De Vilcabamba à Otavalo, en Équateur

À l’entrée d’un restaurant, calle General Torres, dans la vieille ville de Cuenca, le jeudi 23 janvier

Soulignées en rouge, le long de la Cordillère des Andes, les cinq étapes de mon voyage en Équateur

Il n’a fallu que quelques heures pour que je me sente presque chez moi en Équateur.

Le paisible village de Vilcabamba, niché dans les Andes, près de la frontière péruvienne, à 250 kms environ au sud de Cuenca, dans la province de Loja, le lundi 27 janvier.

Est-ce à cause du climat? De l’altitude, que j’aime tant dans les Andes?

Est-ce le billet vert américain, familier, qui tient lieu ici de devise? Est-ce la présence réconfortante des peuples autochtones croisés sur la route?

Jour de marché à Riobamba, le samedi 1er février…

… et ci-dessus, sur la Plaza de Ponchos, dans la petite ville d’Otavalo, le 12 février. Le standard de vie chez les autochtones autour d’Otavalo est beaucoup plus élevé que dans le reste du pays. La différence est due notamment à la production et au commerce florissant du textile dans la région.

Ou encore est-ce la nourriture, simple, savoureuse, composée souvent de produits frais, locaux?

Plat végétarien, calle Esmeraldas, Centro Historico, Quito

Tout cela a joué, sans doute.

Mais le facteur le plus important, c’est qu’ici aussi, comme en Colombie, malgré la barrière de la langue parfois, chacun de mes pas dans le pays a été guidé par la gentillesse, la bienveillance et le sourire des Équatoriens….

Au marché d’Otavalo, le samedi 8 février

J’ai donc commencé mon voyage comme prévu, le mardi 21 janvier, à Cuenca, la troisième ville du pays, après Quito et Guayaquil…

Calle Esteves Toral, dans la vieille ville de Cuenca, le lendemain de mon arrivée. Coup de foudre, ce premier matin, en découvrant le centre historique. Les escaliers ci-dessus mènent vers la petite place Del Vado puis, plus bas, vers la rivière Tomebamba, l’un des quatre cours d’eau qui baignent Cuenca.

Comme Carthagène, Cuenca était à l’origine un village amérindien, conquis par les Incas au 15è siècle et pris de force ensuite par les conquistadors espagnols en 1557.

Cuenca devient pendant la période coloniale un centre administratif important et la ville se développe au 18è siècle grâce, notamment, au commerce du textile.

Après plusieurs années de lutte contre les Espagnols, Cuenca gagne son indépendance en 1820 et rejoint dix ans plus tard, en 1830, avec Quito et Guayaquil, la toute nouvelle république de l’Équateur.

Les tours de la « nouvelle » cathédrale (construite à partir de 1885) surplombent la Plaza de San Francisco

Figures emblématiques de l’histoire et de la société de Cuenca, « les Cholas », élégamment vêtues, sont les descendantes du métissage entre les peuples autochtones et les conquistadors espagnols…

« Les Cholas » arpentent sans relâche les rues de la ville, ou…

… plus âgées, elle se reposent, le matin, dans un parc…

Le quartier historique de Cuenca, classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’Unesco, a été, comme celui de Carthagène, magnifiquement restauré et préservé.

Calle Bolivar

Immeuble résidentiel accroché aux flancs de la rivière Tomebamba

La plupart des somptueux édifices qui bordent les rues de la ville ont été construits au 17è et 18è siècles. Plusieurs immeubles ont été inspirés par l’architecture française

En face du parc Calderon, à deux pas de la cathédrale

Mais, contrairement à Carthagène, les rues de la vieille ville, ici, bourdonnent d’activité…

Calle Mariscal Sucre

Calle Vega Munoz, près du quartier San Blas

Calle Mariscal Sucre, dimanche matin, 26 janvier…

… une chaude et mélodieuse voix de crooner accompagne les badauds en promenade ce matin-là…

Marchés, restaurants, magasins et boutiques semblent avoir été conçus ici pour toutes les bourses, même les plus modestes…

Elena vend de l’excellent fromage de vache au marché 10 de Agosto…

Boutique, calle Juan Jaramillo, Cuenca

Au même marché 10 de Agosto. Environ 12 000 expatriés, en majorité Américains, se sont installés dans la région de Cuenca. Ils ont leur propre journal, le Gringo Post. Les relations entre les deux communautés sont bonnes, m’a-t-on dit plusieurs fois. Ci-dessus, du porc grillé, une des spécialités de Cuenca.

Sous les arcades des immeubles, dans les parcs, dans les marchés ou à l’ombre des petites places, étudiants, personnes âgées, autochtones, employés de bureau, commerçants, membres des classes moyennes et aisées de la ville se côtoient, à Cuenca, sans heurts, et partagent paisiblement l’espace public.

Un bel exemple d’inclusion! Dont devraient s’inspirer à mon avis bon nombre de grandes villes européennes et nord-américaines…

Près du marché aux fleurs, à Cuenca

Malgré la circulation automobile, souvent intense, j’ai adoré découvrir et vivre dans le centre historique de Cuenca qui est une vraie merveille! Un trésor.

Il fait bon se promener ici, en particulier tôt le matin…

Calle Gran Colombia, tôt, le dimanche matin, 26 janvier. On aperçoit au loin les tours de l’église Santo-Domingo. Ci-dessous, la même rue, un peu plus tard dans la matinée.

Un chauffeur de taxi qui me ramenait à l’hôtel un après-midi me résumait ainsi sa ville:

« Je suis né à Cuenca, et j’ai visité la plupart des villes du pays. Cuenca est unique. Es muy tranquilo. Il n’y a pas de graves problèmes sociaux ici, pas de violence comme à Guayaquil ou à Quito. Les gens se parlent, s’écoutent. Je ne partirai jamais d’ici, et je mourrai dans cette ville. »

Les villages de San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo, soulignés en rouge, sont situés à environ 30-35 kms à l’est de Cuenca

Avant de quitter Cuenca, j’ai voulu explorer quelques-uns des villages situés en périphérie de la ville. Et je suis donc parti, accompagné d’un guide, en voiture, le vendredi 24 janvier, en direction de 3 villages voisins: San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo…

San Bartolomé, vendredi matin, le 24 janvier. Le village compte environ 1200 âmes. La terre est fertile dans cette région. On retrouve dans les marchés des prunes, des poires, des avocats gros comme le poing, et une multitude de fleurs, des roses notamment, destinées à l’exportation. Un bouquet de 50 roses coûte ici entre $5 et $6.

Le village de San Bartolomé est connu en Équateur pour la fabrication de guitares… Les meilleurs musiciens du pays viennent commander ici et acheter leurs instruments, de grande qualité, souvent faits sur mesure…

Comme son père avant lui, José, 70 ans, poursuit dans un atelier près de son domicile, à San Bartolomé, la tradition familiale de confection de guitares…

… il travaille en compagnie d’un de ses fils…

Nous avons ensuite continué notre route, direction nord, vers Chordeleg…

Le village de Chordeleg est célèbre au pays pour ses nombreux artisans, ateliers et boutiques de joaillerie. Les grossistes viennent s’approvisionner ici en bijoux, confectionnés exclusivement en argent

Le travail minutieux de joaillier à Chordeleg

Conversation entre amis, à la sortie de Chordeleg, le vendredi 24 janvier

… puis vers Gualaceo, un bourg important, doté d’un grand marché…

Le marché de Gualaceo

Déjeuner à l’hosteria Arhana, à Gualaceo, avant de rentrer à Cuenca…

La pluie tombe abondamment en cette saison dans les Andes, en général en fin d’après-midi… et la région de Cuenca a eu pendant mon séjour son lot d’inondations… Rien de bien grave, heureusement… Les infrastructures routières sont excellentes en Équateur…

Direction plein sud, le dimanche 26 janvier, vers Vilcabamba, via Loja… Une navette très pratique effectue le trajet depuis Cuenca…

… en quatre heures environ. 250 kms séparent les deux villes…

Vilcabamba

Le village de Vilcabamba, blotti à 1700 mètres d’altitude dans l’écrin verdoyant des Andes. La ville tire son nom de la langue quechua. « Vilca », signifiant sacré et « bamba », déformation de pampa = vallée…

L’église et, ci-dessous, la place principale de Vilcabamba. Le temps a malheureusement souvent été couvert pendant mon séjour là-bas…

Vilcabamba

Au début des années 1970, un article publié dans un magazine américain révélait au monde entier un phénomène étrange, inexpliqué, relié à un petit village du sud de l‘Équateur.

Les statistiques indiquaient en effet qu’un nombre important et inhabituel de centenaires vivait dans la commune de Vilcabamba, une bourgade située à l’extrême sud du pays, près de la frontière péruvienne.

Plusieurs habitants affirmaient avoir 110 voire 120 ans, et les spécialistes s’interrogeaient sur les causes de cette longévité exceptionnelle.

Était-ce dû au climat doux et tempéré de la vallée? À la consommation de l’eau, provenant de sources riches en magnésium? Au café, produit en altitude dans la région sans aucun pesticide? À une substance, fumée par les anciens, combinant les effets de la cocaïne et de la marijuana?

Les spéculations allaient bon train.

Il n’en fallait pas plus pour attirer à Vilcabamba hippies, aventuriers et touristes (américains surtout) en quête, dans la vallée, d’une jeunesse éternelle….

Avec le temps cependant, de nouvelles études ont été menées. Les statistiques se sont révélées trompeuses, tronquées. On ne vivait pas plus longtemps à Vilcabamba qu’ailleurs.

J’ai eu beau chercher, écarquiller les yeux, patienter à la terrasse des cafés, je n’ai croisé pendant mon séjour aucun centenaire dans le village. Pas un seul.

Les riverains, interrogés, se sont montrés plutôt évasifs. Et j’ai vite eu l’impression que cette étrange légende autour de Vilcabamba n’était en fait qu’une fable, une fiction, peut-être arrangée par les autorités pour attirer ici, au milieu de nulle part, des touristes… un peu naïfs… comme moi.

Bonne leçon.

Mais j’ai quand même ramené dans mes bagages du café de Vilcabamba…

Au cas où…

Paolina, rencontrée tôt le matin sur une route déserte au-dessus de Vilcabamba. Sans hésiter, elle me propose de continuer le chemin avec elle. Je suis assez surpris. Dans combien de pays une femme, seule sur un chemin de campagne, va-t-elle inviter un homme, inconnu, à l’accompagner sur la route? « Bienvenido a Ecuador! »

Autre surprise lors d’une longue randonnée à l’extérieur du village. Au détour d’un chemin, en pleine campagne, j’aperçois un homme, âgé, qui semble veiller, tapi dans un champ de maïs.

Il tient une arme à la main et me dévisage longuement. Il semble très étonné, intrigué par ma présence. J’engage prudemment la conversation…

Antonio, 70 ans environ, au milieu de son champ de maïs, dans un faubourg de Vilcabamba

Antonio, c’est son nom, m’explique qu’il passe plusieurs heures par jour à surveiller son champ de maïs pour contrer les voleurs qui, apparemment, viennent lui dérober ses récoltes…

C’est à mon tour d’être surpris. Il n’y a pas un seul épi de maïs en vue dans le champ. C’est la saison des pluies, et le temps de la récolte est bien loin… Je me demande si Antonio a toute sa tête… Poliment, je prends congé, et poursuis rapidement mon chemin…

Au-revoir, Antonio… et au-revoir Vilcabamba!…

Le cadre est splendide… mais pas un chat – ni un centenaire – dans les rues de Vilcabamba… Quelle étrange étape!… On a l’impression ici, à quelques heures de voiture de la frontière péruvienne, d’être au bout du monde…

Bref retour, en navette, à Cuenca, le jeudi 30 janvier, et départ, le vendredi 31 janvier, direction nord, pour Riobamba.

Riobamba est située au sud-est du volcan Chimborazo…

J’ai préféré cette fois-ci prendre le transport en commun

Six heures de route quand même entre Cuenca et Riobamba

Riobamba

J’avais planifié mon itinéraire afin d’arriver à Riobamba la veille du grand marché du samedi…

Cela a été une bonne décision!

Calle José de Orozco, à Riobamba, le samedi 1er février

J’ai eu ce matin-là, en me promenant dans Riobamba, un peu la même impression qu’il y a 4 ou 5 ans, en découvrant le grand marché du centre-ville de Yangon, en Birmanie…

Riobamba, le samedi 1er février

Ici aussi, pratiquement chacune des rues du centre historique de la ville se transforme, le samedi, en marché… Des familles entières s’installent sur les trottoirs…

Il y a bien peu de choses à vendre… Quelques légumes, des tomates, des carottes, des oignons, de l’ail, du citron, parfois du poulet ou du poisson…

Les carrefours sont tous plus animés les uns que les autres…

Mais quelle pauvreté, hélas! Quels bénéfices génèrent donc ces petits commerces?

Le marché San Alfonso, à Riobamba

La cantine du marché San Alfonso, calle 5 de Junio, est particulièrement animée à l’heure du déjeuner…

On parle beaucoup plus le quechua ici que l’espagnol…

Un plat coûte au marché moins d’un dollar…

À l’extérieur, les clients affluent…

Marché San Alfonso

… se bousculent parfois…

San Alfonso

… et reviennent, inlassablement, se restaurer…

Marché San Alfonso à Riobamba

Quelle expérience!

Mais je suis perplexe devant les maigres revenus perçus par les marchands…

Si l’on soustrait le coût du transport, avec combien de sous repartent-ils dans leurs villages? Cela suffit-il à nourrir, à vêtir leurs familles?

Petit déjeuner à Quito, oeufs accompagnés de majado verde (purée de bananes plantain) et de boeuf.

Après deux jours passés à Riobamba, je reprends la route, le dimanche 2 février, pour la capitale…

Deux heures de trajet à peine, en bus, entre Riobamba et Quito…

Quito

Les escaliers descendent vers calle Garcia Moreno et le centre historique de Quito. On aperçoit, à l’horizon, les tours de la basilique de la ville.

J’ai a-d-o-r-é Quito!

J’y ai passé quatre jours, basé dans la vieille ville, et j’aurais facilement pu prolonger mon séjour.

Je me suis installé à Quito calle Paredes (ci-dessus) dans le centre historique. Sur la colline, qu’on surnomme « El Panecillo » (le petit pain), trône une statue de la Vierge, un des symboles de la ville. De 45 minutes à une heure de marche pour arriver au sommet, par les escaliers de la photo précédente. Rien de mieux pour bien commencer une journée à Quito…

Calle Garcia Moreno, Quito

On m’avait mille fois mis en garde avant mon arrivée: « Fais attention, Quito est une ville dangereuse », « Reste vigilant, dans les transports en commun surtout, à l’arrivée ou au départ de Quito », « Sois prudent dans les taxis… »

L’omniprésence des policiers dans les rues y est sans doute pour quelque chose, mais rien de fâcheux ne m’est arrivé. Au contraire. Partout où je suis allé, pendant la journée, dans la vieille ville, j’ai pu circuler paisiblement et j’ai été accueilli avec politesse et gentillesse.

Calle Esmeraldas, à Quito, le jeudi 6 février

En fait, je me suis rarement senti aussi bien dans une grande ville qu’à Quito!

 C’est peut-être à cause de l’altitude (2850 mètres) ou du vent qui balaye la ville. Du grand ciel bleu pendant mon séjour. Peut-être est-ce la grande diversité de la population croisée dans les rues? Tout cela me convenait parfaitement à Quito. 

