Varanasi

La vieille ville de Varanasi, baignée par le Gange, dans l’état indien de l’Uttar Pradesh, samedi matin, le 17 novembre.

Des amis m’avaient bien mis en garde avant de partir…

« Fais attention, Varanasi ne ressemble à aucune autre ville, en Inde ou ailleurs. Prépare-toi. Cela va être un choc ».

Comme ils avaient raison!

Assi Ghat, Varanasi, jeudi 15 novembre

Varanasi, qu’on appelait autrefois Bénarès, est l’une des villes les plus anciennes du monde. C’est aussi la ville qui accueille le plus de pèlerins en Inde.

Selon la mythologie hindoue, la cité a été fondée par Shiva (l’une des trois déités, avec Brahma et Vishnu) et elle est, au bord du Gange, l’une des sept villes sacrées de l’hindouisme.

Tous les matins, dès l’aube, des milliers de pèlerins affluent dans les temples de la vieille ville ou au bord de la rivière afin de prier et de laver leurs péchés.

Meer Ghat et, ci-dessous, pèlerins priant dans le Gange

Anandmayee Ghat. L’hindouisme est la troisième religion pratiquée dans le monde après le christianisme et l’islam

Les marches (« les ghats ») qui conduisent vers la rivière sont pleines de monde…

Dashashwamedh Ghat

Pandhey Ghat

C’est un spectacle saisissant!

Les personnages les plus étonnants sur les ghats sont sans doute les « Sadhus »

Sadhu, Dashashwameh Ghat

Les Sadhus sont des ascètes hindous qui ont renoncé à toutes les attaches de la vie matérielle pour se consacrer uniquement à la quête spirituelle.

Sadhu bénissant un pèlerin

En tant que « renonçants », ils coupent tout lien avec leur famille, ne possèdent rien ou peu de choses. Certains sadhus s’habillent d’un longhi (une tunique symbolisant la sainteté) et parfois de quelques colliers.

Les sadhus n’ont pas de toit et passent leur vie à se déplacer sur les routes de l’Inde et du Népal. Ils se nourrissent des dons des dévots. Il existe aussi des femmes sadhus.

J’ai cru distinguer, une ou deux fois, sous la poudre des visages, certains traits inattendus: une peau plus claire, des yeux bleus. Des sadhus d’origine européenne? Quelles étranges circonstances les ont conduits jusqu’ici?

Meer Ghat

Aalya Ghat

Certains sadhus sont presques nus…

Harishchandra Ghat

Dashashwameedh Ghat

Des familles entières venues des quatre coins de l’Inde convergent également vers Varanasi afin d’incinérer leurs morts…

Selon la religion hindoue, la mort est vécue comme une délivrance et mourir à Varanasi procure aux défunts la « moksha » – la libération du cycle perpétuel de la réincarnation, réincarnation considéré par les Hindous comme un fardeau.

Le lieu de crémation Manikarnika Ghat. Notez le bois à côté des bûchers…

Après la cérémonie de crémation, les restes des corps sont jetés dans le Gange.

Entre 200 et 300 crémations ont lieu tous les jours à Varanasi.

Chausatti Ghat

Retour sur les ghats où, à quelques centaines de mètres des bûchers, les coiffeurs ne chôment pas…

Assi Ghat

Raja Ghat

En déambulant sur les ghats, j’aperçois un vendeur ambulant…

Raja Ghat

De son petit établi, émane une odeur alléchante..

Je m’approche et me laisse convaincre d’acheter, pour dix roupies, un papadi chaat, une petite galette de blé écrasée accompagnée de pois chiches, de carottes et de pommes de terre…

Délicieux!

À cinq minutes de marche des Ghats on découvre une autre facette de cette ville qui réserve bien des surprises aux visiteurs…

Le marché de Varanasi, rue Dashashwameedh

Marché de Varanasi

En quittant le marché…

Le centre-ville de Varanasi

… on retrouve les petites ruelles de la vieille ville…

La vieille ville de Varanasi

… qui offrent aux résidents un choix presque illimité de plats et de nourriture…

Dans la vieille ville de Varanasi

Beignets

Plat de Puri Subji dégusté au petit déjeuner. Puri = pain. Subji = ragoût de légumes épicés au curry. Un vrai régal!

Un rare moment de calme dans une ruelle de la vieille ville

Contrastes immenses sur les Ghats, au bord du Gange…

Photo de famille, Assi Ghat

J’ai beaucoup vu, et beaucoup appris, pendant mon séjour ici…

Après cinq jours intenses passés à Varanasi, je reprends la route ce matin….

Une longue journée de voyage m’attend…

Mes étapes de la journée Varanasi – Gorakhpur – Sonauli (frontière népalaise) et Lumbini

Trois heures de train d’abord entre Varanasi et Gorakhpur, une grosse bourgade commerçante située au nord de l’état de l’Uttar Pradesh… Je ne resterai à Gorakhhur que le temps de sauter dans un bus vers Sonauli et la frontière népalaise (deux heures)… De Sunauli, je rejoindrai en bus (une heure), en fin d’après-midi, Lumbini, ma première halte au Népal….

Bonne fin d’automne à tous!

Amet qui gagne en partie sa vie en accompagnant les visiteurs sur le Gange…

Au-revoir Varanasi…

 

New Delhi

Le vieux Delhi (« Old Delhi »), un des quartiers traditionnels de la ville, mardi matin, 13 novembre

On parle beaucoup de New Delhi dans la presse ces jours-ci. 

L’O.M.S vient de publier un rapport accablant sur l’indice de pollution dans la ville. Il a atteint cette année un niveau inédit. La concentration de particules fines dans certains quartiers de la capitale indienne est montée, en juin, jusqu’à 1300 microgrammes par mètre cube. Vingt-cinq fois la limite recommandée par l’O.M.S.

La situation s’est encore dégradée il y a quelques jours suite au nombre alarmant de pétards et de feux d’artifices allumés et lancés dans la ville pendant la semaine de festivités de Diwali, la fête hindoue de la lumière. 

La pratique avait pourtant été interdite (sauf entre 20h et 22h) par les autorités. Peine perdue…

Old Delhi, mardi 13 novembre

Entre dix et trente mille personnes meurent chaque année de façon prématurée à New Delhi à cause de la pollution. 40% des enfants au pays souffrent de déficiences respiratoires.

New Delhi a aussi obtenu le mois dernier la triste distinction d’être la ville la plus polluée du monde. Cause principale: l’automobile. Plus de dix millions de véhicules circulent dans les rues de Delhi. L’utilisation du charbon, largement répandue, contribue également à la pollution. Autre facteur, les pratiques traditionnelles des paysans qui brûlent régulièrement leurs champs (défrichage) dans les états voisins de la capitale, en Haryana et dans l’Uttar Pradesh. 

Le pont qui surplombe la voie ferrée et la gare principale de New Delhi, mardi matin

Je suis arrivé à Delhi dimanche après-midi. Je suis ici en transit, pendant trois jours, afin de m’adapter au décalage horaire, m’acclimater de nouveau au pays et récupérer un peu après un long vol (via Taipei) de dix-neuf heures… 

Avant de repartir pour Varanasi, j’ai voulu mener une petite enquête et observer d’un peu plus près la situation… 

Je voulais en avoir le cœur net.

Le quartier de Mahipalpur où est situé mon hôtel, près de l’aéroport, dans la zone sud de New Delhi, lundi 12 novembre.

Mohammed Irfan, 42 ans, dans sa boutique de coiffeur de Mahipalpur, le lundi 12 novembre. Prix de la coupe de cheveux? 50 roupies, moins d’un dollar. Ci-dessous, scènes de rues à Mahipalpur…

J’ai donc pris tôt ce matin, mardi, le métro pour le centre-ville de New Delhi.

Après vingt-quatre heures de repos, je voulais marcher dans la ville et explorer en particulier le Vieux-Delhi (Old Delhi), un des quartiers traditionnels de la capitale. Rien de plus simple. Une station de métro, située à 200 mètres de l’hôtel, permet aux résidents et visiteurs de rejoindre le cœur de Delhi.

Durée du trajet depuis Mahipalpur: une quinzaine de minutes. Le billet coûte 50 roupies.

Une nouvelle ligne de métro (ouverte en 2011) relie l’aéroport de New Dehli au centre-ville

Le métro est propre comme un sou neuf. Dans les stations ou dans les wagons, pas un papier ne traîne…

Il est 7h30. Curieusement, l’heure de pointe n’a pas encore commencé. Les compartiments sont presque vides. Deuxième surprise: personne dans le wagon ne me jette un second regard. Je passe complètement inaperçu. C’est bon de voyager ainsi. En fait, deux fois pendant la matinée, près de la gare, des individus viennent poliment me demander leur chemin. En Hindi. Cela doit être ma nouvelle coupe de cheveux.

Autre surprise, de mon siège, cinq minutes à peine après avoir quitté mon quartier de Mahipalpur, l’ampleur de la pollution saute aux yeux…

À bord du métro vers New Delhi, mardi matin 13 novembre

Arrivé au centre-ville, il est difficile de distinguer l’horizon. Une espèce de brouillard gris, brun, sombre obscurcit tout. J’ai mal à la gorge. Je consulte rapidement une carte. Et je franchis, à pied, un pont, près de la gare…

Taxis et rickshaws devant la gare centrale de New Delhi

Je me fraye ensuite un chemin vers le quartier du Vieux-Delhi…

Old Delhi, mardi 13 novembre

Entre les rickshaws, les motos, les vélos, j’ai les yeux qui piquent, l’estomac lourd. J’ai l’impression d’avoir avalé du sable.

