Un été au Québec

Comment partager le bonheur d’habiter, depuis bientôt deux mois, au Québec?

Le bonheur de parler et de vivre, ici, en français.

D’être près de la famille.

De vivre, à Montréal, à proximité de la communauté haïtienne.

Le bonheur aussi d’avoir découvert, grâce à Diana, pendant deux semaines, à la mi-août, une région sauvage, splendide et, selon moi, trop peu connue du Québec – le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

Au bord de la rivière Saguenay, à sept kilomètres au nord de Jonquière, devant l’embarcadère pour le village Shipshaw, le mardi 13 août. La rivière Saguenay prend sa source dans le lac Saint-Jean et se jette, à Tadoussac, dans le fleuve Saint-Laurent.

Une autre magnifique journée dans le Saguenay, région où, pendant trois étés, Diana a étudié le français, autrefois…

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est situé à environ 5 heures de route au nord de Montréal. On peut rejoindre la région en train, comme nous l’avons fait, ou effectuer le trajet en voiture selon le tracé proposé ci-dessous.

C’est à partir de Jonquière que nous avons exploré en train, en vélo, en traversier, en bus et en voiture quelques uns des trésors du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l’ouest, nous sommes allés jusqu’au parc national de la Pointe-Taillon, et à l’est, jusqu’au village de Sainte-Rose-du-Nord, photographié ci-dessous.

Arrivée en traversier le jeudi 16 août au village de Sainte-Rose-du-Nord, situé sur la rive nord du fjord du Saguenay. La traversée, depuis la petite commune de La Baie, dure environ 90 minutes.

L’église et la rue principale de Sainte-Rose-du Nord. Le village, qu’on surnomme « la perle du fjord », compte environ 400 habitants. Parmi eux, de nombreux artisans.

À l’origine, les habitants du Saguenay sont les Montagnais (qu’on appelle aussi Innus) un peuple amérindien, présent dans la région depuis plus de 5000 ans.

Les Montagnais vivent principalement de chasse et de pêche, ils sont nomades. Selon les historiens, leur mode de vie, « en symbiose avec la nature, rend leurs traces très discrètes » le long d’un vaste territoire qui s’étend jusqu’à la côte nord du fleuve Saint-Laurent. (SVP voir la carte ci-dessous).

Montagnais au Lac-Saint-Jean, vers 1898. (Source: Musée McCord, Montréal). Malheureusement, la plupart des Montagnais (ils sont environ 27 000) qui vivent au Québec aujourd’hui sont confinés dans des réserves situées au nord de la province ou au Labrador. Ils y vivent dans des conditions souvent déplorables. Faute impardonnable du gouvernement fédéral.

Répartition géographique des peuples autochtones au Québec. Historiquement, les Montagnais sont présents du Saguenay à la côte nord du fleuve Saint-Laurent

Les premiers européens, Français et Anglais, arrivent dans le Saguenay au milieu du 17è siècle pour la traite et le commerce des fourrures. Ils explorent « une contrée pratiquement à l’état vierge », nous disent les documents de l’époque. Les missionnaires, Jésuites, suivent peu après.

La région se développe vraiment au 19è siècle avec l’arrivée, en 1838, d’un groupe de colons, venus de Charlevoix. Accompagnés de leurs familles, ils viennent exploiter la terre et le bois. De nombreuses scieries sont créées afin de produire la pâte à papier.

L’industrialisation s’accélère au début du 20è siècle. Les principaux cours d’eau du Saguenay sont domptés, harnachés et utilisés pour la production électrique. Entre 1920 et 1930, plusieurs alumineries voient le jour, la plus connue étant sans doute l’immense aluminerie de la compagnie Alcan, située près de Jonquière, à Arvida.  (Alcan a été rachetée en 2007 par Rio Tinto).

Pour mieux comprendre la région et son contexte, il faut aussi savoir que c’est au Saguenay qu’ont eu lieu, au début des années 40, les premières grandes luttes syndicales du Québec – et les premières victoires des travailleurs qu’on appelait alors les « Canadiens-français« .