C’est peut-être aussi parce que je n’ai pratiquement pas mis les pieds en dehors du centre historique – qui est immense, et où il y a tant à voir et à faire…

Le centre historique de Quito, vu du haut du « Panecillo »

Certains visiteurs – peut-être à cause du confort des hôtels ou de la cuisine « internationale » des restaurants – préfèrent loger dans la « nouvelle ville », située au nord de Quito… À chacun ses choix, ses goûts…

De mon côté, j’ai préféré habiter le centre historique… Les gratte-ciels, les centres commerciaux ou les bars pour gringos éméchés, dans le quartier de la Mariscal, dans la nouvelle ville, très peu pour moi…

Plaza Grande, le cœur du quartier historique de Quito, où se retrouvent, matin et soir, visiteurs et résidents. Plaza Grande est aussi un lieu de pouvoir. C’est ici, dans el Palacio de Gobierno, qu’habite et travaille le président du pays. Chaque lundi a lieu…

… à 11 heures précises, la très officielle relève de la garde…

… en présence du président de la République ou de son représentant…

… des centaines de curieux (y compris de nombreux écoliers) viennent assister à la cérémonie…

… et témoignent ainsi leur attachement aux traditions de la république…

J’ai eu la chance, quelques jours plus tard, de visiter, en petit groupe, le palais présidentiel…

Quelle surprise, à la fin de la visite, lorsque le photographe officiel du président s’est approché… et nous a offert, individuellement, de prendre une photo, en guise de souvenir…

Devant les marches qui mènent au second étage du palais et de la résidence présidentielle, à Quito, le jeudi 6 février

Je me souviendrai longtemps de ce geste et de ce moment absolument inattendu.

Mais ma plus belle journée à Quito a sans aucun doute été celle où j’ai sauté un matin dans un taxi en direction du « Teleferico de Quito »…

Les cabines du téléférique de Quito…

… emmènent visiteurs et curieux, à flanc de montagne, en 18 minutes exactement, sous un ciel bleu éclatant ce jour-là…

… haut, très haut au-dessus de Quito… à une altitude… de 4100 mètres!

   Au sommet, sur une esplanade qu’on appelle « Cruz Loma », une vue imprenable sur la ville et les volcans avoisinants…

On aperçoit au loin, et ci-dessous, le volcan Cotapaxi qui culmine à 5897 mètres au-dessus de Quito…

Le cône presque parfait du volcan Cotopaxi dont le nom signifie, en langue amérindienne « le cou de la lune »

De l’autre côté de ce panorama magnifique, un sentier balisé invite les randonneurs intrépides…

Le sentier est splendide…

… à poursuivre le chemin jusqu’à un autre sommet, le « Rucu Pichincha » qui culmine, lui, à 4680 mètres d’altitude…

Paysage de rêve, féérique… Une de mes plus belles journées de voyage…

Matinée absolument exceptionnelle au-dessus de Quito!

À l’extérieur du centre historique de Quito, à deux pas de la basilique, calle Haïti…

Dans une rue de Cotacachi, village situé au nord d’Otavalo, le lundi 10 février

Seule ombre au tableau dans les villes traversées en Équateur: le nombre important de réfugiés vénézuéliens, hommes, femmes, enfants qui essaient tant bien que mal de reconstruire leurs vies ici.

Les statistiques sont effarantes. Depuis quatre ans, plus de 3 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. C’est plus de 10% de la population. En Amérique du sud, les pays d’accueil les plus importants sont la Colombie et le Pérou. D’après Human Rights Watch, plus de 250 000 Vénézuéliens sont également arrivés en Équateur. L’intégration, on le devine, n’est pas facile. Infos supplémentaires ici.

Par le plus grand des hasards, à Quito, j’en ai rencontré un… réfugié, vénézuélien, qui s’en tire, lui, plutôt bien

Manuel, à Quito, vendredi matin, 7 février

Manuel est informaticien. Il a quitté sa petite ville du Venezuela pour l’Équateur il y a deux ans. Parce qu’il parle assez bien l’anglais, il a vite trouvé du travail, à Quito, dans un restaurant, comme serveur. De fil en aiguille, il a ensuite été recruté par un hôtel du centre historique (celui où je suis descendu) pour y travailler, à la réception.

Manuel a des amis, des contacts à Ottawa, et il prépare en ce moment son dossier pour obtenir un travail, dans l’informatique, au Canada.

Bonne chance, Manuel!

Vue partielle d’Otavalo, l’après-midi de mon arrivée, le vendredi 7 février… et, ci-dessous…

… Plaza Bolivar, toujours à Otavalo, le dimanche 10 février

Après deux heures de route sans histoires depuis Quito, je suis arrivé le vendredi 7 février, en début d’après-midi, à Otavalo.

Tous les dimanches, un orchestre vient égayer avec de la salsa et des merengues les rues…

.. et les places plutôt tranquilles d’Otavalo… Sur la scène, les cuivres assurent une ambiance du tonnerre!…

Otavalo, qui compte environ 40 000 habitants, est connu en Équateur, et au-delà, pour son légendaire marché du samedi qui accueille, Plaza de Ponchos, colporteurs et marchands venus parfois de villages très lointains…

Plaza de Ponchos, à Otavalo, samedi matin, 8 février. 70% de la population dans la région d’Otavalo est indigène, le plus haut pourcentage au pays.

Josefina, marchande à Otavalo, affiche un grand sourire après m’avoir vendu deux chandails…

Il y a en fait, le samedi, deux marchés à Otavalo.. et je suis allé faire un tour au second, le marché aux bestiaux, qui se tient quelques kilomètres plus loin, à Quinchiqui…

Bœufs, vaches, cochons, volaille… les acheteurs ont le choix… les négociations commencent très tôt le samedi matin…

Il règne au marché aux bestiaux une ambiance bon enfant… On peut aussi s’approvisionner, un peu plus loin, en quincaillerie ou en poterie… Les femmes sont, ici aussi, élégamment vêtues…

Quinchiqui, le samedi 8 février

Le marchandage est partout de rigueur…

… avant de rentrer, en fin de journée, à Otavalo…

Otavalo, le samedi 8 février

J’ai effectué ici un très beau voyage, un des plus beaux depuis le Kerala! Et je ne suis resté que dans les Andes!

Mon seul regret, c’est de ne pas être allé dans « l’Oriente », la région de l’Amazone où vivent encore, à l’écart, des peuples peu connus. Ce sera peut-être pour une prochaine fois…

Quinchiqui, le samedi 8 février

C’est en voyageant dans un pays comme l’Équateur qu’on s’aperçoit à quel point la vie, souvent, dans les grandes métropoles en Europe ou en Amérique du Nord est devenue fade, formatée, prévisible.

Le climat y est sans doute pour beaucoup. Mais les gens semblent ici avoir gardé dans le cœur, dans les yeux, dans les gestes de la vie quotidienne, une douceur, une poésie, une fantaisie qui fait cruellement défaut chez nous. Qui a disparu en fait devant la peur de l’autre et les manchettes accablantes des journaux. C’est dommage.

Heureusement, le voyage, souvent, comme ici, permet de renouer avec cette insouciance, cette légèreté, cette innocence maintenant perdue chez nous.

Bonne fête de la Saint-Valentin à tous!

Je vous laisse avec une chanson qui résume assez bien mon état d’esprit après ces cinq semaines de découvertes… Vous pouvez l’écouter ici.

Déjeuner pantagruélique à Otavalo, une recette hollandaise-équatorienne. Saucisses enrobées de bacon accompagnées de légumes du pays: épinards, avocats, bananes plantain. Restaurante « Arbol de Montalvo » (Hôtel Dona Esther), calle Montalvo.

 

 

 

Colombie, côte caraïbe

Cela a été une bonne idée de visiter la région de la côte caraïbe de la Colombie, même si je n’ai pas pu aller jusqu’à Riohacha comme je le souhaitais…

Deux visages de la côte caraïbe colombienne. Ci-dessus, la Plaza de la Trinidad, au cœur du quartier (barrio) Getsemani, dans la vieille ville de Carthagène. Ci-dessous, en randonnée le 15 janvier sur les hauteurs de Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Il y a parfois au début d’un voyage des moments presque magiques. Des moments où dès l’arrivée dans une ville ou un pays que l’on visite pour la première fois, les plans et les programmes convergent, les projets se mettent en place et tout se déroule à merveille, un peu comme par enchantement.

C’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes premiers jours en Colombie… Et cette entrée toute en douceur dans le pays, je la dois en grande partie aux Colombiens eux-mêmes.

Accueillants, souriants, j’ai eu chaque jour pendant ces deux trop courtes semaines l’occasion d’observer sur la côte caraïbe la courtoise et la gentillesse de ce peuple chaleureux.

Petit-déjeuner servi à Getsemani, le vendredi 10 janvier, le lendemain de mon arrivée à Carthagène…

Estaban, fanatique de musique afro-caribéenne, rencontré dans l’après-midi du samedi 11 janvier sur la plage de Playa Blanca

Ci-dessus, Playa Blanca, peu après l’arrivée en bateau vers 10h du matin… Playa Blanca est située à 45 minutes (en hors-bord ultra-rapide) de Carthagène… 34 degrés en ville ce samedi-là et, bien sûr, beaucoup de monde à la plage… mais l’eau est si bonne…

Les autorités colombiennes songent sérieusement à limiter, bientôt, le nombre de visiteurs à Playa Blanca… Excellente idée. Malgré l’affluence, quel bonheur de se baigner, à la mi-janvier, dans la mer des Caraïbes!

Filet de poisson accompagné de riz à la noix de coco, de bananes plantain frites (platacones) et d’une salade. Restaurant Mundo Nuevo, Minca

Ceci dit, malgré le soleil, la plage, la nourriture, excellente, tout n’est pas rose en Colombie, loin s’en faut… en particulier à Carthagène où j’ai débuté mon voyage…

Carthagène, qui accueille chaque année des millions de touristes… Touristes qui oublient trop souvent, malheureusement, que la plupart des somptueux édifices de la ville coloniale ont été construits grâce aux fortunes colossales amassées pendant plus de deux siècles sur le dos des peuples autochtones…

Plaza de San Pedro Claver, dans le barrio El Centro, dans la vieille ville de Carthagène. L’édifice à droite abrite le Musée d’art moderne…

L’esplanade de la Plaza Santa Teresa surplombe l’une des entrées du quartier fortifié El Centro de Carthagène

Carthagène des Indes comme on appelle officiellement la cité, a été fondée en 1533 sur les vestiges d’un village amérindien « abandonné ». La ville est vite devenue pendant l’époque coloniale un des principaux ports du royaume d’Espagne sur le continent américain.

Porte d’entrée vers la Cordillère des Andes, au sud, et proche du Mexique, au nord, c’est à Carthagène qu’étaient entreposés au 16è et 17è siècles les butins prodigieux – argent, or, émeraudes et autres pierres précieuses – soustraits de force aux peuples autochtones aztèques et incas.

Issus de pillages cruels et odieux, ces trésors étaient acheminés à dos de mule ou par bateau à Carthagène et ensuite transportés sous escorte, à bord d’immenses vaisseaux, vers l’Espagne…

(Ces mêmes navires revenaient ensuite vers Carthagène avec, au fond de leurs cales, des esclaves. Des documents d’archives révèlent, qu’entre 1573 et 1640, 487 navires négriers ont débarqué dans le port de Carthagène près de 80 000 esclaves, hommes femmes et enfants capturés principalement en Guinée et en Angola.)

Galions espagnols du 17è siècle. Ces navires, en haute mer, entre Carthagène et l’Europe, regorgent de richesses et attirent toutes les convoitises…

Pirates, corsaires et flibustiers, à l’affût, attaquent régulièrement les convois…

Ces pillages, ce génocide des populations indigènes constituerait aujourd’hui sans aucun doute « un crime contre l’humanité ». Question naïve: pourquoi les Espagnols ne sont-ils pas poursuivis?

Anne Chemin publiait récemment dans « Le Monde » un excellent article sur la prescription. Article où l’on rappelle que si la France a voté, dès 1964, une loi déclarant imprescriptible « par nature » les crimes contre l’humanité, les institutions européennes, elles, restent très prudentes sur la question. C’est dommage.

Calle San Juan de Dios, barrio El Centro, à Carthagène

C’est donc avec un pincement au cœur que l’on visite les anciens quartiers coloniaux de Carthagène, quartiers merveilleusement restaurés, préservés, au nombre de trois, et inscrits, depuis 1984, au patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’intérieur des murailles qui ceinturent la cité, deux quartiers, chics et huppés: El Centro et San Diego

Élégante maison dans le barrio San Diego, à deux pas de l’Alliance Française de Carthagène

Barrio El Centro… Ces demeures, inabordables pour la très grande majorité des Colombiens, appartiennent aujourd’hui à une élite fortunée, souvent étrangère. Les appartements se vendent ou se louent ici à prix d’or, excluant automatiquement la plupart des Colombiens de leur propre ville… Ce triste phénomène se répète malheureusement un peu partout dans le monde…

Heureusement, les célèbres « Palenqueras » de Carthagène ajoutent un peu de couleur à ces deux quartiers qui ressemblent parfois à des musées…

Les « Palenqueras » revendiquent fièrement leur héritage africain. Elles sont originaires d’un petit village situé au sud-est de Carthagène, San Basilio de Palenque. Le village a été le premier a être gouverné par des esclaves ayant fui leur condition. Le royaume d’Espagne leur accorda par décret la liberté en 1691. Infos supplémentaires ici.

À l’extérieur des murailles, un troisième quartier, populaire, bohème et branché: Getsemani. C’est là où j’ai posé mes valises, dans l’une des rues les plus calmes du secteur, Calle de San Juan.

Calle de San Juan, barrio Getsemani, Carthagène

Les Colombiens peuvent encore se loger, vivre et travailler à Getsemani….

Mais pour combien de temps? Ici aussi, les choses changent très vite…

Dans le quartier Getsemani, à Carthagène

Getsemani s’embourgeoise… On construit un peu partout de nouveaux hôtels… Des restaurants « fusion« , des galeries d’art apparaissent dans des rues occupées autrefois par des familles modestes…

Galerie d’art, Calle de San Juan… Plusieurs tableaux de la galerie sont accrochés et exposés dans la rue, à même les murs…

Le seul quartier du centre-ville qui échappe pour l’instant à la spéculation est celui de « La Matuna », situé entre les murailles et Getsemani.

Là, dans les rues, les bureaux et les commerces, les Colombiens se retrouvent entre eux. À l’heure du déjeuner notamment afin de grignoter rapidement un morceau avant de reprendre leurs activités…

Les clients se pressent autour d’une cantine de fortune dressée dans le quartier de la Matuna

Vendeurs de billets de loterie, La Matuna

J’ai passé pas mal de temps à La Matuna à observer et à converser parfois avec les commerçants… L’un des restaurants du quartier est même devenu ma cantine à Carthagène…

Filet de poisson à la noix de coco accompagné de riz, de bananes plantain et d’une salade…

Restaurant Espiritu Santo, calle Porvenir, La Matuna, Carthagène. Une excellente adresse.

Aucune trace dans les rues de Carthagène des manifestations qui ont secoué la Colombie cet automne. Les rues sont calmes et partout sur la côte caraïbe je me suis senti parfaitement en sécurité…

Après cinq journées passées à Carthagène, départ le mardi 14 janvier pour Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada…

Le village de Minca souligné en vert, à mi-chemin entre Carthagène et Riohacha

Deux navettes rapides et pratiques (15-20 passagers) relient le centre-ville de Carthagène à Santa Marta. Compter environ 5h de trajet, avec un ou deux courts arrêts comme ici près de Barranquilla. Contacts: MarSol ou Berlinas. De Santa Marta, prendre un taxi (50 000 COP – $20 ou 13 euros) ou un collectivo au marché (8000 COP) pour rejoindre Minca en 40-45 minutes.