Les résidents du quartier semblent, eux, vaquer comme d’habitude à leurs occupations…

Amis lecteurs à Vancouver, à Montréal, en Europe, en Haïti, en Afrique, aux États-Unis… remerciez votre bonne étoile… et respirez à pleins poumons!

Old Delhi, mardi 13 novembre

Je reviendrai à Delhi, au début du mois de janvier. Je pars demain comme prévu pour Varanasi. Au train de nuit, cette fois-ci, j’ai préféré l’avion…

Old Delhi, mardi 13 novembre

 

 

 

Inde & Népal

Quelques mots simplement afin de confirmer mon départ dans une dizaine de jours pour l’Inde et le Népal et partager, comme d’habitude, mon itinéraire pour les deux prochains mois.

Après mon séjour au Kerala il y a deux ans, et mon étonnante lune de miel dans le sud du pays, j’ai bien hâte de retrouver l’Inde. Et je pars cette fois avec les yeux grands ouverts! Bien décidé à observer d’un peu plus près les traditions et les défis de ce pays immense et déroutant.

En préparant ce nouveau voyage, je me suis tourné un moment, lors de mes recherches, vers le cinéma. Une importante industrie cinématographique, on le sait, existe en Inde, présente notamment dans la région de Mumbai. Plus de 1600 films sont produits dans le pays chaque année.

Pourquoi le cinéma?

Je voulais, avant le départ, rafraîchir un peu mes souvenirs et vivre, virtuellement, une nouvelle immersion. Par le biais du grand écran, par les personnages, les dialogues, je voulais revoir et essayer de mieux comprendre le pays. Ses enjeux, ses ressorts, ses épreuves. Je voulais mieux décrypter les usages, le contexte. Avant de replonger dans quelques jours, là-bas, dans le tumulte de la rue.

Au cours des dernières semaines, j’ai donc vu ou revu avec Diana plusieurs films qui loin des paillettes et des chansons de Bollywood témoignent des dures réalités de la vie quotidienne en Inde aujourd’hui.

Par ordre de sortie sur les écrans, en voilà trois.

« The Lunch Box »

« The Lunch Box » (2013) du réalisateur Ritesh Batra. Tourné à Mumbai (Bombay), le film décrit la relation fortuite entre un homme, proche de la retraite, veuf, et une femme mariée, que presque tout oppose: l’âge, les intérêts, les projets, le parcours professionnel. Et pourtant, entre les deux personnages, va se nouer un lien fort et inattendu. Critique acerbe du monde du travail en Inde. Et fable contemporaine sur la grande solitude qui règne dans les mégapoles et, parfois, au sein des couples. Voir la bande-annonce ici.

 

 

 

« The Trap » (le piège)

« The Trap » (2015) réalisé par Jayaraj Nair. Tourné dans un décor splendide au Kerala. L’histoire poignante d’un vieil homme, éleveur de canards, et d’un jeune garçon devenu orphelin. Une amitié simple et profonde naît entre eux. Un jour, l’enfant disparaît, enlevé et vendu pour une centaine de roupies à une boutique de Mumbai qui fabrique des feux d’artifices. Un documentaire accablant sur le travail forcé des enfants. Un film exceptionnel. Bande-annonce ici

 

« Sir

« Sir » (2018) de la réalisatrice Rohena Gera. Le film a été présenté, en mai, au Festival de Cannes. Dans un grand appartement bourgeois de Mumbai, Rohena Gera aborde le délicat problème des relations amoureuses entre individus issus de castes différentes. Un architecte, écrivain à ses heures, peut-il enfreindre les tabous de sa classe et tomber amoureux d’une servante? Bande-annonce ici

Voilà donc quelques-unes des réalités, des pratiques, des conventions que je me promets, en Inde, et aussi au Népal, d’observer.

Il y en a bien d’autres.

Un des livres que j’emporterai dans mes bagages…

Dans chacun de ces deux pays, qui partagent une longue frontière commune, je prendrai tout mon temps. (C’est l’un des privilèges de la retraite). Je passerai quatre semaines en Inde, et quatre semaines au Népal.

Ma feuille de route, entre la mi-novembre et la mi-janvier 2019, est la suivante:

En Inde, haltes prévues, au nord, à New Delhi, puis dans la ville sacrée de Varanasi (anciennement Bénarès), située au bord du Gange dans l’état de l’Uttar Pradesh. De Varanasi, je prendrai, le 19 novembre, le train puis le bus jusqu’à la frontière népalaise.

Retour en Inde, le 18 décembre, dans le grand sud du pays cette fois – dans l’état du Tamil Nadu où je m’arrêterai d’abord à Chennai (jadis, Madras) et ensuite à Pondichéry, l’ancien comptoir commercial situé dans ce qu’on appelait autrefois « l‘Inde française ».

Mes quatre étapes en Inde: New Delhi, puis Varanasi, dans l’état de l’Uttar Pradesh. Après le Népal, je prendrai l’avion de Katmandou jusqu’à Chennai, dans l’état du Tamil Nadu, puis le train vers Pondichéry.

Début janvier, de Chennai, retour en train vers New Delhi à bord du légendaire « Rajdhani Express ».

Ce train, très particulier, qui a la priorité de passage sur tout le réseau ferroviaire indien, quitte la gare de Chennai Central à six heures du matin et arrive à New Delhi le lendemain autour de dix heures.

Un parcours de 2175 kilomètres.

Temps du trajet? Environ vingt-huit heures.

Le bonheur absolu.

Je réaliserai ainsi un vieux rêve. Parcourir en train, dans un wagon confortable (je reviendrai plus tard sur ce choix), une grande partie du sous-continent indien… En dégustant en route quelques plats de la cuisine du pays… Comme ceux, ci-dessous, préparés récemment par l’artiste en résidence de la maison…

Galettes de dahl (lentilles) accompagnées de riz basmati, d’une salade de choux rouge et d’une soupe aux légumes assaisonnés au curry…

L’ancien royaume du Népal est aujourd’hui une république. Le pays compte environ 29 millions d’habitants. Mes étapes principales sont, ci-dessus, soulignées en rouge: Lumbini (près de Bhairawa à la frontière indienne), puis Tansen et Pokhara avant de rejoindre Katmandou et le quartier de Patan. À partir de Patan, excursion prévue à Bhaktapur et randonnées dans la vallée de Katmandou

Pour le Népal, ce sera également la grande aventure. Plusieurs randonnées et « treks » sont au programme, mais je préfère, pour l’instant, ne pas trop m’avancer. Ce sera mon premier voyage là-bas.  

Deux ou trois grandes questions guideront mes pas:

  • Comment le pays se remet-il du tremblement de terre d’avril 2015 qui a causé la mort de plus de 8500 personnes?
  • De quelle façon gère t-on là-bas l’environnement et le tourisme de façon responsable et équitable? Huit des dix plus hauts sommets du monde sont situés au Népal et le pays a accueilli l’an dernier plus de 900 000 visiteurs.

Après une longue période d’instabilité (1990-2008), le Népal a officiellement aboli la monarchie en 2008 et le pays est aujourd’hui une république, dirigé par une femme, la très honorable Bidhya Devi Bhandari.

Bidya Devi Bhandari est la présidente de la république du Népal depuis 2015. C’est la première femme à occuper ce poste. Elle a été réélue à un second mandat en mars 2018

  • Après plus de deux siècles de régime monarchique, comment la population vit-elle ces profonds changements? 
  • Qu’en est-il de l’ancienne composante maoïste au sein du gouvernement?

Au Népal aussi, je prendrai tout mon temps…

À partir du 19 novembre, je m’arrêterai d’abord à Lumbini, lieu de naissance de Bouddha. La petite ville, située à quelques kilomètres de la frontière indienne, est devenue, au fil des ans, un important centre de pèlerinage.   

Après Lumbini, je passerai quelques jours dans le village de montagne de Tansen avant de rejoindre, le 27 novembre, Pokhara, la deuxième ville du pays et porte d’entrée vers le massif de l’Annapurna.

Longues randonnées prévues dans la région de Pokhara – dont un « trek«  de cinq jours et de quatre nuits, avec un guide, le long des sentiers de l’Annapurna.

En compagnie de mon ami et partenaire de squash Stephen, à U.B.C, le 23 octobre 2018

 

 

Je devrais également retrouver à Pokhara mes amis de Vancouver, Stephen et Annie!  

 

 

 

Après Pokhara, je rejoindrai le 9 décembre, en bus, Katmandou et le quartier de Patan, situé au sud de la capitale, près de la mythique vallée de Katmandou. J’ai prévu réaliser, dans le sud de la vallée de Katmandou, une dernière longue randonnée de trois jours et deux nuits avec trois étapes prévues dans les villages de Balthali, Namo Buddha et Dhulikhel avant de regagner, le 16 décembre, Patan. 

Départ de Katmandou enfin, le 18 décembre, pour Chennai.

Voilà pour la planification. Inch’ Allah.

Il ne reste plus qu’à toucher du bois, et sortir les gris-gris…

 

Lectures d’automne

Le Royaume (2014), d‘Emmanuel Carrère. Un récit passionnant qui éclaire et questionne la genèse et les premières années du christianisme. Du lac de Tibériade, aux voyages de Saint Paul, aux quartiers populaires de Rome sous Néron, Emmanuel Carrère met en scène les principales figures qui portent, défendent ou combattent au 1er siècle le christianisme naissant. Nombreuses références aux Évangiles et aux textes de deux historiens de l’époque, Tacite et Suétone. Le récit est aussi parsemé de longues notes autobiographiques.