Ouvrier dans une salle de cuve d’aluminium, à Arvida, en 1935. Source Rio Tinto Alcan (Saguenay).

En juillet 1941, environ 700 ouvriers de l’aluminerie Alcan, à Arvida, débrayent spontanément et occupent l’usine. Les jours suivants, l’arrêt de travail se propage dans les alumineries du Saguenay. Plus de 8500 travailleurs sont en grève, avec l’appui de la population, en grande majorité francophone.

Les ouvriers réclament de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire.

Assemblée des travailleurs lors de la grève chez Alcan en 1941. © Archives du syndicat CSN.

La direction des alumineries, anglophone, est médusée. Elle renâcle – puis riposte.

L’armée canadienne, équipée de mitrailleuses et de chars d’assaut, est dépêchée à Arvida. La tension monte. Les ouvriers ne cèdent pas. Une médiation s’engage et, quelques jours plus tard, les revendications des ouvriers sont acceptées. Ce qui débouchera, pour les travailleurs, sur des gains importants.

Cette grève marquera profondément les esprits et sera l’un des événements déclencheurs, l’une des amorces de « la Révolution tranquille », la période qui symbolisera, dans les années soixante, l’émancipation graduelle des francophones au Québec.

La Marjolaine, l’un des plus vieux bateaux de passagers encore en opération au Canada, accosté pendant notre escale de 90 minutes, au quai du village de Sainte-Rose-du-Nord, au milieu du fjord du Saguenay

Cela a été un immense plaisir de rencontrer, pendant notre séjour, les gens du Saguenay!

Plus de 95% de la population ici est francophone!

Les établissements scolaires de la région, notamment les « Cegeps » (lycées) de Jonquière et de Chicoutimi accueillent, depuis des années, des étudiants du monde entier qui viennent apprendre ou perfectionner leur usage du français et faire ici l’expérience d’une immersion culturelle authentiquement francophone.

Plus de 34 ans après sa dernière visite, Diana a retrouvé à Jonquière Ghislain et Rachel, un couple exceptionnel qui l’avait hébergée – en 1984 – lors d’un séjour culturel et linguistique.

Quelle surprise aussi de découvrir les merveilleuses pistes cyclables de la région!

La piste cyclable (18 kms a-r) qui relie Jonquière au lac Kénogami, le long de la rivière-aux-sables.

La véloroute des Bleuets est un circuit de plus de 250 kms qui permet de parcourir en vélo une grande partie de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean. Infos au https://veloroutedesbleuets.com/

En allant vers le lac Kénogami, le vendredi 9 août.

Rue de l’Hôtel-de-Ville, à Chicoutimi.

C’est un peu en pèlerinage que nous sommes allés, le samedi 10 août, passer la journée à Chicoutimi, la grande ville administrative du Saguenay…

Chicoutimi où, en 1949, un jeune étudiant haïtien, notre père, est venu effectuer une partie de sa résidence dans le cadre de ses études de médecine…

J’ose à peine imaginer son dépaysement, les premières semaines de son installation, sa découverte de l’hiver!

Ce séjour de travail a dû être pour lui une aventure exceptionnelle.

Notre père en décembre 1949

Combien de temps notre père, boursier à ce moment-là, est-il resté à Chicoutimi? Un peu moins de deux ans, semble-t-il, avant de rentrer au pays…

Assez longtemps cependant, certainement, pour apprécier, jeune médecin, la gentillesse et l’ouverture des gens du Saguenay.

Et je comprends mieux, maintenant, son attachement au Québec, et sa volonté, plus tard, de faire venir ici sa famille

Vue partielle de l’hôpital de Chicoutimi… Le bâtiment a été, maintes fois, agrandi, rénové et modernisé depuis 1949… Sur la gauche, une aile plus ancienne…

Quartier de l’hôpital à Chicoutimi

 Où exactement habitait notre père? Qui fréquentait-il à Chicoutimi, hors de l’hôpital? Comment s’est déroulée sa formation? Quelles expériences a-t-il vécues ici? Nous n’avons, malheureusement, aucun document sur cette période de sa vie… C’est dommage!