Un panneau à l’entrée du village atteste que Minca (population: 1000 habitants environ) s’est fièrement auto-proclamée « capitale écologique »…

Lever du jour à Minca ce samedi matin, 18 janvier.

La région autour de Minca est magnifique et est maintenant reconnue (comme Clayoquot Sound en Colombie-Britannique) comme une réserve de biosphère, officiellement protégée.

Un couple en route mercredi vers la cascade Marinka, située à 90 minutes de marche de Minca

La cascade Marinka…

Beaucoup de visiteurs viennent ici observer les oiseaux….

Et le village, niché à 700 mètres d’altitude, est le point de départ de randonnées fabuleuses, à pied ou en vélo.

En randonnée jeudi sur un sentier dans la Sierra Nevada, au-dessus de Minca. On aperçoit à l’horizon, sur la côte, Santa Marta et la mer des Caraïbes…

Après deux heures de marche sur l’un des chemins qui conduit à la « Finca Victoria », une ferme spécialisée dans la production de café biologique, un groupe de cyclistes me rejoint. Ils vont eux aussi à la ferme participer à une dégustation de café. Dégustation suivie d’une visite de la fabrique fondée en 1892 par des Britanniques qui décidèrent de nommer l’entreprise « Victoria » en hommage à leur reine…

Explication détaillée de la récolte et de la production de café à la Finca Victoria. Excellente visite…

Le café est délicieux… mais je préfère, malgré tout, le café vietnamien ou haïtien, plus corsé..

Une petite rivière baigne aussi Minca…

Rio Minca

Rencontre entre baigneurs et cyclistes au bord de la rivière Minca ce samedi matin…

Je suis très heureux d’avoir fait halte ici, au début de ce voyage de cinq semaines. L’altitude et ce genre de climat me conviennent parfaitement.

Et, ce qui ne gâte rien, je suis confortablement installé dans un ancien couvent, restauré, l’hôtel Minca.

L’hôtel Minca jouit d’un cadre exceptionnel. Les montagnes au-dessus du village sont aujourd’hui peuplées d’environ 30 000 autochtones (les Arhuacos, les Kogis, les Wiwas, descendants des Tayronas ) qui protègent farouchement leur territoire, refusent toute assimilation et bloquent encore l’accès aux plus hauts sommets de la Sierra Nevada. Infos supplémentaires ici ou ici.

On retrouve dans la région des avocats tout simplement… énormes!

Menu affiché devant un café, à Santa Marta

Un cordonnier au travail, Carrera 3, à Santa Marta, le vendredi 17 janvier

Avant de repartir pour Carthagène je tenais à rendre hommage, à Santa Marta, à l’une des figures emblématiques du continent, Simon Bolivar, « El Libertador » (le Libérateur). Mort dans la ville, dans des circonstances mystérieuses, en 1830.

Un grand parc au bord de la mer lui est dédié.

Bolivar a courageusement participé, de près ou de loin, à l’indépendance de 6 pays d’Amérique latine: la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. Ses dépouilles ont été rapatriées au Venezuela où il est né.

Je n’ai donc malheureusement pas pu aller jusqu’à Ríohacha.

Pour rejoindre, de Minca, l’entrée de la péninsule Guajira où vit le peuple Wayúu, il faut compter au minimum 5 heures de trajet. Il m’aurait fallu trois jours au minimum (deux jours a-r pour le voyage et un jour sur place) pour y aller. Sans aucune garantie de contact à Riohacha avec les Wayúu.

J’ai donc renoncé, avec regret. J’aurais dû mieux planifier cette partie du voyage et mieux anticiper surtout les distances dans cette partie de la côte caraïbe.

Je me suis un peu rattrapé cependant en admirant vendredi, dans une boutique de Santa Marta, les très beaux sacs en laine confectionnés avec soin par les Wayúu…

Une autre fois, peut-être?

Sacs Wayuu

Ma deuxième semaine de voyage s’achève bientôt. Je reprends la route lundi matin pour Carthagène. Mardi, trois vols successifs (Carthagène-Bogota/Bogota-Quito/Quito-Cuenca) m’amèneront dans le sud de l’Équateur…

Bon début d’année à tous!

 

Colombie & Équateur

Lorsque j’ai commencé à la fin de l’été à planifier les grandes lignes de mon voyage en Colombie et en Équateur, les deux pays faisaient presque figure d’élèves modèles dans la région. Modèles de stabilité politique et sociale.

L’Équateur avait élu pacifiquement, en 2017, un nouveau président. Et la Colombie avait l’an dernier accueilli plus de six millions de touristes étrangers. Un record. Le pays, connu autrefois pour la violence et le trafic des stupéfiants, poursuivait sa remarquable transformation…

Comme d’autres pays en Amérique latine, la Colombie et l’Équateur ont connu, en 2019, un automne particulièrement agité.

Et puis, brusquement, en quelques semaines, tout a changé.

Début octobre, des émeutes ont éclaté en Équateur suite à la forte augmentation du prix de l’essence décrétée par le gouvernement. Des milliers de manifestants, en majorité autochtones, ont envahi les rues de Quito.

L’état d’urgence a été déclaré et un couvre-feu instauré dans la capitale. Le siège du gouvernement a été momentanément déplacé vers la seconde ville du pays, Guayaquil.

« Le jour du chômage arrive avec le couvre-feu  » titre, début octobre, un quotidien de Quito sous la photo d’une manifestation monstre dans la capitale

Quelques semaines plus tard, en Colombie, de vastes cortèges populaires, composés d’organisations syndicales et autochtones, d’étudiants, d’écologistes, de féministes, déferlent dans les rues des principales villes du pays afin de dénoncer les violences policières, la corruption et la politique d’austérité du gouvernement.

Devant l’ampleur des manifestations, le président colombien, Iván Duque (droite), élu en 2018, annonce rapidement l’ouverture d’un grand « dialogue national », dialogue qui doit s’achever le 15 mars.

Heureusement, depuis, les choses se sont apaisées!

Le dollar américain est la monnaie officielle de l’Équateur depuis mars 2000

En Colombie, la devise est le peso colombien (COP ou $)

 

 

 

L’augmentation du prix de l’essence en Équateur a été annulée, et le calme semble être largement revenu dans les rues de Bogota, de Medellin et de Cali.

Ces événements n’ont cependant rien changé à mes plans de voyage. Au contraire.

Quoi de plus stimulant pour les neurones que visiter deux pays en pleine mutation? Je serai simplement sur mes gardes, et beaucoup plus prudent.

Je pars donc, début janvier, pour trente-cinq jours. Cinq semaines. Deux semaines en Colombie et trois semaines en Équateur. J’ai prévu sept étapes, cinq jours en moyenne par étape, selon l’itinéraire suivant:

Pour ce 1er voyage en Colombie, je visiterai uniquement la région de la côte caraïbe: Carthagène et ses environs puis le village de montagne de Minca, situé dans la Sierra Nevada, au sud de Riohacha. De Carthagène, je prendrai ensuite l’avion directement jusqu’à Cuenca, dans le sud de l’Équateur.

Cela fait si longtemps que je rêve de visiter le nord de la Colombie!

Depuis les folles soirées passées autrefois à rire et à danser au rythme de « la cumbia » colombienne!…

Soirées endiablées, arrosées, coquines où nous chantions à tue-tête et reprenions en chœur les refrains de Joe Arroyo et de son groupe « La Verdad »… Joe Arroyo!… Chanteur et compositeur hors-pair, né dans un quartier pauvre de Carthagène et mort prématurément à Barranquilla, à 55 ans. Une icône de la musique colombienne. Peut-être reconnaitrez-vous un extrait de sa musique ici.

Joe Arroyo (1955-2011). Une statue a été érigée en son honneur dans une rue de Carthagène

Hors la musique, bien d’autres objectifs m’amènent en Colombie, et deux semaines suffiront à peine!

Au programme?

Explorer, bien sûr, la ville coloniale de Carthagène, classée depuis 1984 au patrimoine mondial de l’Unesco. Pratiquer au maximum mon espagnol. Nager une, deux, trois fois si possible dans la mer des Caraïbes! Découvrir quelques-uns des sentiers de randonnée qui sillonnent « la Sierra Nevada » aux alentours du village de Minca, et goûter dans cette région au café produit dans les « fincas » (fermes).

Mais aussi, et surtout: essayer de m’approcher de la ville de Riohacha (voir la carte), porte d’entrée de la péninsule Guajira où vit un peuple mystérieux et peu connu, la tribu Wayúu.

Cette communauté indigène, qui vit de façon largement autonome de part et d’autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie, me fascine depuis des années! Le film « Les Oiseaux de Passage », sorti et vu l’an dernier au Festival International des Films de Vancouver, n’a fait que renforcer ma curiosité… Il faudra là-bas, encore plus qu’ailleurs, être prudent.

« Les Oiseaux de Passage/Pajaros de Verano » (2018) est un film magnifique, une co-production mexico-colombienne, qui lève le voile sur la culture et les traditions du peuple Wayuu.

En Équateur, j’aurai un peu plus de temps. Mon objectif là-bas est de me déplacer uniquement le long de la Cordillère des Andes, en allant du sud vers le nord. Et en restant le plus près possible de la culture et des communautés indigènes.

J’ai prévu cinq haltes. De la petite ville de Vilcabamba, située tout au sud du pays, près de la frontière péruvienne, jusqu’à Otavalo, village connu pour son grand marché du samedi et où vit, à deux heures de route environ au nord de Quito, une importante population autochtone.

Mes 5 haltes en Équateur le long de la Cordillère des Andes: Cuenca, Vilcabamba (située au sud de Loja, près de la frontière péruvienne), Riobamba, Quito et Otavalo. Toutes ces villes (sauf Vilcabamba à 1700 mètres) sont situées à 2000 mètres d’altitude ou plus.

(À Vilcabamba, j’essaierai de percer un mystère, celui du nombre de centenaires exceptionnellement élevé dans l’agglomération. Certains résidents vivent là-bas jusqu’à 110, voire 115 ans, et la région a été surnommée « la vallée de la longévité »… Avantage non négligeable en cette période de changement climatique où l’espérance de vie, dans certains endroits, tend maintenant à diminuer…)

Un classique absolu de « la cumbia » colombienne (Caïman Records) sorti en 1986. Extrait ici.

J’ai bien hâte de reprendre la route!

Bonne année à tous!

Lectures de décembre

 

Un premier roman remarquable, sur le désir féminin, de l’écrivaine franco-marocaine, Leïla Slimani. Merveilleusement écrit. Publié en 2014.

Leïla Slimani a obtenu en 2016 le prix Goncourt pour son deuxième roman (que j’ai moins aimé) « Chanson douce ». Elle est aujourd’hui la représentante personnelle du président Emmanuel Macron pour la francophonie.

Un été au Québec

Comment partager le bonheur d’habiter, depuis bientôt deux mois, au Québec?

Le bonheur de parler et de vivre, ici, en français.

D’être près de la famille.

De vivre, à Montréal, à proximité de la communauté haïtienne.

Le bonheur aussi d’avoir découvert, grâce à Diana, pendant deux semaines, à la mi-août, une région sauvage, splendide et, selon moi, trop peu connue du Québec – le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

Au bord de la rivière Saguenay, à sept kilomètres au nord de Jonquière, devant l’embarcadère pour le village Shipshaw, le mardi 13 août. La rivière Saguenay prend sa source dans le lac Saint-Jean et se jette, à Tadoussac, dans le fleuve Saint-Laurent.

Une autre magnifique journée dans le Saguenay, région où, pendant trois étés, Diana a étudié le français, autrefois…

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est situé à environ 5 heures de route au nord de Montréal. On peut rejoindre la région en train, comme nous l’avons fait, ou effectuer le trajet en voiture selon le tracé proposé ci-dessous.

C’est à partir de Jonquière que nous avons exploré en train, en vélo, en traversier, en bus et en voiture quelques uns des trésors du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l’ouest, nous sommes allés jusqu’au parc national de la Pointe-Taillon, et à l’est, jusqu’au village de Sainte-Rose-du-Nord, photographié ci-dessous.

Arrivée en traversier le jeudi 16 août au village de Sainte-Rose-du-Nord, situé sur la rive nord du fjord du Saguenay. La traversée, depuis la petite commune de La Baie, dure environ 90 minutes.

L’église et la rue principale de Sainte-Rose-du Nord. Le village, qu’on surnomme « la perle du fjord », compte environ 400 habitants. Parmi eux, de nombreux artisans.

À l’origine, les habitants du Saguenay sont les Montagnais (qu’on appelle aussi Innus) un peuple amérindien, présent dans la région depuis plus de 5000 ans.

Les Montagnais vivent principalement de chasse et de pêche, ils sont nomades. Selon les historiens, leur mode de vie, « en symbiose avec la nature, rend leurs traces très discrètes » le long d’un vaste territoire qui s’étend jusqu’à la côte nord du fleuve Saint-Laurent. (SVP voir la carte ci-dessous).

Montagnais au Lac-Saint-Jean, vers 1898. (Source: Musée McCord, Montréal). Malheureusement, la plupart des Montagnais (ils sont environ 27 000) qui vivent au Québec aujourd’hui sont confinés dans des réserves situées au nord de la province ou au Labrador. Ils y vivent dans des conditions souvent déplorables. Faute impardonnable du gouvernement fédéral.

Répartition géographique des peuples autochtones au Québec. Historiquement, les Montagnais sont présents du Saguenay à la côte nord du fleuve Saint-Laurent

Les premiers européens, Français et Anglais, arrivent dans le Saguenay au milieu du 17è siècle pour la traite et le commerce des fourrures. Ils explorent « une contrée pratiquement à l’état vierge », nous disent les documents de l’époque. Les missionnaires, Jésuites, suivent peu après.

La région se développe vraiment au 19è siècle avec l’arrivée, en 1838, d’un groupe de colons, venus de Charlevoix. Accompagnés de leurs familles, ils viennent exploiter la terre et le bois. De nombreuses scieries sont créées afin de produire la pâte à papier.

L’industrialisation s’accélère au début du 20è siècle. Les principaux cours d’eau du Saguenay sont domptés, harnachés et utilisés pour la production électrique. Entre 1920 et 1930, plusieurs alumineries voient le jour, la plus connue étant sans doute l’immense aluminerie de la compagnie Alcan, située près de Jonquière, à Arvida.  (Alcan a été rachetée en 2007 par Rio Tinto).

Pour mieux comprendre la région et son contexte, il faut aussi savoir que c’est au Saguenay qu’ont eu lieu, au début des années 40, les premières grandes luttes syndicales du Québec – et les premières victoires des travailleurs qu’on appelait alors les « Canadiens-français« .

Ouvrier dans une salle de cuve d’aluminium, à Arvida, en 1935. Source Rio Tinto Alcan (Saguenay).

En juillet 1941, environ 700 ouvriers de l’aluminerie Alcan, à Arvida, débrayent spontanément et occupent l’usine. Les jours suivants, l’arrêt de travail se propage dans les alumineries du Saguenay. Plus de 8500 travailleurs sont en grève, avec l’appui de la population, en grande majorité francophone.

Les ouvriers réclament de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire.

Assemblée des travailleurs lors de la grève chez Alcan en 1941. © Archives du syndicat CSN.

La direction des alumineries, anglophone, est médusée. Elle renâcle – puis riposte.

L’armée canadienne, équipée de mitrailleuses et de chars d’assaut, est dépêchée à Arvida. La tension monte. Les ouvriers ne cèdent pas. Une médiation s’engage et, quelques jours plus tard, les revendications des ouvriers sont acceptées. Ce qui débouchera, pour les travailleurs, sur des gains importants.

