Entre Belleville et Ménilmontant

À l’est de Paris, entre le parc des Buttes-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, les quartiers de Belleville et Ménilmontant.

Cela fait plus de dix ans que je viens tous les ans à Paris vivre quelques semaines dans le quartier de Belleville ou celui, voisin, de Ménilmontant. La plupart des touristes ne mettent jamais les pieds dans ces quartiers populaires de l’est de la ville. Trop excentrés. Peu de monuments à voir ou de musées à visiter.

Rue de Ménilmontant, le mercredi 21 juin

Si les vacanciers s’aventurent jusqu’ici, c’est souvent en quête du petit frisson qu’ils ressentent, assis timidement à la terrasse d’un café ou à la table d’un bistrot. Le sentiment de vivre, un instant, à Paris, dans un monde bigarré, métissé. Vaguement dangereux. Dans un de ces quartiers dits « sensibles » qui fascinent et effraient les étrangers.

La rue du Faubourg du Temple qui mène, au nord, vers Belleville. Ci-dessous, le boulevard de Belleville, un jour de marché

Ceux, de plus en plus nombreux, qui connaissent et aiment la vie animée de ces deux quartiers savent cependant que derrière l’agitation de la rue et les portes closes des immeubles se cache un monde plus feutré, presque secret. Où le promeneur découvre des passages silencieux, des cours intérieures, de petits jardins, des oasis insoupçonnées…

Villa de l’Ermitage, Ménilmontant

Derrière les facades des immeubles, on retrouve à Ménilmontant ou à Belleville des îlots de calme et de verdure, les deux quartiers ayant gardé à Paris leur âme de village…

Aux portes de Paris, Belleville et Ménilmontant partagent une longue histoire de révolte et d’insurrection…

Avant d’être annexés à la capitale en 1860, les deux faubourgs, situés sur une colline, sont peuplés d’ouvriers, d’artisans. On vote à gauche. Les premiers syndicats voient le jour ici.

En mai 1871, les barricades sur les hauteurs de Belleville sont les dernières à tomber lors de la Commune.

Mai 1871, Boulevard de Belleville.

Au tournant du siècle, les deux villages, plantés de vignes, sont des lieux de promenade et de plaisir appréciés des Parisiens. Qui viennent aussi le soir s’encanailler dans les guinguettes et se rassasier de vin bon marché.

Ménilmontant, 1947. Photo Willy Ronis.

La tradition se poursuivra longtemps.

Rue du Pressoir, 1957. Photo Gérard Lavalette – « Le Belleville que j’aime avec ses mecs sapés comme des arsouilles, des anars… » (G.L.)

Dans ces deux quartiers éloignés du centre et des grands boulevards de la capitale, les conditions de vie sont souvent précaires. Des îlots d’habitation, insalubres, peuplés de familles, d’enfants, font bientôt leur apparition. Ils seront, plus tard, détruits.

Devant un café de Ménilmontant, 1947. Photo Willy Ronis.

Ménilmontant, 1957. Photo Janine Niepce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est aussi à Belleville et à Ménilmontant qu’affluent, à la fin de la première guerre, les premiers migrants. Polonais, Arméniens, fuient les combats et se réfugient avec leurs familles dans le Bas-Belleville. Ils travaillent le cuir, le bois, le fer. Ils sont bientôt suivis par les Italiens, les Espagnols… Les Algériens, les Tunisiens viendront ensuite… La population des deux quartiers explose. Parmi les nouveaux-venus, des noms et des visages qui seront plus tard très connus…

Au 72 rue de Belleville…

Une importante communauté asiatique vit également à Belleville depuis trente ans. Et aujourd’hui, le monde entier se donne rendez-vous ici. En particulier les jours de marché, le mardi et le vendredi, où les deux quartiers, véritables tours de Babel, sont réunis dans une atmosphère de fête entre la rue de Belleville et la rue de Ménilmontant.

Le contraste avec les « beaux quartiers » du centre est frappant. Les enseignes des grandes compagnies (Starbucks, Gap) qui défigurent peu à peu les quartiers historiques de Paris sont pratiquement absentes à Belleville ou Ménilmontant.

Ici priment la vitalité du commerce de proximité, la vie de quartier et la chaleur des échanges entre clients et petits commerçants – cordonniers, épiciers, tailleurs, bouchers, maraîchers qui bien souvent oeuvrent depuis des années, en famille, dans la même boutique.