Le quartier de l’hôpital, situé sur les hauteurs de Chicoutimi… Je me suis senti tout drôle en sachant que papa avait vécu et travaillé dans ce quartier, marché dans les mêmes rues, aperçu tous les jours les tours de la cathédrale Saint-François-Xavier (ci-dessus), cheminé sans doute le long de la rivière Saguenay qui coule au centre-ville…

Après cette journée pleine d’émotion à Chicoutimi, nous avons poursuivi, le jeudi 15 août, en voiture cette fois, notre exploration du Saguenay-Lac-Saint Jean…

 

Nous avons parcouru, ce-jour-là, plus de 200 kilomètres… La route nous a mené de Jonquière…

 

… à Saint-Gédéon, un petit village situé sur la rive est du lac Saint-Jean…

Étirements et exercices matinaux sur la plage Saint-Joseph, à Saint-Gédéon. Il est 9h30 et la plupart des vacanciers dorment ou se reposent encore dans une des nombreuses roulottes situées au bord du lac…

… puis au parc national de la Pointe-Taillon, sur la rive nord du lac, où, le temps d’un pique-nique suivi d’une petite sieste, nous avons retrouvé le littoral…

Malgré le grand ciel bleu, il fait plutôt frais sur les rives du lac-Saint-Jean… Aucun baigneur en vue en cette fin de matinée…

Parc national de la Pointe-Taillon

Nous nous sommes aussi arrêtés à Saint-Bruno, puis à Alma, avant de regagner Jonquière…

Promeneurs le long de la rivière-aux-sables…

Notre quartier à Jonquière

Les tours de l’église Saint-Dominique surplombent un parc de la ville

… et dire, quelques jours plus tard, au-revoir au Saguenay et à nos amis Ghislain et Rachel…

Il faut déjà, malheureusement, quitter Jonquièrel Au-revoir et merci, Ghislain et Rachel!

En quelques heures, le mardi 20 août, nous sommes de retour, en bus, via Québec, à Montréal…

… où nous retrouvons, avec plaisir, notre quartier de Côte-des-Neiges… le même où nous étions l’an dernier…

Le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

Quelle contraste entre Jonquière et Montréal!

Pour notre plus grand bonheur, la diversité culturelle est, à Montréal, dans les rues, dans les magasins, dans les parcs de la ville, présente, partout!

Célébration culturelle au parc Lafontaine

Adrienne, rencontrée au parc Martin-Luther-King à Côte-des-Neiges

On parle russe, grec, français et anglais chez notre propriétaire et voisin, Kosta, entouré ici de Diana et de sa famille. On y mange aussi très bien! Merci, Kosta!

Montréal réserve encore bien d’autres surprises!

Scènes de liesse dans les rues du « Petit Maghreb » à Montréal, le vendredi 19 juillet, lors de la victoire de l’Algérie face au Sénégal (1-0) à l’issue de la finale de la coupe d’Afrique de football

Dans « le Petit Maghreb », rue Jean-Talon, dans le nord de Montréal, le vendredi 19 juillet.

Aucun incident sérieux n’est venu troubler la fête ce jour-là…

… malgré l’éxubérance des supporters algériens…

Dans d’autres quartiers de Montréal, à Outremont par exemple ou dans le Mile-End, la co-habitation culturelle est parfois plus surprenante…

Deux membres de la communauté juive hassidique traversent la chaussée, avenue du Parc, à l’angle de la rue Bernard. Cette communauté est présente à Montréal depuis plus d’un siècle. Selon les plus récentes statistiques, environ 15% de la population, à Outremont, a le yiddish comme langue maternelle.

