Nouveau départ, le 30 novembre, pour le sud de l’Inde et le Sri Lanka. J’y resterai sept semaines.
Au programme, prendre le temps de célébrer et de savourer, au soleil et aux antipodes, mon 60è anniversaire! Observation et apprentissage également dans « le sous-continent indien » d’une culture que je connais peu, et que j’ai envie de mieux comprendre.
Découverte enfin d’une région géographiquement très variée.
Dans l’état du Kerala (le seul que je visiterai en Inde), qu’on appelle en Malayalam, la langue locale, « le paysde Dieu » ou encore « la petite Venise de l’Inde du sud« , un réseau de lagunes et de canaux relie le long de la côte, sur plus de 600 kilomètres, des villes chargées d’histoire: Fort Cochin, Alleppey,Kollam,Varkala...
Un peu plus à l’est, sur les hauts plateaux de la chaîne de montagnes des Ghâts occidentaux, les habitants de la ville de Munnar et des environs vivent à 1600 mètres d’altitude, depuis plus d’un siècle, de la culture et du commerce du thé.
J’ai bien hâte de voir et de découvrir tout cela!
Itinéraire prévu dans l’état du Kerala (pointe sud-ouest de l’Inde): Cochin, Munnar (où prospèrent en altitude les plantations de thé), Alleppey, Kollam et Varkala
De Trivandrum, capitale de l’état du Kerala, je m’envolerai ensuite le 23 décembre pour le Sri Lanka, « l’île aux épices ».
Haltes prévues sur la côte ouest, à Negombo puis dans le centre montagneux de l’île, à Kandy (capitale culturelle) et à Ella.
Topographie et villes principales du Sri Lanka… qu’on appelait, jusqu’en 1972, Ceylan
Pour terminer, deux étapes dans le grand sud du pays, à Galle, ville coloniale et historique inscrite au patrimoine de l’Unesco, et enfin à Tangalle, petit village paisible posé au bord de l’océan Indien, endroit idéal où jouer pendant plusieurs jours à Robinson Crusoé…
Retour à Vancouver, via Colombo, le 18 janvier.
Bon début d’hiver à tous!
Un des livres que j’emporterai en voyage. « Running in the Family » de Michael Ondaatje. Le récit se déroule au Sri Lanka.
Paris, place de la République, samedi 7 maiManifestants réunis Place des Fêtes (19è) à Paris, dimanche 1er mai.
Paris gronde en cette première semaine de mai!
Un vent de révolte souffle dans les rues de la ville, et il règne ici, au bord de la Seine, de la place de la République, à Nation, à la place de la Bastille, une atmosphère folle de fin de régime.
Dans certains quartiers du nord et de l’est – à Belleville, à Ménilmontant, autour des stations de métro Jaurès et Stalingrad, le long du canal Saint-Martin – aux brins de muguet, se mêlait, le 1er mai, une persistante odeur de poudre…
Le quinquennat de François Hollande s’achève et les Français, en grande majorité, sont mécontents. Depuis plusieurs semaines, de plus en plus nombreux, ils manifestent, parfois violemment.
Quelques minutes avant le début du défilé du 1er mai organisé à Paris par la CNT, la Confédération nationale du travail. Le défilé sera, un peu plus tard, entre Bastille et Nation, émaillé d’incidents violents entre forces de l’ordre et manifestants.
Les sujets de discorde ne manquent pas : le chômage, l’accueil réservé aux migrants, la réforme du code du travail, la précarité dans laquelle vivent les familles, le sentiment général d’exclusion ressenti par les jeunes, en particulier ceux issus de l’immigration.
Lassitude et défiance également dans le pays envers les membres d’une classe politique dévalorisée, sclérosée, qui peine à se renouveler.
Les perspectives d’avenir semblent, pour beaucoup, plutôt sombres.
La prolongation de l’état d’urgence, pour deux mois, à partir du 26 mai, et la crainte, toujours possible, de nouveaux attentats viennent encore noircir le tableau.
La place de la République, plus calme, mardi 3 mai.Place de la République, jeudi 5 mai.
Afin de riposter et de faire front à la grisaille, à la morosité qui attriste le pays, il se tient, depuis cinq semaines, place de la République à Paris, un événement emblématique : la Nuit debout.
Nuit debout, jeudi 5 mai.
Tous les après-midis, à partir de 16 heures et jusque tard dans la nuit, des centaines de citoyens, de tout âge et de toutes conditions, se réunissent afin de dialoguer et partager leurs idées, leurs sentiments, leurs convictions. Ils se rassemblent pour essayer de comprendre, et essayer aussi d’apporter des solutions au sentiment de malaise général qui semble tous les jours gagner du terrain.
L’événement est structuré autour de thèmes sur lesquels les citoyens sont invités à prendre la parole, librement, pendant une heure environ. Une fois la discussion entamée, n’importe qui peut poser une question, apporter une clarification, partager son expérience.
Nuit debout, jeudi 5 mai.
C’est un formidable exercice de démocratie. Lors de ma visite, jeudi, j’ai été frappé par le grand respect et l’immense qualité d’écoute des participants. Chacun prend le micro, partage ses idées, apporte une précision, pose ou répond à une question. Travail admirable. C’est beau à voir.
Deux thèmes étaient à l’ordre du jour jeudi après-midi: l’histoire de l’islam, et un peu plus tard, une ancienne prisonnière est venue dénoncer les (très mauvaises) conditions de détention des prévenus dans les établissements pénitentiaires français.
Une assemblée générale a aussi lieu tous les soirs.
Jeudi 5 mai
En marge de ces grands débats, d’autres groupes, plus petits, se forment spontanément et s’installent, place de la République. Certaines conversations (comme celle ci-dessous) ont lieu simultanément en plusieurs langues, français, anglais, espagnol, un des participants faisant office de traducteur.
Jeudi 5 mai
Un des participants à la Nuit debout, proche des mouvements de la gauche radicale apparus récemment en Espagne (Podemos) et en Grèce (Syriza), expliquait en ces termes, au journal « Le Monde », sa présence, place de la République :
« Il a fallu du temps pour que cela arrive chez nous, mais maintenant c’est là, pour plusieurs raisons, et d’abord le ras-le-bol après cinq années Hollande, mais je crois aussi que les gens n’ont pas supporté de se faire confisquer l’émotion d’après les attentats, surtout par des types qui ne nous rassurent pas du tout. »
La gamme des revendications, place de la République, est immense. Chacun a une idée, une cause à défendre, un combat à mener, quelqu’un à convaincre.
