Seguin et le parc national La Visite

 

Cet article est respectueusement dédié à la Fondation Seguin

Lilliane, 22 ans, résidente de Seguin, en route avec un plat de nourriture vers le domicile de ses parents, le mardi 23 janvier

La plupart des visiteurs qui se rendent en Haïti ignorent qu’il existe dans le sud-est du pays un village, perché à 1800 mètres d’altitude, qui vit un peu à l’écart du monde, près d’une magnifique forêt de pins.

Ce village, c’est Seguin, situé au cœur du parc national La Visite.

À mi-chemin entre Jacmel et Port-au Prince, le village de Seguin (dans l’encadré, en vert) dans le parc national La Visite

Pour y arriver, environ trois heures de route, en moto, depuis Jacmel. Ou une longue – et inoubliable – journée de marche, à partir du village de Furcy, sur un chemin ancien qui franchit les ravins et serpente au milieu des mornes.

(Le village de Furcy est lui-même situé à près de trois heures route au-dessus de Port-au-Prince.)

Au coeur d’Haïti, le lundi 22 janvier. Le sentier magnifique qui relie Furcy et Seguin. Rares sont les visiteurs, hélas, qui s’aventurent jusqu’ici. Ce sentier est l’un des plus beaux d’Amérique.

Entre Seguin et Furcy, la longue pente dans le massif de la Selle qui mène au village de Cayes-Jacques… En-dessous des mornes, en haut à gauche, la mer des Caraïbes…

Les quatre images qui suivent ont été prises il y a un peu plus de sept ans, en juillet 2010, lors de ma première randonnée sur ce chemin exceptionnel qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude…

Le sentier entre Seguin et Furcy est avant tout une route de commerce empruntée par les marchandes. C’est le trajet le plus court entre les champs de haute montagne où les paysans cultivent poireaux, oignons, carottes et pommes de terre et les marchés de la côte…

Les marchandes se lèvent régulièrement avant l’aube et parcourent à pied souvent plus de 20 kilomètres afin d’acheminer leurs récoltes vers des camions qui transporteront ensuite leurs produits jusqu’aux marchés de Kenscoff, Pétion-Ville et Port-au-Prince… Sur le chemin, ci-dessous, quelques abris et étals de fortune où se désaltérer et se reposer…

Je suis arrivé cette fois-ci à Seguin en fin d’après-midi, le dimanche 21 janvier, alors que le village, en fête, célébrait plus tôt dans la journée deux mariages et la consécration d’une nouvelle église….

Seguin, fin d’après-midi, le dimanche 21 janvier

Étourdis par les bruits de la fête et les verres de rhum ou de clairin (alcool clair et fort) avalés depuis le matin, les paysans regagnent lentement leurs maisons.

Les femmes portent sur la tête de grands paniers remplis de victuailles, de provisions…

Les villageois descendent des mornes au-dessus de Seguin dans la lumière de la fin de l’après-midi…

Seguin, dimanche 21 janvier

J’ai l’impression d’être dans les Andes.

Autour de moi, comme au Pérou ou en Bolivie, la même lumière, et les mêmes visages, burinés par le soleil et l’altitude…

Alors que le soleil décline sur les mornes, retour à la maison pour un groupe d’enfants excités par la fête qui se termine…

C’est mon troisième séjour à Seguin. Dès mon arrivée, je retrouve avec plaisir la belle et solide auberge qui accueille depuis plus de vingt ans visiteurs et randonneurs du monde entier….

L’auberge La Visite, une merveilleuse adresse située à 30 minutes de marche environ au nord du village de Seguin. Pour réserver: winthropattie@gmail.com ou Tél: (509) 49 32 52 23. Ci-dessous, une des deux salles à manger…

À peine descendu de moto, un délicieux repas est servi. Tout est fait maison ici. Les légumes, la viande, le café, toute la nourriture – y compris l’eau, de source – provient d’un rayon d’environ un kilomètre autour de l’auberge.

Salade de betteraves accompagnée… de capucines, des fleurs multicolores et comestibles cueillies quelques minutes plus tôt dans le jardin de l’auberge…

Je suis aussi ici afin de revoir mon ami Winnie, personnage connu et respecté dans la région de Seguin.

Venu pour la première fois à Seguin avec son père en 1975, Winnie Attié, 64 ans, n’est jamais reparti. Depuis 43 ans, il règne sur ses terres et gère, de façon admirable, son établissement.

Nous aurons comme d’habitude pendant mon séjour de longues et chaleureuses conversations…

Comme la plupart des enfants des familles haïtiennes qui ont fui avec leurs parents, au début des années soixante, la dictature du président François Duvalier, Winnie, comme mes frères et moi, enfant et adolescent, a vécu et a été scolarisé un peu partout.

En France d’abord, à Cannes, puis en Suisse, en Afrique ensuite, à Ouagadougou, en Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina-Faso) où travaillait son père, et aux États-Unis enfin, avant de redécouvrir, jeune adulte, Haïti, qu’il n’a plus quittée…

Petit déjeuner à Seguin composé d’une omelette aux légumes et de pain grillé…

Préparatifs pour le déjeuner…

Première randonnée le lendemain de mon arrivée sur le chemin principal qui traverse la forêt de pins. Notre destination est le petit village de Cayes-Jacques (« la maison de Jacques »), situé à 90 minutes de marche, sur la route de Furcy.

Le parc national La Visite, créé en 1983, renferme la pus grande réserve de pins d’Haïti…

… et a été conçu afin de protéger la région de la déforestation – galopante, comme dans tout le pays…

Mon guide et professeur pour la journée s’appelle Obnès.

Né à Seguin, la quarantaine, il est déjà père de huit enfants, un garçon et sept filles, dont Lilliane, la jeune femme de 22 ans dont la photo ouvre cet article. Obnès travaille aussi à temps partiel pour la Fondation Seguin.

Mon guide à Seguin, Obnès. Nous n’avons parlé que créole pendant notre excursion…

Nous suivons sans difficulté le chemin qu’empruntent chaque jour les motos et les centaines de paysans en route pour les villages avoisinants….

Autour de nous, accroupis dans l’herbe, des groupes de femmes et d’enfants s’affairent à leur lessive…

Un des nombreux points d’eau sur le chemin entre Seguin et Cayes-Jacques

… en moins de 90 minutes nous avons rejoint le petit marché de Cayes-Jacques…

Marché de subsistance, perché au-dessus d’une longue pente rocailleuse qui descend vers Furcy…

Le petit marché de montagne de Cayes-Jacques

Nous achetons pour l’auberge quelques figues, des bananes, du pain et du café en grains, encore vert…

À Cayes-Jacques aussi les marchandes ne vivent qu’avec quelques gourdes par jour… Envoyer ici les enfants à l’école publique est un énorme défi financier car il faut payer l’inscription, les uniformes, quelquefois les livres…

Grand sentiment de précarité dans ce petit marché de montagne. Et une immense dignité.