Avenue du Parc

Rue Saint-Viateur dans le quartier du Mile-End

Avenue Lajoie, à Outremont

Cette cohabitation culturelle ne se déroule pas, semble-t-il, dans ces deux quartiers, sans quelques heurts…

J’aimerais bien entendre les Montréalais s’exprimer sur la question…

Balade dans le quartier du « Petit-Champlain » lors d’une visite d’une journée dans la ville de Québec, le mardi 3 septembre. J’ai aussi adoré découvrir à Québec le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Boudin noir maison, restaurant l’Échaude, 73 Sault-au-Matelot, quartier du Vieux-Port, à Québec. Excellente cuisine! Infos au: https://www.echaude.com/

L’image de Leonard Cohen, enfant et icône de Montréal, trône au-dessus de la rue Crescent

Festival de quartier, avenue du Mont-Royal, le 24 août

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera bientôt le temps, malheureusement, de quitter Montréal et le Québec…

Quel beau séjour nous avons passé ici!

Réunion familiale autour de notre frère Bernard et de son épouse, à Gatineau, le vendredi 6 septembre

Deux dernières observations, cependant, avant de reprendre, dans une dizaine de jours, la route vers Vancouver.

#1 – Le recul prononcé du français à Montréal se confirme, même dans les quartiers traditionnellement francophones de la ville. À Outremont, un quartier que je connais assez bien puisque je le fréquentais tous les jours comme étudiant, autrefois, au Collège Stanislas, l’anglais est de plus en plus présent.

Dans les boutiques, les cafés ou les restaurants de la rue Bernard, l’anglais, dans les échanges est maintenant omniprésent. Même scénario sur ou autour de la rue Laurier.

La présence du Mile-End, quartier anglophone, tout proche, quartier jeune et branché, peut-elle, à elle seule, expliquer le recul du français à Outremont? Ou le phénomène s’est-il généralisé?

Dans le quartier Villeray, par exemple, plus à l’est, quartier traditionnellement francophone lui aussi, on entend les clients, le samedi, à la terrasse des cafés, rue De Castelnau, parler autant l’anglais que le français.

Il faut maintenant aller jusqu’au quartier de Rosemont-Petite-Patrie, encore plus à l’est, pour retrouver, semble-t-il, à Montréal, des résidents majoritairement francophones.

#2 – L’augmentation inquiétante du prix de l’immobilier dans le Grand Montréal. Dans certains quartiers (voir le graphique ci-dessous) les prix des maisons unifamiliales a augmenté de plus de 30% en cinq ans. Même phénomène à peu près pour les maisons de ville ou les condominiums. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, réclame (avec raison, selon moi) l’imposition d’une taxe aux acheteurs non-résidents comme c’est le cas maintenant à Vancouver ou Toronto.

Le gouvernement québécois, pour l’instant, «étudie la question ». C’est dommage. Les autorités devraient agir très vite, et limiter aussi, c’est urgent, la hausses des loyers, avant que d’autres familles ne soient brutalement chassées de leurs logements comme c’est le cas maintenant dans les quartiers de Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri.

Le prix des maisons unifamiliales dans certains quartiers de l’île de Montréal a grimpé de plus de 30% en 5 ans…

Un mot de politique avant de terminer.

Parc de la rivière-aux-sables, à Jonquière

Dans quelques semaines, le 21 octobre, les Canadiens iront aux urnes afin d’élire un nouveau gouvernement. 338 sièges sont en jeu. Ce sera une élection cruciale.

Le premier ministre et chef du Parti Libéral du Canada, Justin Trudeau, a participé, le dimanche 18 août, à Montréal, au 36è « Défilé de la Fierté » aux côtés de deux autres chefs de partis fédéraux: Jagmeet Singh, du Nouveau Parti Démocratique (NPD – gauche) et Elizabeth May, du Parti vert. Ces trois partis représentent, grosso modo, 60% de l’électorat canadien… (Photo, Graham Hughes – Presse Canadienne)

À six semaines du scrutin, rien n’est encore joué.

Mais devant l’obscurantisme qui semble, un peu partout, gagner du terrain, espérons que les Canadiens éliront le mois prochain un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, composé de parlementaires, hommes et femmes, progressistes et éclairés…

Bonne rentrée à tous!