Ainsi ce Soudanais de 30 ans, récemment arrivé sur le sol français, et qui s’exprimait lui aussi (en traduction) dans les colonnes du « Monde »:
« Nous demandons des papiers et une vie digne parce qu’il n’est pas normal qu’il soit plus difficile de se faire une place en France que de traverser la Méditerranée. »
La grande majorité des participants cible un ennemi commun: le gouvernement – l’actuel et le précédent – dépassé par les événements disent-ils, et qui semble incapable de proposer aux citoyens des solutions aux problèmes de plus en plus complexes auxquels ils sont confrontés.
Place de la République, jeudi 5 mai.
Combien de temps encore le mouvement (qui se répand dans les villes de province: Nantes, Lyon, Rennes) tiendra-t-il?
De quelle façon évoluera-t-il?
Difficile à dire.
À Paris, la préfecture de police a depuis une semaine déjà considérablement réduit le temps de parole des participants à la Nuit debout. Les rassemblements doivent désormais se terminer à 22 heures, en semaine, et au plus tard à minuit le weekend. Tous les soirs, la place de la République est évacuée. Des affrontements, souvent musclés, ont lieu.
Les forces de l’ordre sont débordées. Certains lycées, à Paris, la semaine dernière, ont été en partie incendiés.
La résistance s’organise. Les syndicats et les participants à la Nuit debout planifient dans quelques semaines une grève générale qui devrait paralyser le pays, la date du 18 mai est souvent mentionnée.
Dès jeudi, d’autres manifestations sont prévues.
Place de la République
Malgré l’extraordinaire énergie qui se dégage de la place de la République, je ne serai pas trop triste de quitter Paris, et de changer d’ambiance…
Départ demain pour Nice, première étape d’un séjour de trois semaines dans deux régions du sud de la France, les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence. Haltes prévues également à Marseille et Cassis.
Grande effervescence cette semaine dans les rues de Jacmel à l’approche du carnaval national. Carnaval célébré cette année le dimanche 31 janvier – sept jours exactement, comme le veut la tradition, avant celui de la capitale.
Carnaval qui ailleurs au pays se déroule sous haute tension, vu le récent report des élections présidentielles, le mécontentement de la population envers les autorités et les manifestations, parfois violentes, qui secouent plusieurs régions d’Haïti.
Dans les rues de la vieille ville de Jacmel cependant, au cœur du quartier des artisans, les habitants accueillent les visiteurs avec le sourire, comme cette jeune femme, rencontrée rue Ste-Anne, mercredi matin…
Jeune femme, accompagnée de deux de ses quatre enfants, rue Ste-Anne, à Jacmel, le mercredi 27 janvier.
Les artisans qui fabriquent dans leurs ateliers les masques et les figures en papier mâché, éléments essentiels du carnival de Jacmel, sont à l’ouvrage depuis plusieurs jours. Ils mettent, mercredi matin, la dernière touche à leurs créations…
Près de la rue du Commerce à Jacmel, ultimes finitions de peinture aux masques en papier mâché.
En se promenant dans les rues de la vieille ville, on ne peut que constater, encore une fois, l’immense décalage qui existe entre ce qu’impriment et diffusent les médias, basés à Port-au-Prince, et la réalité qu’on observe tous les jours dans les villes de province comme Les Cayes ou Jacmel.
D’un côté, on entend, à la radio notamment, les propos incendiaires de députés ou de sénateurs qui, devant les micros à Port-au-Prince, s’agitent et parlent de « guerre civile » en Haïti.
De l’autre, on mesure, on admire la grande dignité des Haïtiens qui mènent en province, auprès de leurs familles, une existence calme et paisible. En affrontant au quotidien leurs défis, leurs épreuves, avec courage et détermination.
La grande Rue, à Jacmel, le mercredi 27 janvier. Jacmel a connu jadis son heure de gloire, grâce au commerce du café. Plusieurs anciens entrepôts existent toujours, aux alentours du bord de mer.
Grand ciel bleu le dimanche 31 janvier, jour du carnaval!
La Fête va commencer!
L’artère principale de la ville, l’Avenue Barranquilla, est bondée! On a construit toute la semaine, le long du parcours du défilé, des échafaudages de fortune afin d’accueillir résidents et visiteurs. Des participants au défilé, costumés, retardataires, courent en riant rejoindre leurs groupes, rassemblés le long du bord de mer. Il est 11 heures. Le grand défilé du carnaval doit débuter à midi…
Quelques minutes avant le coup d’envoi du carnaval, à Jacmel, le dimanche 31 janvier 2016
Quelle incroyable célébration!
Pendant plus deux heures, nous avons eu le grand bonheur d’assister dans les rues de Jacmel à un spectacle prodigieux, ahurissant!
Un festival de danse et de musique… conjugué à un somptueux ballet aux couleurs tropicales.
La parade du carnaval se déroule dans une ambiance surchauffée de kermesse, de réjouissance, de liesse populaire, de fête indescriptible!
Fête portée par les rires, les cris, le rythme des tambours et le son assourdissant des trompettes…
L’avenue Barranquilla, à Jacmel, le dimanche 31 janvier 2016
Voici, en quelques photos, le résumé d’une journée i-n-o-u-b-l-i-a-b-l-e!….
Ambiance Ambiance dans les rues de Jacmel!
Le carnaval met en scène différentes figures du folklore de la culture haïtienne.
Les participants de certains groupes sont enduits de peinture…
Jacmel, le dimanche 31 janvier
Des groupes communautaires profitent également de l’événement pour faire passer, en marge du cortège, des messages de sensibilisation reliés à la santé, au sida, au choléra.
Défilé de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel
Le carnaval s’est poursuivi une grande partie de la nuit dans les rues de Jacmel, à ma connaissance, sans incidents…
Marchande de Jacmel, Grande rue, le dimanche 31 janvier
Excursion jusqu’à Belle Anse
Douze heures de route (a-r) en moto entre Jacmel et le village de Belle-Anse, sur la côte sud d’Haïti!
On m’avait depuis mon arrivée plusieurs fois mis en garde : la route jusqu’à Belle Anse, située à une soixante de kilomètres à l’est de Jacmel, n’est pas en bon état. « Prévoir, en moto, au minimum, deux heures… », m’avait-on dit. J’étais prévenu…
Une fois passées les plages de Jacmel, comme celle de Ti-mouillage, ci-dessus, le paysage, en allant vers l’est, change radicalement…
Je tenais quand même absolument à explorer la région et, têtu, je suis donc parti, le jeudi 28 janvier, accompagné d’un chauffeur recommandé par l’hôtel, en direction de Belle Anse, petit village posé sur la côte sud, à mi-chemin entre Jacmel et la frontière avec la République dominicaine…
Entre Marigot et Belle Anse, le jeudi 28 janvierMon chauffeur, Bernardin, la quarantaine, père de deux enfants, ancien militaire et grand amateur de « borlette », la loterie haïtienne…
Voyage épique!