Quelques produits achetés au petit marché de Cayes Jacques. Le café sera plus tard torrifié à l’auberge…

Dernier coup d’oeil sur les mornes du massif de la Selle. Le marché de Cayes-Jacques est juste en haut de la pente.

Pour le retour à Seguin, Obnès me propose de prendre un chemin différent, « un raccourci« , dit-il, « par la forêt« . Il a un air mystérieux…

J’obtempère, et je le suis….

Après une quinzaine de minutes de marche, alors que nous pénétrons au coeur de la forêt des pins, terrible surprise… et grande tristesse…

Le parc national qui, à première vue, sur le chemin principal, semblait boisé, verdoyant, est, à l’intérieur, attaqué de tous côtés…

À mesure que nous progressons vers Seguin, nous apercevons des dizaines d’arbres, de troncs, brisés, brûlés. Des pans entiers de la forêt ont été mutilés.

 

 

 

 

 

 

 

 

Que se passe-t-il?

Obnès m’explique avec chagrin que certains paysans, afin d’augmenter leurs revenus, n’hésitent pas à tailler l’écorce puis le tronc des pins pour en soutirer la résine.

Résine qu’ils vendent ensuite dans les marchés sous forme de bougies ou de chandelles…

Les petits fagots de bois, taillés dans le pin et enduits de résine, sont également très en demande dans les marchés du pays. On les connaît dans la région de Jacmel sous le nom de « bois gras » ou « bois pin« .

Ce petit bois – qui sert à allumer le charbon et à attiser le feu sur lequel cuisent les marmites – est devenu presque indispensable dans la vie quotidienne et dans les cuisines de fortune des paysans…

« Bois gras » en vente devant une boutique de Jacmel, lundi 29 janvier

La Fondation Seguin essaie, depuis des années, avec peu de moyens, d’éduquer la population paysanne. Combat colossal, quotidien et inégal.

Si les plus jeunes et les élèves inscrits dans les écoles de Seguin semblent, en général, avoir développé une sensibilité qui les encourage à préserver leur environnement, pour les paysans plus âgés, le « bois gras » est une source de revenus dont ils ne peuvent plus se passer…

J’aimerais saluer ici le travail de la Fondation Seguin.

À partir d’un petit centre de travail et de recherche établi à quelques pas de l’Auberge La Visite, une poignée d’agronomes et de bénévoles (souvent étrangers) essaie de façon remarquable de combattre la lente et inexorable déforestation du parc national. Qu’ils soient félicités et remerciés.

Cependant, malgré le soutien de quelques ONG internationales (allemandes, espagnoles…) et l’appui financier de deux ou trois ambassades, les subventions sur lesquelles pouvait compter jadis la Fondation sont de plus en plus rares. Et une partie du travail, des acquis et des projets réalisés par l’équipe est aujourd’hui en péril.

Une douzaine d’employés de la pépinière de la Fondation ont récemment été mis à pied, faute d’argent.

Une demie-douzaine de gardes forestiers, employés par le ministère de l’environnement et affectés à la surveillance et à la bonne gestion du parc, n’ont pas été payés depuis plus de dix-huit mois. Ils ont, temporairement, démissionné. La défaillance – le désintérêt – de l’état est flagrante. Impardonnable.

Combien de temps encore la Fondation pourra-t-elle poursuivre sa mission?

Pour infos supplémentaires sur le triste phénomène du déboisement en Haïti, SVP voir ci-dessous l’extrait d’un documentaire (déjà mentionné dans Lettre de Jacmel) réalisé en 2016 par Mario Delatour – « De Kiskeya à Haïti: mais où sont passés nos arbres??? » 

Ludovic, employé de l’auberge, m’emmènera lors d’une seconde randonnée, le mardi 23 janvier, jusqu’à la cascade de Seguin, principale source d’approvisionnement en eau du village… Plusieurs lieux de la forêt sont encore, heureusement, intacts et préservés…

Sacs d’oignons et de poireaux… entreposés au frais au bord d’une rivière près de Seguin…

… avant d’être acheminés à cheval et à dos d’âne vers les marchés de Port-au-Prince…

Le brouillard s’est levé, et il faut déjà repartir, après trois jours à Seguin…

Seguin, mercredi matin 24 janvier

La longue descente en moto vers Jacmel est, comme d’habitude, vertigineuse…

En un peu moins de trois heures, après avoir traversé les villages de moyenne montagne de Fonds-Jean-Noël, Pistache et Pérédo, nous arrivons, au niveau de la petite ville de Marigot, au bord de la mer des Caraïbes…

Le contraste est saisissant…

En quittant Marigot et, ci-dessous, les magnifiques plages du village de Kabik…

Malgré le ciel bleu, très peu de touristes au bord des plages. Pourquoi? De nombreuses ONG ont plié bagage depuis le tremblement de terre de 2010, et les visiteurs tardent à revenir en Haïti… attirés plutôt par des destinations (Saint-Domingue, la Jamaïque, Cuba) jugées plus sûres et plus faciles d’accès… C’est dommage! Les Haïtiens, de leur côté, trouvent l’eau de la mer plutôt froide en janvier/février…

Dernière étape avant de rentrer à Jacmel, l’hôtel Cyvadier, situé à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville…

… hôtel où j’ai le grand plaisir de retrouver, comme prévu, des amis de longue date de notre famille… en visite eux aussi en Haïti…

G.R. entouré de deux de ses enfants à l’hôtel Cyvadier, le jeudi 25 janvier. Après avoir travaillé comme agronome à Seguin en 1959/60, G., comme des dizaines de professionnels haïtiens (dont notre père) a rejoint l’Afrique, le Congo, comme fonctionnaire des Nations Unies, au début des années 60, fuyant la dictature de François « Papa Doc » Duvalier. G. nous a rappelé que la plupart des agences de l’ONU au Congo à ce moment-là (l’OMS, l’UNICEF, la FAO) étaient dirigées par des Haïtiens. Les anciens colons, les Belges, ayant déserté le Congo après l’indépendance, survenue le 30 juin 1960.

L’hôtel Cyvadier, près de Jacmel, dispose d’une agréable petite plage au bord de la mer des Caraïbes. Une excellente adresse – http://www.hotelcyvadier.com

Multiples bains de mer pendant mon séjour à Cyvadier…

De retour à Jacmel, à l’approche du carnaval, l’atmosphère est de plus en plus festive.

Les rues de la ville, et le jardin de mon hôtel, sont régulièrement envahis par des groupes de musiciens et de danseurs qui déambulent, costumés, en quête d’attention et d’une poignée de gourdes…


Après dix minutes, ils repartent déjà, tambours, sifflets, bouteilles de rhum et de tafia à la main … perpétuant la grande tradition de fête du carnaval haïtien…

Dans quelle autre île des Caraïbes peut-on vivre, à l’improviste, plusieurs fois par jour pendant le carnaval, un tel événement?…

Marché de Lafon, samedi 27 janvier

Une de mes dernières excursions m’a conduit le 27 janvier jusqu’au village de Lafon (à quarante minutes de moto au nord de Jacmel) où a lieu, tous les samedis, un grand marché…

Lafon

… mais c’est la peinture qui m’amène ici.

