Retour sur le Chemin de Compostelle

Je poursuis ce printemps ma route sur le Chemin de Compostelle.

Après les randonnées réalisées en décembre au Népal, dans l’Annapurna puis dans la vallée de Katmandou, j’ai hâte de chausser bientôt mes espadrilles, de reprendre mon chapeau et mon baluchon – mon « barda » comme on disait autrefois.

Envie de retrouver le silence des chemins de campagne, l’odeur de la terre, de l’herbe humide, des buissons…

Envie aussi de prolonger la belle aventure vécue l’an dernier entre Le-Puy-en-Velay, en Haute-Loire et Conques, en Aveyron.

Carte postale du chemin parcouru le printemps dernier entre Le Puy-en-Velay et Conques. 205 kilomètres le long du (Chemin de Grande Randonnée) GR 65. Une expérience inoubliable!

Derniers kilomètres avant de quitter le plateau d’Aubrac et de plonger (ci-dessous) vers le village de Saint-Chély d’Aubrac, en Aveyron. Neuvième étape l’an dernier, le dimanche 6 mai.

Le GR 65 avant l’arrivée à Saint-Chély d’Aubrac

Mon objectif cette fois-ci est de relier Cahors (Lot) à Nogaro (Gers) – une distance de 221 kilomètres – en treize jours de marche et deux jours de repos.

Sur le chemin de Compostelle, encerclées en bleu, la ville de Cahors et la commune de Nogaro. Selon le mode du « saucissonnage » bien connu des pèlerins, j’effectuerai dans un an ou deux (avant ou après avoir rejoint les Pyrénées) le tronçon manquant du GR 65 entre Conques et Cahors.

Entre Saint-Chély d’Aubrac et Saint-Côme-d’Olt en Aveyron, le lundi 7 mai 2018

En planifiant ce projet, l’an dernier, j’étais loin de me douter que cette longue randonnée vers les Pyrénées allait tant m’apporter!

Quelques unes des étapes du chemin de Compostelle entre Cahors et Nogaro. Aquarelle de Marie-Noëlle Lapouge – http://www.atelier-de-marienoelle.com

Jour de marché (et musiciens ci-dessous) le samedi 19 mai 2018 dans la vieille ville de Figeac (Lot) où je me suis arrêté presqu’une semaine après avoir rejoint Conques l’an dernier. Immense plaisir d’écouter et de savourer la langue des riverains dans les villages que traverse le GR 65…

Ruelle dans mon quartier, à Figeac, sur les hauteurs de la ville médiévale, mai 2018.

Avec le recul et les mois de réflexion qui ont suivi mon expérience de marche l’an dernier (205 kms), un sentiment nouveau, puissant, au fil des jours, a peu à peu émergé… une évidence, une conviction qu’on peut sans doute résumer ainsi…

Quelle meilleure façon d’exprimer aujourd’hui sa liberté que partir le matin, sac au dos, sur un sentier de campagne, s’arrêter à sa guise dans un village ou dans un café afin de converser avec les riverains, et repartir ensuite, à son rythme – assuré de trouver le soir, au bout du chemin, un toit, un lit confortable, des compagnons de route venus du monde entier… et des hôtes accueillants, heureux de partager un repas avec marcheurs et pèlerins?

Souper le 30 avril 2018 dans l’unique café du petit village de Chanaleilles, en Haute-Loire…

… et retrouvailles le lendemain soir, après une étape épique de 19 kms parcourue en partie dans la neige, dans une auberge de St-Alban-sur-Limagnole, en Lozère…

 

 

 

 

 

 

 

En plus de l’exercice quotidien, cette randonnée le long du GR 65 a pour de nombreux marcheurs, même s’ils s’en défendent parfois, une forte dimension spirituelle, comme en témoignent ces quelques mots, cités récemment dans une revue consacrée au chemin de Compostelle…

« La marche, telle un défi à la vitesse et au bruit, incite à la modestie, pousse à la curiosité, suscite la méditation. Elle invite au repli, à l’intimité, à se taire pour mieux écouter… »

ou encore

Dans une église de l’Aubrac, en mai 2018

À cette dimension spirituelle, parfois absente, différente pour chacun, vient aussi se greffer sur le chemin un riche volet culturel. Le tracé du GR 65 permet en effet aux randonneurs curieux de découvrir les légendes et l’histoire généralement peu connue de régions reculées du centre et du sud-ouest de la France.

Pays de la Haute-Loire et de la Lozère

J’ai pu ainsi parcourir en partie l’an dernier des régions sauvages, splendides, situées un peu hors du temps – la Margeride, le Gévaudan, l’Aubrac, la vallée du Lot, le Rouergue – territoires isolés où foisonnent encore une multitude de mythes et de récits, récits parfois terrifiants, comme celui de la « Bête du Gévaudan », un loup féroce qui au milieu du 18è siècle terrorisait et dévorait les villageois dans un secteur compris à présent dans le département de la Lozère…

La Bête du Gévaudan (illustration François de Sarre)

Aujourd’hui, hormis marcheurs et pèlerins, les visiteurs sont plutôt rares dans ces régions, ou alors ils ne font que passer, rapidement, au volant de leurs voitures, les yeux rivés sur leurs GPS… C’est dommage!