Il nous a fallu presque douze heures – et trois crevaisons – pour rejoindre Belle-Anse et revenir à Jacmel, à la nuit tombée, fourbus, trempés, les vêtements pleins de boue…
À l’est du village de Marigot et, ci-dessous, première crevaison…
Quelle aventure!
Comme l’indiquent les cartes, après le village de Marigot, la route goudronnée disparaît et est remplacée par du gravier puis par un chemin de terre rouge qui monte lentement dans les mornes… À mesure que l’on progresse, vers l’est, première surprise : sur le chemin, nous rencontrons une jeune fille qui, en plus du créole, parle, comme seconde langue, non pas le français mais l’espagnol. C’est l’un des nombreux enfants, m’explique-t-on plus tard, issu de familles haïtiennes ayant longtemps vécu en République dominicaine… dont il sera question dans quelques instants.
Nous poursuivons notre route vers Belle-Anse… en croisant des marchandes et, ci-dessous, des enfants sur le chemin de l’école…
Deuxième constat, la route est dans un état lamentable, et Bernardin murmure quelque chose que j’ai souvent entendu pendant mon séjour ici: la comparaison entre Haïti et la République dominicaine. Pourquoi, me demande Bernardin, les Dominicains peuvent-ils, chez eux, construire des routes, bâtir des écoles, gérer leur pays d’une façon convenable, alors qu’en Haiti la situation ne s’améliore pas, ou si peu…
Le chemin culmine parfois à plus de 1800 mètres d’altitude et nous traversons, dans le brouillard ou en plein soleil, des régions magnifiques où l’apparition d’un étranger en moto semble être toujours un sujet d’étonnement… La terre est fertile; on cultive ici des poireaux, du maïs, du riz, du chou, des carottes, des oignons, des pommes de terre… À quelques dizaines de kilomètres, au nord-est, il y a des champs de café, près du village de Thiotte, à proximité du Parc National Forêt des Pins….
Après cinq heures de route, destination enfin en vue, sur la côte, à l’horizon… Ci-dessous, le port et le petit village de Belle-Anse…
C’est vraiment le bout du monde, Belle-Anse! L’unique hôtel du village est fermé, et je m’installe à la terrasse d’un petit café, au bord de la route, en attendant que Bernardin revienne avec une nouvelle chambre à air. Ah, le bonheur du voyage! Heureusement, les habitants sont ici très accueillants. Ils préparent, me disent-ils, une fête, pour le soir même, la Fête des Philosophes. Je suis invité. Je dois malheureusement décliner, nous devons absolument rentrer à Jacmel avant la tombée de la nuit. Pari perdu, mais nous aurons, sur la route du retour, deux nouvelles crevaisons!
« Impossible de ne pas souffrir » affiche la devise de ce bateau qui assure la navette entre Belle-Anse et Anse-à-Pitres, à la frontière de la République dominicaine…
Je débute ce matin lundi la dernière étape de mon voyage : trois jours dans le village de Seguin, perché à près de 2000 mètres d’altitude au cœur du Parc National la Visite. Je serai logé à l’auberge du même nom. L’accès à l’internet sera limité ou inexistant. Retour prévu à Jacmel mercredi en fin d’après-midi, avant de prendre jeudi matin le bus pour Port-au-Prince, et l’avion vendredi matin pour Vancouver.
Dans le jardin de mon hôtel à Jacmel…
Cela a été une grande joie de revoir Haïti. Malgré le chaos qui règne parfois dans les rues, les incertitudes, les inégalités, les tensions sociales, voyager, sac à dos, de façon indépendante en Haïti, est une expérience incroyable, fabuleuse, qui laisse des traces – et pas seulement celles laissées par les moustiques!
Le pays m’appelle, et je reviendrai.
Bord de mer, Jacmel, février 2016.Rencontre avec Yanick Lahens, à l’Alliance Française de Jacmel, le vendredi 15 janvier. J’étais dans la région des Cayes et à l’Île-à-Vache à ce moment-là… Quel dommage, j’aurais tellement aimé assister à cette rencontre!…
La plage de l’Anse Dufour, à l’île-à-Vache, dans le grand sud d’Haïti, le vendredi 22 janvier.
Pour le voyageur sensible aux inégalités, il n’est pas si simple de partir séjourner à l’Île-à-Vache, une petite île située dans la mer des Caraïbes, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville des Cayes…
Encerclée en jaune, l’Île-à-Vache, située au large de la ville des CayesBungalows et plage (ci-dessous) à l’Anse Dufour
Dans un pays aussi pauvre qu’Haïti, comment justifier passer presqu’une semaine au bord de plages magnifiques, nourri et logé dans un hôtel confortable, alors que partout ailleurs, sur l’île, les habitants, les enfants, les pêcheurs, survivent, avec trois fois rien…
Maison de paysans nichée au milieu des cocotiers et, ci-dessous, un des chemins qui mène au village de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier.
Longue d’une quinzaine de kilomètres, l’île-à-vache a connu une histoire turbulente, changeant maintes fois d’allégeance, au fil des ans, entre les couronnes espagnoles, françaises et britanniques…
Ancienne carte de lÎle-à-Vache
Du 16è au 18è siècle, l’île sert de repaire aux nombreux groupes de pirates, corsaires et flibustiers qui écument la mer des Caraïbes.
Le plus célèbre d’entre eux, Henry Morgan, à la recherche de recrues pour une nouvelle expédition, s’installe sur l’île pendant plusieurs mois. En 1670, à la tête d’une armée de 1800 hommes, il quitte l’Île-à-Vache et s’empare de Panama…
Henry Morgan,1635-1688
(Malgré son passé sanglant, Morgan sera plus tard anobli et nommé, par la couronne britannique, gouverneur de la Jamaïque…)
Port-Morgan, Île-à-Vache.
Aujourd’hui beaucoup plus paisible, l’île compte environ 20 000 habitants répartis sur une quinzaine de communes, aux noms enchanteurs: Cocotier, Bois Breton, La Fortune, Gros Morne…
Le village le plus important, Madame Bernard, accueille, le lundi et le jeudi, un grand marché.
Village de Grand Sable, à mi-chemin entre l’anse Dufour et Madame Bernard
En allant à la rencontre des habitants et en lisant des documents sur l’histoire de la région, on apprend que l’île doit son nom aux pirates qui décidèrent d’y laisser vivre des animaux en liberté….