Cette intimité dans les rapports quotidiens (qui semble avoir disparu dans les quartiers du centre) n’a pas de prix. C’est une des raisons pour lesquelles nous revenons.

Rue du Faubourg du Temple

C’est à partir de ces deux arrondissements (le 19è et le 20è) qu’on peut, à mon avis, faire parmi les plus belles, les plus étonnantes promenades dans Paris. Entre le parc des Buttes-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, les possibilités sont presque infinies…

Pour ceux qui aiment flâner loin des sentiers battus et découvrir des rues ou des quartiers insolites, voici trois suggestions d’itinéraires dans le Paris populaire d’autrefois et celui, transformé, multiculturel, d’aujourd’hui.

Montmartre et le Sacré-Coeur, vus de la Butte Bergeyre dans le 19è arrondissement.

Avant de chausser vos espadrilles cependant, un conseil. Prendre son temps, ne pas hésiter à se perdre dans les petites rues transversales. S’arrêter un moment pour souffler dans un parc ou au comptoir d’un café. Tout cela est fortement recommandé.

Passage Pinton, dans le quartier de la Mouzaïa, dans le 19è arrondissement

#1 – Du cimetière de Belleville (le point culminant de Paris avec Montmartre), rejoindre la station de métro Télégraphe et descendre la rue de Belleville jusqu’au boulevard de Belleville.

En chemin, musarder dans les boutiques, les boulangeries et les nombreuses librairies du « Village Jourdain ». Visiter l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Franchir la rue des Pyrénées (le parc des Buttes-Chaumont est à 5 minutes de marche, sur la droite) et descendre jusqu’au boulevard (et métro) de Belleville.

On laisse ici le 19è (et le 20è) arrondissement.

Continuer ensuite tout droit le long de la rue du Faubourg du Temple jusqu’à la place de la République. Le canal Saint-Martin est à deux pas, sur la droite.

On peut poursuivre la promenade jusqu’au quartier latin en suivant la rue des Archives (ou la rue Vieille du Temple) jusqu’à la rue de Rivoli et l’Hôtel de Ville.

Franchir ensuite la Seine et arriver au boulevard Saint-Michel. C’est, en partie, le chemin que je parcours tous les matins afin de rejoindre La Sorbonne. (1 heure 15 environ).

Métro Belleville, le mercredi 21 juin.

#2 – Du métro Gambetta (sortie Martin Nadaud), emprunter la rue des Rondeaux qui longe le cimetière Père-Lachaise. Tourner à gauche au bout de la rue des Rondeaux et emprunter la rue Stendhal jusqu’à l’église Saint-Germain de Charonne, construite au Moyen-Âge, une des plus anciennes et (à mon avis) une des plus belles églises de Paris, avec son petit cimetière.

Le quartier Saint-Blaise et l’église Saint-Germain de Charonne, mercredi 12 juillet.

Poursuivre la promenade dans le quartier St-Blaise, situé en face de l’église, un des plus vieux quartiers de la capitale, méconnu. La chanteuse Barbara y a vécu.

Terminer la promenade (hors du 20è arrondissement) en descendant la rue de Charonne jusqu’à la place de la Bastille. Détour recommandé au marché Aligre, dans le 12è, un des plus animés de Paris, ouvert 6 jours sur 7. (2 heures).

#3 – Du parc des Buttes-Chaumont, emprunter la rue de Mouzaïa et se perdre dans les petites ruelles bordées de villas et de jardins. Terminer la promenade au parc de la Butte Rouge. (1 heure).

Revenir sur ses pas et, à partir du parc des Buttes-Chaumont, descendre la rue de Crimée jusqu’au bassin de la Villette où le promeneur a deux options. Tourner à droite et poursuivre la promenade le long du canal de l’Ourq.

Ou tourner à gauche et rejoindre le centre-ville par les berges du canal Saint-Martin. (1 heure)

La Seine et l’île Notre-Dame vues du pont Louis-Philippe.

Diana m’a rejoint à Paris et je commence demain, rue Serpente, dans le Quartier latin, ma deuxième semaine de cours à la Sorbonne. Semaine consacrée aux identités françaises. Cela sera passionnant.

Nous partons comme prévu dimanche 16 juillet pour un long séjour dans le sud-ouest de la France.