Quinzième et dernière étape l’an dernier entre Sénergues et Conques, en Aveyron, le dimanche 13 mai 2018.

Fromages…

… de l’Aveyron

J’ai bien hâte de découvrir ce printemps, entre Cahors et Nogaro, d’autres « pays » – le Quercy, la Gascogne, l’Armagnac… – « pays » situés dans trois départements – le Lot, le Tarn et Garonne et le Gers – connus pour leur gastronomie… et leurs vins!…

Vins et millésimes notés du sud-ouest

Menu affiché à l’entrée du village d’Aumont-Aubrac, en Lozère

Je me souviens encore du déjeuner dégusté en mai l’an dernier dans le village de Nasbinals, en Lozère. Un des plats du jour offerts ce midi-là. Servi dans un décor simple et chaleureux. Un moment mémorable. Dès la première bouchée, le sentiment de goûter à une cuisine exceptionnelle. Une madeleine. Si vous passez par Nasbinals, SVP arrêtez-vous.

Veau de l’Aubrac, accompagné de tomates farcies, d’une salade verte et d’une corbeille de pain frais. Restaurant « La Route d’Argent » à Nasbinals.

Fort de l’expérience acquise l’an dernier, j’ai décidé ce printemps, pour les hébergements, d’éviter au maximum les hôtels… Hôtels souvent vieillots, chers et anonymes selon moi sur le GR 65…  (Après avoir lu le plus récent roman de Michel Houellebecq, « Sérotonine », qui a encore envie d’aller à l’hôtel?)… J’ai choisi plutôt de séjourner chez les riverains, en chambres d’hôtes et en demi-pension (chambre, souper et petit-déjeuner) lorsque c’était possible…

Un seul hôtel réservé, faute d’autre option ce jour-là, dans le Tarn-et-Garonne, entre Cahors et Nogaro.

La carte de mon parcours ce printemps. À titre de comparaison, printemps 2018 = 205 kms entre Le Puy-en-Velay et Conques. 15 jours de marche, 2 jours de repos. Moyenne = 13.6 kms par étape –  Printemps 2019 = 221 kms. 13 jours de marche, 2 jours de repos. Moyenne = 17 kms par étape. Objectif l’an prochain? Rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port et les Pyrénées!

Voici donc, au jour le jour, mon itinéraire pour ce deuxième tronçon du chemin de Compostelle…

24 avril = Départ de Vancouver

25 – 29 avril = Paris

29 avril – 2 mai = Cahors (Lot)

2 mai = Cahors – Granéjouls – 14 kms.

3 mai = Granéjouls – Montcuq – 20 kms.

4 mai = Montcuq – Lauzerte (Tarn-et-Garonne) – 14 kms. 

5 mai = Lauzerte – Aube Nouvelle/Dufort-Lacapelette – 11 kms. 

6 mai = Aube Nouvelle – Moissac – 20 kms. 

7 mai = Moissac – Auvillar – 21 kms. 

8 mai = Jour de repos à Auvillar – (100 kilomètres parcourus)

9 mai = Auvillar – Miradoux (Gers) – 18 kms.

10 mai = Miradoux – Lectoure – 16 kms. 

11 mai = Lectoure – La Romieu – 18 kms.

12 mai = La Romieu – Larressingle – 19 kms.

13 mai = Larressingle – Montréal-du-Gers – 11 kms.

14 mai = Montréal-du-Gers – Éauze – 18 kms. 

15 mai = Jour de repos à Éauze – (200 kilomètres parcourus)

16 mai = Éauze – Nogaro – 21 kms. 

17 mai = Jour de repos à Nogaro – Fin Compostelle #2 – 221 kilomètres parcourus.

18 mai = Nogaro – Pau (bus SNCF)

18 – 20 mai = Pau

20 – 23 mai = Paris

24 mai = Paris – Vancouver

Après deux mois d’hiver particulièrement rudes en Colombie-Britannique (le thermomètre, à Vancouver, n’a jamais atteint en janvier/février le seuil de dix degrés – un record), j’ai bien hâte de reprendre la route!

Bon début de printemps à tous!

Une forteresse royale, construite au 12è siècle, surplombe le village de Najac, en Aveyron… Najac où, après Conques et Figeac, je me suis arrêté plusieurs jours en mai l’an dernier…

… afin de poursuivre mes randonnées en Aveyron… (Ici, panorama sur le sentier qui va de Najac, à l’horizon, au village de Cassagnes)…

… et avant de rejoindre, en train (via Gaillac)…

… la très belle ville d’Albi, située sur les rives du Tarn… Albi, ville natale de l’explorateur Jean-François de La Pérousse (disparu en 1788 dans le Pacifique) et du peintre Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901).

Albi où trône, au-dessus de la vieille ville, l’imposante cathédrale Sainte-Cécile, construite à partir du 13è siècle… À très bientôt, le sud-ouest de la France!