Ceux-ci, à l’abri des prédateurs, se reproduisirent…
Ainsi, lorsque pirates et boucaniers souhaitaient faire dans la région une halte réparatrice, ils s’arrêtaient sur l’île et savaient qu’ils y trouveraient à manger…
Chèvre (« cabri » en créole) sur l’Île-à-VacheJerson, troisième d’une famille de neuf enfants, est né et a grandi sur l’île-à-vache
Accompagné d’un guide, Jerson, j’ai voulu aller voir, jeudi matin, à quoi ressemblait le marché de Madame Bernard, situé à une heure trente de marche environ de l’hôtel…
Route entre l’anse Dufour et le village de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier
L’île est magnifique! On se déplace ici à pied, à dos d’âne ou en moto.
Hormis trois hôtels, tous regroupés près du village de Kaycoq, à l’ouest de l’île, il existe très peu d’infrastructures pour les visiteurs…
Aucune voiture ne circule sur l’île-à-vache…
En fait, phénomène curieux, à mesure que l’on se déplace vers l’est de l’île, l’accueil semble moins chaleureux et les sourires sont plus brefs.
Les marchandes, les paysans dévisagent l’étranger avec un brin d’agacement…
On se méfie aussi beaucoup des appareils photos….
Comment expliquer, dans cette partie de l’île, le changement d’attitude envers le voyageur?
Jérôme, dans la cour de sa maison où il offre aux touristes un hébergement simple et des repas créoles
Jérôme, jeune entrepreneur installé dans le village de Kaycoq, m’explique que le développement de l’Île-à-Vache a, logiquement, pris naissance dans la partie ouest de l’île, à proximité de la ville des Cayes…
Les habitants de l’est de l’île, plus isolés, ne sont, selon lui, toujours pas habitués à la présence des étrangers…
Il y a aussi peut-être une autre raison…
Document du gouvernement haïtien
Le gouvernement veut construire ici un immense complexe touristique (avec casino, boîtes de nuit, piscines et terrain de golf) destiné à une clientèle internationale fortunée…
Déjà, près des Cayes, un aéroport exclusivement destiné à l’Île-à-Vache est en construction….
Un processus d’expropriation de terrains est en cours, et les habitants de l’île sont en colère.
L’un d’entre eux, dit-on, a été arrêté, mis en prison et est toujours détenu à Port-au-Prince, sans jugement… J’ignorais complètement ces informations avant de venir jusqu’ici…
Marché de Madame Bernard, le jeudi 21 janvier…
Déception en arrivant au marché de Madame Bernard, il n’y a presque rien sur les étals… Nous sommes apparemment arrivés un peu trop tôt… Seule, la vente de petits animaux semble attirer quelques clients…
Marché de Madame Bernard…
Il faut déjà repartir, et regagner l’hôtel, par un autre sentier cette fois…
Avant la cloche du matin, écoliers devant leur établissement…
En arrivant près de Port-Morgan, où a été construit un hôtel de luxe, le contraste est encore une fois saisissant entre le faste des yachts et des bateaux de plaisance ancrés dans la baie, et l’immense pauvreté qui règne aux alentours…
Plusieurs bateaux battent pavillon canadien…
La baie de Port-Morgan.
C’est là l’un des nombreux paradoxes d’Haïti, et c’est difficile de réconcilier, et d’accepter, tout cela!…
Plage de l’Île-à-Vache, près du « Village Vacances »
Deux mots et quelques images avant de terminer:
1. – Immense soupir de soulagement après l’annonce, le vendredi 22 janvier, du report des élections présidentielles et législatives prévues pour le 24 janvier. Haïti aura, pendant les prochains mois, un gouvernement de transition.
2. – Après trois heures de route depuis les Cayes, je suis maintenant installé, comme prévu, dans la ville de Jacmel, dans le département du sud-est. Le carnaval débute ici vendredi. SVP voir Le carnaval de Jacmel.
3. – Ci-dessous, quelques-uns des merveilleux plats dégustés pendant mon séjour sur l’Île-à-Vache:
Préparation du petit-déjeuner…Poisson grillé, bananes pesées, plat de bœuf, riz aux pois, pommes de terre et saladeLa cuisine haïtienne à son meilleurpréparée par une formidable équipe…Plats de poisson et de viande accompagnés de riz blancDéjeuner composé de bœuf, de riz, d’une salade de légumes et de bananes pesées
Après six jours, il faut déjà songer à quitter l’île-àVache…
L’anse DufourAu-revoir l’Île-à-Vache! Ci-dessous, en route pour les Cayes et Jacmel, dans le département du sud-est, le samedi 23 janvier…
Dans la baie du port des Cayes, janvier 2016Il est difficile de trouver aujourd’hui une carte détaillée de l’île-à-vache. En voilà deux, approximatives, qui situent les principales communes de l’île.Reproduction ci-dessus d’une carte touristique reçue à Port-Morgan. Au nord-ouest de l’île, la commune de Kaycoq située à proximité des quelques infrastructures touristiques de l’île. À l’est et au sud-est, les villages de Cocotier, Bois Breton, La Fortune, presque inaccessibles, font rêver…
Troisième voyage en Haïti en un peu plus de cinq ans.
Après un premier séjour, en juillet 2010, dans la région de Port-au-Prince, du Parc La Visite, et de Jacmel, et un second voyage, en mars 2011, dans le département de la Grande Anse, à Jérémie et aux Abricots, me voici cette fois-ci dans le grand sud du pays, avec un objectif bien précis: explorer, à partir de la ville des Cayes, la région où je suis né, il y a bientôt soixante ans.
Halte à Camp-Perrin, une petite municipalité située à trente minutes de moto au nord de la ville des Cayes, le vendredi 15 janvier.
Ce n’est pas facile de voyager en Haïti, surtout sans véhicule privé. Comme d’habitude, avant mon arrivée à l’aéroport de Port-au-Prince, le 12 janvier, tous mes déplacements ont été soigneusement planifiés, confirmés avec mes hôtes et interlocuteurs.
Ernso (à gauche) propriétaire de l’excellente guesthouse Eucalyptus, avec deux membres de son équipe, dans la cuisine.La guesthouse est nichée, loin de la circulation, dans un immense écrin de verdure, à deux pas de l’aéroport.
Premières impressions de voyage?
Route entre Port-Salut et Port-à-Piment, département du sud, le samedi 16 janvier.
D’après ce que j’ai pu voir en une petite semaine, le pays semble avancer – mais au ralenti.
Dans certains domaines, comme la construction ou le transport, il semble y avoir de réels progrès. Les chantiers pullulent le long des routes et au cœur des villes que j’ai traversées. On reconstruit après le tremblement de terre survenu en janvier.