À lire également, du même auteur, dans un tout autre registre, Limonov (2011).

 

Lire (Flammarion, 2018), de Bernard et Cécile Pivot Bernard Pivot et sa fille Cécile partagent leur amour de la lecture (et de l’écriture) dans une érudite et savoureuse petite encyclopédie que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque. Souvenirs, conseils, coups de cœur et habitudes de lectures sont répertoriés avec esprit et humour dans de courts chapitres où la voix du père et celle de la fille divergent parfois, se complètent souvent. Un livre précieux à offrir à tous ceux et celles, grands et petits, qui aiment lire. Merci à H… de l’Alliance Française pour la recommandation.

Bonne fin d’automne à tous!

Navires ancrés dans la baie de Vancouver, à « Spanish Banks » et, ci-dessous, au large de la ville. Octobre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Montréal

Les différents quartiers de l’île de Montréal. La ville est baignée, au sud, par le fleuve Saint-Laurent et, au nord, par la rivière des Prairies. Le quartier Côte-des-Neiges est situé au centre de la ville (en vert)

Quel plaisir de retrouver Montréal cet été après tant d’années d’absence! C’est dans cette ville qu’a débuté, il y a bien longtemps, l’aventure canadienne de notre famille.

C’était en 1972. J’avais quinze ans.

Mes frères, ma sœur et moi sommes arrivés à Montréal à la fin de l’été. En provenance de Lagos, au Nigéria, où travaillait notre père. Ma mère avait quelques semaines plus tôt fait le déplacement jusqu’à Montréal et avait minutieusement préparé notre arrivée.

Nous avons reçu, en débarquant à l’aéroport, un document confirmant notre statut de résident permanent. Une feuille rose que l’agent d’immigration a pliée en quatre avant de la glisser dans notre passeport. « Surtout, les enfants, ne perdez pas cette feuille; gardez-la précieusement », répétait notre mère.

Un appartement nous attendait sur la rue Queen Mary, dans le quartier Côtes-des-Neiges. À deux pas de l’Oratoire Saint-Joseph. Nous étions selon les voeux de la famille inscrits dans de « bonnes » écoles. Pour moi, c’était le Collège Stanislas, à Outremont.

Tout ce dont nous avions besoin, épicerie, bureau de poste, transports en commun, était à cinq minutes de marche, « en bas de la côte », comme nous disions alors, dans ce qui est aujourd’hui le secteur du métro Snowdon.

J’avais été surpris de constater les premiers jours que dans notre voisinage les commerçants, les habitants, parlaient plutôt l’anglais. Notre appartement était situé à proximité de plusieurs quartiers anglophones – Hampstead, Côte-Saint-Luc, Westmount, Notre-Dame-de-Grâce – et les francophones avaient parfois de la difficulté à se faire comprendre…

L’élection du Parti Québécois, quatre ans plus tard, en novembre 1976, allait complètement bouleverser les habitudes du quartier. Le français devient alors la seule langue officielle de la province. Et le Parti Québécois annonce dès son arrivée au pouvoir la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Du jour au lendemain, des milliers de Montréalais et de Québécois anglophones prennent le chemin de l’exil vers Toronto et vers la province voisine de l’Ontario.

Le drapeau du Québec. La croix blanche symbolise la religion catholique et les fleurs de lys, la monarchie française.

Mais nous n’en étions pas encore là en cette fin d’été de 1972. Entourés par quelques proches et amis de la famille, nous nous sommes donc installés, timidement, au milieu du mois d’août, dans cette grande ville que nous ne connaissions pas, et dans ce pays qui allait devenir notre nouvelle patrie…

Un des attaquants de l’équipe canadienne, Phil Esposito, devant le gardien soviétique, Vladislav Tretiak, lors du deuxième match de « la Série du siècle », le 4 septembre 1972. Photo: Peter Bregg, PC.

Quelques jours à peine après notre arrivée débutait à Montréal « la Série du siècle ». Une série de huit matches qui allait opposer l’équipe canadienne de hockey sur glace à celle de l’URSS. Une série légendaire qui allait, pendant un mois, passionner et enflammer tout le pays.

Je n’avais jamais auparavant prêté la moindre attention à ce sport étrange où les joueurs se battaient fréquemment sur la glace et purgeaient ensuite, à l’écart, des punitions. J’avais remarqué, en lisant les journaux à Montréal, qu’on ne parlait dans la section des sports que de baseball, de « football » canadien et, bien sûr, de hockey. Rien sur le cyclisme ou sur le « vrai » football, à onze.

Je n’en revenais pas.

Comment pouvait-on au Canada ignorer « le foot » ou les coureurs du Tour de France?

Yvan Cournoyer, le virevoltant ailier droit de l’équipe canadienne.

Après avoir été menés 3 parties à 1, l’équipe canadienne allait finir par remporter cette fameuse Série du siècle.

Grâce à but marqué dans les dernières minutes lors du huitième match disputé à Moscou.

Cet immense événement sportif – dont tout le monde parlait alors, à l’école, dans la rue, dans les magasins – a été pour moi une véritable initiation. Une révélation. Cette série symbolisait en effet mon entrée dans un monde bien différent de celui que j’avais laissé à Lagos, à Lomé ou à Melun.

Après l’Afrique et la France, je commençais à Montréal, à quinze ans, un nouvel apprentissage…

Montréal, parc King George, à Westmount, année scolaire 1972-1973.

Et j’amorçais en cette fin d’été, sans le savoir, une longue immersion dans une double culture, québécoise et canadienne, dont j’ignorais à peu près tout…

Rue St-Zotique Est, le mardi 31 juillet

Après toutes ces années (et de nombreux séjours, assez brefs, dans la ville) me revoilà, avec Diana, à Montréal!

Pour un mois cette fois-ci. Entouré de mes frères, de ma sœur, de mes neveux et nièces afin de célébrer avec eux, en famille, plusieurs événements heureux.

Fête d’anniversaire, rue Woodbury, le samedi 21 juillet. Ci-dessous, table familiale de réjouissances, à Outremont, le dimanche 29 juillet

Nous avons fait le choix de nous installer, comme lors de nos séjours à Belleville ou Ménilmontant à Paris, près d’un quartier populaire de la ville. Dans une rue calme, située à proximité du parc Kent, dans le secteur nord de l’arrondissement de Côte-des-Neiges.

Quartier Côte-des-Neiges, juillet 2018

Le quartier a beaucoup changé depuis mon départ, au début des années 80.

Notre haut de duplex sur l’avenue Carlton, à l’angle de la rue Légaré. Logement typique, en briques rouges, de la région de Montréal.

Les résidents d’autrefois, d’origine jamaïcaine ou haïtienne cohabitent aujourd’hui, paisiblement, avec des habitants venus des Philippines, du Vietnam ou du Sri Lanka.

Centre d’achats Côte-des-Neiges, jeudi 2 août

Le centre d’achats Côte-des-Neiges, au coeur du quartier, s’est métamorphosé en une véritable tour de Babel. Dans les allées des magasins, les clients et les commerçants, en plus du français et de l’anglais, parlent le tagalog, le mandarin, l’arabe et de multiples langues régionales venues de l’Inde, de la Chine ou des Philippines.

On peut acheter dans les boutiques des saris, des banh mi, du gai lan ou du bok choy.

 

 

 

De nombreuses associations aident ici les arrivants et leurs familles à s’intégrer à leur nouveau pays…

D’après ce que nous avons vu et vécu dans le quartier depuis bientôt un mois, le « vivre-ensemble » de ses cultures si différentes se passe admirablement bien.

Il ne semble pas y avoir à Montréal la tension qui marginalise et isole souvent les minorités dans les villes européennes. Si elle existe, nous ne l’avons pas ressentie. Aucune méfiance ici. Pas d’hostilité.

Tout le monde cohabite et partage paisiblement l’espace public.

C’est un vrai plaisir de déambuler pendant la journée dans les rues du quartier… et de déguster, à l’improviste, la cuisine du monde entier….

Le restaurant Nguyen Phi, au 6260 chemin Côte-des-Neiges, sert de cantine à de nombreux habitants du quartier qui viennent y déguster des plats comme ceux ci-dessous: boeuf grillé accompagné de rouleaux de printemps et de nouilles assaisonnées au basilic thaï et à la citronnelle.

La rue Jarry, dans l’est de Montréal, le vendredi 20 juillet

Montréal compte aujourd’hui près de deux millions d’habitants…. et la ville, réorganisée en 2002 en dix-neuf arrondissements, est en pleine mutation…

De nouveaux quartiers surgissent, notamment dans le sud-ouest de la métropole. Ce secteur, situé près du fleuve Saint-Laurent, a connu, depuis une vingtaine d’années, une profonde transformation.

Une partie de la longue piste cyclable qui longe le canal Lachine dans le sud-ouest de la ville. À gauche, de nouveaux condominiums côtoient une ancienne cheminée, vestige du passé industriel du quartier. À l’arrière-plan, les tours du centre-ville. Ci-dessous, Diana sur la même piste du canal Lachine, près du marché Atwater, le samedi 21 juillet.

D’autres quartiers, plus anciens, renaissent. C’est le cas des secteurs Angus et Hochelaga-Maisonneuve où d’immenses entrepôts, appartenant autrefois aux grands barons de l’industrie, ont été peu à peu rénovés et reconvertis en appartements ou en vastes espaces à vocation communautaire ou culturelle….

