Entre Belleville et Ménilmontant

À l’est de Paris, entre le parc des Buttes-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, les quartiers de Belleville et Ménilmontant.

Cela fait plus de dix ans que je viens tous les ans à Paris vivre quelques semaines dans le quartier de Belleville ou celui, voisin, de Ménilmontant. La plupart des touristes ne mettent jamais les pieds dans ces quartiers populaires de l’est de la ville. Trop excentrés. Peu de monuments à voir ou de musées à visiter.

Rue de Ménilmontant, le mercredi 21 juin

Si les vacanciers s’aventurent jusqu’ici, c’est souvent en quête du petit frisson qu’ils ressentent, assis timidement à la terrasse d’un café ou à la table d’un bistro. Le sentiment de vivre, un instant, à Paris, dans un monde bigarré, métissé. Vaguement dangereux. Dans un de ces quartiers dits « sensibles » qui fascinent et effraient les étrangers.

La rue du Faubourg du Temple qui mène, au nord, vers Belleville. Ci-dessous, le boulevard de Belleville, un jour de marché

Ceux, de plus en plus nombreux, qui connaissent et aiment la vie animée de ces deux quartiers savent cependant que derrière l’agitation de la rue et les portes closes des immeubles se cache un monde plus feutré, presque secret. Où le promeneur découvre des passages silencieux, des cours intérieures, de petits jardins, des oasis insoupçonnées…

Villa de l’Ermitage, Ménilmontant

Derrière les facades des immeubles, on retrouve à Ménilmontant ou à Belleville des îlots de calme et de verdure, les deux quartiers ayant gardé à Paris leur âme de village…

Aux portes de Paris, Belleville et Ménilmontant partagent une longue histoire de révolte et d’insurrection…

Avant d’être annexés à la capitale en 1860, les deux faubourgs, situés sur une colline, sont peuplés d’ouvriers, d’artisans. On vote à gauche. Les premiers syndicats voient le jour ici.

En mai 1871, les barricades sur les hauteurs de Belleville sont les dernières à tomber lors de la Commune.

Mai 1871, Boulevard de Belleville.

Au tournant du siècle, les deux villages, plantés de vignes, sont des lieux de promenade et de plaisir appréciés des Parisiens. Qui viennent aussi le soir s’encanailler dans les guinguettes et se rassasier de vin bon marché.

Ménilmontant, 1947. Photo Willy Ronis.

La tradition se poursuivra longtemps.

Rue du Pressoir, 1957. Photo Gérard Lavalette – « Le Belleville que j’aime avec ses mecs sapés comme des arsouilles, des anars… » (G.L.)

Dans ces deux quartiers éloignés du centre et des grands boulevards de la capitale, les conditions de vie sont souvent précaires. Des îlots d’habitation, insalubres, peuplés de familles, d’enfants, font bientôt leur apparition. Ils seront, plus tard, détruits.

Devant un café de Ménilmontant, 1947. Photo Willy Ronis.

Ménilmontant, 1957. Photo Janine Niepce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est aussi à Belleville et à Ménilmontant qu’affluent, à la fin de la première guerre, les premiers migrants. Polonais, Arméniens, fuient les combats et se réfugient avec leurs familles dans le Bas-Belleville. Ils travaillent le cuir, le bois, le fer. Ils sont bientôt suivis par les Italiens, les Espagnols… Les Algériens, les Tunisiens viendront ensuite… La population des deux quartiers explose. Parmi les nouveaux-venus, des noms et des visages qui seront plus tard très connus…

Au 72 rue de Belleville…

Une importante communauté asiatique vit également à Belleville depuis trente ans. Et aujourd’hui, le monde entier se donne rendez-vous ici. En particulier les jours de marché, le mardi et le vendredi, où les deux quartiers, véritables tours de Babel, sont réunis dans une atmosphère de fête entre la rue de Belleville et la rue de Ménilmontant.

Le contraste avec les « beaux quartiers » du centre est frappant. Les enseignes des grandes compagnies (Starbucks, Gap) qui défigurent peu à peu les quartiers historiques de Paris sont pratiquement absentes à Belleville ou Ménilmontant.

Ici priment la vitalité du commerce de proximité, la vie de quartier et la chaleur des échanges entre clients et petits commerçants – cordonniers, épiciers, tailleurs, bouchers, maraîchers qui bien souvent oeuvrent depuis des années, en famille, dans la même boutique.

Cette intimité dans les rapports quotidiens (qui semble avoir disparu dans les quartiers du centre) n’a pas de prix. C’est une des raisons pour lesquelles nous revenons.