Le développement du transport routier des passagers est lui aussi en plein essor. De nombreuses compagnies privées – Transport Chic, Le Voyageur, Grand Sud – ont vu le jour. Leurs véhicules sillonnent le pays en transportant les passagers dans des fourgonnettes ou des minibus confortables et climatisés. 500 gourdes (environ 9$ ou 7 euros) pour le prix d’un trajet entre Port-au-Prince et les Cayes.
Compter quatre heures de route environ en minibus/camionnette entre Port-au-Prince et Les Cayes (soulignée en rouge), ma première destination après la capitale. L’étape suivante me mènera à l’île à Vache, au large des Cayes.
D’un autre côté, sur plusieurs fronts, Haïti semble reculer.
L’insécurité, partout, se répand. Il y a tous les mois, en moyenne, cinquante morts par balles dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. La plupart de ces attentats sont reliés au trafic de la drogue ou à des règlements de comptes entre groupes rivaux. Les particuliers ne sont pas épargnés. Dans les rues de la capitale, l’atmosphère est tendue.
L’un des deux candidats au second tour des élections présidentielles…
Le processus électoral est aussi déficient. Le second tour des élections présidentielles, prévu pour le 27 décembre, a été reporté plusieurs fois, et le vote est maintenant annoncé pour dimanche prochain, le 24 janvier. Chaque jour amène son lot de nouvelles rumeurs, les radios s’emballent, et nul ne sait comment vont se dérouler ces élections, si élections il y a…
Grande Rue, Les Cayes, janvier 2016
Après une nuit passée à Port-au-Prince, arrivée dans la ville des Cayes le mercredi 13 janvier, après un voyage mouvementé.
Notre bus, comme des dizaines d’autres, a été bloqué sur la route nationale, au sud de la ville de Miragoâne (voir la carte plus haut), vers 11 heures du matin, à la hauteur du village de Chalon.
Une soixantaine de manifestants protestaient contre la nomination d’un commissaire de police récemment affecté dans la région. Deux ou trois voitures de police sont arrivées. Les manifestants leur ont lancé des pierres et ont maintenu leur barrage. Notre chauffeur a prudemment mis notre bus à l’abri, dans un petit chemin.
La confrontation a duré une heure environ avant que les manifestants ouvrent de nouveau la Nationale 2 à la circulation.
Entre Miragoane et Chalon, le mercredi 13 janvier
Il n’est pas facile de se déplacer à pied aux Cayes.
La ville est beaucoup plus étendue que je ne me l’imaginais et, en plus de la chaleur, la circulation – motos, voitures, camions de transport et de passagers, tap-taps – est intense…
Quelques-unes des ruestrès animéesdu centre-ville des Cayesà la mi-janvier 2016.
Sur les conseils de la réception de l’hôtel, j’ai donc très vite embauché un chauffeur de moto, Dorléans, fiable et ponctuel, qui travaille à l’hôtel Méridien des Cayes… depuis vingt-cinq ans.
Dorléans, 42 ans, père d’un adolescent de quatorze ans, né à Coteaux, au nord de Port-Salut.
Je voulais dès mon arrivée dans la ville essayer de retrouver la maison, avenue des Gabions, où je suis né. Défi supplémentaire: mon acte de naissance, estampillé, en novembre 1956, à la mairie des Cayes, ne fait malheureusement aucune mention du numéro de la maison.
Comment faire, après toutes ces années?
Oncles, tantes, cousins et cousines ont depuis longtemps quitté les Cayes, et nous n’avons plus de famille ici.
Deux quartiers des Cayesen janvier 2016
J’ai eu la bonne idée de commencer mes recherches à l’hôtel Concorde, situé avenue des Gabions justement, l’hôtel Concorde où je voulais loger initialement mais qui n’avait jamais répondu à mes nombreux messages. Je voulais en avoir le cœur net, et savoir pourquoi.
Avenue des Gabions, Les Cayes. L’hôtel Concorde est en rénovation et n’accueille pratiquement plus de clients.
Quelle surprise en arrivant à l’hôtel, jeudi matin, de rencontrer la propriétaire – Madame Michele Condé Delbeau – qui me dévisage longuement, et me demande mon nom.
« Oh, dit-elle, vous êtes le fils de Scherer, j’ai très bien connu votre père, il était notre médecin de famille, j’ai aussi connu votre mère »
Nous avons parlé, chaleureusement, une vingtaine de minutes. Elle n’a pas voulu se faire photographier.
Madame Condé Delbeau m’apprend que la maison avenue des Gabions où habitait notre famille, à deux pas de l’hôtel, a été rasée. Sur le terrain trône maintenant… un petit hôpital, un dispensaire plutôt, spécialisé dans les problèmes de la vue.
Terrain, avenue des Gabions, qui abritait autrefois la maison où mes frères et moi sommes nés…
En prenant congé, madame Condé Delbeau me donne une foule de détails sur la vie de nos parents, elle se souvient du cabinet médical de notre père, situé près de la cathédrale, elle se souvient même, enfant, de notre grand-père, Emmanuel, et de notre grand-mère, qui partageait le même nom de jeune fille (Hall) que sa meilleure amie.
Entrée principale de l’hôpital Général Immaculée Conception des Cayes,
Seconde étape de mon pèlerinage aux Cayes: l’hôpital général de la ville où travaillait jadis notre père en tant qu’administrateur et médecin gynécologue.
Le service de maternité
Beaucoup d’émotion en rentrant dans l’enceinte de l’hôpital, propre et bien tenu… C’est ici qu’a débuté la remarquable carrière de notre père, avant son départ, au début des années 60, pour l’Afrique…
En compagnie de Dorléans, j’ai passé les deux jours suivants à arpenter et explorer, en moto, le sud du pays. Nous avons dû faire près de 200 kilomètres, à l’intérieur des terres entre les Cayes et Camp-Perrin, et le long de la côte entre les Cayes, Torbeck, Port-Salut, et jusqu’à Roche-à-Bateau, sur la route de Port-à-Piment.
Encerclée en vert, la région du grand sud d’Haïti que j’ai explorée en moto, accompagné de Dorléans. Je me rendrai aussi à l’ile à Vache. Voir l’article suivant.Jour de marché à Camp-Perrinle vendredi 15 janvierRetour en moto vers Les Cayes
La journée de samedi a été particulièrement réussie… avec une longue balade jusqu’aux plages de Port-Salut…
Port-Salut
Pêcheurs sur la plage de Port-Salut…
Nous sommes loin ici de la tension qui règne dans les rues de Port-au-Prince. La vie est douce et tranquille sur la côte sud… avec, en prime, chaque jour, au retour à l’hôtel, la merveilleuse cuisine haïtienne…
Plat de griot (porc grillé) accompagné de bananes pesées, de sauce et de riz.Poulet en sauce accompagné de bananes pesées et d’un plat de riz à pois collés.