Au programme, trois semaines à Sète, au bord de la Méditerranée, avant de poursuivre notre exploration de la région Languedoc-Roussillon (rebaptisée depuis peu Occitanie) dans la petite ville de Prades, située dans les Pyrénées-Orientales, où nous passerons une semaine.

Nous terminerons notre périple, à la mi-août, chez une amie, à Toulouse, avant de rentrer, le 15 août, une dernière fois, à Paris.

Bon été à tous!

Paris – Emmanuel Macron

Heureux d’être de retour à Paris après un an d’absence!

Au seuil d’un séjour de trois mois en France… et d’une halte de trois semaines en Sicile…

Que de changements dans le pays depuis douze mois!

La rue Julien Lacroix, entre le Parc de Belleville et la rue de Ménilmontant, dans le 20è arrondissement de Paris, le mercredi 24 mai.

Depuis mon départ en juin dernier, le paysage politique en France a été complètement recomposé, bousculé, dynamité par ce que les médias appellent ici « le phénomène (ou la fusée) Macron ».

En quelques mois, les principaux acteurs de la vie politique française, tant à gauche (François Hollande, Manuel Valls) qu’à droite (Nicolas Sarkozy, François Fillon) ont été balayés, remerciés, chassés du pouvoir.

Le processus électoral a été impitoyable. Et « l’ancien monde » des partis traditionnels (le Parti socialiste, Les Républicains) a volé en éclats.

Rue de Ménilmontant, mercredi 24 mai

Je me rappelle au printemps dernier être allé rendre visite à Paris, place de la République, aux adhérents du mouvement Nuit debout.

Le mouvement – issu de la gauche radicale, du milieu étudiant et ouvrier – était né quelques semaines plus tôt afin de combattre la politique jugée « trop libérale » du parti socialiste, alors au pouvoir.

Au cœur de Paris (et dans plusieurs villes de province) les pancartes affichaient, à un an des élections présidentielles, des slogans pleins d’espoir et de promesses. « La liberté est notre bien commun » – « Préavis de rêve ».

D’autres messages appelaient les citoyens à l’insurrection, au soulèvement face à un gouvernement qui avait, selon les manifestants, « trahi les valeurs de la gauche« .

«Tapez révolte sur votre clavier et sortez dans la rue », « Qui sème la misère récolte la colère » scandaient les partisans de Nuit debout, réunis tous les soirs, place de la République, en assemblées générales.

Tout cela semble bien loin aujourd’hui…

Paris, le mercredi 24 mai. À quelques centaines de mètres, à l’est, les berges du Canal de l’Ourcq…

Il y a trois semaines, les Français ont élu à la tête du pays un homme jeune, ambitieux, encore pratiquement inconnu il y a trois ans: Emmanuel Macron, trente-neuf ans, ancien banquier et chef d’un mouvement – La République en Marche – créé il y a peine un an.

Son ascension fulgurante et son élection (près de 90% des voix récoltées à Paris au second tour) constituent une véritable révolution.

A-t-on déjà connu, se demande-t-on ici, une pareille ascension, si rapide, depuis Bonaparte?

Adulé par les uns, honni par les autres, le nouveau président ne laisse personne indifférent.

« C’est un personnage ambigu » entend-on à droite, c’est plutôt « le candidat des banques et des patrons » rétorque la gauche. « C’est le président des riches et des nantis », ajoute l’extrême-gauche. Chacun a son opinion.

Le président est aussi devenu, en quelques mois, la nouvelle coqueluche des médias. Toutes les radios, les journaux, les magazines, se l’arrachent.

Combien de temps la lune de miel va-t-elle durer?

Rue du Jourdain (20è), dimanche matin 28 mai, 7h30.

En me promenant dans les rues de mon quartier du Village Jourdain, situé dans le nord-est de la ville, entre Belleville et Ménilmontant, un constat s’impose, une évidence. Depuis mon dernier séjour, au printemps 2016, Paris semble apaisée, pacifiée.

Omniprésentes l’an dernier, les patrouilles de soldats – lourdement armés, se déplaçant lentement, mitraillettes au poing – ont pratiquement déserté l’espace public. Les rues sont calmes, plus propres.