Une famille de peintres, la famille Laurent, (SVP cliquez sur le lien, en gras, pour infos supplémentaires) connue, réputée, appréciée en Haïti et à l’étranger, habite dans le village, à une vingtaine de minutes de marche au-delà du marché… et je suis bien décidé ce samedi matin à les rencontrer…

En compagnie d’un garçon du village et de mon fidèle chauffeur Junior, nous quittons le marché… et nous franchissons (ci-dessous) la rivière La Gosseline (dont parle souvent René Dépestre dans ses ouvrages…)

La rivière La Gosseline

… avant de déboucher sur l’atelier de la famille Laurent qui tient lieu aussi de centre culturel et de bibliothèque…

Les Laurent, le père, Maccène, 71 ans, et son fils, Olivier, 43 ans, sont aux champs. On les appelle…

Rencontre émouvante et respectueuse de ces deux peintres talentueux, dont une des toiles a été vendue, cet automne, à une des ambassades européennes de Port-au-Prince…

Une longue et délicate négociation (en créole) débute avec les deux artistes… autour de deux tableaux accrochés aux murs de l’atelier qui me plaisent particulièrement. L’un de Maccène, l’autre d’Olivier….

Une scène de village créée par Maccène Laurent…

Le tableau d’Olivier Laurent représente, lui, une scène de « ra-ra » (fête populaire) dans un village du sud-est, au moment des fêtes de Pâques…

Il nous faudra environ vingt minutes pour nous mettre d’accord…


Affaire conclue avec les deux peintres (qui, comme la plupart des Haïtiens, n’aiment pas beaucoup être photographiés…)

… et, après de multiples remerciements, accolades et de vigoureuses poignées de mains, j’emporte avec moi, vers Jacmel, à pied, puis en moto, soigneusement enroulés, mes précieux tableaux…

Haïti Chérie!…

Un troisième peintre, sensible et généreux, Colin Anicet, rencontré dans son atelier le lundi 29 janvier peu avant mon départ de Jacmel…

Avant de quitter Haïti, quelques dernières images de la gastronomie du pays…

Poisson grillé, pommes de terre frites, riz aux pois, salade et sauce piquante, Jacmel

Poulet grillé, bananes pesées, riz aux pois, salade assaisonnée, sauce piquante, Guesthouse Eucalyptus, (www.eucalyptusguesthouse.com), Port-au-Prince….

…et un ultime coup d’oeil sur le jardin de l’auberge La Visite à Seguin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haïti Chérie

La baie et les toits de la ville de Jacmel, le jeudi 18 janvier

Avant de monter, dans quelques heures, en moto jusqu’à Seguin (trois heures de route depuis Jacmel), retour sur une semaine exceptionnelle de découvertes – et de leçons apprises – dans le sud-est d’Haïti.

La rue du Commerce, dans le quartier des artisans, dans la vieille ville de Jacmel

En planifiant ce quatrième voyage au pays, un de mes objectifs était d’explorer la région montagneuse autour de Jacmel. Une région peu connue et souvent délaissée par les visiteurs qui préfèrent en général s’installer sur une des nombreuses plages situées le long de la côte, à l’est de la ville.

Après Cap Rouge et Fort-Ogé, j’ai donc repris la route, le mercredi 17 janvier, en compagnie de mon guide et chauffeur, Junior, en direction cette fois de l’étang Bossier…

Une partie du chemin qui mène à l’étang Bossier, mercredi 17 janvier

Enclavé au milieu des mornes, à une heure de route environ au nord-est de Jacmel, l’étang Bossier est un petit havre de verdure et de paix…

L’étang Bossier

… autour duquel vit une population pauvre composée de paysans et d’éleveurs.

Malgré la pêche et le poisson, abondant nous dit-on, les conditions de vie autour de l’étang sont précaires. La plupart des habitants ne disposent ici que de quelques gourdes par jour…

Paysanne lavant son linge au bord de l’étang Bossier. Ci-dessous gardien de boeufs…

Comme le souligne un récent rapport (2014) de l’Institut Haïtien des Statistiques (IHSI) , géographiquement, la pauvreté en Haïti est beaucoup plus élevée en milieu rural. Environ 60% de la population haïtienne vit en-dessous du seuil international de pauvreté fixé à US$1.90 par jour.

Le taux d’alphabétisation dans le pays est d’un peu plus de 60%. Le taux de mortalité infantile est de 39% (chiffres UNICEF).

Devant de telles statistiques, le regard sur les plages qui émaillent la côte sud-est d’Haïti n’est plus le même…

Plage de Raymond les bains… Le sentier pour l’étang Bossier débute juste en face de la plage, de l’autre côté de la route qui relie Jacmel à Marigot.

Sur la plage Ti-Mouillage, plus jolie et plus à l’est que celle de Raymond les bains…

La plage Ti-Mouillage, mercredi 17 janvier.

… les bungalows se louent entre US$30 et US$50 la nuit…

Les prix indiqués sont en gourdes (HTG). 1US$ = 63 gourdes (janvier 2018)

Dans le centre-ville de Jacmel

Un des paons, résident permanent de la grande cour de mon hôtel, qui m’accueille tous les matins…

Une nouvelle aventure m’emmène, le vendredi 19 janvier, du côté de Bassin Bleu, un des lieux  emblématiques de la région de Jacmel….

Une bonne heure de moto de nouveau avant d’arriver à Bassin Bleu, à l’ouest de la ville de Jacmel

En chemin, après avoir quitté la route goudronnée, entre la petite localité de Savannette et celle de Carrefour-Pingouin, dans la commune de Lavaneau, une enseigne attire mon attention…

Une belle surprise!…

Une petite boutique d’artisanat, authentique, tenue par un jeune homme, plein de talent, qui fabrique dans son studio une multitude d’objets multicolores en papier mâché, une des spécialités de la région de Jacmel…

Frantz Janvier, 27 ans est propriétaire de son petit studio à une vingtaine de minutes de Bassin Bleu. Il a récemment suivi une formation en gestion d’entreprise d’artisanat, formation offerte à Jacmel par l’Unesco et la coopération internationale espagnole. Son commerce est en pleine expansion.

Entouré de ses créations, Frantz ne chôme pas. Ses objets en papier mâché sont très en demande pendant la saison du carnaval…. Une bonne adresse sur la route de Bassin Bleu…

Je suis reparti avec un sac rempli de trésors…

Avant d’arriver au premier des trois bassins qui forment l’ensemble de Bassin Bleu, les visiteurs, obligatoirement accompagnés d’un guide, doivent suivre un long sentier bordé d’arbres, de buissons et de plantes odorantes.