Un des nombreux bâtiments reconvertis en logements dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans le sud-est de la ville. Certains immeubles servaient jadis d’ateliers aux ouvriers, aux cordonniers notamment. D’autres appartenaient aux grandes compagnies comme Hershey (chocolat) ou au chemin de fer (Canadian National). Ci-dessous, dans le même secteur, l’avenue Desjardins, située à proximité d’une maison de la culture, a été partiellement fermée à la circulation…

Maison de la culture, rue Ontario Est, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, un des plus vieux de Montréal…

Ces appartements ou lofts rénovés accueillent aujourd’hui des jeunes familles en quête d’un loyer raisonnable. D’autres, célibataires ou en couple, viennent ici acquérir leur premier appartement….

C’est que l’accès au logement à Montréal reste – pour combien de temps? – relativement abordable.

Les statistiques de la Ville indiquent que le loyer d’un appartement typique de deux chambres était l’an dernier de $782… À l’autre bout du pays, à Vancouver, il fallait, en 2017, compter près du double – $1552 – pour un espace similaire…

De plus, on peut encore acheter à Montréal un logement neuf, à un prix défiant toute concurrence… comme en témoigne cette affiche, aperçue il y a quelques jours rue de Rouen…

De nouveaux condominiums seront bientôt construits dans cette rue du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Deux stations de métro – Préfontaine et Joliette – sur la « ligne verte » sont à quelques minutes de marche…

Ces différents quartiers de la ville sont aujourd’hui reliés par un impressionnant réseau de pistes cyclables, praticables en général du 1er avril au 15 novembre…

La très populaire piste cyclable de la rue Rachel (ici à l’angle de la rue Papineau) relie le Mont-Royal aux quartiers est de la ville…

… la piste rejoint ensuite (avant le boulevard Pie-IX) le secteur du stade Olympique où ont eu lieu les Jeux d’été en 1976…

… et elle traverse enfin (direction nord) le magnifique Parc Maisonneuve, un des poumons de l’est de la ville… Une splendide balade en vélo!…

Marché Jean-Talon, mercredi 7 août

Rue Bernard

Ces innombrables pistes cyclables nous ont permis, pendant notre séjour, d’explorer et de découvrir Montréal à notre guise…

Du plateau-Mont-Royal au Vieux-Montréal… De Rosemont au quartier branché du Mile-End… D’Outremont au canal Lachine, nous avons dû parcourir en vélo une bonne centaine de kilomètres…

Cantine et épicerie haïtienne, rue Jarry

Le cinéma Beaubien qui offre aux cinéphiles, depuis 1937, des films de qualité, à Rosemont.

Quartier du « Mile-End »

Tôt un matin, j’ai emprunté la longue piste cyclable de l’avenue Christophe-Colomb qui m’a conduit, en une douzaine de kilomètres, tout au nord de l’île de Montréal… jusqu’à la rivière des Prairies… et jusqu’au parc naturel de l’île-de-la-Visitation… où j’ai découvert ce qui est sans doute l’un des plus anciens et l’un des plus beaux édifices religieux de la région de Montréal…

Boulevard Gouin, en route pour l’île de la Visitation, le lundi 6 août

L’église de la Visitation été construite entre 1749 et 1751 sur le bord de la rivière des Prairies. Une plaque rappelle le passage en ce lieu de Jacques Cartier, en 1535, et la première messe dite à Montréal, en présence de Samuel de Champlain, en 1615.

Il fait bon vivre l’été à Montréal!… Et j’ai parfois l’impression d’être ici de retour à la maison…

L’importante communauté haïtienne de Montréal dispose de plusieurs restaurants de qualité. Ci-dessus, poulet en sauce accompagné de riz aux pois, banane plantain, salade et sauce piquante « pikliz », restaurant Sissi et Paul, 2517, rue Jean-Talon Est. Une excellente adresse.

Programme du 12è festival « Haïti en Folie » tenu à Montréal en juillet…

Diana en compagnie de ma soeur et de son mari avant une séance de dégustation de cuisine indienne, le samedi 11 août.

Café San Gennaro, Petite-Italie, rue St-Zotique E.

Nous avons été frappés pendant notre séjour à Montréal par le grand calme et par la tranquillité qui règnent dans les petites rues des différents quartiers, notamment dans l’est de la ville….

Nous avons aussi été touchés par la politesse et par la gentillesse des habitants à qui nous demandions notre chemin…

Dépanneur, avenue Henri-Julien, dans l’est de Montréal

Sans vouloir généraliser, nous nous sommes demandé si le coût de la vie, relativement peu élevé ici, avait une incidence sur le bien-être et la convivialité des habitants… Chez nous, à Vancouver, depuis quelques années, les gens semblent si pressés et si anxieux… tourmentés peut-être par les loyers exorbitants ou par les hypothèques vertigineuses consenties à l’achat de leurs domiciles…

Rien de tout cela ici… L’habitat, comme locataire ou comme propriétaire, semble être encore à la portée de la majorité… C’est là un atout majeur pour Montréal… Atout à sauvegarder.

Mais… y a-t-il des nuages à l’horizon? Une manifestation a eu lieu cette semaine pour protester contre la gentrification et la hausse des loyers dans le quartier de Parc-Extension, quartier populaire, connu pour la modicité de ses loyers. D’autres manifestations sont prévues dans les prochains jours.

Déjà, l’an dernier, des citoyens avaient haussé le ton contre l’embourgeoisement du quartier Hochelaga-Maisonneuve, comme le rapporte ici le quotidien Le Devoir…

Curieusement, l’accès au logement ne semble pas être un des enjeux de la campagne électorale provinciale qui s’amorce. C’est dommage! C’est le moment d’être vigilant.

Le Québec ira aux urnes le 1er octobre.

Rue Drolet, dans le quartier Villeray, le vendredi 20 juillet.

Un dernier mot.

J’ai été étonné de constater que la langue française à Montréal avait depuis mon départ pris un nouvel accent.

Au traditionnel joual des quartiers de l’est de la ville est venu se greffer, avec le temps, une multitude d’autres accents, colorés, ensoleillés, venus du sud et des pays de la Méditerranée, d’Haïti, de l’Asie et du Moyen-Orient…

Il y a comme du pili-pili, du piment d’espelette et du nuoc nam dans la langue française parlée aujourd’hui à Montréal….

Un exemple?

Après le sempiternel ‘Bonjour/Hi » qui accueille ici partout les gens dans l’espace public, l’oreille se tend… et savoure ensuite, dans les échanges, l’accent de Casablanca, de Port-au-Prince, de Phnom Penh ou de Paris…

Comment cette langue va-t-elle évoluer dans les années à venir?

Difficile de le prédire… mais c’est une autre raison, pour nous, comme le dit la chanson de Robert Charlebois, de revenir à Montréal…

Avec mon frère Alix dans le quartier de « la Petite-Italie », boulevard Saint-Laurent, lors des festivités de « la Semaine italienne » de Montréal, le vendredi 10 août

Notre « été canadien » se poursuit dans les prochains jours avec une halte dans la ville de Gatineau, située dans la région de l’Outaouais (à proximité d’Ottawa), à deux heures de route environ à l’ouest de Montréal.

Nous irons ensuite jusqu’à Calgary, en Alberta, passer quelques jours dans la famille de Diana…

Bonne fin d’été à tous!

Piste cyclable, rue Boyer, Montréal, le lundi 6 août

 

 

 

 

 

 

Du plateau de l’Aubrac à Conques

Le village de Conques en Aveyron est depuis le Moyen-Âge une étape importante sur le chemin de Compostelle. Les pèlerins viennent se recueillir ici dans l’abbaye et dans l’église (aux trois tours) du village où reposent, depuis le 9è siècle, les reliques de sainte Foy (née et martyrisée à Agen)…

Arrivée à Conques (Concas en Occitan) sous les nuages et une pluie fine, le dimanche 13 mai… après 60 heures de marche sur le GR65 depuis Le-Puy-en-Velay!… Fatigué, les côtes meurtries après une chute, les vêtements sales, les chaussures pleines de boue, une partie du pantalon déchiré (et recousu à Espalion)… mais… pari tenu!

Neuvième journée de marche, dimanche 6 mai, entre Nasbinals, en Lozère, et Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron.

Comment partager les enseignements du chemin de Compostelle?

Et comment rendre justice ici à l’immense beauté de ce sentier – après ce périple, inoubliable, de dix-sept jours – dont quinze jours de marche – entre Le-Puy-en-Velay et Conques?

Le tracé du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Conques. Ci-dessous, en détail, les étapes de la deuxième partie de ma randonnée, entre Aumont-Aubrac et Conques. Deux étapes manquent sur le pointillé rouge: Finieyrols (entre Aumont-Aubrac et Nasbinals) et Sénergues (entre Golinhac et Conques)

Périple de 205 kilomètres qui m’a conduit dans trois départements – la Haute-Loire, La Lozère, l’Aveyron – et au cours duquel j’ai traversé des paysages féeriques….

Traversée du plateau de l’Aubrac, dimanche 6 mai… Ce tronçon de 17 kilomètres entre Nasbinals et Saint-Chély d’Aubrac a été classé en 1998 au patrimoine mondial de l’Unesco… Cette partie du chemin dans l’Aubrac était autrefois entièrement boisée… et dangereuse au Moyen-Âge pour les pèlerins qui se faisaient régulièrement dépouiller par les bandits cachés dans la forêt… Arriver le soir sans être attaqué était une chance… Les pèlerins devaient aussi se méfier des loups…

Dimanche 6 mai dans l’Aubrac entre la Lozère et l’Aveyron…

Arrivée au village d’Aubrac, le 6 mai, à mi-chemin entre Nasbinals et Saint-Chély d’Aubrac. À l’arrière-plan, la domeraie d’Aubrac, le monastère qui marquait pour les pèlerins la fin des dangers… « Les soirs de brume », lit-on dans un document, « on y sonnait la cloche Maria, la cloche des perdus, afin que les égarés se dirigent vers le gîte plutôt que de mourir de froid… »

Le GR65 quelques kilomètres avant le village de Saint-Chély d’Aubrac… classé comme un des « plus beaux villages de France »… et photographié ci-dessous, tôt le dimanche 7 mai, sur le sentier vers Saint-Côme d’Olt et le Couvent de Malet…

Le village de Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron. Le pont des pèlerins (en bas, à gauche) qui enjambe la rivière Boralde, date du 14è siècle et est inscrit au patrimoine de l’Unesco.