Cette grève marquera profondément les esprits et sera l’un des événements déclencheurs, l’une des amorces de « la Révolution tranquille », la période qui symbolisera, dans les années soixante, l’émancipation graduelle des francophones au Québec.

La Marjolaine, l’un des plus vieux bateaux de passagers encore en opération au Canada, accosté pendant notre escale de 90 minutes, au quai du village de Sainte-Rose-du-Nord, au milieu du fjord du Saguenay

Cela a été un immense plaisir de rencontrer, pendant notre séjour, les gens du Saguenay!

Plus de 95% de la population ici est francophone!

Les établissements scolaires de la région, notamment les « Cegeps » (lycées) de Jonquière et de Chicoutimi accueillent, depuis des années, des étudiants du monde entier qui viennent apprendre ou perfectionner leur usage du français et faire ici l’expérience d’une immersion culturelle authentiquement francophone.

Plus de 34 ans après sa dernière visite, Diana a retrouvé à Jonquière Ghislain et Rachel, un couple exceptionnel qui l’avait hébergée – en 1984 – lors d’un séjour culturel et linguistique.

Quelle surprise aussi de découvrir les merveilleuses pistes cyclables de la région!

La piste cyclable (18 kms a-r) qui relie Jonquière au lac Kénogami, le long de la rivière-aux-sables.

La véloroute des Bleuets est un circuit de plus de 250 kms qui permet de parcourir en vélo une grande partie de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean. Infos au https://veloroutedesbleuets.com/

En allant vers le lac Kénogami, le vendredi 9 août.

Rue de l’Hôtel-de-Ville, à Chicoutimi.

C’est un peu en pèlerinage que nous sommes allés, le samedi 10 août, passer la journée à Chicoutimi, la grande ville administrative du Saguenay…

Chicoutimi où, en 1949, un jeune étudiant haïtien, notre père, est venu effectuer une partie de sa résidence dans le cadre de ses études de médecine…

J’ose à peine imaginer son dépaysement, les premières semaines de son installation, sa découverte de l’hiver!

Ce séjour de travail a dû être pour lui une aventure exceptionnelle.

Notre père en décembre 1949

Combien de temps notre père, boursier à ce moment-là, est-il resté à Chicoutimi? Un peu moins de deux ans, semble-t-il, avant de rentrer au pays…

Assez longtemps cependant, certainement, pour apprécier, jeune médecin, la gentillesse et l’ouverture des gens du Saguenay.

Et je comprends mieux, maintenant, son attachement au Québec, et sa volonté, plus tard, de faire venir ici sa famille

Vue partielle de l’hôpital de Chicoutimi… Le bâtiment a été, maintes fois, agrandi, rénové et modernisé depuis 1949… Sur la gauche, une aile plus ancienne…

Quartier de l’hôpital à Chicoutimi

 Où exactement habitait notre père? Qui fréquentait-il à Chicoutimi, hors de l’hôpital? Comment s’est déroulée sa formation? Quelles expériences a-t-il vécues ici? Nous n’avons, malheureusement, aucun document sur cette période de sa vie… C’est dommage!

Le quartier de l’hôpital, situé sur les hauteurs de Chicoutimi… Je me suis senti tout drôle en sachant que papa avait vécu et travaillé dans ce quartier, marché dans les mêmes rues, aperçu tous les jours les tours de la cathédrale Saint-François-Xavier (ci-dessus), cheminé sans doute le long de la rivière Saguenay qui coule au centre-ville…

Après cette journée pleine d’émotion à Chicoutimi, nous avons poursuivi, le jeudi 15 août, en voiture cette fois, notre exploration du Saguenay-Lac-Saint Jean…

 

Nous avons parcouru, ce-jour-là, plus de 200 kilomètres… La route nous a mené de Jonquière…

 

… à Saint-Gédéon, un petit village situé sur la rive est du lac Saint-Jean…

Étirements et exercices matinaux sur la plage Saint-Joseph, à Saint-Gédéon. Il est 9h30 et la plupart des vacanciers dorment ou se reposent encore dans une des nombreuses roulottes situées au bord du lac…

… puis au parc national de la Pointe-Taillon, sur la rive nord du lac, où, le temps d’un pique-nique suivi d’une petite sieste, nous avons retrouvé le littoral…

Malgré le grand ciel bleu, il fait plutôt frais sur les rives du lac-Saint-Jean… Aucun baigneur en vue en cette fin de matinée…

Parc national de la Pointe-Taillon

Nous nous sommes aussi arrêtés à Saint-Bruno, puis à Alma, avant de regagner Jonquière…

Promeneurs le long de la rivière-aux-sables…

Notre quartier à Jonquière

Les tours de l’église Saint-Dominique surplombent un parc de la ville

… et dire, quelques jours plus tard, au-revoir au Saguenay et à nos amis Ghislain et Rachel…

Il faut déjà, malheureusement, quitter Jonquièrel Au-revoir et merci, Ghislain et Rachel!

En quelques heures, le mardi 20 août, nous sommes de retour, en bus, via Québec, à Montréal…

… où nous retrouvons, avec plaisir, notre quartier de Côte-des-Neiges… le même où nous étions l’an dernier…

Le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

Quelle contraste entre Jonquière et Montréal!

Pour notre plus grand bonheur, la diversité culturelle est, à Montréal, dans les rues, dans les magasins, dans les parcs de la ville, présente, partout!

Célébration culturelle au parc Lafontaine

Adrienne, rencontrée au parc Martin-Luther-King à Côte-des-Neiges

On parle russe, grec, français et anglais chez notre propriétaire et voisin, Kosta, entouré ici de Diana et de sa famille. On y mange aussi très bien! Merci, Kosta!

Montréal réserve encore bien d’autres surprises!

Scènes de liesse dans les rues du « Petit Maghreb » à Montréal, le vendredi 19 juillet, lors de la victoire de l’Algérie face au Sénégal (1-0) à l’issue de la finale de la coupe d’Afrique de football

Dans « le Petit Maghreb », rue Jean-Talon, dans le nord de Montréal, le vendredi 19 juillet.

Aucun incident sérieux n’est venu troubler la fête ce jour-là…

… malgré l’éxubérance des supporters algériens…

Dans d’autres quartiers de Montréal, à Outremont par exemple ou dans le Mile-End, la co-habitation culturelle est parfois plus difficile…

Deux membres de la communauté juive hassidique traversent la chaussée, avenue du Parc, à l’angle de la rue Bernard. La communauté est présente à Montréal depuis plus d’un siècle. Selon les plus récentes statistiques, environ 15% de la population à Outremont a le yiddish comme langue maternelle.

Avenue du Parc

Rue Saint-Viateur dans le quartier du Mile-End

Avenue Lajoie, à Outremont

Cette cohabitation culturelle ne se déroule pas dans ces deux quartiers, semble-t-il, sans quelques heurts, comme en témoigne ici cet excellent reportage (53 minutes) de Éric Scott.

J’aimerais bien entendre les Montréalais s’exprimer sur la question…

Balade dans le quartier du « Petit-Champlain » lors d’une visite d’une journée dans la ville de Québec, le mardi 3 septembre. J’ai aussi adoré découvrir à Québec le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Boudin noir maison, restaurant l’Échaude, 73 Sault-au-Matelot, quartier du Vieux-Port, à Québec. Excellente cuisine! Infos au: https://www.echaude.com/

L’image de Leonard Cohen, enfant et icône de Montréal, trône au-dessus de la rue Crescent

Festival de quartier, avenue du Mont-Royal, le 24 août

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera bientôt le temps, malheureusement, de quitter Montréal et le Québec…

Quel beau séjour nous avons passé ici!

Réunion familiale autour de notre frère Bernard et de son épouse, à Gatineau, le vendredi 6 septembre

Deux dernières observations, cependant, avant de reprendre, dans une dizaine de jours, la route vers Vancouver.

#1 – Le recul prononcé du français à Montréal se confirme, même dans les quartiers traditionnellement francophones de la ville. À Outremont, un quartier que je connais assez bien puisque je le fréquentais tous les jours comme étudiant, autrefois, au Collège Stanislas, l’anglais est de plus en plus présent.

Dans les boutiques, les cafés ou les restaurants de la rue Bernard, l’anglais, dans les échanges est maintenant omniprésent. Même scénario sur ou autour de la rue Laurier.

La présence du Mile-End, quartier anglophone, tout proche, quartier jeune et branché, peut-elle, à elle seule, expliquer le recul du français à Outremont? Ou le phénomène s’est-il généralisé?

Dans le quartier Villeray, par exemple, plus à l’est, quartier traditionnellement francophone lui aussi, on entend les clients, le samedi, à la terrasse des cafés, rue De Castelnau, parler autant l’anglais que le français.

Il faut maintenant aller jusqu’au quartier de Rosemont-Petite-Patrie, encore plus à l’est, pour retrouver, semble-t-il, à Montréal, des résidents majoritairement francophones.

#2 – L’augmentation inquiétante du prix de l’immobilier dans le Grand Montréal. Dans certains quartiers (voir le graphique ci-dessous) les prix des maisons unifamiliales a augmenté de plus de 30% en cinq ans. Même phénomène à peu près pour les maisons de ville ou les condominiums. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, réclame (avec raison, selon moi) l’imposition d’une taxe aux acheteurs non-résidents comme c’est le cas maintenant à Vancouver ou Toronto.

Le gouvernement québécois, pour l’instant, «étudie la question ». C’est dommage. Les autorités devraient agir très vite, et limiter aussi, c’est urgent, la hausses des loyers, avant que d’autres familles ne soient brutalement chassées de leurs logements comme c’est le cas maintenant dans les quartiers de Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri.

Le prix des maisons unifamiliales dans certains quartiers de l’île de Montréal a grimpé de plus de 30% en 5 ans…

Un mot de politique avant de terminer.

Parc de la rivière-aux-sables, à Jonquière

Dans quelques semaines, le 21 octobre, les Canadiens iront aux urnes afin d’élire un nouveau gouvernement. 338 sièges sont en jeu. Ce sera une élection cruciale.

Le premier ministre et chef du Parti Libéral du Canada, Justin Trudeau, a participé, le dimanche 18 août, à Montréal, au 36è « Défilé de la Fierté » aux côtés de deux autres chefs de partis fédéraux: Jagmeet Singh, du Nouveau Parti Démocratique (NPD – gauche) et Elizabeth May, du Parti vert. Ces trois partis représentent, grosso modo, 60% de l’électorat canadien… (Photo, Graham Hughes – Presse Canadienne)

À six semaines du scrutin, rien n’est encore joué.

Mais devant l’obscurantisme qui semble, un peu partout, gagner du terrain, espérons que les Canadiens éliront le mois prochain un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, composé de parlementaires, hommes et femmes, progressistes et éclairés…

Bonne rentrée à tous!

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les pas de Bacchus et d’Épicure

Le chemin de Compostelle (le GR 65) a encore une fois, ce printemps, tenu toutes ses promesses!

Sur le chemin de Compostelle entre La Romieu et Castelnau-sur-l’Auvignon, dans le département du Gers, le dimanche 12 mai. Dixième jour de marche depuis mon départ de Cahors, le 2 mai.

Entre le village d’Auvillar, dans le département du Tarn-et-Garonne et la commune de Nogaro, dans le Gers, j’ai parcouru, comme prévu, en sept jours, 121 kilomètres.

Dix-sept kilomètres de marche par jour, en moyenne.

Sept jours de grand bonheur, de découvertes, de rencontres et d’échanges….

Sept jours passés (sauf les premières 48 heures) sous un ciel absolument radieux!

Les étapes (en mauve) de mon parcours réalisé du 9 au 16 mai entre Auvillar et Nogaro. J’ai aussi fait halte à Miradoux (entre Auvillar et Lectoure) et au hameau de Larressingle (entre La Romieu et Montréal-du-Gers). Après le 1er tronçon de 100 kms accompli début mai entre Cahors et Auvillar, j’ai parcouru ce mois-ci 221 kms. Objectif l’an prochain: à partir de Nogaro, rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port et les Pyrénées!

Pèlerins sur le sentier de Grande Randonnée (GR 65) avant l’arrivée à Castelnau-sur-l’Auvignon, dans le Gers…

… et en route ensuite vers Larressingle, le dimanche 12 mai

Sept jours au cours desquels j’ai pu aussi poursuivre mon apprentissage de la merveilleuse cuisine du sud-ouest…

Asperges vertes du pays, jambon cru, carottes et soupe aux lentilles. Restaurant Aube Nouvelle, dans le Tarn-et-Garonne.

Cuisine parfois métissée, comme le plat ci-dessous, servi au déjeuner, le 13 mai, sur une terrasse de la place de l’hôtel de ville, dans le village de Montréal-du-Gers.

Saucisses de Toulouse aux épices de Madagascar, pâtes parfumées d’huile de truffe blanche

Au sud de la Garonne, quelques kilomètres après avoir quitté Auvillar, le GR 65 entre dans le Pays de la Lomagne, en Gascogne.

Paysage de Gascogne, entre Miradoux et Lectoure, le vendredi 10 mai. Ci-dessous, un randonneur chemine près d’un vignoble entre Larressingle et Montréal-du-Gers, le lundi 13 mai

La Gascogne!

Que je rêve de découvrir depuis si longtemps!

Emblème du Pays gascon

« Un pour tous, tous pour un »

A. Dumas (1802-1870)

Nous sommes ici dans la patrie de d’Artagnan, le fier, l’impétueux d’Artagnan, né en Gascogne dans le village de Lupiac,  et « monté » très jeune à Paris rejoindre le corps des mousquetaires du roi, Louis XIII.

Que de souvenirs!

« Les Trois Mousquetaires« , le roman d’Alexandre Dumas, a été pour moi, comme pour beaucoup d’autres enfants, une véritable révélation. Une des premières grandes lectures de mon adolescence.

J’avais alors treize ans et j’étais avec l’un de mes frères pensionnaire, inscrit en cinquième, près de Paris, au Collège Albert-de-Mun, à Nogent-sur-Marne, à deux pas du bois de Vincennes.

Éloigné de mes parents (mon père travaillait pour l’OMS en Afrique), d’Artagnan et ses compagnons – Porthos, Aramis, le mystérieux Athos surtout – ont été, ces années-là, mes indéfectibles héros. Je dévorais leurs aventures le soir, à l’étude, et pendant les weekends, à Paris.

Après « Les Trois Mousquetaires », d’autres aventures de d’Artagnan, tout aussi palpitantes, ont suivi: « Vingt ans après » puis « Le Vicomte de Bragelonne ». Ces romans ont profondément marqué mes jeunes années.

« La Route d’Artagnan » est un chemin équestre européen (le premier dans le monde) qui relie Lupiac, en Gascogne, à Maastricht, en Hollande, Maastricht où est mort le véritable d’Artagnan en 1673.

Sur le chemin de Compostelle, le samedi 11 mai, l’immense église Saint-Pierre, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, domine le village de La Romieu. Le village doit son nom au terme gascon « Roumiou » qui signifie « le pèlerin venu de Rome ». Comme plusieurs autres communes dans le Gers, La Romieu doit son existence au passage continu des pèlerins depuis le Moyen-Âge…

Concert de musique ancienne et sacrée présenté par deux chorales – l’une venue de Tarbes, l’autre du pays de la Lomagne – rassemblées le samedi 11 mai à l’église Saint-Pierre de La Romieu.

Au programme: oeuvres de Marc-Antoine Charpentier, Scarlatti et Mozart…

Lynn, Canadienne de la province de la Nouvelle-Écosse, s’est arrêtée cette année juste après La Romieu. Elle poursuivra sa route sur le GR 65 l’an prochain. Au-revoir, Lynn!