Incroyable biodiversité du lieu. On retrouve ici de l’acajou, des bananiers, des avocats, des figues, du cacao, des mandarines, des mangues, du corossol…

Débordant d’optimisme et d’énergie, Patso, au premier plan, guide intrépide pour une visite inoubliable au Bassin Bleu. A l’arrière-plan, le fidèle Junior…

Il y a aussi des colibris, des libellules… Heureusement, le périmètre de Bassin bleu est désormais protégé grâce à de multiples subventions provenant en majorité d’ONG internationales…

Le bassin palmiste (profondeur 15 mètres) premier des trois bassins d’eau turquoise approvisionnés par une série de sources et de chutes…

Grande surprise sur le sentier qui mène au deuxième bassin. Nous marchons tranquillement tous les trois lorsque Patso me demande poliment d’enlever mes sandales…

Il prend ensuite mon sac, le met prestement sur son dos puis, en quelques secondes, il déroule une longue corde, l’attache rapidement à un rocher et… se lance avec un grand rire dans le vide… en direction du bassin bleu!

Patso, heureux comme un poisson dans l’eau…

C’est bientôt à mon tour de le suivre… Ma descente est beaucoup plus… hésitante…

Rire jaune en descendant vers le bassin bleu. Profondeur du bassin: 57 mètres!

Le troisième bassin est le plus impressionnant…

Une magnifique chute se jette dans le bassin clair. Profondeur: 75 mètres!… Une légende raconte que les lieux sont peuplés de sirènes qui emportent quiconque essaie de plonger afin de mesurer la profondeur exacte des bassins…

Quelle aventure!… Le lieu est vraiment remarquable… Il faut malheureusement penser à rentrer….

Junior achète quelques provisions avant de quitter Bassin Bleu…

… et reprendre, en moto, le chemin de Jacmel…

La baie de Jacmel, vue du côté ouest cette fois, entre Bassin Bleu et Lavaneau, vendredi 19 janvier

Prochaine destination: Seguin, altitude 1800 mètres, petit village de montagne niché au coeur du parc national de La Visite…

Une partie du film Kiskeya, mais où sont passés nos arbres? a été tourné dans la région. Ce sera ma troisième visite là-bas…

Petit déjeuner composé d’une omelette et de « patates douces »

Quels enseignements tirer de ces dix premiers jours passés à Jacmel?

Que le tourisme indépendant en Haïti, bien que difficile, est possible, et doit être encouragé. Le pays a accueilli l’an dernier environ 500 000 touristes. La plupart sont venus en voyage organisé. C’est dommage. En Haïti, ce type de voyage ne profite que très peu à la population.

Voyager de façon indépendante, c’est aider directement, par exemple, les chauffeurs de moto et les guides qui reçoivent sans intermédiaire leurs courses et leurs pourboires. C’est aider les artistes chez qui on s’arrête. Au lieu de subventionner « les boutiques de souvenirs » des grands hôtels.

Voyager indépendamment, c’est aller à la rencontre des Haïtiens et prendre avec eux les transports en commun qui se développent ici rapidement. Exemple: La Source Transport pour le trajet Port-au-Prince-Jacmel. Ou Transport Chic pour aller dans le grand sud, notamment aux Cayes.

Si l’on veut sortir des sentiers battus, et avoir, en Amérique, un petit goût de l’Afrique, conjugué à une double dose de culture créole et francophone, Haïti est une destination de choix.

Petite maison sur la route de l’étang Bossier

Pour terminer, quelques conseils.

Il faut ici, plus qu’ailleurs, soigneusement planifier son itinéraire, ses déplacements, vérifier et re-vérifier avec les hôtels ou les chambres d’hôtes les renseignements qui sont partagés.

Être prudent, comme partout en voyage, mais particulièrement dans la région de Port-au-Prince. Avoir impérativement un contact qui vous attend en arrivant à l’aéroport. Il est même possible, en attendant ses bagages devant le carrousel, d’emprunter un téléphone à quelqu’un et de rapidement confirmer son arrivée avec la personne qui vous attend à l’extérieur. (La culture des téléphones portables est ici un vrai roman.)

Bon voyage en Haïti!

Plat de poulet en sauce accompagné de millet, de banane mûre, et d’une salade

 

 

 

 

Lettre de Jacmel

Étrange sentiment de vivre depuis une semaine dans un pays que le président américain qualifie de « pays de m… » …

Cette insulte, abjecte, qui a fait le tour du monde, et qui résonne encore, a profondément blessé le peuple haïtien. Elle arrive au moment où la nation se recueille et commémore le huitième anniversaire du tremblement de terre de janvier 2010 qui a causé la mort de plus de 200 000 personnes.

Dans les conversations, les médias: l’émoi, la surprise, la colère.

Ci-dessous, quelques mots de l’éditorial du quotidien haïtien «Le Nouvelliste », daté du lundi 15 janvier.

« Donald Trump a stigmatisé tous les Haïtiens (…) Les démentis n’y feront rien. Notre réputation est affectée par les mots, le tollé et les dénégations comme peu de catastrophes ont pu le faire. Le séisme Trump est aussi puissant que celui de 2010 (…)

Chacun, suivant ses opinions, peut ne pas prendre toute la mesure du mal qui est fait à Haïti et à chaque Haïtien ces derniers jours. Il est immense. »

N’en déplaise au locataire actuel de la Maison Blanche qui, à ma connaissance, n’a jamais mis les pieds ici, Haïti, première république noire indépendante, n’est pas ce qu’il décrit.

Comme bien des pays, Haïti a des défis considérables à relever. La pauvreté. Les inégalités. La corruption. Le chômage. Une gouvernance défaillante. L’insécurité. Le manque de transparence des dirigeants. L’insalubrité.

Mais il y a aussi ici, envers et contre tout, tant de choses à célébrer!

L’histoire. La culture. La cuisine. La nature.

Le sourire, la gentillesse, le courage et la grande dignité des habitants.

Une des meilleures façons selon moi de corriger l’image d’Haïti, de combattre les préjugés haineux qui viennent de Washington ou d’ailleurs, c’est de venir dans le pays. Venir y passer quelques jours, seul, en couple ou en famille, en vacances, afin de rencontrer les Haïtiens. Apprendre à les connaître. À rire avec eux. À les aimer

Cette lettre est donc un appel.

Je vous invite à visiter cette île – complexe, envoûtante, déroutante – qu’on appelait autrefois « La Perle des Antilles ».

Dans le département du sud-est, Jacmel, fondée en 1698, est un ancien port de commerce de café et de canne à sucre. Après Port-au-Prince, Le Cap (Cap-Haïtien, au nord), Les Cayes (au sud), Gonaïves (dans l’Artibonite) et Jérémie (dans la Grande-Anse), Jacmel est une des plus importantes villes du pays.