J’ai aussi eu la chance au cours de ce périple de rencontrer des dizaines de marcheurs, de pèlerins… et  de riverains…

Isabelle qui gère avec son mari Benoît, à Sénergues, l’excellente maison « Domaine de Sénos »

Coupe de fromage Cantal à l’épicerie d’Espeyrac, en Aveyron

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai appris en parlant aux gens de la région que ces petits villages de la Lozère et de l’Aveyron ont, historiquement, presque toujours été des terres d’émigration. Le sol du pays, rude et peu fertile, poussait les jeunes à quitter les villages. Ils s’engageaient dans l’armée ou ils allaient tenter leur chance ailleurs, souvent à Paris. (Voir les nouvelles de Maupassant). La Lozère demeure encore aujourd’hui le département le moins peuplé de la France.

Dixième journée de marche le lundi 7 mai entre Saint-Chély d’Aubrac et Saint-Côme d’Olt

Le GR65 dans toute la splendeur du printemps…

Après avoir dégusté le lundi 7 mai au déjeuner un délicieux « farçou » à l’ombre d’une terrasse dans le petit village de La Rozière…

Un farçou, une crèpe aux oignons, au persil et à la blette, mets typique de l’Aveyron…

… alors que j’admirais le paysage en cheminant tranquillement vers le bourg de Saint-Côme d’Olt et vers la vallée du Lot…

Paysage de Provence en Aveyron, lundi 7 mai, juste avant l’arrivée au village de Saint-Côme d’Olt…

… j’ai eu un accident!… Je suis tombé, assez lourdement, sur le chemin. Plus de peur que de mal, mais j’ai quand même eu 2 ou 3 côtes endolories… et un pied gauche que j’ai dû longtemps masser… Tout cela à cause d’une jonction inégale entre le sentier et un morceau de route goudronnée… J’aurais dû mieux regarder où je mettais les pieds.

Avec le recul, je me rends compte aujourd’hui que j’ai eu beaucoup de chance. Ma chute aurait pu être bien plus grave… J’aurais pu facilement me casser la jambe ou une cheville… ou avoir une côte brisée… J’étais absolument seul sur le sentier… Et j’ai été fort soulagé, reconnaissant, lorsque deux marcheurs, bienveillants, sont venus, cinq minutes plus tard, à ma rescousse…

Heureusement, l’incident est arrivé à quelques minutes de marche seulement du village de Saint-Côme d’Olt où j’avais prévu passer la nuit… et prendre une journée de repos, le lendemain, au Couvent de Malet…

Le Couvent de Malet, établi au 12è siècle près du village de Saint-Côme d’Olt, en Aveyron. Le couvent, rénové en 2004, est un havre de paix et de repos pour les pèlerins fatigués. Chambres spacieuses et confortables. Calme absolu, à cinq minutes de marche du village. Exactement ce dont j’avais besoin après ma chute! Le couvent accueille aussi des soeurs, des Ursulines, âgées, en fin de vie…

… et accueille également, le soir, des dizaines de randonneurs… rassemblés ici dans la cafétéria autour d’un couple « d’hospitaliers » et d’un jeune séminariste vietnamien (né à Dalat!) qui enseignent au groupe, après le repas, une chanson traditionnelle de pèlerin…

Les dix commandements du pèlerin modèle affichés sur le chemin entre Finieyrols et Nasbinals

Après une journée de repos, et presque complètement remis, j’ai repris la route, le mercredi 9 mai, en direction d’Espalion… Et j’ai poursuivi le lendemain mon chemin jusqu’au village d’Estaing…

Le hameau du Briffoul, entre Espalion et Estaing, le jeudi 10 mai. Ci-dessous, le village d’Estaing, situé sur les rives du Lot, classé lui aussi parmi « les plus beaux villages de France »…

Après avoir acheté une particule (auprès du Conseil d’État) en 1922, la famille de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing a fait l’acquisition du château d’Estaing en 2005. Les archives personnelles et un petit musée à la gloire du président ont été aménagés à l’intérieur du château…. La ville d’Estaing a fourni autrefois au Royaume de France des personnages illustres (aujourd’hui oubliés)…

L’ancien président ne vient que deux fois par an dans son château. Lors des journées du patrimoine en septembre, et lors de la fête de la saint Fleuret (le saint patron du village) le 1er dimanche de juillet…

Jean Urbain Dijols, ancien conseiller municipal et adjoint au maire accueille chez lui à Estaing randonneurs et pèlerins. Une bonne adresse sur le GR65. « Chez Jeannot ». Tél: 05 65 44 71 51

Nous avons eu droit le vendredi 11 mai à l’une de nos dernières journées de grand ciel bleu sur le chemin de Compostelle…

Le GR65 entre Estaing et Golinhac, le vendredi 11 mai

Journée qui m’a conduit après quatorze kilomètres sur les hauteurs du petit village de Golinhac…

Sur la place du village de Golinhac…

… et vers une confortable chambre d’hôtes – « Les Rochers » – disposant d’un grand jardin… et d’une vue exceptionnelle sur la vallée du Lot…

Jardin de la chambre d’hôtes « Les Rochers » à Golinhac. Une excellente adresse. 

De Golinhac, il ne me restait qu’une vingtaine de kilomètres avant d’arriver à Conques…

Départ du village de Golinhac (330 habitants) samedi 12 mai

Distance que j’ai franchie, malgré le temps gris, à petits pas, et en deux étapes… en savourant profondément ces derniers kilomètres… et les derniers moments de cette magnifique randonnée!…

Entre Golinhac et Espeyrac, samedi 12 mai

En quittant le hameau Le Soulié…

Une partie du village d’Espeyrac, 400 habitants, situé à deux heures de marche environ de Golinhac…

… et l’arrivée à Sénergues, trente minutes plus tard, où j’ai fait halte pour la nuit… Conques n’est plus très loin!…

Ultimes kilomètres entre Sénergues et Conques, le dimanche 13 mai…

Mon carnet de pèlerin… obtenu en juillet 2015, au Pays basque, à Saint-Jean-Pied-de-Port… et dûment estampillé à chacune de mes étapes depuis Le-Puy-en-Velay…

Jambons et fromages de l’Aveyron, Conques, mardi 15 mai

Avant de terminer, et avant de partager quelques conseils pratiques sur le chemin, j’aimerais m’arrêter un moment sur un phénomène qui m’a beaucoup frappé – et dont on parle assez peu, me semble-t-il, sur le chemin de Compostelle.

Ce phénomène, c’est la grande solitude et l’isolement des personnes âgées qui vivent, délaissées, ignorées souvent, dans les villages que traverse le GR65…

Vieil homme, accompagné de son chat, un peu perdu dans les ruelles de Saint-Chély d’Aubrac, le dimanche 6 mai…

Dans le hameau de Saint-Marcel, en Aveyron, le dimanche 13 mai…

… Adrienne, 87 ans, née dans le village voisin d’Espeyrac, vit seule avec son chien pendant la journée… Sa fille la rejoint le soir… « quand elle peut »…

Femme âgée qui cultive seule le samedi 12 mai un lopin de terre près du village de Campagnac…

André vit depuis 82 ans dans le petit village – devenu hameau – de Rieutort-d’Aubrac, en Lozère. Population: 11 habitants. « François 1er venait autrefois, il y a bien longtemps, chasser le héron ici », m’a-t-il annoncé, fièrement…

Que deviendront ces « anciens » dans deux, trois ou cinq ans?

Où finiront-ils leurs jours?

Ces personnes âgées, qui semblent parfois presque abandonnées au bord du chemin de Compostelle, sont les derniers témoins d’une époque et d’une façon de vivre qui s’en va…

Que deviendront ces villages qu’ils sont aujourd’hui pratiquement les seuls à habiter?

Qui partagera avec les pèlerins la mémoire et les traditions du chemin de Compostelle?

Coïncidence, le journal « Le Monde » publiait cette semaine un long article sur la situation de plus en plus précaire des personnes âgées en France…

« Le Monde » daté du 17 mai 2018

Article où l’on apprend que parmi la population des personnes âgées de plus de 75 ans:

  • 25% vivent seules
  • 50% n’ont plus de réseau amical actif
  • 79% n’ont pas ou peu de contact avec leurs frères et soeurs
  • 41% n’ont pas ou peu de contact avec leurs enfants

Statistiques à méditer…

Entre le hameau de Saint-Marcel et Conques, le dimanche 13 mai

Alors, pendant cette longue randonnée, y a-t-il eu des surprises?

Pas vraiment. À part la neige, en Haute-Loire, et ma chute avant Saint-Côme d’Olt… J’avais bien planifié mon itinéraire, mes haltes, j’étais équipé comme il faut, et le GR65 ne présente pas de difficultés particulières entre le-Puy-en Velay et Conques…

J’ai longtemps médité cependant, après ma chute, à la fragilité et à la vulnérabilité du marcheur solitaire. Un accident est si vite arrivé! Prendre ses précautions. Avoir un téléphone portable en cas d’urgence est, à mon avis, essentiel.