… servie avec le sourire par le personnel adorable de l’hôtel…
Petite leçon de créole avant de terminer? Comprenez-vous l’information écrite sur cette affiche?
Réponse: Autobus Voyageur. Part pour Port-au-Prince chaque dimanche à 4 heures du matin. C’est toujours le même service. – La très grande majorité de la population en Haïti parle uniquement le créole.
Départ ce matin en bateau, comme prévu, pour l’Île-à-Vache… J’y passerai une grande partie de la semaine, avant mon retour aux Cayes, samedi après-midi.
Bon mois de janvier, et bon début d’année à tous!
Courage à ceux et celles qui habitent la région de Montréal… il ne reste que quelques mois avant l’arrivée du printemps…
Petites maisons accrochées aux « mornes » entre les Cayes et Port-Salut
Mes neveux et nièces ont décidément très bon goût.
Après le mariage de ma nièce le mois dernier à Strasbourg, me voilà pour quinze jours en Italie afin d’assister à un second mariage, celui de mon neveu et filleul, célébré le 10 septembre, à Florence.
J’y reviendrai.
Car c’est par Venise que je veux commencer. Venise où je suis arrivé le 13 septembre, en début d’après-midi… un peu inquiet, car on m’avait gentiment mis en garde: «Pour chaque vénitien de souche et authentique, il faut compter environ 300 touristes», m’avait-on dit…
Les mauvaises langues avaient tort.
Dès mon arrivée à la gare Santa Lucia, à deux pas du pont Scalzi et du Grand Canal, j’ai été littéralement transporté, exalté, enivré presque par la beauté de la ville.
Première impression de Venise, du pont Scalzi, dimanche 13 septembre 2015.
Entre la gare et mon hôtel, situé à quinze minutes de marche dans le quartier Dorsoduro, j’ai dû prendre une trentaine de photos. Au moins. Je n’arrêtais pas de cliquer sur mon appareil comme si j’avais peur que la ville disparaisse…
Et quelle ville!
Sestieri Dorsoduro
Venise est divisée en quartiers, qu’on appelle ici « sestieri ». Comme le nom l’indique, il y en a six. Certains sont très connus, comme San Marco par exemple où sont situées la place et l’église du même nom. D’autres, beaucoup moins.
Les six quartiers – Cannaregio, Castello, San Marco, San Polo, Dorsoduro et Santa Croce – sont très distinctement disposés autour du Grand Canal qui serpente au cœur de la ville. Pendant cinq jours, j’ai arpenté chacun des quartiers, me pinçant tous les quinze mètres pour m’assurer que je ne rêvais pas…
Le Grand Canal avec, à gauche, la tour Campanile qui domine la place Saint-Marc.
La ville ne ressemble à aucune autre. Venise est posée sur l’eau comme une belle carte postale qui a jauni un peu au fil du temps.
En fait, les bâtiments et les églises, nous apprend-on, ont été construits sur des centaines de petits îlots dont le sol instable a été renforcé par la pose de millions de pilotis. Des résidences somptueuses, des églises, des palais ont été construits pendant les heures de gloire de la ville (du Moyen Âge à la Renaissance) et émergent, triomphants, des eaux de la mer.
La Basilique Santa Maria della Salute construite en 1630 en action de grâces pour marquer la fin de l’épidémie de peste qui avait, à l’époque, décimé une grande partie de la population de la ville.
Quelle animation sur les canaux! À longueur de journée, les vaporetti (les bus locaux), les taxis, les gondoles, les bateaux en tous genres, sillonnent les canaux et la lagune. Le spectacle est ahurissant. Sur chacun des trois ponts qui enjambent le Grand Canal – les ponts Accademia, Scalzi et Rialto – les touristes se pressent, appareils-photos à la main.
Le Pont Accademia, en arrière-plan.
Derrière la carte postale cependant, les défis ne manquent pas.
Vingt-cinq millions de touristes sont attendus cette année à Venise. Trente millions l’an prochain. Devant l’afflux, l’invasion des visiteurs, de nombreux résidents et commerçants n’hésitent plus à dire : « Trop, c’est trop ».
C’est ce que m’a confirmé ce couple, propriétaire d’un petit café situé dans une rue tranquille du quartier Santa Croce. « Les touristes? On peut très bien vivre sans eux », m’a dit le mari, « les touristes ne font que deux choses ici : manger et jeter des ordures dans les rues ». Ce sentiment, s’il n’est pas partagé par tous, semble gagner du terrain.
Les mouvements d’humeur se multiplient – des deux côtés. Plusieurs visiteurs se plaignent de la double tarification en place dans la cité, un prix pour les résidents, un autre pour les touristes.
Une anecdote? Après dix jours de voyage, j’avais quelques vêtements en quête d’une bonne lessive. Mon hôtel n’offrant malheureusement pas un service de buanderie, le réceptionniste m’a conseillé d’aller voir, à deux pas, une petite blanchisserie qui pourrait me dépanner.
J’arrive au magasin avec quatre items dont deux t-shirts. Une dame m’accueille avec un grand sourire, inspecte et soupèse mon petit sac, pianote sur son tiroir-caisse, et m’annonce que mon linge sera prêt le lendemain, avant midi. Avant de repartir, je demande, par prudence, le prix du service, pour le lavage uniquement, aucun repassage n’étant requis.
Le prix? 20 euros, plus de $29, pour quatre items.
La montée des eaux, sestieri Cannaregio
Venise a des défis encore bien plus grands à relever. La ville est engagée dans une course contre la montre pour essayer de freiner la montée des eaux, « acqua alta », dit-on ici, « les hautes eaux ».
Plusieurs quartiers – celui de Cannaregio en particulier, plus exposé aux éléments – sombrent peu à peu dans la lagune. Des sommes considérables ont été investies (par l’Unesco notamment) afin de ralentir ce qui semble être un phénomène inexorable. Déjà dans certains quartiers, le rez-de-chaussée des bâtiments a été condamné.
Bâtisse perdue, sestieri Cannaregio
Dans quel état sera la ville dans trente ou quarante ans?
Sestieri San Marco…Sestieri Cannaregio.
Deux choses encore m’ont frappé à Venise.
La mendicité d’hommes sans abris venus d’Afrique. La main tendue, le visage fermé, postés aux abords des ponts ou près des stations de vaporetto, ils semblent compter sur la générosité des passants afin de poursuivre un voyage ou une route qu’eux seuls connaissent. Curieusement, ils ne semblent pas inquiétés par les caribinieri qui patrouillent la ville.