 

 

 

 

 

 

 

 

Montréal

Les différents arrondissements et quartiers de l’île de Montréal. La ville est baignée, au sud, par le fleuve Saint-Laurent et, au nord, par la rivière des Prairies. Le quartier Côte-des-Neiges, dans lequel j’ai longtemps vécu, est situé au centre de la ville (en vert)

Quel plaisir de retrouver Montréal cet été après tant d’années d’absence! C’est dans cette ville qu’a débuté, il y a bien longtemps, l’aventure canadienne de notre famille.

C’était en 1972. J’avais quinze ans.

Mes frères, ma sœur et moi sommes arrivés à Montréal à la fin de l’été, le 12 août. En provenance de Lagos, au Nigéria, où travaillait notre père. Ma mère avait quelques semaines plus tôt fait le déplacement jusqu’à Montréal et avait minutieusement préparé notre arrivée.

Nous avons reçu, en débarquant à l’aéroport, un document confirmant notre statut de résident permanent. Une feuille rose que l’agent d’immigration a pliée en quatre avant de la glisser dans notre passeport. « Surtout, les enfants, ne perdez pas cette feuille; gardez-la précieusement », répétait notre mère.

Un appartement nous attendait sur la rue Queen Mary, dans le quartier Côte-des-Neiges. À deux pas de l’Oratoire Saint-Joseph. Nous étions selon les voeux de la famille inscrits dans de « bonnes » écoles. Pour moi, c’était le Collège Stanislas, à Outremont.

Tout ce dont nous avions besoin, épicerie, bureau de poste, transports en commun, était à cinq minutes de marche, « en bas de la côte », comme nous disions alors, dans ce qui est aujourd’hui le secteur du métro Snowdon.

J’avais été surpris de constater les premiers jours que dans notre voisinage les commerçants, les habitants, parlaient plutôt l’anglais. Notre appartement était situé à proximité de plusieurs quartiers anglophones – Hampstead, Côte-Saint-Luc, Westmount, Notre-Dame-de-Grâce – et les francophones avaient parfois de la difficulté à se faire comprendre…

L’élection du Parti Québécois, quatre ans plus tard, en novembre 1976, allait complètement bouleverser les habitudes du quartier. Le français devient alors la seule langue officielle de la province. Et le Parti Québécois annonce dès son arrivée au pouvoir la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Du jour au lendemain, des milliers de Montréalais et de Québécois anglophones prennent le chemin de l’exil vers Toronto et vers la province voisine de l’Ontario.

Le drapeau du Québec. La croix blanche symbolise la religion catholique et les fleurs de lys, la monarchie française.

Mais nous n’en étions pas encore là en cette fin d’été de 1972. Entourés par quelques proches et amis de la famille, nous nous sommes donc installés, timidement, au milieu du mois d’août, dans cette grande ville que nous ne connaissions pas, et dans ce pays qui allait devenir notre nouvelle patrie…

Un des attaquants de l’équipe canadienne, Phil Esposito, devant le gardien soviétique, Vladislav Tretiak, lors du deuxième match de « la Série du siècle », le 4 septembre 1972. Photo: Peter Bregg, PC.

Quelques jours à peine après notre arrivée débutait à Montréal « la Série du siècle ». Une série de huit matches qui allait opposer l’équipe canadienne de hockey sur glace à celle de l’URSS. Une série légendaire qui allait, pendant un mois, passionner et enflammer tout le pays.

Je n’avais jamais auparavant prêté la moindre attention à ce sport étrange où les joueurs se battaient fréquemment sur la glace et purgeaient ensuite, à l’écart, des punitions. J’avais remarqué, en lisant les journaux à Montréal, qu’on ne parlait dans la section des sports que de baseball, de « football » canadien et, bien sûr, de hockey. Rien sur le cyclisme ou sur le « vrai » football, à onze.

Je n’en revenais pas.

Comment pouvait-on au Canada ignorer « le foot » ou les coureurs du Tour de France?

Yvan Cournoyer, le virevoltant ailier droit de l’équipe canadienne.

Après avoir été menés 3 parties à 1, l’équipe canadienne allait finir par remporter cette fameuse Série du siècle.

Grâce à but marqué dans les dernières minutes lors du huitième match disputé à Moscou.