Rue du Faubourg du Temple

C’est à partir de ces deux arrondissements (le 19è et le 20è) qu’on peut, à mon avis, faire parmi les plus belles, les plus étonnantes promenades dans Paris. Entre le parc des Buttes-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, les possibilités sont presque infinies…

Pour ceux qui aiment flâner loin des sentiers battus et découvrir des rues ou des quartiers insolites, voici trois suggestions d’itinéraires dans le Paris populaire d’autrefois et celui, transformé, multiculturel, d’aujourd’hui.

Montmartre et le Sacré-Coeur, vus de la Butte Bergeyre dans le 19è arrondissement.

Avant de chausser vos espadrilles cependant, un conseil. Prendre son temps, ne pas hésiter à se perdre dans les petites rues transversales. S’arrêter un moment pour souffler dans un parc ou au comptoir d’un café. Tout cela est fortement recommandé.

Passage Pinton, dans le quartier de la Mouzaïa, dans le 19è arrondissement

#1 – Du cimetière de Belleville (le point culminant de Paris avec Montmartre), rejoindre la station de métro Télégraphe et descendre la rue de Belleville jusqu’au boulevard de Belleville.

En chemin, musarder dans les boutiques, les boulangeries et les nombreuses librairies du « Village Jourdain ». Visiter l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Franchir la rue des Pyrénées (le parc des Buttes-Chaumont est à 5 minutes de marche, sur la droite) et descendre jusqu’au boulevard (et métro) de Belleville.

On laisse ici le 19è (et le 20è) arrondissement.

Continuer ensuite tout droit le long de la rue du Faubourg du Temple jusqu’à la place de la République. Le canal Saint-Martin est à deux pas, sur la droite.

On peut poursuivre la promenade jusqu’au quartier latin en suivant la rue des Archives (ou la rue Vieille du Temple) jusqu’à la rue de Rivoli et l’Hôtel de Ville.

Franchir ensuite la Seine et arriver au boulevard Saint-Michel. C’est, en partie, le chemin que je parcours tous les matins afin de rejoindre La Sorbonne. (1 heure 15 environ).

Métro Belleville, le mercredi 21 juin.

#2 – Du métro Gambetta (sortie Martin Nadaud), emprunter la rue des Rondeaux qui longe le cimetière Père-Lachaise. Tourner à gauche au bout de la rue des Rondeaux et emprunter la rue Stendhal jusqu’à l’église Saint-Germain de Charonne, construite au Moyen-Âge, une des plus anciennes et (à mon avis) une des plus belles églises de Paris, avec son petit cimetière.

Le quartier Saint-Blaise et l’église Saint-Germain de Charonne, mercredi 12 juillet.

Poursuivre la promenade dans le quartier St-Blaise, situé en face de l’église, un des plus vieux quartiers de la capitale, méconnu. La chanteuse Barbara y a vécu.

Terminer la promenade (hors du 20è arrondissement) en descendant la rue de Charonne jusqu’à la place de la Bastille. Détour recommandé au marché Aligre, dans le 12è, un des plus animés de Paris, ouvert 6 jours sur 7. (2 heures).

#3 – Du parc des Buttes-Chaumont, emprunter la rue de Mouzaïa et se perdre dans les petites ruelles bordées de villas et de jardins. Terminer la promenade au parc de la Butte Rouge. (1 heure).

Revenir sur ses pas et, à partir du parc des Buttes-Chaumont, descendre la rue de Crimée jusqu’au bassin de la Villette où le promeneur a deux options. Tourner à droite et poursuivre la promenade le long du canal de l’Ourq.

Ou tourner à gauche et rejoindre le centre-ville par les berges du canal Saint-Martin. (1 heure)

La Seine et l’île Notre-Dame vues du pont Louis-Philippe.

Diana m’a rejoint à Paris et je commence demain, rue Serpente, dans le Quartier latin, ma deuxième semaine de cours à la Sorbonne. Semaine consacrée aux identités françaises. Cela sera passionnant.

Nous partons comme prévu dimanche 16 juillet pour un long séjour dans le sud-ouest de la France.

Au programme, trois semaines à Sète, au bord de la Méditerranée, avant de poursuivre notre exploration de la région Languedoc-Roussillon (rebaptisée depuis peu Occitanie) dans la petite ville de Prades, située dans les Pyrénées-Orientales, où nous passerons une semaine.

Nous terminerons notre périple, à la mi-août, chez une amie, à Toulouse, avant de rentrer, le 15 août, une dernière fois, à Paris.

Bon été à tous!