Les sacs en plastique ont disparu des caisses des supermarchés et sont maintenant interdits dans la plupart des commerces…

Bien que l’état d’urgence soit maintenu sur tout le territoire, la tension qui régnait dans les rues l’an dernier s’est estompée. Il n’y a pas eu de violences ou d’attentats graves depuis plusieurs mois.

Les Parisiens restent cependant prudents, vigilants.

Le ramadan – période souvent propice à l’embrasement, aux débordements –  a débuté vendredi.

Le marché Belleville, le vendredi 26 mai

L’été est aussi arrivé. Le thermomètre est monté à Paris cette semaine jusqu’à 32 degrés. C’est le long weekend de l’Ascension. Et on célèbre, dimanche, la Fête des mères…

Le Parc des Buttes-Chaumont, le jeudi 25 mai.

Dans les parcs ou à la table des cafés, les Parisiens profitent, au soleil, d’un pont de quatre jours. Et semblent avoir, pour l’instant, retrouvé le sourire…

Dans le quartier de Ménilmontant, le mercredi 24 mai

Le répit sera de courte durée. Après la longue campagne présidentielle et la formation, le 17 mai, d’un premier gouvernement Macron, une nouvelle campagne débute.

Les Français sont de nouveau appelés aux urnes le 11 et le 18 juin afin d’élire cette fois leurs députés. 577 sièges sont en jeu.

Affiches pour les élections législatives dans une rue de Ménilmontant

Le parti d’Emmanuel Macron, La République en Marche – composé à plus de 30% d’individus issus de la société civile et néophytes en politique – arrivera- t-il à imposer ses candidats et à remporter une majorité de sièges? Les premiers sondages leur sont favorables.

Candidate LR (Les Républicains) aux élections législatives de juin. À remarquer, sur l’affiche, comme chez plusieurs autres candidats, aucune affiliation à un parti n’est ouvertement revendiquée

Quels résultats obtiendront les anciens grands partis traditionnels, le Parti Socialiste et Les Républicains? Combien de sièges remportera « la gauche de la gauche », le parti de la France Insoumise dirigé par Jean-Luc Mélenchon? Quel sera le taux d’abstention? Quel visage aura la nouvelle Assemblée nationale?

Réponse à toutes ces questions (dont tout le monde parle ici) le dimanche 18 juin.

D’ici là, de mon côté, changement complet de décor. Départ demain pour Palerme et la Sicile où je passerai les trois prochaines semaines. Je serai accompagné de mon frère Alix qui me rejoint à Palerme le 3 juin. J’ai bien hâte d’explorer avec lui la région.

Au programme: découverte de quelques unes des îles éoliennes (peu connues) situées au nord de la Sicile – Lipari, Salina, Panarea, Filicudi, Alicudi, Vulcano et Stromboli. Nous serons basés pendant huit jours à Lipari.

Nous gagnerons ensuite (en voiture), à partir de Milazzo, le grand sud-est de l’île. Étapes prévues à Syracuse, Noto, Scicli et Catania.

Je serai de retour à Paris le 20 juin où Diana me rejoindra, début juillet. Je reprendrai ensuite le chemin de l’école afin d’assister, à partir du 3 juillet, à une seconde session de l’université d’été de la Sorbonne.

Bon été à tous!

Plat de boulettes accompagnées d’olives, de carottes et de harisa, restaurant Le Taïs, Ménilmontant. Une de mes cantines dans le nord-est de Paris.

Paris – Nuit debout

Place de la République, samedi 7 mai

Paris, place de la République, samedi 7 mai

Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.

Manifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.

Paris gronde en cette première semaine de mai!

Un vent de révolte souffle dans les rues de la ville, et il règne ici, au bord de la Seine, de la place de la République, à Nation, à la place de la Bastille, une atmosphère folle de fin de régime.

Dans certains quartiers du nord et de l’est – à Belleville, à Ménilmontant, autour des stations de métro Jaurès et Stalingrad, le long du canal Saint-Martin – aux brins de muguet, se mêlait, le 1er mai, une persistante odeur de poudre…

Le quinquennat de François Hollande s’achève et les Français, en grande majorité, sont mécontents. Depuis plusieurs semaines, de plus en plus nombreux, ils manifestent, parfois violemment.

Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d'incidents violents entre forces de l'ordre et manifestants.

Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d’incidents violents entre forces de l’ordre et manifestants.