Cela dit, à chacun son chemin. À chacun de choisir la distance à parcourir chaque jour. À chacun de choisir ses hébergements. Et son ou ses compagnon(s) de route. Ou s’en passer. Un bon quart des pèlerins rencontrés marchent seuls.

Tous ces choix sont fondamentaux et font partie de la beauté de l’expérience de la marche sur le chemin de Compostelle.

Saint-Chély d’Aubrac, lundi 7 mai

Voici donc, comme promis, quelques conseils pratiques pour ceux et celles qui songent à parcourir une partie du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port…

Chaussures

27 avril

10 mai

Idéalement, choisir des chaussures imperméables car il y a souvent de la pluie et/ou de la boue sur le chemin. Chaussures qui doivent si possible aussi laisser respirer les pieds. Bien choisir ses chaussettes en conséquence.

 

Hébergements

Omelette-jambon, le 12 mai à Golinhac.

Petit déjeuner à Golinhac. Chambres d’hôtes « Les Rochers ». Contact cité plus haut.

Éviter les hôtels, souvent vétustes, et où le client est anonyme. Choisir plutôt les chambres d’hôtes, en demi-pension. L’atmosphère est en général beaucoup plus conviviale et les repas pris en commun sont presque toujours « préparés maison » à partir de produits frais et locaux. En plus, autour de la table, le soir et/ou le matin, des randonneurs venus de toutes les régions de la France, et du monde entier.

Aligot-maison (purée de pommes de terre, de tome – fromage frais – et de beurre) servi aux « Gentianes », le vendredi 4 mai

À quelle heure partir le matin? 

La grande majorité des pèlerins part tôt le matin, entre 7 heures et 8 heures 15. Si vous décalez votre départ vers 8h30 ou 9h, le sentier est souvent désert et vous aurez le chemin à vous.

Lors de ma plus longue étape (19kms), le 1er mai, entre Chanaleilles (Haute-Loire) et Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), je n’ai rencontré absolument personne. Pas une âme. Personne dans les villages. Il neigeait. Pour ceux qui aiment parfois marcher seul, c’est le paradis.

dimanche 6 mai

De plus, avec des étapes de 3 heures 30 ou 4 heures, si vous partez vers 8h30 ou 9 h, vous arriverez à destination entre midi et 13 heures. C’est l’heure du déjeuner! En arrivant au village, choisissez un petit restaurant fréquenté par les riverains (restaurant où, de préférence, on ne parle pas l’anglais), et commandez le plat du jour. C’est souvent l’un des meilleurs moments de la journée!

Veau de l’Aubrac, accompagné de tomates farcies à la provençale, de salade et de pain. Restaurant « La Route d’Argent » à Nasbinals, le samedi 5 mai. Un de mes meilleurs repas sur le GR65! Un régal!

Plat du jour à Espaillon, le mercredi 9 mai. Carré de porc pommes confites à la graisse d’oie….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le déjeuner, direction votre hébergement où vos hôtes (et votre sac) vous attendent. Après une bonne douche et une sieste, visite du village l’après-midi avant de rentrer pour le dîner à 19h. Journée idéale.

Chambres d’hôtes « Le 24 » à Aumont-Aubrac

La Malle Postale.

J’en ai déjà parlé. Excellent service sur toutes les étapes du GR65 entre Le-Puy et Conques. Votre sac vous attend à votre hébergement, en général avant 14 heures. Seul bémol, le matin, votre sac doit être prêt à être transporté dès 8h. Contact: https://www.lamallepostale.com/fr/

À quoi s’attendre sur le chemin?

Une des plus belles surprises, pour moi, a été de constater que le tracé du GR65 entre Le-Puy-en-Velay et Conques suit à peu près sur 85%-90% un sentier pédestre, rural, bucolique, merveilleux. Il n’y a pratiquement pas de route goudronnée. Sauf avant l’arrivée dans les villages. Et ces tronçons sont assez courts. Un peu plus de bitume quand même, malheureusement, à partir d’Estaing…

BON CHEMIN À TOUS!

Pèlerins rencontrés dans l’Aubrac, le vendredi 4 mai, en route pour Conques avec leur âne, Baladin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre Le-Puy-en-Velay et Aumont-Aubrac

Le Puy-en-Velay, ville principale de la Haute-Loire et point de départ du « chemin du Puy » vers Compostelle. Sur la gauche, la cathédrale, édifiée sur le site d’une église construite au 5è siècle.

Difficile de résumer en quelques paragraphes ces six premiers jours de marche entre Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire et Aumont-Aubrac, en Lozère.

Six jours de marche réalisés dans des conditions météo surprenantes – puisqu’après le grand ciel bleu des trois premiers jours (du vendredi 27 au dimanche 29), nous avons eu droit sur le chemin de Compostelle, pendant les deux jours suivants, à un temps gris et maussade.

À partir de Saugues, nous avons eu un peu de pluie, de la grêle et du vent. Beaucoup de vent, parfois violent. Il a même neigé, au réveil, mardi matin, 1er mai, dans le petit village de Chanaleilles, en Haute-Loire!

Les six premières étapes de mon chemin le long du GR65 vers Conques

Heureusement, dès mardi après-midi, au milieu du cinquième jour de marche, avant l’arrivée à Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère, le beau temps est revenu…. et nous a accompagnés jusqu’à Aumont-Aubrac…

Sixième jour de marche, en Lozère, entre Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac, mercredi 2 mai.

Mais commençons par le début…

Arrivé avec quelques jours d’avance (à cause de la grève à la SNCF) au Puy-en-Velay, j’ai eu le temps d’explorer la ville – préfecture du département – et une partie des environs…

La chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe construite en 969 sur un piton volcanique au centre du Puy-en-Velay suite au 1er pèlerinage vers Compostelle de l’évêque de la ville. Ci-dessous, un des chemins qui longe la Borne, la petite rivière qui traverse Le-Puy-en-Velay avant de rejoindre, quatre kilomètres plus loin, la Loire…

Le temps de découvrir aussi, un matin, une partie du G.R. 70 – le sentier de 270 kilomètres qui court vers les Cévennes, baptisé « le chemin de Stevenson », en mémoire du voyage qu’effectua dans la région, en 1878, l’écrivain écossais Robert-Louis Stevenson…

Sur le GR70, à proximité du Puy-en-Velay, mardi 24 avril… Le printemps est bien arrivé en Haute-Loire…. Ci-dessous, au bord de la route, un cheval quitte son enclos et vient me saluer… C’est plutôt bon signe…

J’ai également eu la chance lors de mon séjour au Puy de déguster dans la vieille ville quelques plats délicieux…

Un plat basque de piperade au Puy-en-Velay. Restaurant « Chez mon Pote », place du Marché Couvert.

Rue Saint-Jacques, Le Puy-en-Velay

Depuis les escaliers de la cathédrale du Puy, des coquilles en bronze, clouées au sol, indiquent aux pèlerins le début de la voie vers Compostelle…

Grand départ sur le chemin de Compostelle à 8h40, vendredi matin, 27 avril… Après une trentaine de minutes de marche, première surprise: il n’y a personne, ou presque, sur le G.R. 65 qui monte lentement vers la campagne, au sud-ouest du Puy…

Entre Le-Puy-en-Velay et Montbonnet, vendredi 27 avril

Pendant cette première étape de 15 kilomètres jusqu’à Montbonnet, je ne rencontrerai que quatre ou cinq pèlerins. Tout aussi surpris que moi semble-t-il du chemin presque désert qui s’ouvre devant nous…

Je ne me plains pas. Il fait un temps magnifique! En route, des petits villages pimpants, des hameaux, tous habités…

Le hameau de Liac en Haute-Loire

Le long du sentier de nombreuses plaques viennent illustrer la riche histoire de la région…

Je me suis arrêté souvent. J’ai pris plusieurs photos… Et il me faudra presque cinq heures pour atteindre Montbonnet, un petit village paisible de 120 habitants où je passerai ma première nuit de randonneur…

Une partie du village de Montbonnet, 1110 métres d’altitude…. Ci-dessous, un berger, à Montbonnet…

… qui, comme tous les après-midis, veille au bon retour à l’étable de ses 48 vaches montbéliardes…

… connues comme excellentes laitières pour la fabrication de fromages et pour leur viande de qualité…

En compagnie de deux autres marcheurs, je goûterai ce soir-là à mon premier repas, en formule chambre d’hôtes…

Saucisse de Lyon accompagnée de légumes bio. Ci-dessous, fromage fermier « aux artisous » (auvergnat pour « artisan ») de la Haute-Loire, Montbonnet, vendredi 27 avril.