La Gascogne, c’est aussi le pays de l’armagnac… et des tables gourmandes!

La place d’Armagnac, au centre du village d’Eauze, dans le département du Gers…

… le mercredi 15 mai, jour de repos, après six jours consécutifs de marche

Blancs de poulets sur oignons confits déglacés aux côtes de Gascogne

Un vieil homme soigne son jardin et ses vignes devant sa maison dans le village de Marides situé dans le Gers, entre Lectoure et Marsolan

Filet mignon de porc, gratin dauphinois et courgettes, La Romieu, samedi 11 mai.

Bacchus, dieu romain du vin et de la vigne

Épicure, philosophe grec, 341-270 av. J.-C.

En fait, au fur et à mesure que je progresse vers Nogaro, un phénomène assez curieux, inattendu, se produit…

Bacchus, dieu du vin et de la vigne, et Épicure, chantre de l’hédonisme…

… me prennent peu à peu par la main… et, ensemble, jour après jour, inexorablement,

ils transforment, métamorphosent mon Chemin de Compostelle… en un Chemin… épicurien!

Je découvre ainsi en route, chaque jour, dans les villages, des menus, des plats, de plus en plus alléchants!…

Poireaux vinaigrette revisités avec anchois et noisettes torréfiées. Tous les plats dans ce restaurant (Le Loft, à Eauze) sont confectionnés maison. « La racine du poireau », me confie la serveuse, « est la partie la plus vitaminée« .

Un midi, dans le bourg de Labastide-Marnhac, un peu après Cahors, mon plat du jour arrive… accompagné d’un litre de vin rosé. Un litre!

Araignée de porc, épinards et purée de pommes de terre. Restaurant « Les Halles », Labastide-Marnhac, dans le Lot.

« Le vin est compris », me dit gentiment la serveuse, en souriant, étonnée par mon regard perplexe. Autour de moi dans le restaurant, des ouvriers, les mains rudes, déjeunent joyeusement, en groupe. Sur leur table, quatre ou cinq bouteilles, bien entamées. Il est midi trente, un lundi…

Ce jour-là, malheureusement, je n’ai pu que tremper les lèvres dans mon verre… sous peine d’arriver plutôt chancelant à destination…

Le GR65 entre La Romieu et Larressingle, le dimanche 12 mai

L’Armagnac qu’on appelait jadis « l’eau ardente » était réputé au moyen-âge pour ses vertus thérapeutiques

Tous les randonneurs le confirment. Il règne sur les sentiers et les routes du département du Gers une atmosphère bien particulière.

Les agriculteurs, rencontrés près de leurs fermes, le long du GR65, vivent plutôt bien. La terre ici est féconde. Irriguée par de nombreuses rivières et cours d’eau. (Curieusement, une des villes les plus importantes du département, Condom, est baignée par la rivière Baïse. Bien prononcer le tréma du « ï ». C’est étrange, non?).

Le commerce de l’armagnac a largement contribué à la richesse de la région.

La fabrication de cette eau-de-vie, la plus vieille de France, se fait par distillation de vins blancs, secs. Une distillation suffit. (À la différence du cognac qui, lui, est distillé deux fois.)

Les tonneaux d’armagnac étaient autrefois transportés par bateau vers les ports de Bordeaux et de Bayonne et ensuite exportés, notamment vers la Hollande et l’Angleterre.

Aujourd’hui encore, partout dans le Gers, les randonneurs côtoient et traversent des immenses champs de vignes, soigneusement entretenus.

Entre Montréal-du-Gers et Eauze, le mardi 14 mai

La vigne est encore jeune au mois de mai. Les vendanges auront lieu à l’automne.

Le Floc de Gascogne

Une autre liqueur, plus douce, le Floc de Gascogne, est aussi souvent offerte aux pèlerins, en guise de bienvenue ou à l’heure de l’apéritif.

Bienvenue en Gascogne!

Entre Montréal-du-Gers et Eauze, un autre Canadien, de la Colombie-Britannique…

Mon carnet de pèlerin dûment estampillé à l’arrivée ou au départ de chaque étape.

Dîner chez Martine, à la « Halte de Larressingle », le dimanche 12 mai.

Pour moi, l’un des grands plaisirs du Chemin de Compostelle est de retrouver, le soir ou le matin, à l’heure du repas, randonneurs et pèlerins. Les sujets de conversation ne manquent pas. Les questions, les rires et les taquineries non plus.

En ce début de saison, à la mi-mai, la plupart des pèlerins sont à la retraite ou en vacances. Au début de chaque repas, il y a souvent entre randonneurs, autour de la table, un lien de camaraderie assez fort. Même si nous ne nous connaissons pas, nous avons tous la veille ou pendant la journée marché sur le même sentier, traversé les mêmes villages, rencontré les mêmes riverains. Cela créée immédiatement entre nous une atmosphère amicale, bienveillante, intime parfois, propice aux confidences…

Ces repas pris en commun sont un moment fort du Chemin. Apprendre à connaître et fraterniser avec ses voisins de table, partager ses expériences, écouter la grande variété des parcours professionnels et familiaux, entendre, dans le plus grand respect, les décisions, les choix qui ont été faits, par l’un ou par l’autre, éclater de rire aussi, c’est là, chaque jour, au cours du repas, l’un des immenses privilèges du chemin de Compostelle!

Photo de groupe, lundi matin le 13 mai, avant le départ de Larressingle pour Montréal-du-Gers.

J’aimerais donc avant de poursuivre rendre hommage ici à quelques-uns de ces marcheurs, pèlerins et riverains rencontrés ce printemps entre Auvillar et Nogaro…

Martine, ex-enseignante, offre aux pèlerins un accueil et un environnement exceptionnels dans sa propriété de Larressingle. Merci, Martine!

 

Jasmine, anthropologue, née à Saïgon, d’une famille originaire de Pondichéry

 

 

 

 

 

 

 

Philippe, du Var, avec qui j’ai cheminé un long moment entre Larressingle et Montréal-du-Gers

 

Laurence qui reçoit si gentiment les pèlerins dans sa grande maison située dans le centre historique de Eauze

 

 

 

 

 

 

 

Petit-déjeuner le mardi 14 mai à Montréal-du-Gers. La patronne (à gauche) vient de Madagascar

 

 

 

 

 

Gisèle, d’origine camerounaise, rencontrée devant sa maison à Manciet

 

Isabelle, derrière le comptoir du café-restaurant « Chez Monique » à Manciet, où je me suis arrêté pour le déjeuner

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai rapidement parcouru les deux dernières étapes de mon parcours entre Montréal-du-Gers et Eauze, le mardi 14 mai, et entre Eauze et Nogaro, le jeudi 16 mai. Il fait un temps magnifique… et de plus en plus chaud!

Sous un grand ciel bleu, le GR65 traverse les champs quelques kilomètres après Montréal-du-Gers… Le thermomètre oscille autour de 30 degrés.

Après avoir quitté la région de la Lomagne puis le chemin de la Ténarèze (une ancienne voie gauloise), le GR 65 entre, près de Eauze, dans la région du Bas-Armagnac… Territoire méticuleusement protégé où est produit, depuis le Moyen-Âge, le précieux nectar, l’Armagnac…

Sur le chemin, on peut apercevoir, à l’horizon, la ligne de crête des Pyrénées!

Entre Éauze et Nogaro, se profilent (sur la gauche) les sommets enneigés des Pyrénées!

Paysages splendides traversés entre Eauze et Nogaro!

Bassins où l’on pratique l’aquiculture (élevage des poissons et crustacés) dans la région du Bas-Armagnac. Treizième et dernier jour de marche, le jeudi 16 mai. Ci-dessous, une heure environ avant de rejoindre Nogaro, une partie du terrain de la grande ferme du Haguet, ouverte aux pèlerins…

La ferme du Haguet

Quelques derniers kilomètres (ci-dessous) à franchir dans le Bas-Armagnac… et…

… vers 13h30, le jeudi 16 mai, arrivée, comme prévu, à Nogaro, village paisible d’environ 2000 habitants…

En début d’après-midi, c’est l’heure de la sieste à Nogaro… Il n’y a personne à l’entrée du village pour prendre une photo!…

Mission accomplie!

221 kilomètres parcourus depuis mon départ de Cahors, le 2 mai. Je suis en pleine forme. Aucune ampoule. Pas d’entorse. J’aurais facilement pu réaliser deux ou trois étapes supplémentaires.

Pourquoi donc s’arrêter à Nogaro?

C’est qu’ici une navette quotidienne, en direction de Pau ou d’Agen, est assurée, par autocar, par la SNCF. Dans cette région isolée du département du Gers, il n’est pas facile de se déplacer et les liaisons ferroviaires ou par bus sont rares. C’est dommage!

L’accès aux transports en commun sera encore plus difficile, l’an prochain, plus au sud, dans le département des Landes et au Pays basque…

Le lendemain de mon arrivée à Nogaro, le vendredi 17 mai, jour de repos, je suis allé, sur les conseils de la propriétaire de ma chambre d’hôtes, déjeuner à l’une des bonnes tables du village, « Chez Quentin ». Et je n’ai pas hésité, cette fois, à accepter le quart de vin rosé…

Salade de chèvre chaud au restaurant « Chez Quentin », à Nogaro, dans le département du Gers

… avant de rejoindre en bus, le lendemain, le samedi 18 mai, brièvement, la ville de Pau (temps gris et pluie pendant deux jours, malheureusement)…

Le Grand Prix automobile de Pau s’est tenu (sous la pluie) le weekend du 17-19 mai

… puis, en train, Paris où jai retrouvé, dans le 19è et 20è arrondissement, mes repères et mes habitudes à Belleville et Ménilmontant.

Marché du jeudi, rue des Pyrénées, le 23 mai

Comme à chacun de mes séjours à Paris, rendez-vous chez mon fidèle coiffeur, Kandy, dans son modeste salon de la rue de Belleville (angle rue Julien Lacroix). Kandy, 52 ans, père de trois enfants, est originaire de Jaffna, au Sri Lanka.

La rue principale du village de Marsolan, dans le Gers. Un des plus beaux villages traversés ce printemps.

Me voilà donc arrivé au terme de cette deuxième belle aventure sur le chemin de Compostelle!

Il me reste un peu plus de 310 kilomètres maintenant avant d’atteindre les Pyrénées.

135 kms environ entre Conques (où je me suis arrêté l’an dernier) et Cahors. Ce qui représente 7 étapes. (Une étape = environ 20 kms)

Ensuite, 175 kms environ entre Nogaro et Saint-Jean-Pied-de-Port. 9 autres étapes.

Seize étapes donc à prévoir le printemps prochain, plus quelques jours de repos. Je prévois faire de nouveau une longue halte à Figeac afin, notamment, d’aller en train explorer la région de Rocamadour.

Si tout se passe bien, je devrais pouvoir réaliser ces 16 étapes + repos + Rocamadour en environ un mois.

Je commencerai donc ma randonnée un peu plus tard en 2020, vers la fin-mai probablement. Afin d’avoir presque terminé fin juin, et avant de retrouver Diana en France, début juillet.

Nous parcourrons ensemble au Pays basque les deux ou trois dernières étapes du GR65 jusqu’à l’arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Voilà, c’est le plan. Sortons, encore une fois, les gris-gris et les amulettes!

Merci à tous pour vos messages et vos encouragements!

Les tours de la cathédrale Notre-Dame photographiées hier matin, le mardi 21 mai, du pont Louis-Philippe

Un mot sur Notre-Dame avant de terminer…

Je suis retourné hier matin sur l’île de la Cité. C’était ma deuxième visite ce printemps. 

Les dégâts causés par l’incendie du 15 avril sont condidérables… tout comme les travaux de restauration entrepris très vite par les autorités….

Les touristes ont maintenant de nouveau accès aux rues avoisinantes de la cathédrale, la rue d’Arcole et la rue du Cloître Notre-Dame, (elles étaient fermées lors de ma première visite fin avril)… mais…

Notre-Dame réouvrira-t-elle ses portes dans cinq ans (pour les J.O. de Paris en 2024) comme l’a annoncé le président?

Les avis sont très partagés.

Notre-Dame, du pont de l’Archevêché, le mardi 21 mai…

……la cathédrale vue du Quai Montebello, mardi matin…

….les parois grandes ouvertes, béantes sur Paris

Le GR65 entre Cahors (Lot) et Auvillar (Tarn-et-Garonne)

Après quelques jours de repos à Belleville et Ménilmontant, à Paris, j’ai repris comme prévu, le jeudi 2 mai, à Cahors, ma route sur le Chemin de Compostelle.

Véritable coup de foudre en arrivant à Cahors!

Cahors, ville principale du département du Lot, le mardi 30 avril, vue du sentier qui mène au mont St-Cyr. Ci-dessous, une partie de la cité médiévale où l’on aperçoit le clocher et le dôme de la cathédrale St-Étienne. Le long des quais, ambiance et douceur méridionales….

La ville, qui compte environ 20 000 habitants, est nichée dans une boucle du Lot, dans un grand écrin de verdure. Le lieu est exceptionnel. Les Cadurciens et les Cadurciennes, c’est ainsi qu’on appelle les riverains, jouissent ici d’un environnement et d’un cadre de vie remarquables.

Il fait en plus, fin avril, un temps magnifique!

Le pont fortifié Valentré, construit au 14è siècle pour défendre Cahors, est l’un des plus célèbres ponts médiévaux de France. Il a été habilement restauré par Viollet-le-Duc dans les années 1870. Le pont est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco

Randonneurs et pèlerins se retrouvent le matin, dans une atmosphère conviviale, chez Pierre, autour de la table du petit-déjeuner…

 

Sur les conseils de Pierre qui offre à Cahors des chambres d’hôtes simples et chaleureuses dans la maison familiale, située dans la cité médiévale, je pars le lendemain de mon arrivée explorer l’un des chemins qui surplombe la ville…

 

 

 

Le sentier du Mont St-Cyr

 

Quatre-vingt-dix minutes de randonnée environ dans un décor étonnant… À partir du pont Louis-Philippe, qui enjambe le Lot, le chemin du Mont St-Cyr grimpe lentement vers un immense plateau verdoyant…

… impression d’être à mille lieues d’un centre urbain…

… le sentier redescend ensuite…

… vers la ville

… d’où l’on peut, en quelques minutes, traverser de nouveau la rivière, par le pont Cabessut, et rejoindre par les quais le cœur de la cité médiévale… Incroyable promenade! Bienvenue à Cahors!

Place du Marché à Cahors, près de la cathédrale Saint-Étienne

Cahors est le point de départ de très nombreux autres sentiers de randonnée…

Belle surprise à mon retour du mont St-Cyr. Un message m’attend. Un message de notre amie et ex-collègue, Josiane… qui est à Cahors pour raisons familiales. Josiane est née et a grandi dans le sud-ouest de la France. Nous avons travaillé ensemble dans la même école, à Vancouver, pendant cinq ans.

Nous nous retrouvons le lendemain, le 1er mai, place Clément Marot, dans la ville médiévale, autour d’un savoureux déjeuner, composé de mets typiques de la région.

En compagnie de notre amie Josiane à Cahors, le mercredi 1er mai. Ci-dessous, une des spécialités de la région…

Confit de canard

Nous décidons après le repas de participer, avec une demi-douzaine d’autres vacanciers, à une visite guidée de la ville organisée par l’Office de Tourisme. Grosse déception. Comme lors de ma visite guidée de Figeac l’an dernier, le guide est encore, cette fois-ci, une dame… originaire de l’Angleterre!

Malgré un accent prononcé, sa maîtrise du français est assez bonne, niveau C1 sans doute à l’oral du DELF, mais pourquoi faut-il que les Offices de Tourisme du Sud-Ouest embauchent des ressortissants anglais afin de faire découvrir aux visiteurs les trésors du patrimoine français?