Les sujets de discorde ne manquent pas : le chômage, l’accueil réservé aux migrants, la réforme du code du travail, la précarité dans laquelle vivent les familles, le sentiment général d’exclusion ressenti par les jeunes, en particulier ceux issus de l’immigration.

Lassitude et défiance également dans le pays envers les membres d’une classe politique dévalorisée, sclérosée, qui peine à se renouveler.

Les perspectives d’avenir semblent, pour beaucoup, plutôt sombres.

Loi El Khomri

La prolongation de l’état d’urgence, pour deux mois, à partir du 26 mai, et la crainte, toujours possible, de nouveaux attentats viennent encore noircir le tableau.

Place de la République, Paris

Place de la République, Paris.

La place de la République, plus calme, mardi 3 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Afin de riposter et de faire front à la grisaille, à la morosité qui attriste le pays, il se tient, depuis cinq semaines, place de la République à Paris, un événement emblématique : la Nuit debout.

Nuit debout

Nuit debout, jeudi 5 mai.

Tous les après-midis, à partir de 16 heures et jusque tard dans la nuit, des centaines de citoyens, de tout âge et de toutes conditions, se réunissent afin de dialoguer et partager leurs idées, leurs sentiments, leurs convictions. Ils se rassemblent pour essayer de comprendre, et essayer aussi d’apporter des solutions au sentiment de malaise général qui semble tous les jours gagner du terrain.

L’événement est structuré autour de thèmes sur lesquels les citoyens sont invités à prendre la parole, librement, pendant une heure environ. Une fois la discussion entamée, n’importe qui peut poser une question, apporter une clarification, partager son expérience.

Nuit debout, jeudi 5 mai.

Nuit debout, jeudi 5 mai.

C’est un formidable exercice de démocratie. Lors de ma visite, jeudi, j’ai été frappé par le grand respect et l’immense qualité d’écoute des participants. Chacun prend le micro, partage ses idées, apporte une précision, pose ou répond à une question. Travail admirable. C’est beau à voir.

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Deux thèmes étaient à l’ordre du jour jeudi après-midi: l’histoire de l’islam, et un peu plus tard, une ancienne prisonnière est venue dénoncer les (très mauvaises) conditions de détention des prévenus dans les établissements pénitentiaires français.

Une assemblée générale a aussi lieu tous les soirs.

Jeudi 5 mai

Jeudi 5 mai

En marge de ces grands débats, d’autres groupes, plus petits, se forment spontanément et s’installent, place de la République. Certaines conversations (comme celle ci-dessous) ont lieu simultanément en plusieurs langues, français, anglais, espagnol, un des participants faisant office de traducteur.

Jeudi 5 mai

Jeudi 5 mai

Un des participants à la Nuit debout, proche des mouvements de la gauche radicale apparus récemment en Espagne (Podemos) et en Grèce (Syriza), expliquait en ces termes, au journal « Le Monde », sa présence, place de la République :

« Il a fallu du temps pour que cela arrive chez nous, mais maintenant c’est là, pour plusieurs raisons, et d’abord le ras-le-bol après cinq années Hollande, mais je crois aussi que les gens n’ont pas supporté de se faire confisquer l’émotion d’après les attentats, surtout par des types qui ne nous rassurent pas du tout. »

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La gamme des revendications, place de la République, est immense. Chacun a une idée, une cause à défendre, un combat à mener, quelqu’un à convaincre.

Ainsi ce Soudanais de 30 ans, récemment arrivé sur le sol français, et qui s’exprimait lui aussi (en traduction) dans les colonnes du « Monde »:

« Nous demandons des papiers et une vie digne parce qu’il n’est pas normal qu’il soit plus difficile de se faire une place en France que de traverser la Méditerranée. »

La grande majorité des participants cible un ennemi commun: le gouvernement – l’actuel et le précédent – dépassé par les événements disent-ils, et qui semble incapable de proposer aux citoyens des solutions aux problèmes de plus en plus complexes auxquels ils sont confrontés.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Combien de temps encore le mouvement (qui se répand dans les villes de province: Nantes, Lyon, Rennes) tiendra-t-il?

De quelle façon évoluera-t-il?

Difficile à dire.

À Paris, la préfecture de police a depuis une semaine déjà considérablement réduit le temps de parole des participants à la Nuit debout. Les rassemblements doivent désormais se terminer à 22 heures, en semaine, et au plus tard à minuit le weekend. Tous les soirs, la place de la République est évacuée. Des affrontements, souvent musclés, ont lieu.