Pour essayer de vous convaincre, voici un résumé, en images, de mes premiers jours dans le pays, à Port-au-Prince, et à Jacmel, dans le département du sud-est.

Port-au-Prince, mercredi 10 janvier. Retour chaleureux à la Guesthouse Eucalyptus qui m’accueille pour la troisième fois. Dans l’ordre habituel, Bruny, le chauffeur, Cacoune, la cuisinière et Calèbre, un des jeunes gérants de l’établissement.

La compagnie de bus La Source (Tel: (509) 4300 9525) assure plusieurs fois par jour une liaison sûre, directe et confortable entre le centre-ville de Port-au-Prince et Jacmel. Le trajet, en fourgonnette climatisée, coûte 225 gourdes ($3.50) et dure environ deux heures.

À mon arrivée à Jacmel, le jeudi 11 janvier, quelques souvenirs de Noël ornent encore les rues…

Petit Papa Noël, dis-nous, que vas-tu apporter à Haïti? Parce que…

L’excitation dans les rues de la ville est brusquement montée d’un cran, dimanche 14 janvier, avec l’ouverture officielle du Carnaval 2018…

Les premiers attroupements et défilés ont eu lieu en début d’après-midi le long de l’avenue Baranquilla qui mène à l’aéroport et aux plages…

J’ai aussi retrouvé à mon arrivée à Jacmel la merveilleuse cuisine haïtienne…

Plat de boeuf accompagné de « banane mûre », de piments rouges, de riz à pois et d’une salade

… et les rues de la vieille ville, très sûres, même le soir.

Avenue de La Liberté, Jacmel

Rue du Commerce, dans ce qui était autrefois le quartier des artisans et des commerçants de café. Jacmel a beaucoup souffert lors du séisme de 2010. Plus de 440 personnes ont perdu la vie

Première grande exploration en moto, lundi 15 janvier, en direction de Fort-Ogé et de Cap Rouge, deux villages de basse montagne situés à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Jacmel…

Sur les hauteurs de Jacmel, au centre de la carte, les petites localités de Fort-Ogé et de Cap Rouge… Plus à l’est, le village de Seguin, au coeur du parc national La Visite, où je serai à partir de dimanche…

La route pour arriver à Fort-Ogé et Cap Rouge monte inlassablement au milieu des « mornes » (montagnes en créole).

La région, réputée autrefois pour son café, est magnifique. Les plantations ont malheureusement depuis longtemps disparu, remplacées par d’autres cultures plus faciles à gérer.

La plupart des paysans vivent aujourd’hui, très pauvrement, à partir de petits lopins de terre où poussent du maïs, des pommes de terre, des carottes ou des oignons. D’autres élèvent sur leurs terrains des porcs, des chèvres…

Junior, 25 ans, né à Cap Rouge, fortement recommandé par mon hôtel, sera mon chauffeur et mon guide pour la journée et pour les prochains jours. Chauffeur de moto à Jacmel depuis cinq ans, sa famille vit toujours à Cap Rouge. Sur la route, tout le monde le connaît, le salue…

Le chemin rocailleux est vite suivi d’une piste de terre rouge qui grimpe à flanc de collines…

Altitude: environ 800 mètres. Sur la gauche, on aperçoit la baie de Jacmel

… avant de déboucher sur une piste qui mène au village de Fort-Ogé…

Le panorama est grandiose. Calme absolu. Il fait frais. Au bord du puits du village, un enfant attend un ami…

Il nous aura fallu une heure en moto pour arriver jusqu’ici… L’agitation de Jacmel est bien loin!…

À ma grande surprise, un homme, sur le chemin, à proximité du puits, nous aborde. Il est enseignant.

Après quelques mots, il m’invite chaleureusement à visiter son établissement, l’école primaire publique de Fort-Ogé, située à quelques pas. J’accepte avec plaisir!

Onze élèves seulement (sur 40) dans une des classes ce matin-là. Il a beaucoup plu la veille, m’explique-t-on, et certains chemins, au nord de l’école, sont impraticables. La plupart des élèves sont ainsi restés à la maison… ou sont partis travailler avec la famille dans les champs…

La visite des classes est bientôt suivie dune rencontre impromptue avec les enseignants et la directrice de l’école. La majorité des professeurs habite Jacmel. Pour eux, deux heures de trajet quotidien, en moto, beau temps/mauvais temps, cinq jours sur sept.

Les conditions de travail sont difficiles. Il faut souvent convaincre les parents, paysans pour la plupart, d’envoyer leurs enfants à l’école.

Salaire moyen des enseignants? 13 000 gourdes par mois (environ US$210). En guise de comparaison, les enseignants avec qui je travaillais il y a cinq ans au Rwanda gagnaient, eux, environ $US50 par mois. Le coût de la vie est beaucoup plus élevé en Haïti.

Deux enseignants et un membre du personnel de l’école primaire de Fort-Ogé réunis autour de la directrice, lundi 15 janvier.

Je suis aussi venu à Fort-Ogé afin de visiter une des pages glorieuses et méconnues de l’histoire d’Haïti.

Ici, au-dessus de la baie de Jacmel, en 1805, l’année qui suit l’indépendance, le gouvernement construit un des nombreux forts (plus de 20) qui doivent protéger la jeune république d’une contre-attaque toujours possible des troupes françaises – défaites, avec éclat et panache, l’année précédente…

Haïti paiera cher cette indépendance acquise en 1804.

Le Fort Ogé, construit sur l’ancienne habitation de Benjamin Ogé, un colon français. Le fort tombe en ruines et a lui aussi beaucoup souffert lors du séisme de 2010. Un projet communautaire de réhabilitation est en cours.

Anciens canons dérobés aux colons français.

Le temps s’est brusquement dégradé pendant notre visite et nous devons abréger notre explorations du fort…

Sous une pluie fine, suivie d’éclaircies puis d’un grand soleil, nous quittons Fort-Ogé en direction de Cap Rouge…

… avant d’amorcer la longue et sinueuse descente vers le village des Orangers et gagner ensuite  Jacmel. La journée a été fantastique! Merci Junior. Et merci Haïti!

Paysanne sur le chemin magnifique qui relie Fort-Ogé à Cap Rouge…. Ci-dessous, nous poursuivons dans un décor de rêve notre longue descente vers Jacmel… La région a un énorme potentiel touristique, notamment pour ceux qui aiment la randonnée…

Un dernier mot. J’ai eu la chance d’assister à Jacmel cette semaine à la première édition du festival Les Lumières du Sud – festival consacré au jeune cinéma antillais, africain et francophone.

Une douzaine de films étaient à l’affiche.

Plaisir immense d’assister l’après-midi à l’Alliance Française de Jacmel et au centre-ville, en soirée, à la Place Toussaint Louverture, à plusieurs projections de grande qualité.

