Paris – Nuit debout

Place de la République, samedi 7 mai

Paris, place de la République, samedi 7 mai

Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.

Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.

Paris gronde en cette première semaine de mai!

Un vent de révolte souffle dans les rues de la ville, et il règne ici, au bord de la Seine, de la place de la République, à Nation, à la place de la Bastille, une atmosphère folle de fin de régime.

Dans certains quartiers du nord et de l’est – à Belleville, à Ménilmontant, autour des stations de métro Jaurès et Stalingrad, le long du canal Saint-Martin – aux brins de muguet, se mêlait, le 1er mai, une persistante odeur de poudre…

Le quinquennat de François Hollande s’achève et les Français, en grande majorité, sont mécontents. Depuis plusieurs semaines, de plus en plus nombreux, ils manifestent, parfois violemment.

Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d'incidents violents entre forces de l'ordre et manifestants.

Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d’incidents violents entre forces de l’ordre et manifestants.

Les sujets de discorde ne manquent pas : le chômage, l’accueil réservé aux migrants, la réforme du code du travail, la précarité dans laquelle vivent les familles, le sentiment général d’exclusion ressenti par les jeunes, en particulier ceux issus de l’immigration.

Lassitude et défiance également dans le pays envers les membres d’une classe politique dévalorisée, sclérosée, qui peine à se renouveler.

Les perspectives d’avenir semblent, pour beaucoup, plutôt sombres.

Loi El Khomri

La prolongation de l’état d’urgence, pour deux mois, à partir du 26 mai, et la crainte, toujours possible, de nouveaux attentats viennent encore noircir le tableau.

Place de la République, Paris

Place de la République, Paris.

La place de la République, plus calme, mardi 3 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Afin de riposter et de faire front à la grisaille, à la morosité qui attriste le pays, il se tient, depuis cinq semaines, place de la République à Paris, un événement emblématique : la Nuit debout.

Nuit debout

Nuit debout, jeudi 5 mai.

Tous les après-midis, à partir de 16 heures et jusque tard dans la nuit, des centaines de citoyens, de tout âge et de toutes conditions, se réunissent afin de dialoguer et partager leurs idées, leurs sentiments, leurs convictions. Ils se rassemblent pour essayer de comprendre, et essayer aussi d’apporter des solutions au sentiment de malaise général qui semble tous les jours gagner du terrain.

L’événement est structuré autour de thèmes sur lesquels les citoyens sont invités à prendre la parole, librement, pendant une heure environ. Une fois la discussion entamée, n’importe qui peut poser une question, apporter une clarification, partager son expérience.

Nuit debout, jeudi 5 mai.

Nuit debout, jeudi 5 mai.

C’est un formidable exercice de démocratie. Lors de ma visite, jeudi, j’ai été frappé par le grand respect et l’immense qualité d’écoute des participants. Chacun prend le micro, partage ses idées, apporte une précision, pose ou répond à une question. Travail admirable. C’est beau à voir.

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Deux thèmes étaient à l’ordre du jour jeudi après-midi: l’histoire de l’islam, et un peu plus tard, une ancienne prisonnière est venue dénoncer les (très mauvaises) conditions de détention des prévenus dans les établissements pénitentiaires français.

Une assemblée générale a aussi lieu tous les soirs.

Jeudi 5 mai

Jeudi 5 mai

En marge de ces grands débats, d’autres groupes, plus petits, se forment spontanément et s’installent, place de la République. Certaines conversations (comme celle ci-dessous) ont lieu simultanément en plusieurs langues, français, anglais, espagnol, un des participants faisant office de traducteur.

Jeudi 5 mai

Jeudi 5 mai

Un des participants à la Nuit debout, proche des mouvements de la gauche radicale apparus récemment en Espagne (Podemos) et en Grèce (Syriza), expliquait en ces termes, au journal « Le Monde », sa présence, place de la République :

« Il a fallu du temps pour que cela arrive chez nous, mais maintenant c’est là, pour plusieurs raisons, et d’abord le ras-le-bol après cinq années Hollande, mais je crois aussi que les gens n’ont pas supporté de se faire confisquer l’émotion d’après les attentats, surtout par des types qui ne nous rassurent pas du tout. »

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La gamme des revendications, place de la République, est immense. Chacun a une idée, une cause à défendre, un combat à mener, quelqu’un à convaincre.

Ainsi ce Soudanais de 30 ans, récemment arrivé sur le sol français, et qui s’exprimait lui aussi (en traduction) dans les colonnes du « Monde »:

« Nous demandons des papiers et une vie digne parce qu’il n’est pas normal qu’il soit plus difficile de se faire une place en France que de traverser la Méditerranée. »

La grande majorité des participants cible un ennemi commun: le gouvernement – l’actuel et le précédent – dépassé par les événements disent-ils, et qui semble incapable de proposer aux citoyens des solutions aux problèmes de plus en plus complexes auxquels ils sont confrontés.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Combien de temps encore le mouvement (qui se répand dans les villes de province: Nantes, Lyon, Rennes) tiendra-t-il?