Les forces de l’ordre sont débordées. Certains lycées, à Paris, la semaine dernière, ont été en partie incendiés.

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La résistance s’organise. Les syndicats et les participants à la Nuit debout planifient dans quelques semaines une grève générale qui devrait paralyser le pays, la date du 18 mai est souvent mentionnée.

Dès jeudi, d’autres manifestations sont prévues.

Place de la République

Place de la République

Malgré l’extraordinaire énergie qui se dégage de la place de la République, je ne serai pas trop triste de quitter Paris, et de changer d’ambiance…

Départ demain pour Nice, première étape d’un séjour de trois semaines dans deux régions du sud de la France, les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence. Haltes prévues également à Marseille et Cassis.

Retour à Paris le 27 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Place de la République, jeudi 5 mai.

Paris – Sorbonne

Place Saint-Michel

La place Saint-André-des-Arts, dans le 6è arrondissement de Paris, le mercredi 1er juillet 2015

Cela fait si longtemps que je rêve d’étudier à la Sorbonne, et me voilà inscrit à l’université d’été de cette vénérable institution, fondée en 1257 par Robert de Sorbon, et dirigée au 17è siècle par Richelieu.

Tous les ans, pendant quatre semaines, au mois de juillet, la Sorbonne accueille des étudiants du monde entier!

Des cycles de cours, d’une semaine chacun, regroupés par thèmes, sont proposés aux étudiants. Des visites, des conférences sont aussi offertes, les après-midis ou le soir.

Visite de la Sorbonne et de la Cour d'honneur, 2 juillet

Visite de la Sorbonne et de la Cour d’honneur, ci-dessous, le jeudi 2 juillet.

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Les cours, d’une durée de 3 heures, sont dispensés à la Maison de la Recherche, une des nombreuses annexes de l’université, située rue Serpente, à deux pas de la place Saint-Michel, au coeur du Quartier latin.

Quartier latin, 3 juillet 2015.

Le Quartier latin, le vendredi 3 juillet 2015.

En ce début de session, nous ne sommes que quatre, venus de l’Espagne, du Brésil, de l’Australie et du Canada, à être inscrits au cycle 3, « Engagements et Résistance« , un survol des différentes formes d’engagement de la fin de l’Antiquité aux révoltes populaires du 16è au 18è siècle. Le cours comprend aussi un volet sur l’engagement, au théâtre, chez les femmes et chez les intellectuels, aujourd’hui. Le sujet est passionnant.

Camarades de classe, Silvio, de Sao Paulo, et Francisco de Madrid

Camarades de classe, Silvio, de Sao Paulo, et Francisco, de Madrid.

Vu la température – le thermomètre est monté mercredi à Paris jusqu’à 39 degrés – l’ambiance, dans les classes, est décontractée; chaque professeur distille, à sa façon, son enseignement.

Certains, raides et concentrés, parlent rapidement derrière le micro sans trop se soucier si les étudiants suivent ou non leurs propos. Ils sont, heureusement, minoritaires. Les autres, souriants, avenants, prennent le temps de partager et invitent, encouragent les étudiants au dialogue et aux échanges.

Le contenu des cours est très riche, le niveau remarquable.

Merci à Nathalie Duval, Sophie Marchand et Catherine Helbert, vos cours ont été exceptionnels!

Paris, jeudi 2 juillet

Paris, le long des quais, le jeudi 2 juillet

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Cela passe vite, une semaine!

Étudiants regroupés dans le hall de la Maison de la Recherche, vendredi 3 juillet, avant la remise des

Les étudiants, regroupés dans le hall de la Maison de la Recherche, le vendredi 3 juillet, avant la remise des « diplômes »…

La première session de l’université d’été a pris fin vendredi. Autour d’une table bien garnie, chacun des étudiants a reçu un certificat attestant de sa participation au programme.

Cela a été une belle expérience, et je reviendrai!…

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D’ici là, retour à Belleville… avant de partir, le 11 juillet, pour trois semaines, au Pays basque et dans les Pyrénées…

En montant vers Belleville…

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Notre jardin à Belleville, lundi 6 juillet.

Notre jardin dans le quartier de Belleville, le lundi 6 juillet.