Combien parmi eux arriveront au bout du chemin?…
Autre observation, l’incroyable ballet quotidien du transport des marchandises et des bagages sur les canaux, sur les quais et dans les ruelles de la ville. Partout, des hommes, enfants du pays, parlant haut et fort, transportent avec brio, sur des bateaux ou sur des chariots, d’énormes boîtes de provisions et des caisses destinées aux commerces des différents quartiers. Ils doivent souvent gravir ou descendre des escaliers, franchir des ponts, esquiver les groupes de touristes dans les ruelles étroites. Ce sont de véritables héros.
Transport de bagages, sestieri San Polo.Sestieri San MarcoFondamenta Tolentini, quarier Santa Croce
Je pourrais encore écrire longtemps sur Venise. C’est un de mes plus beaux souvenirs de voyage, et c’est une ville où je reviendrai, absolument. Une ville sans voitures, sans motocyclettes, où les habitants se déplacent exclusivement à pied ou en bateau, une ville dont je commence à peine à percer les secrets.
Cinq jours à Venise, c’est bien peu. Il faut revenir.
« Arrivederci, Venezia! Mille Grazie! »
Florence, septembre 2015.
C’est à Florence que j’ai débuté, le 8 septembre, mon voyage en Italie. Florence où il règne une atmosphère toute particulière. L’ancienne ville de la famille des Médicis accueille, au bord de l’Arno, des étudiants du monde entier venus apprendre l’italien ou perfectionner leur maîtrise de la langue. D’autres viennent s’inspirer ici de la tradition et de l’expertise des artisans florentins dans des domaines très variés, comme la maroquinerie ou l’orfèvrerie.
Florence, quartier du marché San Ambrogio, septembre 2015
J’ai ainsi rencontré dans mon quartier, situé près du marché San Ambrogio, une artiste de Recife au Brésil qui étudie à Florence le dessin et l’art de la confection des bijoux. Une fois rentrée au pays, elle espère ouvrir une boutique. Une autre jeune femme, inscrite à un programme de maîtrise à San Francisco, m’explique très sérieusement, entre deux bouchées de bocconcini, qu’elle étudie en Toscane, pendant plusieurs mois, la relation entre la consommation du vin et la mobilité sociale.
Salade de thon, dégustée à une table commune au marché San Ambrogio de Florence
En plus de la simplicité et de la grande qualité de la gastronomie, j’ai également été conquis à Florence par le calme de certains quartiers haut perchés, reculés, où poussent encore des rangées d’oliviers…
Sur les hauteurs de Florence, quartier Monte Alle Groci, septembre 2015.Au bord de l’Arno, Florence, au petit matin, le mercredi 9 septembre. À l’arrière-plan, le Ponte Vecchio.
J’ai eu la chance de terminer mon séjour à Florence par une grande excursion d’une journée dans trois villes de la Toscane.
La Piazza del Campo, à Sienne (Siena), le samedi 12 septembre.
1 – Sienne. C’est à la Piazza del Campo que bat le cœur de la ville, célèbre pour ses dix-sept quartiers (« contrade »), farouchement rivaux.
Deux fois par an, le 2 juillet et le 16 août, se déroule ici le « Palio delleContrade »,une course effrénée de chevaux où chaque cavalier représente un des quartiers de la ville. Le vainqueur rapporte à son « contrade » gloire, honneur et fierté. L’événement est précédé d’un grand défilé où les participants déploient solennellement les couleurs et le drapeau de leur paroisse.
Drapeau de quartier à Sienne.
Une autre anecdote? Florence et Sienne ayant toujours été grandes rivales, les Florentins, encore aujourd’hui, raillent parfois les habitants de Sienne en se moquant du fait que les Siennois – à cause du « Palio » qui se déroule depuis des siècles en juillet et août – ne peuvent pas quitter la ville et prendre leurs vacances pendant l’été comme la plupart des Italiens…
2. – Pise. Passage éclair à Pise pour voir et admirer la Tour Penchée.
La Tour penchée de Pise.
3. – San Gimignano. Une merveille, un bijou d’architecture médiévale miraculeusement préservé au cœur de la Toscane…. Visite au pas de course, malheureusement.
San Gimignano
Je suis arrivé à Rome hier après-midi – quatre heures de train depuis Venise – et je termine mercredi ce beau périple en Italie. Au programme dans les prochains jours: la visite du Vatican et de nombreuses promenades dans les quartiers de la capitale, y compris à « Trastevere ».
Si vous connaissez Rome, vos suggestions sont aussi les bienvenues.
Cela va être difficile de retrouver dans quelques jours l’architecture triste et froide de l’Amérique du Nord!
Bonne rentrée à tous!
Vingt-huit degrés à Rome, le lundi 21 septembre. Après la visite du Vatican et du quartier Trastevere, j’ai décidé de louer un vélo dans une petite boutique du « Centro Storico »….… et de partir pour une longue balade le long de la piste cyclable qui longe le Tibre… Ici près du pont Vittorio Emanuele II…Une bonne adresse à Rome…
Quel bonheur de vivre, depuis bientôt trois semaines, au Pays basque!
Nous sommes depuis le 11 juillet installés, au pied des Pyrénées, dans une petite maison située dans le village de Saint-Jean-Pied-de-Port, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, au cœur du País Vasco.
Rue de la Citadelle, Saint-Jean-Pied-de-Port.
Tous les matins, au réveil, nous nous émerveillons de la grande beauté du lieu et de l’exceptionnelle qualité de vie dont jouissent ici les habitants. Depuis les ruelles pavées de la vieille ville, partout, des sentiers, des chemins mènent à la montagne, à des vignobles, à des paysages magnifiques!
Chemin le long de la rivière La Nive.
Vignes du côté d’Ispoure, village voisin de Saint-Jean-Pied-de-Port
Dès sept heures du matin, à cinq minutes de marche de la maison, journaux et guides de la région sont disponibles à la maison de la presse. Quelques pas plus loin, croissants, baguettes et pains au chocolat nous attendent à la boulangerie du quartier…
À côté du bureau de poste, la boulangerie Lebeak et, ci-dessous, la souriante Soline, à l’œuvre, derrière son comptoir…
Sur la place du village, deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, un grand marché accueille visiteurs et résidents autour de tables garnies de produits frais de la région: pipérade (sauce à base de poivrons et de tomates), jambon de Bayonne, piment d’Espelette, saucissons, fromages de brebis ou de chèvre…
Marché, Saint-Jean-Pied-de Port, le jeudi 23 juillet.