Messieurs, Mesdames les responsables des Bureaux de Tourisme, de grâce, revoyez votre copie! (Voilà, c’était ma tirade « Vieille France »).

Entre deux explications emberlificotées de notre guide, Josiane et moi avons, du côté de la cathédrale, filé à l’anglaise et nous sommes allés terminer la journée en dégustant des crêpes au sucre sur une petite place paisible et ombragée…

Sur les rives du Lot, le mercredi 1er mai

Au-revoir, Cahors!

C’est au pont Valentré que débute à Cahors le GR65

Josiane est très gentiment venue le lendemain, le jeudi 2 mai, m’accompagner au début de mon périple de 221 kms qui doit me mener de Cahors à Nogaro

Le Chemin du Puy qui emmène marcheurs et pèlerins jusqu’aux Pyrénées

Entre Cahors et Montcuq (34 kms), j’ai eu droit, pendant les deux premiers jours sur le chemin, à tous les caprices possibles de la météo. Temps couvert, grandes éclaircies, ciel bleu, suivi de vent… et de quelques gouttes de pluie. Heureusement, ce seront les seules pendant les cinq prochains jours…

Il fait frais. Température idéale pour la marche…

Premier jour de marche, 14 kms, le jeudi 2 mai, entre Cahors et le hameau de Granéjouls (près du village de l’Hospitalet) où je me suis arrêté pour la nuit…

Comme l’an dernier, le GR65 me réserve bien des surprises…

Ainsi, cette petite buvette, stratégiquement située à la sortie du village de Lascabanes, où je fais halte, vers midi, lors de mon deuxième jour de marche, le vendredi 3 mai, pour le déjeuner…

Francine et sa partenaire Josy tiennent avec le sourire sur le GR65, depuis quatre ans, un petit bijou de restaurant. Pour les randonneurs affamés, tout y est « fait maison », y compris…..

… un excellent cassoulet, accompagné ici de magret de canard, de saucisson et de saucisse de Toulouse…

Moi qui m’étais promis de manger peu de viande pendant mon parcours, c’est raté!… Ce cassoulet sera cependant un admirable carburant sur le chemin qui monte abruptement vers Montcuq…

Il faut, SVP, bien prononcer le « Q » à la fin…

Vue partielle du village de Montcuq de la fenêtre de ma chambres d’hôtes…

Comme son nom ne l’indique pas, la commune de Montcuq est un charmant village – à l’histoire tumultueuse – d’environ 2 000 habitants. Le bourg accueille aujourd’hui de nombreux résidents étrangers (Hollandais, Britanniques) qui viennent passer ici une retraite paisible…

Après une étape de 20 kms, c’est « Chez Jane », à Montcuq, que j’ai choisi de passer ma deuxième nuit, en chambres d’hôtes…

Après une vie rocambolesque dans le milieu de l’édition et de la mode en Égypte, à Milan, à Nice et à Barcelone, Jane Greenwood a acheté puis restauré une maison à Montcuq où elle accueille marcheurs et pèlerins. Une très bonne adresse sur le GR65.

Le soleil s’est levé en quittant Montcuq! À part quelques courts passages nuageux, il ne nous quittera plus jusqu’à mon arrivée à Auvillar quatre jours plus tard. Les paysages, dans cette région qu’on appelle le Quercy, sont magnifiques!…

Entre Montcuq et Lauzerte, le hameau du Rouillac avant (ci-dessus) et après (ci-dessous) mon passage sur le chemin. Rouillac ne compte qu’une vingtaine d’habitants…

En quelques heures, le samedi 4 mai, j’ai facilement franchi les 14 kilomètres qui séparent Montcuq et Lauzerte… Le GR65 a quitté le département du Lot… Le sentier entre maintenant dans le Tarn-et-Garonne…

Arrivée à Lauzerte, cramponnée, à l’horizon, à son éperon rocheux… Je termine ici ma troisième étape.

Lauzerte (« lieu éclairé ») est l’un des nombreux « plus beaux villages de France » que traverse le GR65….

Belles rencontres et conversation à bâtons rompus le soir autour de la table des « Figuiers ». Des randonneurs de plusieurs pays –  Allemagne, Slovénie, Vietnam, Belgique, France – partagent chaleureusement leur expérience et leurs souvenirs du Chemin… Certains l’ont déjà parcouru cinq ou six fois… Une très belle soirée…

Randonneurs rassemblés autour d’un somptueux repas aux « Figuiers », à Lauzerte, le samedi 4 mai. À gauche, Thé, d’origine vietnamienne. À coté de lui, une infirmière, d’origine belge qui a autrefois travaillé  comme bénévole à l’hôpital général des Cayes, en Haïti…

La place des Cornières dans la ville médiévale de Lauzerte et l’église Saint-Barthélémy, construite au 13è siècle

Le lendemain, le dimanche 5 mai, la vieille ville, déserte, offre au visiteur un tout autre visage. Des dizaines de commerces et de logements à Lauzerte sont à vendre. « Le village meurt », me confie un ancien militaire rencontré devant l’église Saint-Barthélémy où on célèbre une messe en hommage aux Anciens Combattants. Il habite Lauzerte depuis vingt-deux ans.

Messe et cérémonie avancée du 8 mai devant l’église Saint-Barthélémy de Lauzerte

La serveuse du café me confirme que l’établissement est lui aussi « en vente depuis deux ans« . Il n’y a aucun repreneur en vue. Certains blâment le Brexit. D’autres affirment que le déclin de Lauzerte est dû à des raisons plus profondes, la lente désertification des villages français.

Les villages se vident. Les anciens métiers disparaissent. Les jeunes couples préfèrent habiter avec leurs familles près des commerces et des services, en ville, là où il y a du travail…

Le GR65 entre Lauzerte et Aube Nouvelle

Après avoir quitté Lauzerte, j’ai poursuivi mon chemin le dimanche 5 mai dans le Quercy.

La région est absolument splendide!

Nous sommes ici dans un pays où la terre est fertile, un pays où l’on célèbre « l’art de la table », à l’ancienne, et où l’on mange plutôt bien. On surnomme la région « le Royaume du gras »…

L’oie, le canard, le foie, le confit ou le magret sont en vente, partout.

C’est dans un petit hôtel de famille, à Aube Nouvelle, entre Lauzerte et Moissac, que j’ai d’ailleurs dégusté, le dimanche 5 mai, mon meilleur repas en deux ans sur le GR65…

Filet mignon de porc aux pruneaux d’Agen accompagné de légumes de saison.

Après une nuit à Aube Nouvelle j’ai repris la route le lundi 6 mai pour Moissac…

J’ai passé les deux jours suivants, entre Aube Nouvelle et Moissac (20 kms) et entre Moissac et Auvillar (21 kms) sous un grand ciel bleu…  Sur la route, d’anciens agriculteurs…

André, sur ses terres, près du village de Dufort-Lacapelette, devant une partie de son champ planté de pruniers. La récolte est prévue pour le début du mois de juin.

Hervé, ancien éleveur, devant sa maison située à cinq kilomètres de Moissac

Arrivée à Moissac le lundi 6 mai par la route des collines (une variante du GR65, un peu plus longue) qui permet de découvrir, de haut, la ville de Moissac, ci-dessous.

Après Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Cahors (Lot), Moissac, ci-dessus, dans le Tarn-et-Garonne, est la troisième grande cité sur le GR65. C’est ici que se rejoignent deux des grandes rivières sud-ouest, le Tarn et la Garonne.

Le mardi 7 mai – dernière étape avant ma journée de repos à Auvillar – j’ai emprunté, depuis Moissac, pendant une quinzaine de kilomètres, le superbe Canal des Deux Mers (qui relie sur 800 kms la Méditerranée à l’Atlantique)…

Le Canal des Deux Mers juste après avoir quitté Moissac, le mardi 7 mai

Le GR65 entre Moissac et Auvillar le long du Canal des Deux Mers

Le tracé du Canal des Deux Mers

De très nombreux cyclises, et quelques navires (ci-dessous) empruntent le Canal des Deux Mers

Quelle belle façon de terminer la première partie de ma randonnée!

Courte pause le mardi 7 mai dans un petit café du village de Malause, entre Moissac et Auvillar…

Après avoir franchi la Garonne à la sortie du village d’Espalais, arrivée au milieu de l’après-midi, le mardi 7 mai, comme prévu, à Auvillar!

Cent kilomètres parcourus depuis mon départ de Cahors le 2 mai. Rien de cassé pour l’instant. Pas de chute. Tout va bien.

Après le Lot, le GR65 quitte ce matin le Tarn-et-Garonne et entre dans le Gers…

Il me reste environ 121 kilomètres à parcourir avant d’arriver à destination, à Nogaro.

Le cœur en paix et l’âme tranquille, je poursuis ma route et ma belle aventure sur le Chemin de Compostelle

Bon printemps à tous!

Retour sur le Chemin de Compostelle

Je poursuis ce printemps comme prévu ma route sur le Chemin de Compostelle.

Après les randonnées épiques réalisées en décembre au Népal, dans l’Annapurna, puis dans la vallée de Katmandou, j’ai hâte d’enfiler de nouveau mes chaussures de marche, hâte de reprendre mon chapeau, mon baluchon – mon « barda » comme on disait autrefois…

Très envie de retrouver le silence des chemins de campagne, l’odeur de la terre, des buissons, de l’herbe mouillée. Le parfum des fleurs.

Envie aussi de poursuivre la belle aventure vécue l’an dernier entre Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire et Conques, en Aveyron.

Carte postale du chemin parcouru le printemps dernier entre Le Puy-en-Velay et Conques. 207 kilomètres le long du (Chemin de Grande Randonnée) GR 65. Une expérience inoubliable!

Derniers kilomètres avant de quitter le plateau d’Aubrac et de plonger (ci-dessous) vers le village de Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron. Neuvième étape l’an dernier, le dimanche 6 mai.

Le GR 65 avant l’arrivée à Saint-Chély d’Aubrac

Mon objectif cette fois-ci est de relier Cahors (Lot) à Nogaro (Gers) – une distance de 221 kilomètres – en treize jours de marche et deux jours de repos.

Sur le chemin de Compostelle, encerclées en bleu, la ville de Cahors et la commune de Nogaro. Selon le mode du « saucissonnage » bien connu des pèlerins, j’effectuerai dans un an ou deux (avant ou après avoir rejoint les Pyrénées) le tronçon manquant du GR 65 entre Conques et Cahors.

Entre Saint-Chély d’Aubrac et Saint-Côme-d’Olt en Aveyron, le lundi 7 mai 2018

En planifiant ce projet, l’an dernier, j’étais loin de me douter que cette longue randonnée vers les Pyrénées allait tant m’apporter!

Quelques unes des étapes du chemin de Compostelle entre Cahors et Nogaro. Aquarelle de Marie-Noëlle Lapouge – http://www.atelier-de-marienoelle.com

Jour de marché (et musiciens ci-dessous) le samedi 19 mai 2018 dans la vieille ville de Figeac (Lot) où je me suis arrêté presqu’une semaine après avoir rejoint Conques l’an dernier. Immense plaisir d’écouter et de savourer la langue des riverains dans les villages que traverse le GR 65…

Ruelle dans mon quartier, à Figeac, sur les hauteurs de la ville médiévale, mai 2018.

Avec le recul et les mois de réflexion qui ont suivi mon expérience de marche l’an dernier (205 kms), un sentiment nouveau, puissant, au fil des jours, a peu à peu émergé… une évidence, une conviction qu’on peut sans doute résumer ainsi…

Quelle meilleure façon d’exprimer aujourd’hui sa liberté que partir le matin, sac au dos, sur un sentier de campagne, s’arrêter à sa guise dans un village ou dans un café afin de converser avec les riverains, et repartir ensuite, à son rythme – assuré de trouver le soir, au bout du chemin, un toit, un lit confortable, des compagnons de route venus du monde entier… et des hôtes accueillants, heureux de partager un repas avec marcheurs et pèlerins?

Souper le 30 avril 2018 dans l’unique café du petit village de Chanaleilles, en Haute-Loire…

… et retrouvailles le lendemain soir, après une étape épique de 19 kms parcourue en partie dans la neige, dans une auberge de St-Alban-sur-Limagnole, en Lozère…

 

 

 

 

 

 

 

En plus de l’exercice quotidien, cette randonnée le long du GR 65 a, pour de nombreux marcheurs, même s’ils s’en défendent parfois, une forte dimension spirituelle, comme en témoignent ces quelques mots, publiés récemment dans une revue consacrée au chemin de Compostelle…

« La marche, telle un défi à la vitesse et au bruit, incite à la modestie, pousse à la curiosité, suscite la méditation. Elle invite au repli, à l’intimité, à se taire pour mieux écouter… »

ou encore

Dans une église de l’Aubrac, en mai 2018

À cette dimension spirituelle, vient aussi se greffer sur le chemin un riche volet culturel. Le tracé du GR 65 permet en effet aux randonneurs curieux de découvrir les légendes et l’histoire généralement peu connue de régions reculées du centre et du sud-ouest de la France…

Pays de la Haute-Loire et de la Lozère

J’ai pu ainsi parcourir en partie l’an dernier des régions sauvages, splendides, situées un peu hors du temps – la Margeride, le Gévaudan, l’Aubrac, la vallée du Lot, le Rouergue – territoires isolés où foisonnent encore une multitude de mythes et de récits, récits parfois terrifiants, comme celui de la « Bête du Gévaudan », un loup féroce qui au milieu du 18è siècle terrorisait et dévorait les villageois dans un secteur compris à présent dans le département de la Lozère…

La Bête du Gévaudan (illustration François de Sarre)

Aujourd’hui, hormis marcheurs et pèlerins, les visiteurs sont plutôt rares dans ces régions, ou alors ils ne font que passer, rapidement, au volant de leurs voitures, les yeux rivés sur leurs GPS… C’est dommage!

Quinzième et dernière étape l’an dernier entre Sénergues et Conques, en Aveyron, le dimanche 13 mai 2018.

Fromages…

… de l’Aveyron

J’ai bien hâte de découvrir ce printemps, entre Cahors et Nogaro, d’autres « pays » – le Quercy, la Gascogne, l’Armagnac… – « pays » situés dans trois départements – le Lot, le Tarn et Garonne et le Gers – connus pour leur gastronomie… et leurs vins!…

Vins et millésimes notés du sud-ouest

Menu affiché à l’entrée du village d’Aumont-Aubrac, en Lozère

Je me souviens encore du déjeuner dégusté en mai l’an dernier dans le village de Nasbinals, en Lozère. Un des plats du jour offerts ce midi-là, servi dans un décor simple et chaleureux. Un moment mémorable. Dès la première bouchée, le sentiment de goûter à une cuisine exceptionnelle. Une madeleine. Si vous passez par Nasbinals, SVP arrêtez-vous.

Veau de l’Aubrac, accompagné de tomates farcies, d’une salade verte et d’une corbeille de pain frais. Restaurant « La Route d’Argent » à Nasbinals.

Fort de l’expérience acquise l’an dernier, j’ai décidé ce printemps, pour les hébergements, d’éviter au maximum les hôtels… Hôtels souvent vieillots, chers et anonymes selon moi sur le GR 65…  (Après avoir lu le plus récent roman de Michel Houellebecq, « Sérotonine », qui a encore envie d’aller à l’hôtel?)… J’ai choisi plutôt de séjourner chez les riverains, en chambres d’hôtes et en demi-pension (chambre, souper et petit-déjeuner) lorsque c’était possible…

Un seul hôtel réservé, faute d’autre option ce jour-là, dans le Tarn-et-Garonne, entre Cahors et Nogaro.