Le soleil est encore au rendez-vous le lendemain sur le tronçon vallonné de 15 kilomètres qui relie Montbonnet à Monistrol d’Allier…

Le GR65 au sud-ouest de Montbonnet, le samedi 28 avril

… en passant par le très beau et accueillant village de Saint-Privat d’Allier…

Le château médiéval qui surplombe le village de Saint-Privat d’Allier

Saint-Privat d’Allier où, à ma grande surprise, les panneaux dans les rues sont aussi rédigés dans le patois local, une variante de l’Occitan… Patois encore parlé par quelques anciens dans le village… Et complètement incompréhensible, me dit-on malicieusement, pour les habitants de la ville de Saugues… distante d’environ trente kilomètres!…

Saint-Privat d’Allier

 

Nous croisons sur la route d’autres villages… aux noms parfois étonnants…

SVP prononcer « Le Chère »… Les habitants du village vous en seront reconnaissants…

Entre Montbonnet et Monistrol d’Allier…

Après quatre heures de marche, arrivée en début d’après-midi, samedi 28 avril, au bourg de Monistrol d’Allier… Une pancarte annonce fièrement aux visiteurs qu’un des deux ponts de la ville a été construit, en 1888, par l’ingénieur Gustave Eiffel…

Monistrol d’Allier compte environ 150 habitants. Le bourg accueillait autrefois de riches Écossais qui venaient jusqu’ici pêcher le saumon, abondant, dans la rivière Allier. Pour servir cette clientèle fortunée, un hôtel étoilé – « Le Pain de Sucre » – a jadis été construit dans le village. Cet hôtel existe toujours et accueille aujourd’hui dans un cadre suranné randonneurs et pèlerins…

Troisième étape le dimanche 29 avril entre Monistrol d’Allier et Saugues

Le village de Saugues en Haute-Loire

Le temps s’est brusquement couvert le lundi 30 avril lors de ma quatrième étape entre Saugues et Chanaleilles…

Le GR65 entre Saugues et Chanaleilles… Altitude: environ 1200 métres…

Le vent s’est levé. Un vent fort et glacial a soufflé sur les monts de la Margeride. J’ai pressé le pas, et j’ai franchi les 13 kilomètres entre Saugues et Chanaleilles en un peu plus de deux heures trente…

J’ai retrouvé à Chanaleilles plusieurs visages connus. Randonneurs français pour la plupart. Mais aussi étrangers. Belges, Allemands, Colombiens, Taïwanais, Australiens.

Nous avons, le lundi 30 avril, partagé chaleureusement le repas du soir autour d’une table commune dans l’unique café du village…

Randonneurs réunis le lundi soir 30 avril au Café du Pont, à Chanaleilles, en Haute-Loire. Une belle soirée!

Quelle surprise le lendemain, 1er mai, de se réveiller dans le village sous la neige! Et d’emprunter, tôt le matin, sous la neige toujours, le chemin de 19 kilomètres (ma plus longue étape) vers Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère…

Le GR65 entre Chanaleilles et Saint-Alban-sur-Limagnole, le mardi 1er mai… Ci-dessous, près du village « Le Sauvage », altitude 1300 mètres. Heureusement, il ne fait pas trop froid. Et je suis bien équipé. Le thermomètre tourne autour de 3 ou 4 degrés… Étape épique!…

Comme par miracle, vers midi, alors que le GR65 laisse la Haute-Loire et entre dans la Lozère, le soleil, timidement, fait son apparition… Hallelujah!…

Mardi après-midi 1er mai en Lozère près du village de Saint-Alban-sur-Limagnole…

Après une halte confortable à Saint-Alban-sur-Limagnole, j’ai rejoint mercredi après-midi le village d’Aumont-Aubrac, distant de 16 kilomètres…

Mercredi 2 mai entre Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac

91 kilomètres parcourus jusqu’à présent. Rien de cassé. Pas une seule ampoule. Et je chemine semble-t-il de plus en plus vite, terminant des étapes de 15 à 19 kilomètres en 3 heures ou 3 heures 30, au lieu des 4 heures ou 4 heures 30 prévues au départ. Un autre un bon signe.

Voyager légèrement s’est révélé être une excellente option. La Malle Postale achemine tous les matins mon sac jusqu’à ma prochaine destination. Service impeccable. Mon sac m’attend chaque après-midi dans ma chambre d’hôtes ou à l’hôtel.

mercredi 2 mai

Restent 114 kilomètres jusqu’à Conques… Le GR65 est, paraît-il, encore plus beau au fur et à mesure que l’on se rapproche du département et de la vallée du Lot…

J’ai bien hâte de découvrir dans les prochains jours les tronçons du chemin de Compostelle classés par l’Unesco…

Neuf étapes avant l’arrivée à Conques…

Avant de terminer, j’aimerais remercier sincèrement Sandrine et Boris pour la très chaleureuse halte partagée à Saugues (merci pour les champignons!). Et remercier également Christian et Françoise qui m’ont si gentiment accueilli pendant deux jours dans leur grande et belle maison de famille à Aumont-Aubrac.

Deux excellentes adresses sur le chemin de Compostelle. Merci infiniment!

Saugues – Chambres d’hôtes L’Arc-en-Ciel. Tel: 04 71 77 68 60  ou  06 19 19 29 45.

Aumont-Aubrac – Chambres d’hôtes Le 24. Tel: 06 75 91 71 30.

Le chemin de Compostelle, avril 2018

 

 

Paris – Mai 1968

« Quel bordel!… Mais quel bordel!… »

Voilà les premiers mots que j’ai entendus en arrivant à Paris lundi matin!

J’étais à peine sorti de la zone réservée aux passagers, à l’aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle, que déjà j’entendais autour de moi, sur les portables, des bribes de conversations, tendues, crispées. Je voyais des visages renfrognés, impatients. Des gens pressés.

Un autre jour de grève dans les transports allait commencer, le lendemain, en France. Le septième jour de grève depuis le début du mois d’avril. Le dixième si l’on y ajoute les débrayages d’Air France. La grève allait se poursuivre mercredi et jeudi.

Calendrier des jours de grève dans le secteur des transports en France, avril 2018

Sur la route qui mène à Paris, et dans la ville ensuite, partout, lundi, des embouteillages….

Il a fallu plus de deux heures pour rejoindre mon quartier du Village Jourdain situé entre Belleville et Ménilmontant, à quelques minutes de marche du parc des Buttes-Chaumont. Le trajet depuis l’aéroport prend d’habitude un peu plus d’une heure…

Malgré tout, c’est un grand bonheur de retrouver Paris ce printemps!…

Mercredi 18 avril, déjeuner rue des Pyrénées, dans le village Jourdain. Ci-dessous, un peu plus tôt, le parc des Buttes-Chaumont. Températures (entre 25 et 29 degrés) presque estivales à Paris en cette mi-avril…

Rue des Cascades, Ménilmontant.

Heureux de retrouver Paris… Même si je ne suis ici, cette fois, que pour quelques jours… En route pour Le-Puy-en-Velay… Et même s’il y a, ces jours-ci, dans la ville, comme un petit air de révolution… Et comme un petit air de déjà-vu!

Des milliers de Français sont, ce printemps, dans la rue. Mécontents de la rapidité et de l’ampleur des réformes engagées ou à venir du gouvernement d’Emmanuel Macron – élu il y a moins d’un an.

Plusieurs universités – à Paris, à Rennes, à Toulouse, à Montpellier notamment – ont dû, pendant quelques jours, fermer leurs portes.

Les retraités, les éboueurs, les avocats, les magistrats et certains employés d’hôpitaux ont également fait grève plus tôt ce printemps. Des milliers de fonctionnaires les ont rejoints lors de grandes démonstrations tenues dans les principales villes du pays. Certains syndicats appellent à une grève générale. À « une convergence des luttes » des travailleurs.

Une journée nationale de mobilisation interprofessionnelle a réuni hier à Paris, entre la gare Montparnasse et la Porte d’Italie, environ 15 000  personnes. Des manifestants, opposés à la politique jugée trop libérale du gouvernement, ont aussi défilé hier dans une centaine de communes. Le cortège de Marseille a rassemblé plus de 5000 personnes. D’autres rassemblements sont prévus le 1er et le 5 mai.

Ces démonstrations se déroulent au moment où l’on commémore un peu partout en France, et particulièrement à Paris, les événements de Mai 1968…

Mai 68 à Paris

Événements historiques, inouïs, parfois violents, qui allaient, quelques mois plus tard, faire tomber le gouvernement…

Événements dont j’ai été, avec ma famille, témoin. Jeune et attentif témoin. Il y a exactement cinquante ans, alors que nous vivions près de Paris…

Événements qui ont profondément marqué mon enfance. Et dont je me rappelle presque chaque printemps lorsque, comme c’est encore le cas cette année, de grandes manifestations remplissent et font trembler les rues de Paris…

1966

1966-1967

 

 

Voici donc un retour en mots et en images sur cette époque mouvementée, turbulente de mai 1968 telle que je l’ai vécue, en France, avec mes yeux et mes oreilles d’enfant…

En mai 1968, j’avais onze ans et j’étais un bon élève inscrit en classe de septième au Collège Saint-Aspais de Melun, en Seine-et Marne. À cinquante kilomètres de Paris.

La petite ville de Melun, au sud-est de Paris.

Je me rappelle encore de l’adresse du collège: 36, rue Saint-Barthélémy.

Le Collège Saint-Aspais de Melun

Saint-Aspais était (et est toujours aujourd’hui) un établissement catholique et privé. Fondé en 1883. Très respecté à Melun et dans la ville voisine, Fontainebleau.

En face de l’école, il y avait une petite boutique où mes camarades et moi achetions en fin d’après-midi les friandises de l’époque, des malabars, des carambars, des berlingots, du réglisse… et des roudoudous – de fausses coquilles Saint-Jacques en plastique blanc avec, à l’intérieur, une pâte sucrée de couleur rouge, orange ou verte que nous léchions éperdument pendant des heures…

Les roudoudous…

Ces confiseries coûtaient 20 ou 25 centimes. C’était bien avant l’euro… À la récréation, je jouais aux billes ou au foot avec mes copains.

Juin 1968. Mon bulletin de la fin de l’année scolaire 1967-1968 au Collège Saint-Aspais de Melun.

J’habitais avec ma famille une résidence située à une quinzaine de minutes de marche du collège. Mon père, en formation pour l’OMS, était absent, pour un an.