Deux films en particulier ont retenu mon attention. De Kiskeya à Haïti mais où sont passés nos arbres? (réalisé par Mario Delatour), et Ayiti Mon Amour, tourné en partie à Jacmel, déjà récipiendaire de plusieurs prix internationaux et candidat sérieux, dit-on, au prix du meilleur film étranger aux Oscars cette année. Croisons les doigts.

Vous pouvez voir des extraits de ces deux très beaux films en cliquant sur les liens en vert ci-dessus.

Bon cinéma! Et Bravo à tous les artisans du Festival!

Deux autres plats succulents dégustés cette semaine. Ci-dessus, poisson court-bouillon et gros sel assaisonné de piments, de citron vert et de gingembre, accompagné de pommes de terre, de riz et d’une salade.

Plat de cabri (jeune brebis) servi avec des frites et une salade

 

Le carnaval de Jacmel

Effervescence cette semaine dans les rues de Jacmel à l’approche du carnaval national. Carnaval célébré cette année le dimanche 31 janvier – sept jours exactement, comme le veut la tradition, avant celui de Port-au-Prince.

Carnaval sous haute tension cette année, vu le report des élections présidentielles et législatives, le mécontentement de la population envers les autorités, les inégalités, et les manifestations, parfois violentes, qui secouent plusieurs régions du pays…

Dans les rues de la vieille ville de Jacmel cependant, au cœur du quartier des artisans, les habitants accueillent les visiteurs avec le sourire, comme cette jeune femme, rencontrée rue Ste-Anne, mercredi matin…

Jeune femme, accompagnée de deux de ses quatre enfants, rue St-Anne, Jacmel, mercredi 27 janvier.

Jeune femme, accompagnée de deux de ses quatre enfants, rue Ste-Anne, Jacmel, mercredi 27 janvier.

Les artisans qui fabriquent dans leurs ateliers les masques et les figures en papier mâché, éléments essentiels du carnival de Jacmel, sont à l’ouvrage depuis plusieurs jours et mettent, mercredi matin, la dernière touche à leurs créations…

Près de la rue du Commerce, dernières touches de peinture aux masques du carnaval, en papier mâché.

Près de la rue du Commerce, dernières touches de peinture aux masques du carnaval, en papier mâché.

En se promenant dans les rues de la ville, on ne peut que constater encore une fois l’immense décalage qui existe entre ce qu’impriment et diffusent les médias – ce que l’on entend à la radio notamment, les propos parfois incendiaires de députés et sénateurs qui devant les micros parlent de « guerre civile » – et la réalité qu’on observe tous les jours dans les villes de province comme Les Cayes ou Jacmel: la grande dignité des Haïtiens qui mènent une existence paisible et affrontent cette nouvelle épreuve électorale avec courage et détermination.

Avenue de la liberté, Jacmel, mercredi 28 janvier...

Grande Rue, Jacmel, mercredi 27 janvier. Jacmel a connu son heure de gloire au 19è siècle grâce au commerce du café. Plusieurs anciens entrepôts existent toujours, aux alentours du bord de mer.

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Grand ciel bleu hier, dimanche 31 janvier, jour du carnaval! L’artère principale de la ville, l’avenue Baranquilla, est bondée! On a construit toute la semaine, le long du parcours du défilé, des échafaudages de fortune qui accueilleront résidents et visiteurs. Des participants au défilé, costumés, retardataires, courent rejoindre leurs groupes assemblés le long du bord de mer. Il est 11 heures. Le grand défilé du carnaval doit débuter à midi…

Jacmel, dimanche 31 janvier.

Jacmel, dimanche 31 janvier.

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Quelle incroyable célébration! Pendant deux heures, nous assistons dans les rues de Jacmel à un spectacle prodigieux: un festival de danse et de musique conjugué à un ballet aux couleurs tropicales. La parade se déroule dans une ambiance surchauffée de kermesse, de réjouissance, de liesse populaire, de fête indescriptible portée par les rires, les cris, le rythme des tambours et le son assourdissant des trompettes…

En voici un extrait, en une douzaine de photos…

Il faut aussi noter que le carnaval met en scène différentes figures du folklore de la culture haïtienne, ainsi que divers animaux… Des groupes communautaires profitent également de l’événement pour faire passer en marge du cortège des messages de sensibilisation reliés à la santé, au sida, au choléra…

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Les participants de certains groupes sont enduits de peinture...

Les participants de certains groupes sont enduits de peinture…

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L'Avenue Baranquilla, Jacmel, dimanche 31 décembre

L’avenue Baranquilla, Jacmel, dimanche 31 décembre

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Jacmel, dimanche 31 décembre

Jacmel, dimanche 31 décembre

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Défilé de l'hôpital Saint-Michel de Jacmel

Défilé de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel

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Le carnaval s’est poursuivi une grande partie de la nuit dans les rues de Jacmel, à ma connaissance, sans incidents…

Marchande de Jacmel, Grande rue, dimanche 31 janvier

Marchande de Jacmel, Grande rue, dimanche 31 janvier

Excursion jusqu’à Belle Anse

Sud-est d'Haïti

Sud-est d’Haïti

On m’avait depuis mon arrivée plusieurs fois mis en garde : la route jusqu’à Belle Anse, située à une soixante de kilomètres à l’est de Jacmel, n’est pas en bon état. « Prévoir, en moto, au minimum, deux heures… », m’avait-on dit. J’étais prévenu…

Une fois passées les plages de Jacmel, comme celle de Kabic, ci-dessus, le paysage, en allant vers l'est, change radicalement...

Une fois passées les plages de Jacmel, comme celle de Ti mouillage, ci-dessus, le paysage, en allant vers l’est, change radicalement…

Je tenais quand même absolument à explorer la région et, têtu, je suis donc parti, jeudi 28 janvier, accompagné d’un chauffeur recommandé par l’hôtel, en direction de Belle Anse, petit village posé sur la côte sud, à mi-chemin entre Jacmel et la frontière avec la République dominicaine…

Entre Marigot et Belle Anse, jeudi 28 janvier

Entre Marigot et Belle Anse, jeudi 28 janvier

Mon chauffeur, Bernardin, la quarantaine, père de deux enfants, ancien militaire et grand amateur de "borlette", la loterie haïtienne...

Mon chauffeur, Bernardin, la quarantaine, père de deux enfants, ancien militaire et grand amateur de « borlette », la loterie haïtienne…

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Voyage épique!

Il nous a fallu presque douze heures – et trois crevaisons – pour rejoindre Belle Anse et revenir à Jacmel, à la nuit tombée, fourbus, trempés, les vêtements pleins de boue…

À l'est du village de Marigot et, ci-dessous, première crevaison...

À l’est du village de Marigot et, ci-dessous, première crevaison…

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Quelle aventure!