Cet immense événement sportif – dont tout le monde parlait alors, à l’école, dans la rue, dans les magasins – a été pour moi une véritable initiation. Une révélation.

Cette série symbolisait en effet mon entrée dans un monde bien différent de celui que j’avais laissé derrière moi à Lagos, à Lomé ou à Melun.

Après l’Afrique et la France, je commençais à Montréal, à quinze ans, un tout nouvel apprentissage…

Montréal, parc King George, à Westmount, année scolaire 1972-1973.

Et j’amorçais en cette fin d’été, sans le savoir, une longue immersion dans une double culture, québécoise et canadienne, dont j’ignorais à peu près tout…

Rue St-Zotique Est, le mardi 31 juillet

Après toutes ces années (et de nombreux séjours, assez brefs, dans la ville) me revoilà, avec Diana, à Montréal!

Pour un mois cette fois-ci. Entouré de mes frères, de ma sœur, de mes neveux et nièces afin de célébrer avec eux, en famille, plusieurs événements heureux.

Fête d’anniversaire, rue de Woodbury, le samedi 21 juillet. Ci-dessous, table familiale de réjouissances, à Outremont, le dimanche 29 juillet

Nous avons fait le choix de nous installer, comme lors de nos séjours à Belleville ou Ménilmontant à Paris, près d’un quartier populaire de la ville. Dans une rue calme, située à proximité du parc Kent, dans le secteur nord de l’arrondissement de Côte-des-Neiges.

Quartier Côte-des-Neiges, juillet 2018

Le quartier a beaucoup changé depuis mon départ, au début des années 80.

Notre haut de duplex sur l’avenue Carlton, à l’angle de la rue Légaré. Logement typique, en briques rouges, de la région de Montréal.

Les résidents d’autrefois, d’origine jamaïcaine ou haïtienne cohabitent aujourd’hui, paisiblement, avec des habitants venus des Philippines, du Vietnam ou du Sri Lanka.

Le centre d’achats Côte-des-Neiges, le jeudi 2 août

Le centre d’achats Côte-des-Neiges, au coeur du quartier, s’est métamorphosé en une véritable tour de Babel. Dans les allées des magasins, les clients et les commerçants, en plus du français et de l’anglais, parlent le tagalog, le mandarin, l’arabe et de multiples langues régionales venues de l’Inde, de la Chine ou des Philippines.

On peut acheter dans les boutiques des saris, des banh mi, du gai lan ou du bok choy.

 

 

 

De nombreuses associations aident ici les arrivants et leurs familles à s’intégrer à leur nouveau pays…

D’après ce que nous avons vu et vécu dans le quartier depuis bientôt un mois, le « vivre-ensemble » de ses cultures si différentes se passe admirablement bien.

Il ne semble pas y avoir à Montréal la tension qui marginalise et isole souvent les minorités dans les villes européennes. Si elle existe, nous ne l’avons pas ressentie. Aucune méfiance ici. Pas d’hostilité.

Tout le monde cohabite et partage paisiblement l’espace public.

C’est un vrai plaisir de déambuler pendant la journée dans les rues du quartier… et de déguster, à l’improviste, la cuisine du monde entier….

Le restaurant Nguyen Phi, au 6260 chemin Côte-des-Neiges, sert de cantine à de nombreux habitants du quartier qui viennent y déguster des plats comme ceux ci-dessous: boeuf grillé accompagné de rouleaux de printemps et de nouilles assaisonnées au basilic thaï et à la citronnelle.

La rue Jarry, dans l’est de Montréal, le vendredi 20 juillet

Montréal compte aujourd’hui près de deux millions d’habitants…. et la ville, réorganisée en 2002 en dix-neuf arrondissements, est en pleine mutation…

De nouveaux quartiers surgissent, notamment dans le sud-ouest de la métropole. Ce secteur, situé près du fleuve Saint-Laurent, a connu, depuis une vingtaine d’années, une profonde transformation.

