janvier-février 2012.
« Paris plages », tôt le matin… sur les quais de la Seine….… et un peu plus tard dans la journée, en août 2013
C’est l’été. Il fait beau et chaud. Malgré les touristes qui se pressent, toujours plus nombreux, autour de la cathédrale Notre-Dame, dans le Quartier latin ou à Montmartre, les Parisiens sont polis, prévenants, souriants.
La rue Julien-Lacroix, dans notre quartier, à Belleville, le 22 août 2013
Malgré « la crise » (mot qui revient souvent dans les médias), les années turbulentes de l’ère Sarkozy sont un lointain et mauvais souvenir…
La gauche est maintenant au pouvoir.
Quinze mois après son élection cependant, le nouveau président essaie toujours de s’imposer, de s’affirmer. De gagner et garder la confiance des Français.
Tâche ardue. François Hollande – malgré sa probité et « le succès » de l’intervention militaire française au Mali – reste au plus bas dans les sondages.
C’est dommage! Souriant, sympathique, corpulent, moi je l’aime bien, Monsieur Hollande. Derrière ses épaisses lunettes rondes, il me fait un peu penser au bonhomme, au bibendum Michelin…
Paris vu du parc de Belleville, en août 2013
Depuis bientôt un mois que nous marchons tous les jours dans les rues de Paris et de Vincennes, que nous parcourons sous le soleil les chemins et les sentiers de l’Ile-de-France, voici un résumé de quelques-uns des moments forts de ces quatre dernières semaines… qui sont passées beaucoup trop vite!
Au village d’Auvers sur Oise, août 2013Le village d’Auvers-sur-Oise, dans le département du Val-d’Oise, près de Paris.
#1 – Journée à Auvers-sur-Oise sur les traces de Van Gogh. C’est ici, au bord de l’Oise, que l’artiste a passé les trois derniers mois de sa vie, peignant en quelques semaines, entre mai et juillet 1890, plus de 70 toiles.
Le village est magnifique, situé à quarantaine de minutes en train à l’ouest de Paris (Départ, Gare du Nord)
La célèbre auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise, dernière demeure de Vincent Van GoghSur la facade de l’auberge RavouxLa chambre où Van Gogh a passé ses derniers jours, à l’auberge Ravoux…
Les tombes dans le cimetière du village où reposent, côte à côte, le peintre et son frère, Théo.
#2 – Deux belles et grandes randonnées sur le chemin des peintres impressionnistes, le long de la Seine cette fois, toujours à l’ouest de Paris, entre Marly-le-Roi, Louveciennes, Bougival, Croissy-sur-Seine, Chatou et Carrières-sur-Seine.
(On peut rejoindre Marly-le-Roi où débute le chemin des Impressionnistes, en train, de Paris, depuis la Gare St Lazare).
Gare de Marly-le-Roi
Autour de ces petites villes, quatre circuits ont été aménagés le long des berges de la Seine, sur un parcours d’environ quinze kilomètres… C’est dans cette région que Pissarro, Sisley, Monet et Renoir ont peint quelques-unes de leurs plus belles toiles…
Le circuit Pissarro, autour du Vieux-Marly, est particulièrement attrayant…
Bords de Seine entre Chatou et Carrières-sur-SeinePause avant de reprendre notre route sur le chemin des ImpressionnistesLa Maison Fournaise, l’une des célèbres guinguettes des bords de Seine, sur l’île de Chatou, en août 2013. Pierre-Auguste Renoir a peint ici, en 1880, sur le balcon du restaurant, l’un de ses tableaux les plus connus, « Déjeuner des canotiers ».
Après chacune de nos excursions, retour en train à Paris…
Quels quartiers irons-nous explorer le lendemain?
Les quais de la Seine, ci-dessus, près du Louvre… ou… le quartier de Ménilmontant, dans le 20è arrondissement?La rue de Ménilmontant
#3 – Le marché Belleville, dans le 20è arrondissement. Tous les mardis et vendredis, le monde entier se donne rendez-vous sur le Boulevard de Belleville, entre la rue du Faubourg du Temple et la rue de Ménilmontant.