Comme l’indiquent les cartes, après le village de Marigot, la route goudronnée disparaît et est remplacée par du gravier puis par un chemin de terre rouge qui monte lentement dans les mornes… À mesure que l’on progresse, vers l’est, première surprise : sur le chemin, nous rencontrons une jeune fille qui, en plus du créole, parle, comme seconde langue, non pas le français mais l’espagnol. C’est l’un des nombreux enfants, m’explique-t-on plus tard, issu de familles haïtiennes ayant longtemps vécu en République dominicaine… dont il sera question dans quelques instants.

Nous poursuivons notre route vers Belle Anse...

Nous poursuivons notre route vers Belle Anse… en croisant marchandes et, ci-dessous, enfants sur le chemin de l’école…

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Deuxième constat, la route est dans un état lamentable, et Bernardin murmure quelque chose que j’ai souvent entendu pendant mon séjour ici: la comparaison entre Haïti et la République dominicaine. Pourquoi, me demande Bernardin, les Dominicains peuvent-ils, chez eux, construire des routes, bâtir des écoles, gérer leur pays d’une façon convenable, alors qu’en Haiti la situation ne s’améliore pas, ou si peu…

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Le chemin culmine parfois à plus de 1800 mètres d’altitude et nous traversons, dans le brouillard ou en plein soleil, une région magnifique où l’apparition d’un étranger en moto semble être toujours un sujet d’étonnement… La terre est fertile; on cultive ici des poireaux, du maïs, du riz, du chou, des carottes, des oignons, des pommes de terre… À quelques dizaines  de kilomètres, au nord-est, il y a des champs de café, près du village de Thiotte, à proximité du Parc National Forêt des Pins….

Arrivée à Belle Anse, sur la côte, à l'horizon...

Après cinq heures de route, destination enfin en vue, sur la côte, à l’horizon… Ci-dessous, le port et le petit village de Belle Anse…

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C’est vraiment le bout du monde, Belle Anse! L’unique hôtel du village est fermé, et je m’installe à la terrasse d’un petit café, au bord de la route, en attendant que Bernardin revienne avec une nouvelle chambre à air. Ah, le bonheur du voyage! Heureusement, les habitants sont ici très accueillants. Ils préparent, me disent-ils, une fête, pour le soir même, la Fête des Philosophes. Je suis invité. Je dois malheureusement décliner, nous devons absolument rentrer à Jacmel avant la tombée de la nuit. Pari perdu, nous aurons, sur la route du retour, deux nouvelles crevaisons!

"Impossible de ne pas souffrir" affiche la devise de ce bateau qui assure la navette entre Belle Anse et Anse-à-Pitres, à la frontière de la République dominicaine...

« Impossible de ne pas souffrir » affiche la devise de ce bateau qui assure la navette entre Belle Anse et Anse-à-Pitres, à la frontière de la République dominicaine…

Je débute ce matin lundi la dernière étape de mon voyage : trois jours dans le village de Seguin, perché à près de 2000 mètres d’altitude au cœur du Parc National la Visite. Je serai logé à l’auberge du même nom. L’accès à l’internet sera limité ou inexistant. Retour prévu à Jacmel mercredi en fin d’après-midi, avant de prendre jeudi matin le bus pour Port-au-Prince, et l’avion vendredi matin pour Vancouver.

Dans le jardin de mon hôtel à Jacmel...

Dans le jardin de mon hôtel à Jacmel…

Cela a été une grande joie de revoir Haïti. Malgré le chaos qui règne parfois dans les rues, les incertitudes, les inégalités, les tensions sociales, voyager, sac à dos, de façon indépendante en Haïti, est une expérience incroyable, fabuleuse, qui laisse des traces – et pas seulement celles laissées par les moustiques!

Le pays m’appelle, et je reviendrai.

Promenade du bord de mer, Jacmel, février 2016.

Promenade du bord de mer, Jacmel, février 2016.

Haïti

Troisième voyage en Haïti en un peu plus de cinq ans.

Après un premier séjour, en juillet 2010, dans la région de Port-au-Prince, du Parc La Visite, et de Jacmel, et un second voyage, en mars 2011, dans le département de la Grande Anse, à Jérémie et aux Abricots, me voici cette fois-ci dans le grand sud du pays, avec un objectif bien précis: explorer, à partir de la ville des Cayes, la région où je suis né, il y a bientôt soixante ans.

Halte à Camp-Perrin, petite municipalité située à trente minutes de moto au nord de la ville des Cayes, vendredi 15 janvier.

Halte à Camp-Perrin, petite municipalité située à trente minutes de moto au nord de la ville des Cayes, vendredi 15 janvier.

Ce n’est pas facile de voyager en Haïti, surtout sans véhicule privé. Comme d’habitude, avant mon arrivée à l’aéroport de Port-au-Prince, le 12 janvier, tous mes déplacements ont été soigneusement planifiés et confirmés avec mes hôtes et interlocuteurs.

Ernso (à gauche) propriétaire de l'excellente guesthouse Eucalyptus, avec deux membres de son équipe, dans la cuisine.

Ernso (à gauche) propriétaire de l’excellente guesthouse Eucalyptus à Port-au-Prince, avec deux membres de son équipe, dans la cuisine.

La guesthouse est nichée, loin de la circulation, dans un immense écrin de verdure, à deux pas de l'aéroport.

La guesthouse est nichée, loin de la circulation, dans un immense écrin de verdure, à deux pas de l’aéroport. Une bonne adresse, dans un quartier populaire de la capitale.

Premières impressions de voyage?

Route entre Port-Salut et Port-à-Piment, département du sud, samedi 16 janvier.

Route entre Port-Salut et Port-à-Piment, département du sud, samedi 16 janvier.

D’après ce que j’ai pu voir en une petite semaine, le pays semble avancer – mais au ralenti.

Dans certains domaines, comme la construction ou le transport, il semble y avoir de réels progrès. Les chantiers pullulent le long des routes et au cœur des villes que j’ai traversées. On reconstruit après le tremblement de terre.

Le développement du transport routier des passagers est lui aussi en plein essor. De nombreuses compagnies privées – Transport Chic, Le Voyageur, Grand Sud – ont vu le jour, et leurs véhicules sillonnent le pays en transportant les passagers dans des fourgonnettes ou des bus confortables et climatisés. 500 gourdes (9$) pour le prix d’un trajet (quatre heures) entre Port-au-Prince et les Cayes.

Haïti

Haïti

D’un autre côté, sur plusieurs fronts, Haïti semble reculer. L’insécurité, partout, se répand. Il y a tous les mois, en moyenne, cinquante morts par balles dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. La plupart de ces attentats sont reliés au trafic de la drogue ou à des règlements de comptes entre groupes rivaux, mais les particuliers ne sont pas épargnés. Dans les rues de la capitale, l’atmosphère est tendue.

L'un des deux candidats au second tour des élections présidentielles...