Une partie de la longue piste cyclable qui longe le canal Lachine dans le sud-ouest de la ville. À gauche, de nouveaux condominiums côtoient une ancienne cheminée, vestige du passé industriel du quartier. À l’arrière-plan, les tours du centre-ville. Ci-dessous, Diana sur la même piste du canal Lachine, près du marché Atwater, le samedi 21 juillet.

D’autres quartiers, plus anciens, renaissent. C’est le cas des secteurs Angus et Hochelaga-Maisonneuve où d’immenses entrepôts, appartenant autrefois aux grands barons de l’industrie, ont été peu à peu rénovés et reconvertis en appartements ou en vastes espaces à vocation communautaire ou culturelle….

Un des nombreux bâtiments reconvertis en logements dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans le sud-est de la ville. Certains immeubles servaient jadis d’ateliers aux ouvriers, aux cordonniers notamment. D’autres appartenaient aux grandes compagnies comme Hershey (chocolat) ou au chemin de fer (Canadian National). Ci-dessous, dans le même secteur, l’avenue Desjardins, située à proximité d’une maison de la culture, a été partiellement fermée à la circulation…

Maison de la culture, rue Ontario Est, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, un des plus vieux de Montréal…

Ces appartements ou lofts rénovés accueillent aujourd’hui des jeunes familles en quête d’un loyer raisonnable. D’autres, célibataires ou en couple, viennent ici acquérir leur premier appartement….

C’est que l’accès au logement à Montréal reste – pour combien de temps? – relativement abordable.

Les statistiques de la Ville indiquent que le loyer d’un appartement typique de deux chambres était l’an dernier de $782… À l’autre bout du pays, à Vancouver, il fallait, en 2017, compter près du double – $1552 – pour un espace similaire…

De plus, on peut encore acheter à Montréal un logement neuf, à un prix défiant toute concurrence… comme en témoigne cette affiche, aperçue il y a quelques jours rue de Rouen…

De nouveaux condominiums seront bientôt construits dans cette rue du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Deux stations de métro – Préfontaine et Joliette – sur la « ligne verte » sont à quelques minutes de marche…

Ces différents quartiers de la ville sont aujourd’hui reliés par un impressionnant réseau de pistes cyclables, praticables en général du 1er avril au 15 novembre…

La très populaire piste cyclable de la rue Rachel (ici à l’angle de la rue Papineau) relie le Mont-Royal aux quartiers est de la ville…

… la piste rejoint ensuite (avant le boulevard Pie-IX) le secteur du stade Olympique où ont eu lieu les Jeux d’été en 1976…

… et elle traverse enfin (direction nord) le magnifique Parc Maisonneuve, un des poumons de l’est de la ville… Une splendide balade en vélo!…

Marché Jean-Talon, mercredi 7 août

Rue Bernard

Ces innombrables pistes cyclables nous ont permis, pendant notre séjour, d’explorer et de découvrir Montréal à notre guise…

Du plateau-Mont-Royal au Vieux-Montréal… De Rosemont au quartier branché du Mile-End… D’Outremont au canal Lachine, nous avons dû parcourir en vélo une bonne centaine de kilomètres…

Cantine et épicerie haïtienne, rue Jarry

Le cinéma Beaubien qui offre aux cinéphiles, depuis 1937, des films de qualité, à Rosemont.

Quartier du « Mile-End »

Tôt un matin, j’ai emprunté la longue piste cyclable de l’avenue Christophe-Colomb qui m’a conduit, en une douzaine de kilomètres, tout au nord de l’île de Montréal… jusqu’à la rivière des Prairies… et jusqu’au parc naturel de l’île-de-la-Visitation… où j’ai découvert ce qui est sans doute l’un des plus anciens et l’un des plus beaux édifices religieux de la région de Montréal…

Boulevard Gouin, en route pour l’île de la Visitation, le lundi 6 août

L’église de la Visitation été construite entre 1749 et 1751 sur le bord de la rivière des Prairies. Une plaque rappelle le passage en ce lieu de Jacques Cartier, en 1535, et la première messe dite à Montréal, en présence de Samuel de Champlain, en 1615.