Le marché de Belleville
Marché unique à Paris. Les vendeurs de fruits et de légumes, de feuilles de menthe, de coriandre, de gingembre, originaires du Maghreb, côtoient ici dans la bonne humeur les marchands de tissus et de vêtements de Madagascar ou de l’île Maurice…
Les clients sont, eux aussi, en grande partie, « issus de l’immigration » (comme on dit ici) et viennent du Laos, de la Chine, du Vietnam, des Antilles…
Deux fois par semaine, toute cette foule se presse sur les trottoirs de Belleville et Ménilmontant. Commerçants et clients fraternisent dans une belle cohue et s’interpellent dans une langue chaleureuse, aux accents teintés de soleil et d’épices…
Le marché de Belleville, en août 2013Un peu plus haut dans le quartier, au 72, rue de Belleville
#4 – La petite ville de Vincennes, située aux portes de Paris. Vincennes où, entre nos deux séjours à Belleville, nous avons passé plusieurs jours, à deux pas du bois…
Entre nos balades dans la forêt, et nos excursions à Fontenay-sous-Bois, Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont (au bord de la Marne), Montreuil ou Saint-Mandé, nous avons aussi… joué quelques parties de pétanque!
Au bois de Vincennes…
#5 – Autre surprise, découverte lors de nos randonnées dans Paris: la messe, célébrée en créole, qui réunit tous les dimanches, à 17h, à la paroisse St Georges-de-la-Villette (métro et rue Simon Bolivar, 19è arr.), les membres de la communauté haïtienne de Paris. Une tradition qui dure depuis 32 ans!
Il faut malheureusement déjà quitter Paris, demain…
Dommage!
J’aime de plus en plus vivre dans cette ville, arpenter ses rues, découvrir tous les jours de nouveaux quartiers… J’aurais bien prolongé mon séjour de plusieurs semaines!…
Mais il faut rentrer…
Au-revoir, Paris!
Nous reviendrons bientôt!…
Sur le Pont-Neuf, à Paris, le 19 août 2013Notre petit jardin, rue Julien-Lacroix, à Belleville…… dans le 20è arrondissement de Paris.
La route entre Musanze (Ruhengeri) et Muhanga, dans le nord-ouest du Rwanda, en juin 2013.
Mon contrat de travail au Rwanda ayant officiellement pris fin, je ne suis plus désormais astreint au « devoir de réserve » auquel doivent se plier les coopérants en poste au Pays des mille collines.
Ce devoir de réserve est d’ailleurs l’une des premières choses que l’on rappelle aux travailleurs étrangers lorsqu’ils arrivent à Kigali. « SVP, faites attention à ce que vous dites en public, ou à ce que vous écrivez sur le Rwanda! » nous répète-t-on inlassablement lors des réunions d’orientation.
Toute vérité n’est pas bonne à dire au pays de l’oncle Paul…
Carte et topographie des principales villes du Rwanda. Encerclée en rouge, dans la province de l’est, Nyagatare, la ville où j’ai passé onze mois en 2012-2013 comme coopérant bénévole pour l’ONG canadienne CUSO/SUCO, en partenariat avec VSO.Réunion de fin de contrat, à Kigali, le 25 juillet 2013, en compagnie de Ruth Mbabazi, responsable à VSO Rwanda des programmes en éducation et, ci-dessous……photo de fin de contrat devant le bureau du district de Nyagatare avec une responsable du programme de VSO/CUSO au Rwanda, le 26 juillet 2013. Pari tenu. Mission terminée!Un des nombreux sentiers menant à Nyagatare, en juillet 2013
Au cours des onze derniers mois, j’ai essayé scrupuleusement de respecter cet engagement.
Dans le blog précédent, Voyage au pays des mille collines, mes observations et commentaires sur le Rwanda ont été largement positifs et élogieux.
Et avec raison, puisqu’il y a tant de choses à louer et à admirer au Rwanda! L’accès aux soins de santé et à l’éducation, la propreté dans l’espace public, le succès des travaux communautaires, la paix surtout, retrouvée après tant d’années de conflits…
Le pays, comme je l’ai souvent souligné, est devenu, depuis six ou sept ans, la coqueluche des médias internationaux. Partout, le Rwanda est cité en exemple, montré du doigt comme le symbole de l’Afrique qui avance, qui progresse, qui réussit.
La réalité cependant n’est pas aussi simple.
Sur les rives du lac Kivu, près de Cyangugu, dans le sud-ouest du pays, en avril 2013
En tant que coopérant étranger, j’ai souvent eu l’impression, pendant les onze mois passés au Rwanda, de vivre dans une dictature.
Une dictature féroce et bien rôdée.
Une dictature qui sait à merveille utiliser la presse, la diplomatie, et quelques hommes politiques connus, « amis du Rwanda » (comme Bill Clinton et Tony Blair) – afin de mettre en vitrine les succès économiques du pays… et, du coup, masquer tout le reste, et museler l’opposition.