De quelle façon évoluera-t-il?

Difficile à dire.

À Paris, la préfecture de police a depuis une semaine déjà considérablement réduit le temps de parole des participants à la Nuit debout. Les rassemblements doivent désormais se terminer à 22 heures, en semaine, et au plus tard à minuit le weekend. Tous les soirs, la place de la République est évacuée. Des affrontements, souvent musclés, ont lieu.

Les forces de l’ordre sont débordées. Certains lycées, à Paris, la semaine dernière, ont été en partie incendiés.

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La résistance s’organise. Les syndicats et les participants à la Nuit debout planifient dans quelques semaines une grève générale qui devrait paralyser le pays, la date du 18 mai est souvent mentionnée.

Dès jeudi, d’autres manifestations sont prévues.

Place de la République

Place de la République

Malgré l’extraordinaire énergie qui se dégage de la place de la République, je ne serai pas trop triste de quitter Paris, et de changer d’ambiance…

Départ demain pour Nice, première étape d’un séjour de trois semaines dans deux régions du sud de la France, les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence. Haltes prévues également à Marseille et Cassis.

Retour à Paris le 27 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Paris – Sorbonne

Place Saint-Michel

La place Saint-André-des-Arts, dans le 6è arrondissement de Paris, le mercredi 1er juillet 2015

Cela fait si longtemps que je rêve d’étudier à la Sorbonne, et me voilà inscrit à l’université d’été de cette vénérable institution, fondée en 1257 par Robert de Sorbon, et dirigée au 17è siècle par Richelieu.

Tous les ans, pendant quatre semaines, au mois de juillet, la Sorbonne accueille des étudiants du monde entier!

Des cycles de cours, d’une semaine chacun, regroupés par thèmes, sont proposés aux étudiants. Des visites, des conférences sont aussi offertes, les après-midis ou le soir.

Visite de la Sorbonne et de la Cour d'honneur, 2 juillet

Visite de la Sorbonne et de la Cour d’honneur, ci-dessous, le jeudi 2 juillet.

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Les cours, d’une durée de 3 heures, sont dispensés à la Maison de la Recherche, une des nombreuses annexes de l’université, située rue Serpente, à deux pas de la place Saint-Michel, au coeur du Quartier latin.

Quartier latin, 3 juillet 2015.

Le Quartier latin, le vendredi 3 juillet 2015.

En ce début de session, nous ne sommes que quatre, venus de l’Espagne, du Brésil, de l’Australie et du Canada, à être inscrits au cycle 3, « Engagements et Résistance« , un survol des différentes formes d’engagement de la fin de l’Antiquité aux révoltes populaires du 16è au 18è siècle. Le cours comprend aussi un volet sur l’engagement, au théâtre, chez les femmes et chez les intellectuels, aujourd’hui. Le sujet est passionnant.

Camarades de classe, Silvio, de Sao Paulo, et Francisco de Madrid

Camarades de classe, Silvio, de Sao Paulo, et Francisco, de Madrid.

Vu la température – le thermomètre est monté mercredi à Paris jusqu’à 39 degrés – l’ambiance, dans les classes, est décontractée; chaque professeur distille, à sa façon, son enseignement.

Certains, raides et concentrés, parlent rapidement derrière le micro sans trop se soucier si les étudiants suivent ou non leurs propos. Ils sont, heureusement, minoritaires. Les autres, souriants, avenants, prennent le temps de partager et invitent, encouragent les étudiants au dialogue et aux échanges.

Le contenu des cours est très riche, le niveau remarquable.

Merci à Nathalie Duval, Sophie Marchand et Catherine Helbert, vos cours ont été exceptionnels!

Paris, jeudi 2 juillet

Paris, le long des quais, le jeudi 2 juillet

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Cela passe vite, une semaine!

Étudiants regroupés dans le hall de la Maison de la Recherche, vendredi 3 juillet, avant la remise des

Les étudiants, regroupés dans le hall de la Maison de la Recherche, le vendredi 3 juillet, avant la remise des « diplômes »…

La première session de l’université d’été a pris fin vendredi. Autour d’une table bien garnie, chacun des étudiants a reçu un certificat attestant de sa participation au programme.

Cela a été une belle expérience, et je reviendrai!…

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D’ici là, retour à Belleville… avant de partir, le 11 juillet, pour trois semaines, au Pays basque et dans les Pyrénées…

En montant vers Belleville…

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Notre jardin à Belleville, lundi 6 juillet.

Notre jardin dans le quartier de Belleville, le lundi 6 juillet.