Jambon de BayonneTable basque: vin de Navarre, saucissons au chevreuil, à la chèvre, et aux figues…
Saint-Jean-Pied-de-Port est aussi l’un des points de départ (ou de passage) des pèlerins du Chemin de St-Jacques-de-Compostelle. Tous les jours, ces pèlerins, de tout âge, venus du monde entier, convergent, sac au dos, vers les gîtes de la vieille ville en quête de repos, d’un peu de nourriture et d’un lit où passer la nuit.
Après une courte halte, ils repartent le lendemain afin d’entreprendre une des étapes les plus célèbres et les plus difficiles du Chemin de Compostelle – les 27 kilomètres qui relient, par les cols des Pyrénées, Saint Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, en Espagne.
J’ai voulu moi aussi parcourir cette étape mythique!
Prudent, j’ai d’abord effectué, avec Diana, une première randonnée, de reconnaissance, d’environ 15 kilomètres (aller-retour)…
Nous sommes partis vers 9 heures, le mardi 14 juillet, jour de la Fête nationale…
Premiers kilomètres du tronçon du Chemin de St Jacques de Compostelle entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux…
Après avoir franchi les limites du village, le chemin monte abruptement…
… jusqu’au refuge de Honto (480 mètres d’altitude) et celui d’Orisson (810 m) où, après deux heures de marche, nous nous sommes arrêtés pour une halte bien méritée…
Refuge d’Orisson, mardi 14 juillet, et dégustation, ci-dessous, d’un plat de boudin noir accompagné de pipérade et d’un sandwich au chorizo…
Second départ, le dimanche 26 juillet…
Le repérage ayant été concluant, rassuré, et muni de mon Carnet de Pèlerin, je me suis lancé, le dimanche 26 juillet, seul cette fois, à l’assaut de cette étape légendaire du Chemin de St-Jacques de Compostelle.
Parti de Saint-Jean-Pied-de-Port un peu avant six heures, j’ai rejoint Roncevaux (Roncesvalles, en espagnol, Orreaga, en basque) à une heure de l’après-midi.
Sept heures de marche. Une journée inoubliable. Une expérience presque mystique. Et l’un des moments les plus forts que j’ai vécu.
Une randonnée extraordinaire, que j’ai essayé de résumer, ci-dessous, en quelques photos…
Très peu de pèlerins sur la route ce dimanche 26 juillet… Un couple espagnol, un trio allemand, quelques marcheurs solitaires… Ci-dessus, deux kilomètres environ après le refuge d’Orisson. Ci-dessous, le Camino, autour du Km 12…
Kilomètre 15… Au loin, un pèlerin allemand…Des chevaux vivent en semi liberté dans la montagne… Moutons, boucs et brebis accompagnent également les pèlerins le long du chemin…Kilomètre 18, au-dessus de la Croix Thibault, rejoint par un jeune pèlerin Coréen…
Kilomètre 22, sommet du col de Lepoeder (altitude 1429 mètres) point culminant du tronçon. On peut apercevoir Roncevaux, à 5 kilomètres plus bas, dans la vallée…Après sept heures de marche, moment particulièrement émouvant: l’arrivée à Roncevaux, en territoire espagnol. Ci-dessous, le rappel du long chemin qui reste à parcourir pour les pèlerins qui vont jusqu’au bout…
Après une bonne nuit de sommeil à l’Hôtel Roncesvalles, j’ai pris, lundi matin, le bus pour St-Jean-Pied-de-Port. Longueur du trajet? 45 minutes!…
(Pour ceux que cela intéresse, il existe, le long des principales étapes du Chemin, une chaîne d’auberges et d’hôtels qui offre aux pèlerins en quête de confort une halte princière dans la grande tradition des haciendas d’autrefois…)
Sur le chemin de Roncevaux…
J’ai aussi eu la chance de vivre trois autres belles aventures pendant ce séjour au Pays basque…
La Basilique de Lourdes. Ci-dessous, les nombreux pèlerins, certains handicapés, venus se recueillir devant la grotte de Massabielle, le mercredi 15 juillet.
1. – Lourdes (Hautes-Pyrénées)
Le mercredi 15 juillet, lors d’un pèlerinage dans la ville de Lourdes un petit miracle s’est produit…. puisque le même jour (sans que je le sache) la ville accueillait… le Tour de France!!!
Un groupe de quatre échappés devance le peloton d’une quinzaine de secondes à l’entrée de la ville de Lourdes, le mercredi 15 juillet
Les coureurs sont passés en un éclair dans les rues du centre-ville – le défilé du peloton n’a duré environ que 50 secondes! – à 13 heures pile, quelques minutes seulement avant le départ de mon train de 13h20 pour Saint-Jean-Pied-de-Port!!
L’arrivée du peloton, juste derrière, dévalant une des pentes du centre-ville…
… Et c’est déjà fini!… Le Tour 2015 est passé… Moins d’une minute, chrono en main…
2. – San Sebastian (Pays basque espagnol)
Le lundi 20 juillet, court séjour à San Sébastian, au Pays basque espagnol, rejoint en train, en deux heures 30 environ, depuis St-Jean-Pied-de-Port, via les gares de Bayonne et de Hendaye. Comme tous les visiteurs, coup de foudre en découvrant l’immense plage de sable blanc au centre de la ville…
Playa de la Concha, San Sébastian (Donostia, en basque), lundi 20 juillet
… et les bars de tapas de la vieille ville….
Tapas dans un bar de la vieille ville, San Sébastian, mardi 21 juillet.
3. – Repas basque sous le signe de l’amitié
Le mardi 28 juillet, soirée exceptionnelle passée en compagnie des propriétaires de notre petite maison, Monsieur et Madame L.
… qui nous ont généreusement accueilli, chez eux, avec le sourire, dans un cadre magnifique, autour d’un repas somptueux. Au menu: olives, palourdes, pâté maison, asperges blanches, poulet aux girolles, pommes de terre au beurre, fromages de la région, gâteau basque maison, le tout arrosé d’un vin blanc du pays et d’un excellent Bordeaux…
Conversation chaleureuse et à bâtons rompus pendant toute la soirée! Merci infiniment Monsieur et Madame L. d’avoir partagé avec nous votre belle et fière culture basque! Nous n’oublierons pas ce moment mémorable! Ce fut notre plus belle soirée au Pays basque!
Le clocher de l’église dans le bourg de Saint-Jean-le-Vieux. Le village, situé sur le chemin de Compostelle, est à environ 4 kms de Saint-Jean-Pied-de-Port.
Au-revoir Pays basque! Nous reviendrons!
Retour à Paris. Petit-déjeuner dans notre jardin à Belleville, en compagnie de ma soeur et de son mari, le dimanche 2 août. Nous partons le jeudi 6 août pour Strasbourg afin d’assister, en famille, au mariage de ma nièce et de son futur époux, d’origine alsacienne…