Vu du terrain, les choses sont cependant bien différentes…
Cérémonie de remise de diplôme, éducation aux adultes, dans le village de Burumba, près de Nyagatare, province de l’est, en juin 2013
Depuis la fin du génocide en 1994, une grande partie de la population au Rwanda vit toujours, au quotidien, dans la peur.
La peur d’être dénoncé par un voisin, par un collègue, par un inconnu.
La peur d’être arrêté, de disparaître.
La peur d’être jeté en prison et d’y moisir, pendant des mois ou des années, sans procès.
La liberté de la presse, la liberté de parole, d’expression, n’existent pas au Rwanda. Et on ne critique pas ici impunément le gouvernement.
Deux femmes et un enfant avancent sur un sentier sablonneux près de Kibuye, dans la province de l’ouest, en juillet 2013
Paradoxalement, l’une des choses qui frappe le plus en arrivant au Rwanda, c’est l’admiration presque unanime que les citoyens semblent vouer à leur président.
Élu en 2010, pour un second mandat de sept ans, avec plus de 90% des suffrages exprimés, le président Kagame règne aujourd’hui sur le pays comme jadis le roi sur ses vassaux.
La constitution, cependant, impose au président sortant une limite de deux mandats consécutifs. Limite que M. Kagame a publiquement affirmé vouloir respecter
Comme le président, toutefois, ne montre aucun signe de vouloir partir, partout au pays, la grogne contre le régime monte.
La magnifique région de Kinigi, près de Musanze, dans la province du nord. On aperçoit à l’horizon la chaîne montagneuse des Virunga
Lors de mon récent séjour dans la province du nord, le mois dernier, les souvenirs de la visite du président, le 10 et 11 juin, à Musanze, étaient encore sur toutes les lèvres.
Afin de « célébrer » la venue du président, les autorités avaient contraint les habitants de la ville à se rendre au stade municipal pour accueillir Son Excellence. Les commerçants avaient dû, de force, fermer boutique. Les écoles du district avaient également dû fermer leurs portes.
Les fonctionnaires avaient, eux, reçu des autorités des consignes très claires. Quitter le bureau, docilement, et aller applaudir le président. Ou prendre le risque de rester chez soi, les rideaux tirés, en espérant ne pas être dénoncé.
Une grande partie de la foule a dû attendre cinq à six heures, sous un soleil brûlant, l’arrivée du président.
Avant et pendant la visite de Son Excellence, des policiers et des militaires, lourdement armés, avaient envahi la ville. Les autobus ne pouvaient plus circuler. Dans un bel exercice de « démocratie », Musanze avait été bouclée, muselée.
Au centre-ville de Musanze (autrefois Ruhengeri), en juin 2013
Les langues pourtant commencent à se délier. Et de plus en plus de citoyens osent dire, de plus en plus haut, ce que la majorité des Rwandais pense tout bas.
Pour le bien et la stabilité du pays, le président devrait respecter la constitution et ne pas se présenter aux prochaines élections, prévues en 2017.
C’est cependant tout le contraire qui se produit.
À l’intérieur du pays, l’opposition politique est inexistante, la dissidence bâillonnée, la presse sous le contrôle des autorités, et la présence militaire, partout, s’accentue.
Tous les jours de la semaine, à partir de 15h ou 15h30, des militaires armés prennent position aux carrefours des grandes villes du pays. Mitraillette au poing, ils surveillent les endroits stratégiques, les marchés, les ronds-points, les centres de transport.
Deux membres du cabinet (dont le ministre de la Justice) ont récemment été évincés pour avoir, à mots couverts, souhaité le départ du président après 2017.
Habitants du secteur Mukama, situé à proximité de Nyagatare, dans la province de l’est, en mai 2013
J’espère de tout cœur que le président Kagame respectera sa parole et honorera la constitution rwandaise.
Depuis son arrivée au pouvoir, le Rwanda a fait des pas de géant. Le pays se transforme. Les grandes villes, en particulier, se métamorphosent. Le président, s’il s’en va, pourra partir la tête haute.
À d’autres maintenant de prendre le relais.
Les candidats de valeur ne manquent pas. À commencer par la formidable ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, femme intègre, compétente, francophone et polyglotte de surcroît.
Plusieurs autres candidats, tout aussi compétents, sont également sur les rangs.
Une alternative démocratique au Rwanda est possible et nécessaire.
Sinon, à plus ou moins long terme, de nouveaux soulèvements risquent fort de se produire au Rwanda… avec des conséquences désastreuses.