La carte de mon parcours ce printemps. À titre de comparaison, printemps 2018 = 207 kms entre Le Puy-en-Velay et Conques. 15 jours de marche, 2 jours de repos. Moyenne = 13.8 kms par étape –  Printemps 2019 = 219 kms. 13 jours de marche, 2 jours de repos. Moyenne = 16.8 kms par étape. Mon objectif l’an prochain? Rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port et les Pyrénées!

Voici donc, au jour le jour, mon itinéraire pour ce deuxième tronçon du chemin de Compostelle…

24 avril = Départ de Vancouver

25 – 29 avril = Paris

29 avril – 2 mai = Cahors (Lot)

2 mai = Cahors – Granéjouls – 14 kms.

3 mai = Granéjouls – Montcuq – 19 kms.

4 mai = Montcuq – Lauzerte (Tarn-et-Garonne) – 14 kms. 

5 mai = Lauzerte – Aube Nouvelle/Dufort-Lacapelette – 11 kms. 

6 mai = Aube Nouvelle – Moissac – 19 kms. 

7 mai = Moissac – Auvillar – 21 kms. 

8 mai = Jour de repos à Auvillar – (100 kilomètres parcourus)

9 mai = Auvillar – Miradoux (Gers) – 18 kms.

10 mai = Miradoux – Lectoure – 16 kms. 

11 mai = Lectoure – La Romieu – 18 kms.

12 mai = La Romieu – Larressingle – 19 kms.

13 mai = Larressingle – Montréal-du-Gers – 11 kms.

14 mai = Montréal-du-Gers – Éauze – 18 kms. 

15 mai = Jour de repos à Éauze – (200 kilomètres parcourus)

16 mai = Éauze – Nogaro – 21 kms. 

17 mai = Jour de repos à Nogaro – Fin Compostelle #2 – 219 kilomètres parcourus.

18 mai = Nogaro – Pau (bus SNCF)

18 – 20 mai = Pau

20 – 23 mai = Paris

24 mai = Paris – Vancouver

Après deux mois d’hiver particulièrement rudes en Colombie-Britannique (le thermomètre, à Vancouver, n’a jamais atteint en janvier/février le seuil de dix degrés – un record), j’ai bien hâte de reprendre la route!

Bon début de printemps à tous!

Une forteresse royale, construite au 12è siècle, surplombe le village de Najac, en Aveyron… Najac où, après Conques et Figeac, je me suis arrêté plusieurs jours en mai l’an dernier…

… afin de poursuivre mes randonnées en Aveyron… (Ici, panorama sur le sentier qui va de Najac, à l’horizon, au village de Cassagnes)…

… et avant de rejoindre, en train (via Gaillac)…

… la très belle ville d’Albi, située sur les rives du Tarn… Albi, ville natale de l’explorateur Jean-François de La Pérousse (disparu en 1788 dans le Pacifique) et du peintre Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901).

Albi où trône, au-dessus de la vieille ville, l’imposante cathédrale Sainte-Cécile, construite à partir du 13è siècle… À très bientôt, le sud-ouest de la France!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pondichéry

Je ne m’attendais pas, en arrivant deux jours avant Noël à Pondichéry, à découvrir dans les rues de la ville une telle effervescence!…

Le territoire de Pondichéry est enclavé dans l’état du Tamil Nadu, dans le sud-est de l’Inde

Malgré le temps couvert, des centaines de curieux viennent assister près du bord de mer à Pondichéry, au festival kolam, le dimanche 23 décembre.

Après un voyage en train depuis Chennai, j’étais à peine installé dans ma guesthouse, dans « la ville blanche » comme on appelle ici l’ancien quartier colonial français, qu’une rumeur, un bruit de foule, venu du bord de mer, tout proche, m’a forcé… m’a poussé dehors…

Que se passait-il?

Participantes au festival kolam et badauds se pressent le long de l’avenue Goubert, à Pondichéry

Selon la tradition, tôt le matin dans le sud de l’Inde, les femmes dessinent sur le sol devant l’entrée de leur maison ou de leur commerce des figures géométriques en guise de bienvenue, et afin de porter chance et prospérité aux membres de leur famille et à la communauté.

Ces figures géométriques sont aussi des offrandes au jour qui se lève et une invitation aux divinités.

Un kolam à Pondichéry…

Ces « kolams » sont souvent très complexes. Les figures sont d’abord tracées avec de la craie et ensuite ornées de poudres de couleur, de grains de riz, de fleurs, de petites branches, tout ce qui est disponible à portée de la main. Les kolams sont réalisés uniquement par les femmes et le savoir-faire est partagé en famille entre grand-mères, mères, filles et sœurs..

 

 

… le dimanche 23 décembre

Le festival kolam vient, une fois l’an, à Pondichéry, honorer cette tradition… Un grand concours est organisé. La municipalité alloue à chaque participante un petit périmètre le long du bord de mer, et les concurrentes s’affairent, seules ou en petits groupes, en une heure ou deux, à réaliser leur kolam.

Les couleurs, le spectacle, l’élégance, dans la rue, sont saisissants!

Avenue Goubert, Pondichéry

Le tamoul est la langue principale parlée à Pondichéry. C’est aussi la langue officielle de l’état du Tamil Nadu (littéralement, « le pays des tamouls »). Le tamoul est également la langue parlée au nord du Sri Lanka. Trente minutes d’avion seulement séparent Chennai de Jaffna.

Les spectateurs assistent, attentifs, à l’élaboration des kolams. Et chacune des créations est ensuite soigneusement jugée, évaluée et notée par une équipe composée de dignitaires de la ville et du gouvernement du Tamil Nadu.

Les juges évaluent avec soin un kolam. Instant solennel pour les concurrentes et leurs familles

Les prix pour les gagnantes? Des appareils électro-ménagers, une télévision, des saris de qualité, des vêtements pour les enfants, des ustensiles de cuisine… Et, pendant un an, pour les familles, l’honneur et la considération auprès de la communauté.

Le festival Kolam a été pour moi, à peine arrivé dans la ville, une formidable introduction à Pondichéry… à sa culture, complexe, tolérante, déroutante aussi…

Pondichéry

… puisque quelques heures après le festival kolam, on célébrait dans la même rue, à deux pas, le dimanche 23 décembre et encore le 25, deux magnifiques messes de Noël – en français! – messes chantées dans l’église Notre Dame des Anges, noire de monde, les deux jours…

Messe de Noël célébrée à l’église Notre Dame des Anges à Pondichéry

L’église Notre Dame des Anges, construite entre 1851 et 1855, a récemment été rénovée. Le Tamil Nadu compte environ 6% de chrétiens et 6% de musulmans. 87% de la population est de confession hindoue. (Sur la religion à Pondichéry et dans le Tamil Nadu, voir la première partie du roman de Yann Martel, « L’histoire de Pi »…)

Alors, Pondichéry… ville tamoule… ville indienne… ville française?…

Ou les trois à la fois?

Les thalis servis dans le Tamil Nadu sont plus colorés, épicés – et copieux! – que ceux servis dans le nord du pays ou au Népal. Le prix des repas dans le sud de l’Inde est aussi, en général, beaucoup plus bas. Le prix du plat ci-dessus? 145 roupies, soit $2.80 ou 1,80

Rue Surcouf, Pondichéry

Rue de la Marine

Rue Mahé de Labourdonnais

Un peu d’histoire… pour mieux comprendre Pondichéry, le contexte dans lequel la ville est née et son évolution depuis le XVIIè siècle…

1er comptoir établi à Chandemagor en 1668, puis à Pondichéry en 1673, Mahé en 1721, Yanaon en 1725 et Karikal en 1739

À partir de 1668, la France, via la Compagnie française des Indes (créée en 1664) annexe ou acquiert plusieurs territoires dans le sous-continent indien afin, selon Colbert, le Contrôleur général des finances, sous Louis XIV, de « procurer au royaume de France l’utilité du commerce des Indes et empêcher que les Anglais et les Hollandais n’en profitent seuls. »

Après le Portugal, l’Angleterre et la Hollande, la France est la dernière puissance maritime européenne à fonder une compagnie des Indes pour commercer avec l’Orient.

Le comptoir de Pondichéry est « installé », pacifiquement, en 1673. La paix sera de courte durée.

Pendant près de trois siècles – jusqu’à la restitution du territoire à l’Inde en 1956 – Pondichéry va connaître une histoire tumultueuse. Entre l’Angleterre, la Hollande et la France, la ville change plusieurs fois de mains et d’allégeance. En 1761, Pondichéry, française, est rasée par les Britanniques. Puis rendue à la France en 1765 après un traité de paix avec la Grande-Bretagne. La ville est reconstruite…

Une dernière note historique. Tous les habitants de Pondichéry (et ceux des autres comptoirs) sont déclarés citoyens français lors de la révolution de 1848.

Carte non datée des possessions françaises en Inde. Pondichéry a aujourd’hui le statut de territoire et a été rebaptisée Puducherry en 1996

Que reste-t-il aujourd’hui de l’ancienne présence française?

Il est difficile d’évaluer le nombre exact de francophones qui vivent à Pondichéry. Le consulat de France recense environ 6000 « franco-pondichériens » mais une toute petite partie seulement – environ 200 – parle régulièrement le français. C’est infime pour une ville qui compte plus d’un million d’habitants.

Parmi ces franco-pondichériens, beaucoup de retraités. D’anciens militaires ou des fonctionnaires, nés à Pondichéry ou Karikal, qui ont fait carrière à l’étranger dans l’armée ou dans l’administration française, et qui passent maintenant leur retraite, ou plusieurs mois par an, au pays natal…

D’autres, n’ayant jamais quitté le territoire, vivent dans une situation beaucoup plus précaire et doivent compter, chaque mois, sur l’aide et les subventions du consulat.

Malgré tout, grâce à un méticuleux travail de restauration entrepris par les autorités françaises et l’état du Tamil Nadu, lorsqu’on se promène dans « la ville blanche« , propre, ombragée, fleurie, on a l’impression de marcher dans les rues d’une petite ville française, bourgeoise et cossue…

Rue de l’Évêché, à Pondichéry. Le cadastre du « quartier blanc » n’a pas changé depuis l’époque coloniale

Des appartements avec balcons, des maisons élégantes, de jolis immeubles rénovés et repeints, bordent les rues…

Rue Romain Rolland

Plusieurs bâtisses ont été reconverties en hôtels, en restaurants, en boutiques… Derrière les murs se cachent de somptueux jardins… D’autres immeubles ont été agrandis, modernisés… et réquisitionnés pour le service public…

Le Lycée Français de Pondichéry, rue Victor Simonel. Créé en 1826, le lycée accueille cette année environ 550 élèves, de la maternelle à la terminale. En plus de l’anglais, de l’allemand et de l’espagnol, les élèves peuvent aussi étudier, comme langue seconde, le tamoul.

L’Alliance Française de Pondichéry, rue Suffren

C’est dans la rue Suffren également qu’est située ma guesthouse (sur la droite). Afin de me déplacer plus facilement, j’ai loué pendant mon séjour, un vélo (vert, sur la droite)… Au Tamil Nadu, les nouveaux vélos sont, le premier jour, emmenés formellement au temple afin d’être bénis. Les guidons sont ensuite, ce jour-là, décorés de guirlandes de fleurs… Le protocole est le même pour les nouvelles voitures.

Le parc Bharathi au cœur de « la ville blanche » de Pondichéry

L’Institut Français de Pondichéry, rue Saint-Louis

Certains plats servis dans les restaurants du quartier ne dépareilleraient pas une bonne table européenne ou canadienne.

Poulet aux champignons, rue Labourdennais

Seul regret, le français, pratiquement inexistant dans les rues de Pondichéry. Parlé seulement par les très nombreux touristes français ou francophones qui fréquentent les boutiques et les cafés de « la ville blanche« …

Rama vend tous les matins, au bord de la mer, un délicieux café au gingembre et au miel!

Dipankar, devant son comptoir de samosas, rue de Bussy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À une quinzaine de minutes de marche du quartier colonial, vers l’ouest, un autre monde… La ville tamoule, « la ville indigène » ou « la ville noire » comme on l’appelle aussi, (à mon avis, très péjorativement)…  la ville tamoule où vit et travaille la très grande majorité de la population de Pondichéry…

La rue Bharathi, une des artères principales de la ville tamoule

Le grand marché couvert Goubert, au nord de la rue Bharathi

Monde complètement différent. Point ou peu de bâtisses rénovées ici… mais des rues commerçantes, animées…

Ville tamoule, Pondichéry

… et quelques îlots de calme…

Canteen Street, Pondichéry

En me promenant dans les rues de la ville tamoule, une grande politesse, dans les magasins, dans les restaurants… Les visages s’éclairent lorsqu’on apprend que j’habite au Canada… Le pays est connu, apprécié…  Les gens ont de la famille là-bas, des amis…

En dehors de l’Asie, c’est dans la région métropolitaine de Toronto qu’on retrouve la plus grande communauté de Tamouls dans le monde…

Pêcheurs devant le bord de mer à Pondichéry

Deux fois par jour, tôt le matin, et en fin d’après-midi, c’est au bord de la mer, sur la promenade qui fait face au golfe du Bengale, que les deux villes, la ville blanche et la ville indigène, se donnent rendez-vous et se rejoignent, pacifiquement…

« La promenade », avenue Goubert, à sept heures du matin. Un de mes moments préférés à Pondichéry. 40 minutes de marche environ pour parcourir (a-r) la longue avenue qui longe le golfe du Bengale

Malheureusement, pas de baignade dans la mer, à Pondichéry… Les courants sont trop dangereux…

Cinq fois par jour, retentit aussi dans la ville l’appel du muezzin qui invite les musulmans à la prière

Touristes et résidents viennent nombreux le matin assister au spectacle du soleil qui se lève au-dessus du golfe du Bengale

On croise sur le bord de mer, ou dans la ville tamoule, des visages étonnants…

Personnage rencontré un matin sur le bord de mer… « On ne sait pas d’où ils viennent, ni où ils vont », m’a dit un résident…

Lila Marie-Joséphine, francophone, 71 ans, née à Saïgon de père (militaire) français, vit maintenant avec sa fille à Pondichéry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai quand même pu prendre un bain de mer sur l’une des trois plages située aux environs de Pondichéry… Serenity Beach.

Serenity Beach, à six kilomètres au nord de Pondichéry, le jeudi 27 décembre. Température? 30 degrés.

Cette plage, qui est loin de rivaliser avec les plages immenses du Kerala, avec celle de Varkala en particulier, était l’une de mes étapes, ce jour-là, sur la route vers Auroville…

Une partie des magnifiques jardins de la commune d’Auroville située à 10 kilomètres au nord de Pondichéry

Impossible de parler de Pondichéry sans évoquer, même brièvement, Auroville, une commune à nulle autre pareille, fondée en 1968 par le philosophe indien Sri Aurobindo et sa compagne, française, Mirra Alfassa-Richard, surnommée « la Mère ».

Comment décrire Auroville?

La commune se targue d’être « une ville expérimentale » et « une cité universelle » dont le dessein est « de réaliser l’unité humaine » en réunissant sur son territoire des hommes, des femmes et des enfants venus de 50 pays différents et qui doivent, pour séjourner à Auroville, adhérer à une charte.

Mirra Alfassa-Richard, résume ainsi, dans un essai, sa vision d’Auroville:

« Il doit exister sur terre un endroit inaliénable, un endroit qui n’appartiendrait à aucune nation, un lieu où les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations, pourraient vivre librement comme citoyens du monde… Auroville a pour vocation d’être le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités… »

Ce projet, utopique à première vue, a néanmoins séduit depuis cinquante ans des milliers d’adhérents, étrangers pour la plupart, qui vivent et contribuent à la vision d’Auroville en participant notamment à 35 unités de travail (agriculture, informatique, éducation, santé, artisanat…) réparties sur l’ensemble de la commune.