Il fait bon vivre l’été à Montréal!… Et j’ai parfois l’impression d’être, ici, de retour à la maison…

L’importante communauté haïtienne de Montréal dispose de plusieurs restaurants de qualité. Ci-dessus, poulet en sauce accompagné de riz aux pois, banane plantain, salade et sauce piquante « pikliz », restaurant Sissi et Paul, 2517, rue Jean-Talon Est. Une excellente adresse.

Programme du 12è festival « Haïti en Folie » tenu à Montréal en juillet…

Diana en compagnie de ma soeur et de son mari avant une séance de dégustation de cuisine indienne, le samedi 11 août.

Café San Gennaro, Petite-Italie, rue St-Zotique E.

Nous avons été frappés pendant notre séjour à Montréal par le grand calme et par la tranquillité qui règnent dans les petites rues des différents quartiers, notamment dans l’est de la ville….

Nous avons aussi été touchés par la politesse et par la gentillesse des habitants à qui nous demandions notre chemin…

Dépanneur, avenue Henri-Julien, dans l’est de Montréal

Sans vouloir généraliser, nous nous sommes demandé si le coût de la vie, relativement peu élevé ici, avait une incidence sur le bien-être et la convivialité des habitants… Chez nous, à Vancouver, depuis quelques années, les gens semblent si pressés, si anxieux… tourmentés peut-être par les loyers exorbitants ou par les hypothèques vertigineuses consenties à l’achat de leurs domiciles…

Rien de tout cela ici… L’habitat, comme locataire ou comme propriétaire, semble être encore à la portée de la majorité… C’est là un atout majeur pour Montréal… Atout à sauvegarder.

Mais… y a-t-il des nuages à l’horizon? Une manifestation a eu lieu cette semaine pour protester contre la gentrification et la hausse des loyers dans le quartier de Parc-Extension, quartier populaire, connu pour la modicité de ses loyers. D’autres manifestations sont prévues dans les prochains jours.

Déjà, l’an dernier, des citoyens avaient haussé le ton contre l’embourgeoisement du quartier Hochelaga-Maisonneuve, comme le rapporte ici le quotidien Le Devoir…

Curieusement, l’accès au logement ne semble pas être un des enjeux de la campagne électorale provinciale qui s’amorce. C’est dommage! C’est le moment d’être vigilant.

Le Québec ira aux urnes le 1er octobre.

Rue Drolet, dans le quartier Villeray, le vendredi 20 juillet.

Un dernier mot.

J’ai été étonné de constater que la langue française à Montréal avait depuis mon départ pris un nouvel accent.

Au traditionnel joual des quartiers de l’est de la ville est venu se greffer, avec le temps, une multitude d’autres accents, colorés, ensoleillés, venus du sud et des pays de la Méditerranée, d’Haïti, de l’Asie et du Moyen-Orient…

Il y a comme du pili-pili, du piment d’espelette et du nuoc nam dans la langue française parlée aujourd’hui à Montréal….

Un exemple?

Après le sempiternel ‘Bonjour/Hi » qui accueille ici partout les gens dans l’espace public, l’oreille se tend… et savoure ensuite, dans les échanges, l’accent de Casablanca, de Port-au-Prince, de Phnom Penh ou de Paris…

Comment cette langue va-t-elle évoluer dans les années à venir?

Difficile de le prédire… mais c’est une autre raison, pour nous, comme le dit la chanson de Robert Charlebois, de revenir à Montréal…

Avec mon frère Alix dans le quartier de « la Petite-Italie », boulevard Saint-Laurent, lors des festivités de « la Semaine italienne » de Montréal, le vendredi 10 août

Notre « été canadien » se poursuit dans les prochains jours avec une halte dans la ville de Gatineau, située dans la région de l’Outaouais (à proximité d’Ottawa), à deux heures de route environ à l’ouest de Montréal.

Nous irons ensuite jusqu’à Calgary, en Alberta, passer quelques jours dans la famille de Diana…

Bonne fin d’été à tous!

Piste cyclable, rue Boyer, Montréal, le lundi 6 août