J’allais avec ma mère le jeudi (jour de congé) faire les courses au supermarché, tout proche. Au retour, elle me donnait invariablement une pièce d’un franc que je mettais dans une tirelire. Je n’avais absolument besoin de rien. J’étais un petit garçon comblé et heureux.

Un carambar, friandise enrobée de caramel

À la télévision, c’était l’époque du carré blanc (émission interdite aux enfants) et de Léon Zitrone. Le présentateur vedette du journal de 20h. Il avait à l’écran une présence et une diction d’une éblouissante élégance. Il m’intimidait. Mais je l’écoutais, le soir, presque religieusement.

Nous regardions aussi dans le salon, en famille, Catherine Langeais, une des « speakerines » de la télévision. Avec ses cheveux blonds, elle présentait vers 19h les programmes de la première et de la deuxième chaîne. Les seules qui diffusaient à ce moment-là.

Catherine Langeais avait au petit écran de la prestance, un sourire maternel… et une allure de mannequin. Je crois que j’étais, comme bien des jeunes garçons, un peu amoureux d’elle… et amoureux aussi de sa collègue speakerine Anne-Marie Peysson…

Catherine Langeais (à gauche), Anne-Marie Peysson et Jacqueline Huet, les « speakerines » de l’ORTF en 1968.

 

 

 

 

 

 

 

 

À la télévision justement, en mai 1968, il se passait de drôles de choses. On voyait tous les soirs au journal de 20h des étudiants qui lançaient des pavés à Paris, du côté du Quartier latin.

J’étais loin de tout comprendre, mais je sentais à la récré, avec mes amis, qu’il se passait quelque chose d’important. On discutait ferme, entre deux matches de foot. Le collège allait-il fermer? Y aurait-il une grève?

On voyait le général De Gaulle à la télévision, le visage sombre.

Le général De Gaulle à la télévision en mai 68. Il devra quitter le pouvoir un an plus tard…

J’entendais pour la première fois des mots qui sont, depuis, devenus familiers. La Sorbonne. Le Boulevard Saint-Michel. Grève générale. Daniel Cohn-Bendit. CRS. Gaz lacrymogènes.

En allant au collège, je voyais sur les murs à Melun des slogans singuliers. « Il est interdit d’interdire ». « Ni robot, ni esclave« . « Ni Dieu, ni maître« . « Soyons réalistes, demandons l’impossible ».

Qu’est-ce que tout cela pouvait bien vouloir dire?

Les adultes, à l’école, restaient étrangement silencieux sur ce qui se passait dans les rues à Paris…

 

 

À la radio, en fin d’après-midi, sur France Inter, j’écoutais fidèlement sur mon transistor les émissions de Gérard Klein. C’était l’époque des Yéyés. Johnny chantait les hippies de San Francisco. Noir c’est Noir. Les portes du pénitencier. J’écoutais aussi Sylvie et Jacques Dutronc. Les Surfs. Sheila et Françoise Hardy. Mais j’écoutais surtout mon chanteur préféré – Antoine – et ses « Élucubrations »

« Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les cheveux

Je lui ai dit ma mère dans vingt ans si tu veux… »

Ma mère ne l’aimait pas trop, Antoine, avec sa guitare, ses chemises à fleurs et son harmonica. Il faisait mauvais genre, disait-elle. Et il avait les cheveux beaucoup trop longs. Elle préférait Richard Anthony et Sacha Distel.

Johnny en 67/68

Antoine

 

 

 

 

 

 

 

Les Surfs, groupe de rock (modéré) composé de 4 frères et 2 soeurs de Madagascar. Qui se souvient d’un de leurs plus grands succès, « Si j’avais un marteau? »

En 1968, j’étais aussi (déjà) un fanatique du Tour de France.

En juillet 68, la caravane du Tour s’était arrêtée à Melun. Dernière étape avant l’arrivée à Paris. Et j’avais pu, au stade de la ville, m’approcher avec mon frère Bernard à quelques mètres de mon idole, Roger Pingeon. Qui avait, l’année précédente, remporté la grande boucle… Après Jacques Anquetil en 64, Felice Gimondi en 65 et Lucien Aimar en 66…

Les murs de ma chambre étaient tapissés d’images de coureurs cyclistes…

Roger Pingeon, en juillet 1968, entre Font Romeu et Albi, lors de la 15ème étape du Tour de France.

 

Berlingots

Le chewing-gum Malabar

 

 

 

 

Côté lecture, je lisais sagement à la maison les livres de la Comtesse de Ségur et ceux d’Enid Blyton. Je dévorais chaque semaine dans Tintin les aventures de Michel Vaillant et de Ric Hochet. Je lisais Spirou, les 4 As. Les aventures de Joe Zette et Jocko.

Avec mes copains, à l’école, nous discutions longuement, entre deux roudoudous, des histoires palpitantes de Bob Morane et de son ami Bill Ballantine, histoires publiées dans la collection Marabout…

 

 

Cette période heureuse, enchantée, naïve de mon enfance allait se poursuivre encore pendant un an… à des milliers de kilomètres de Melun…

 

 

L’Afrique de l’ouest

L’année scolaire suivante (1968-1969) nous avons quitté la France et rejoint notre père qui avait été promu et muté par l’OMS à Lomé, au Togo. Notre famille était de nouveau réunie. En Afrique.

J’étais inscrit à Lomé avec mes frères au Collège Saint-Joseph. En sixième. Ma soeur allait à l’école La Marina.

Nous habitions une grande maison aux volets de bois vert, située près de la mer, à proximité de l’immense palais où résidait le président du pays, Étienne Eyadéma… Lomé était à ce moment-là (à mes yeux du moins) une petite ville calme et sûre et le Togo un pays stable….

Je me rappelle encore du boulevard circulaire, de l’odeur pestilentielle des camions qui transportaient les ordures, et de nos fous rires aux séances de cinéma dans un quartier populaire de la ville…

La petite colonie des enfants et des familles des Nations-Unies se retrouvait en fin d’après-midi dans notre quartier… C’est à cette époque que j’ai connu mes premières « boums »… et mes premiers « slows »

« Hey Jude, don’t make it bad
Take a sad song and make it better… »

Quelquefois, le dimanche, nous allions en voiture le long de la côte jusqu’au Dahomey (aujourd’hui le Bénin) tout proche…  D’autres fois, nous allions en famille dans l’autre direction, vers Accra, au Ghana…

La famille au grand complet, à Lomé, au Togo, année scolaire 1968-1969.

Mes frères et moi n’avons passé qu’une année au Togo… Pourquoi? Mes parents, je crois, n’étaient pas trop satisfaits de la scolarité dispensée à Lomé… Et de la vie un peu trop facile que nous menions là-bas…

Le drapeau et la devise du Togo

L’année suivante (1969-1970) j’étais de retour en France avec mon frère Alix, en pension cette fois, à Nogent-sur-Marne. Inscrit en cinquième, puis en quatrième (1970-1971), au collège Albert-de-Mun. Une autre institution catholique et privée. Située en face du bois de Vincennes à quelques centaines de mètres de Paris.

Une autre époque, ponctuée par les règlements et la stricte discipline du collège, allait alors commencer…

Le dessinateur et scénariste Gotlib

Entre mes « colles » pour indiscipline au collège, et nos allers-retours le weekend à Paris (changement à Nation, puis à Pasteur, descente au métro Convention), mon frère Alix m’initiera dans les cafés, le dimanche soir, au « flipper », et ensuite à la lecture du magazine Pilote, au Grand Duduche, aux histoires du professeur Choron et aux dessins délirants de Gotlib dans Fluide Glacial… 

Mon frère Bernard lui me fera découvrir un peu plus tard un tout autre genre de musique, venue d’Amérique et d’Outre-Manche.

Musique anglophone, psychédélique, qui viendra vite bousculer et détrôner mes chers Yéyés.

Ces nouveaux musiciens, chevelus, débraillés, affichaient sur les pochettes des 45 et des 33-tours des poses provocantes que je ne comprenais pas. Un groupe en particulier, composé de quatre musiciens, me fascinait – Led Zeppelin – connu un peu partout pour les riffs rageurs de son guitariste, Jimmy Page.

Une page se tournait… Sans le savoir, j’entrais dans mon adolescence…

Été 1970 ou 1971, entouré par mes deux frères dans notre maison de Lagos, au Nigéria, où mon père avait, après Lomé, été transféré et une nouvelle fois promu par l’OMS… J’ai passé l’année scolaire 1971-1972 à Lagos. J’étudiais par correspondance… Après le Congo et le Togo, le Nigéria sera notre dernière étape africaine avant notre arrivée au Canada…

Quelle époque!

Heureux d’avoir connu et vécu tout cela!

D’avoir partagé toutes ces aventures, ces défis aussi, en France et en Afrique avec mes frères et ma soeur!

Qu’ils en soient ici remerciés!

Le square des Saint-Simoniens à Ménilmontant, un de mes parcs préférés à Paris. Ci-dessous, un café, rue de Ménilmontant, mercredi 18 avril.

Je pars comme prévu dimanche en train pour Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire, afin d’entamer ma randonnée de 200 kilomètres le long du GR65 et du chemin du Puy de Saint-Jacques de Compostelle

J’aurai encore le temps, pendant les quinze prochains jours de marche, de repenser à toutes ces aventures – et à bien d’autres choses – avant d’arriver, sauf imprévus, à Conques, dans l’Aveyron, le dimanche 13 mai.

« Mechouia », salade de poivrons grillés. Ménilmontant.

Soupe de raviolis au porc. Restaurant « L’échappée », rue Boyer, Ménilmontant.

Bon printemps à tous!