L’un des deux candidats au second tour des élections présidentielles…

Le processus électoral est aussi déficient. Le second tour des élections présidentielles, prévu pour le 27 décembre, a été reporté plusieurs fois, et le vote est maintenant annoncé pour dimanche prochain, le 24 janvier. Chaque jour amène son lot de nouvelles rumeurs, les radios s’emballent, et nul ne sait comment vont se dérouler ces élections, si élections il y a…

Grande Rue, Les Cayes, jeudi 14 janvier

Grande Rue, Les Cayes.

Après une nuit passée à Port-au-Prince, arrivée dans la ville des Cayes le mercredi 13 janvier, après un voyage mouvementé.

Notre bus, comme des dizaines d’autres, a été bloqué sur la route nationale, au sud de la ville de Miragoane, vers 11 heures du matin, à la hauteur du village de Chalon.

Une soixantaine de manifestants protestaient contre la nomination d’un commissaire de police récemment affecté dans la région. Deux ou trois voitures de police sont arrivées. Les manifestants leur ont lancé des pierres et ont maintenu leur barrage. Notre chauffeur a prudemment mis notre bus à l’abri, dans un petit chemin.

La confrontation a duré une heure environ avant que les manifestants ouvrent de nouveau la Nationale 2 à la circulation.

Entre Miragoane et Chalon, mercredi 13 janvier

Entre Miragoane et Chalon, mercredi 13 janvier

Il n’est pas facile de se déplacer à pied aux Cayes. La ville est beaucoup plus étendue que je ne me l’imaginais et, en plus de la chaleur, la circulation – motos, voitures, camions de transport et de passagers, tap-taps – est intense…

Centre-ville des Cayes

Centre-ville des Cayes

Sur les conseils de la réception de l’hôtel, j’ai donc très vite embauché un chauffeur de moto, Dorléans, fiable et ponctuel, qui travaille à l’hôtel Méridien des Cayes… depuis vingt-cinq ans.

Dorléans, 42 ans, père d'un adolescent de quatorze ans, né à Coteaux, au nord de Port-Salut.

Dorléans, 42 ans, père d’un adolescent de quatorze ans, né à Coteaux, au nord de Port-Salut.

Je voulais dès mon arrivée dans la ville essayer de retrouver la maison, avenue des Gabions, où je suis né. Défi supplémentaire: mon acte de naissance, estampillé à la mairie des Cayes, ne fait malheureusement aucune mention du numéro de la maison.

Comment faire, après toutes ces années?

Oncles, tantes, cousins et cousines ont depuis longtemps quitté les Cayes, et nous n’avons plus de famille ici.

Les Cayes

Les Cayes

J’ai eu la bonne idée de commencer mes recherches à l’hôtel Concorde, situé avenue des Gabions justement, l’hôtel Concorde où je voulais loger initialement mais qui n’avait jamais répondu à mes nombreux messages. Je voulais en avoir le cœur net, et savoir pourquoi.

Avenue des Gabions, les Cayes.

Avenue des Gabions, les Cayes. L’hôtel Concorde est en rénovation et n’accueille pratiquement plus de clients.

Quelle surprise en arrivant à l’hôtel, jeudi matin, de rencontrer la propriétaire – Madame Michele Condé Delbeau – qui me dévisage longuement, et me demande mon nom.

« Oh, dit-elle, vous êtes le fils de Scherer, j’ai très bien connu votre père, il était notre médecin de famille, j’ai aussi connu votre mère »

Nous avons parlé, chaleureusement, une vingtaine de minutes. Elle n’a pas voulu se faire photographier.

Madame Condé Delbeau m’apprend que la maison avenue des Gabions où habitait notre famille, à deux pas de l’hôtel, a été rasée. Sur le terrain trône maintenant… un petit hôpital, un dispensaire plutôt, spécialisé dans les problèmes de la vue.

Terrain qui autrefois abritait la maison où mes frères et moi sommes nés.

Terrain, avenue des Gabions, qui abritait autrefois la maison où mes frères et moi sommes nés…

En prenant congé, madame Condé Delbeau me donne une foule de détails sur la vie de nos parents, elle se souvient du cabinet médical de notre père, situé près de la cathédrale, elle se souvient même, enfant, de notre grand-père, Emmanuel, et de notre grand-mère, qui partageait le même nom de jeune fille (Hall) que sa meilleure amie.

Hôpital Général des Cayes,

Entrée principale de l’hôpital Général Immaculée Conception des Cayes,

Seconde étape de mon pèlerinage aux Cayes: l’hôpital général de la ville où travaillait jadis notre père en tant qu’administrateur et médecin génycologue.

Service de maternité

Service de maternité

Beaucoup d’émotion en rentrant dans l’enceinte de l’hôpital, propre et bien tenu… C’est ici qu’a débuté la remarquable carrière de notre père, avant le départ pour l’Afrique…

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En compagnie de Dorléans, j’ai passé les deux jours suivants à arpenter et explorer, en moto, le sud du pays. Nous avons dû faire près de 200 kilomètres, à l’intérieur des terres entre les Cayes et Camp-Perrin, et le long de la côte entre les Cayes, Torbeck, Port-Salut, et jusqu’à Roche-à-Bateau, sur la route de Port-à-Piment.

Camp- Perrin, Haïti

Jour de marché à Camp-Perrin, vendredi 15 janvier

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La journée de samedi a été particulièrement réussie… avec une longue balade jusqu’aux plages de Port-Salut…

Port-Salut

Port-Salut

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Pêcheurs sur la plage de Port-Salut...

Pêcheurs sur la plage de Port-Salut…

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Nous sommes loin ici de la tension qui règne dans les rues de Port-au-Prince. La vie est douce et tranquille sur la côte sud… avec, en prime, chaque jour, au retour à l’hôtel, la merveilleuse cuisine haïtienne…

Plat de griot (porc grillé) accompagné de bananes pesées, de sauce et de riz.

Plat de griot (porc grillé) accompagné de bananes pesées, de sauce et de riz.

Poulet en sauce accompagné de riz à pois

Poulet en sauce accompagné de bananes pesées et d’un plat de riz à pois collés.

… servie avec le sourire par le personnel adorable de l’hôtel…

Marie-Ange

Petite leçon de créole avant de terminer? Comprenez-vous l’information écrite sur cette affiche?

Réponse: Autobus Voyageur - Part pour Port-au-Prince chaque dimanche à 4 heures du matin. C'est toujours le même service.

Réponse: Autobus Voyageur. Part pour Port-au-Prince chaque dimanche à 4 heures du matin. C’est toujours le même service. – La très grande majorité de la population en Haïti parle uniquement le créole.

Départ ce matin en bateau, comme prévu, pour l’Île-à-Vache… J’y passerai une grande partie de la semaine, avant mon retour aux Cayes, samedi après-midi.

Bon mois de janvier, et bon début d’année à tous!

Courage à ceux et celles qui habitent la région de Montréal… il ne reste que quelques mois avant l’arrivée du printemps…

Petites maisons accrochées aux "mornes" entre les Cayes et Port-Salut

Petites maisons accrochées aux « mornes » entre les Cayes et Port-Salut