Le projet est soutenu, depuis le début, par l’Unesco.

Le Mantrimandir (« le Temple de la Mère »), l’âme de la cité d’Auroville, situé sur un terrain dégagé appelé le « Parc de l’Unité ». Auroville était à l’origine un site aride, sans eau, un désert. Plus de deux millions d’arbres et d’arbustes ont été plantés depuis 1968…

Je ne suis resté que quelques heures à Auroville, heures passées principalement à me promener dans les magnifiques jardins et à visiter la librairie (où je me suis procuré, par curiosité, deux ouvrages de « la Mère »)

Je suis resté assez longtemps cependant pour avoir envie de revenir et d’en savoir un peu plus sur ce projet singulier.

Infos supplémentaires sur Auroville disponibles sur le site: https://www.auroville.org

Dans les jardins d’Auroville

Un mot sur la langue…

J’ai rencontré un après-midi dans un café du bord de mer un groupe de jeunes venant du Rajasthan, un état situé dans le nord-est du pays. Ces jeunes visitaient Pondichéry pour la première fois… Arrivés devant le comptoir du café, ils ont chacun passé leur commande en anglais. Je leur ai demandé pourquoi. Ils m’ont expliqué que, venant du Rajasthan, ils parlaient couramment le hindi et l’anglais (les deux langues officielles de l’Inde), ils parlaient également le rajasthani et le marwari, deux des langues régionales du Rajasthan… mais pas un mot de tamoul.

Le garçon du café, lui, ne parlait pas hindi, encore moins le rajasthani et le marwari… Leur seule langue commune (langue très hésitante pour le barista) était… l’anglais.

Un grand nombre de résidents du Tamil Nadu ne parlent pas hindi. Beaucoup en sont d’ailleurs assez fiers et considèrent que le tamoul devrait aussi avoir sa place en Inde comme langue officielle.

Même scénario il y a deux ans au Kerala. Je me souviens des nombreux touristes, venus de Mumbai, attablés chaque jour aux restaurants de Munnar. Pratiquement personne dans ces groupes ne parlait le malayalam, la langue principale du Kerala. Ils devaient eux aussi avoir recours à l’anglais, les habitants de Munnar ne comprenant pas, en général, le marathi, la langue parlée à Mumbai.

Combien de langues reconnaissez-vous sur ce panneau affiché à Auroville?

Avec la religion, la langue est, au quotidien, un des sujets qui fâche et crispe le pays, si paisible en général… d’un milliard 300 millions d’habitants. Le chiffre est vertigineux. C’est presque 18% de la population mondiale. (L’Inde devrait devenir le pays le plus peuplé du monde vers 2025)

Comment tout cela va-t-il évoluer?

Policiers à Pondichéry portant le traditionnel képi français

Des élections générales auront lieu en Inde dans deux mois, entre mars et mai 2019. Plus de 850 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, dans 28 états et sept territoires. Une logistique électorale monumentale.

Le gouvernement de Narendra Modi (centre-droit), élu en 2014, est en difficulté. Son parti (le BJP) a en quelques mois perdu plusieurs élections régionales.

Après un bon début de mandat, beaucoup de gens ici ont le sentiment que les promesses électorales n’ont pas été tenues. Le chômage, en particulier chez les jeunes, est en hausse, un peu partout. Et de nombreux électeurs ont très mal accueilli les récentes mesures prises par le gouvernement afin de marginaliser la population musulmane du pays.

Narendra Modi sera-t-il de nouveau plébiscité? Ou le parti du Congrès national indien (centre-gauche), dirigé par Rahul Ghandi, reviendra-t-il au pouvoir?

Résultat au printemps 2019.

Et Chennai?

Cette ville, anciennement appelée Madras, dont le nom, depuis si longtemps, me fait rêver… (peut-être à cause du « Madras curry »?… les associations, dans les rêves, sont parfois mystérieuses…)

Un rare moment de calme à Chennai, dans le quartier de « Marina Beach », le jeudi 20 décembre

Grosse déception. Chennai compte dix millions d’habitants. Bruit et circulation infernale. Pendant trois jours, j’ai cherché dans mon quartier d’Egmore, et au-delà, un espace vert, un parc ou un café où me poser, respirer et lire tranquillement. En vain. J’ai donc écourté mon séjour fin décembre, et j’ai vite pris le train (quatre heures) pour Pondichéry…

Un train local, bondé, qui a quitté la gare de Chennai à 6h30 du matin et s’est arrêté dans une vingtaine de localités avant d’arriver à Pondichéry. À bord, des familles, des groupes de jeunes qui vont passer les Fêtes au sud, près des plages.

À chaque arrêt, des vendeurs ambulants, de vrais acrobates, se fraient un passage dans les wagons archi-combles et offrent avec le sourire chapatis, thé noir, puri subji, café au lait, fruits, gâteaux. Un beau moment de voyage au cœur du sud de l’Inde!

Passagères débarquant ou attendant sur le quai de la gare de Viluppuram entre Chennai et Pondichéry

Gare de Tindivanam

Rue Suffren, le 1er janvier

J’ai quitté Pondichéry hier après-midi avec regret. J’aurais pu y rester beaucoup plus longtemps.

De nombreux voyageurs s’arrêtent dans la ville pour une halte prolongée. Un couple canadien de l’Ontario, connu rue Suffren, vient chaque année passer trois mois (décembre – février) à Pondichéry. Dès leur départ, ils réservent leur chambre pour l’année suivante.

Au jour le jour, selon son humeur, on peut passer à Pondichéry, en quelques minutes, de « la ville blanche » à « la ville indigène ». On peut s’inscrire à des cours de yoga ou de méditation, faire du bénévolat dans une école ou dans un orphelinat. Aller passer quelques jours à Auroville. Flâner tout simplement. S’asseoir dans un café. Prendre un peu de soleil au bord de la mer ou au parc Bharathi. Personne, dans l’espace public, ne viendra vous importuner. C’est rare.

Petit-déjeuner sur la terrasse…

Après plus de deux mois sur la route, mon voyage s’achève dans quelques jours. Je rentre à Vancouver (via Taipei) le jeudi10 janvier.

Heureux, comme d’habitude, de retrouver bientôt Diana et la Colombie-Britannique! Heureux aussi d’avoir vécu depuis bientôt neuf semaines tant d’expériences différentes… comme celles-ci:

  • Braver la pollution dans les rues grises et encombrées du Vieux-Delhi
  • Me fondre, près des sadhus, au bord du Gange, dans la foule pieuse des « ghats » de Varanasi
  • Marcher, à Lumbini, au Népal, dans les jardins qui ont vu naître Bouddha
  • Dialoguer avec les élèves, les enseignants et un ancien coopérant à l’école Shree Haraiya dans la petite ville de Haraiya Bazar, à 20 kms de Lumbini
  • Découvrir le beau village de montagne de Tansen et discuter les après-midis, au soleil, amicalement, avec Mohan Shrestha
  • Rencontrer à Pokhara Stephen et Annie et monter avec eux jusqu’à la Pagode de la Paix, située au-dessus du lac Phewa Tal
  • Cheminer en compagnie de mon guide Yubraj pendant cinq jours sur les sentiers du massif de l’Annapurna et admirer en route des pics majestueux de plus de 7000 mètres
  • Accompagné de deux autres guides, Shankar et Binod, vagabonder sur les splendides chemins de la vallée de Katmandou.
  • Vivre dans la belle cité de Patan, près de Katmandou, et partager un soir, avec mes hôtes, à leur domicile, un repas traditionnel népalais.
  • Découvrir enfin l’élégante et complexe ville de Pondichéry où, au bord du golfe du Bengale, il fait si bon vivre…
  • Et d’autres expériences encore…

L’année 2018 a été bien remplie…

BONNE ANNÉE 2019 À TOUS!

Lectures de décembre…  (livres de poche glanés dans les bibliothèques de fortune des « guesthouses »)        

 

Un magnifique roman d’aventures qui se déroule au cœur du pays sherpa, dans l’Himalaya. Et une histoire d’amour, pleine de surprises, entre un Français et une jeune Népalaise, Khami, une farouche « Sherpani ».  Fruit de leur amour, un garçon, Hima, naît… Le récit entraîne le lecteur de Paris, au Caire, à Katmandou, au campement de Namché Bazar, situé au pied de l’Everest. Le roman (en vente dans toutes les librairies de Pokhara) se lit en quelques heures. Excellent document sur le quotidien et les traditions dans l’Himalaya. Écrit par Jacques Lanzmann, le parolier de Jacques Dutronc.

 

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Au milieu du 19è siècle, un jeune matelot français, Narcisse Pelletier, est abandonné sur une plage du nord-est de l’Australie. Dix-huit ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard: il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher comme les indigènes qui l’ont recueilli. Il a perdu l’usage du français et a oublié son nom. Que s’est-il passé pendant ces dix-huit années? Récit bouleversant et admirablement écrit. Inspiré d’une histoire vraie, le livre a été récompensé de huit prix littéraires, dont le Goncourt du premier roman 2012. (Extrait de la quatrième de couverture du roman).

 

 

Épilogue

Gare de Chennai Central, 4h55 du matin, le vendredi 4 janvier. Faute de moyens, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants dorment chaque nuit assis ou à même le sol dans le hall de la gare…

Avertissement affiché dans les gares et dans les wagons de train en Inde. Ces alertes sont hélas trop rares.

Après vingt-neuf heures de train depuis Chennai à bord du « Rajdhani Express » – le trajet, même en 1ère classe, a été rude, inconfortable, la nourriture servie de qualité douteuse, une amère désillusion! – arrivée à New Delhi le samedi 5 janvier… sous un grand ciel bleu. Il fait froid. Six degrés. C’est l’hiver dans le nord de l’Inde.

Surprise en quittant en tuk tuk la gare de Nizamuddin: la pollution dans l’air et dans les rues de la ville est beaucoup moins visible que lors de mon premier passage, à la mi-novembre. On respire mieux.

Je me suis installé cette fois-ci dans un des « beaux quartiers » de Delhi, près de Connaught Place… à deux pas du métro qui me conduira à l’aéroport et à quelques minutes de marche du temple sikh Gurdwara Bangla Sahib, situé sur l’avenue Ashoka…

Le temple Sikh Gurdwara Bangla Sahib à New Delhi, le mercredi 9 janvier

 

 

 

La vallée de Katmandou

Je suis revenu dimanche à Patan (mon quartier, calme, près de Katmandou) après avoir passé, sans doute, mes quatre plus belles journées au Népal!

Les plus surprenantes aussi!

Randonnée à environ 1800 mètres d’altitude, au-dessus de la vallée de Katmandou, entre les villages de Balthali (à l’arrière-plan) et Namobuddha, le samedi 15 décembre

Thuli, 89 ans, termine son déjeuner chez elle, dans le village de Phaskot, 400 habitants, situé entre Namobuddha et Dhulikkhel. Voir la carte ci-dessous. Le tilak (ou tika) mauve, le point coloré sur le front, indique que Thuli est veuve.

En planifiant ce voyage, je m’étais promis de faire dans la vallée de Katmandou une deuxième longue excursion après celle réalisée dans l’Annapurna…. (Voir l’article précédent)

Soulignées en vert, les étapes de mon excursion de quatre jours dans le sud-est de la vallée de Katmandou. Jour #1: taxi (2 heures environ) de Patan/Katmandou jusqu’au bourg de Panauti, puis montée jusqu’au village de Balthali (1500 mètres d’altitude). Jour #2: Balthali. Jour #3, 3 heures de randonnée entre Balthali et Namobuddha (1750 mètres). Journée exceptionnelle! Jour #4: 2h30 environ de marche entre Namobuddha et la petite ville de Dhulikkhel, puis bus et taxi jusqu’à Patan. On peut aussi prolonger son excursion en explorant les sentiers et les villages situés au nord de la vallée…

Mission accomplie!

Quelle excellente idée d’explorer cette région où les touristes  – à deux heures de la capitale – sont beaucoup plus rares que dans l’Annapurna!

Près de Dhulikkhel, dans la vallée de Katmandou, le dimanche 16 décembre.

Mon message à ceux et celles qui songent peut-être à visiter le Népal sans faire de « trek » dans l’Everest ou dans l’Annapurna, est assez simple.

Cette boucle – Katmandou – Panauti – Balthali – Namobuddha – Dulikkhel – Katmandou est très facilement réalisable et une excellente alternative aux randonnées plus classiques et plus longues offertes ailleurs au pays.

Boucle que l’on peut raccourcir, ou prolonger à sa guise, en passant plusieurs jours à chaque endroit, avant de repartir, sans jamais prendre la route goudronnée, mais seulement les sentiers, magnifiques, qui relient depuis des siècles les villages paisibles de la vallée…

Aventure et dépaysement garantis!

Tous les hébergements dans la vallée peuvent, pour la journée, recommander un guide aux visiteurs. Ci-dessus, Shankar, qui me conduira sans encombres, le samedi 15 décembre, de Balthali à Nammobuddha. Une randonnée exceptionnelle! Né à Balthali, Shankar ne parle que deux ou trois mots d’anglais. Ci-dessous, le sentier, au départ de Balthali…

Voici donc un résumé des principaux points forts de cette randonnée au cœur du pays newari … randonnée fantastique et négligée, à tort, selon moi, par la plupart des visiteurs…

#1 – La qualité des hébergements, très bonne en général, avec un personnel habitué, rompu à la clientèle étrangère…

Chemin qui mène à mon bungalow…

… surplombant le village de Balthali… Balcon, eau chaude… et chaufferette dans la chambre car les nuits en décembre sont fraîches…

Thapa qui gère tout en douceur son établissement à Balthali

Thali végétarien népalais servi avec des champignons, des épinards et des légumes récoltés dans le jardin de ma « guest house » à Balthali…

#2 – Les vues, imprenables, pendant quatre jours, des sommets de l’Himalaya…

Les pics de l’Himalaya vus de Namobuddha, le dimanche 16 décembre… Trois sommets, parmi d’autres: le Gauri Shankar (7415 mètres), le Phurbi Chyachu (6722 mètres), le Melungtse (7181 mètres). L’Everest, plus à l’est, n’est malheureusement pas visible…

… et sur le chemin qui descend vers Dhulikkhel…

… où plusieurs chantiers sont en cours…

Entre Namobuddha et Dhulikkhel

#3 – Les sentiers, moins hauts, bien sûr, que ceux empruntés dans l’Annapurna, mais tout aussi variés et impressionnants…

Un des ponts suspendus entre Balthali et Namobuddha…

Une heure environ avant l’arrivée à Namobuddha… Altitude 1700 mètres

Lourd fardeau porté par une femme près de Namobuddha

Maison de village entre Nammobuddha et Dhulikkhel

En allant vers Dhulikkhel

#4 – La nourriture, apprêtée avec soin à Balthali, et tout simplement exceptionnelle, dans mon hébergement, à Namobuddha…

Salade d’avocats

Les repas, au Namobuddha Resort sont 100% bio et semblent être droit sortis d’une ferme écologique européenne ou canadienne. Tous les ingrédients, sauf le fromage de yack, proviennent du jardin de l’hôtel… qui fabrique aussi son pain… et même sa crème glacée.  

Quiche aux légumes accompagnée de champignons du jardin, de betteraves et d’haricots verts

Il n’y a pas de menu. On sert chaque jour, au déjeuner et au dîner, trois plats composés des produits les plus frais du potager…