Tahiti

Quel bonheur de retrouver la Polynésie française!

Carte Tahiti
Souligné en bleu, à une vingtaine de kms au sud de Papeete, le paisible village de Paea, où nous passons les premiers jours de notre séjour en Polynésie française.

Après un voyage sans histoire depuis Vancouver, et une première nuit à Papeete, nous voilà installés depuis 4 jours, à deux pas de l’océan, au nord du village de Paea… où deux plages magnifiques nous permettent de nous ajuster au décalage horaire, à notre nouvel environnement culturel et au climat tropical de ces lointaines et indolentes « Îles de la Société ».

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La plage de Vaiava, le mardi 19 novembre au matin, est située à 5 minutes de marche (au nord) de notre pension. Très fréquentée le weekend par les Tahitiens, elle est pratiquement déserte en semaine…

Le thermomètre oscille depuis notre arrivée entre 23 et 31 degrés.

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Contrairement à la légende, l’île de Tahiti compte très peu de plages de sable blanc. La plage Vaiava, ci-dessus, et la plage Mahana, ci-dessous, sont deux exceptions…
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La plage Mahana, peu profonde, située elle aussi à 5 minutes de marche (au sud ) de notre pension. Déserte également en semaine. À l’arrière plan, on aperçoit l’île de Moorea.

Au début de ce troisième voyage en Polynésie française, l’un de nos objectifs était d’explorer et d’essayer de mieux connaître l’île de Tahiti (Tahiti Nui), la plus grande et la plus peuplée du territoire. Nous n’avions fait jusqu’à présent que de courts séjours ici.

Près de 70% de la population du Fenua (« pays », en tahitien) vit sur l’île de Tahiti! Vu l’intérieur montagneux de l’île, les habitants sont très largement concentrés dans les villes et bourgades situées le long du littoral.

Nous souhaitions en particulier, cette fois-ci, découvrir « la presqu’île », surnommée Tahiti Iti (la petite), véritable chasse gardée des Tahitiens, bijou sauvage, situé au sud-est de la grande île. SVP voir la carte ci-dessus.

Pari tenu.

Dès notre arrivée à Paea, après un premier bain de mer, nous apprenons qu’une famille, dans notre quartier, loue des scooters 50cc (aucun permis requis) à la journée. Nous allons les rencontrer et, en quelques minutes, le contrat de location est signé. Notre scooter nous est livré le soir même par deux membres de la famille.

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Manuarii et sa cousine Lyly nous apportent avec le sourire, à notre pension, une moto, pratiquement neuve, casques et clés. Service impeccable, à la tahitienne, tout en douceur.

Dès 9 heures, le lendemain, le lundi 18 novembre, nous sommes sur la route de ceinture, très achalandée, qui fait le tour de l’île. (SVP voir la carte qui ouvre l’article).

De Paea, notre première destination est la petite ville de Taravao, située à 40 kms, au sud-est. Énormément de circulation sur la route, dans les deux sens. Nous roulons prudemment.

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Après deux heures de route, arrivée à Taravao et au carrefour qui mène, sur la droite, à la côte sud de la presqu’île… et au village quasi mythique de Teahupoo. L’excitation est à son comble!…

Bonne surprise à partir de Taravao: la circulation, sur la côte sud de la presqu’île, est beaucoup plus fluide…

Mais nous avons droit, en chemin, aux caprices de la météo! En environ une heure, nous avons eu du vent, des averses, une pluie torrentielle puis un grand ciel bleu. « Météo typique de la presqu’île », nous dit-on gentiment.

Nous avons dû nous arrêter, souvent…

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Sous un abri de fortune (un arrêt de bus), rencontre inattendue avec deux personnages, témoins de Jehovah: Alexandre, à gauche, 80 ans, et Alain, originaire de Madagascar… Conversation à bâtons rompus… mais nous n’avons pas été convertis!…

Quelle aventure pour débuter notre séjour!

Malgré le ciel qui change toutes les dix minutes, le moral est au beau fixe!

Nous sommes déterminés à atteindre Teahupoo.

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Alléluia! Arrivée à Teahupoo, un peu avant midi… et le soleil est de retour sur la presqu’île!

C’est au village de Teahupoo qu’ont eu lieu, l’été dernier, les compétitions olympiques de surf. Les vagues dans la région sont légendaires.

Le lieu est aussi sacré pour les Tahitiens. Plusieurs clans se sont affrontés ici autrefois. Selon les Anciens, surfer la vague de Teahupoo était un moyen, pour les chefs tahitiens et leurs fils, de démontrer leur supériorité. Ils montraient, en domptant la vague, qu’ils étaient soutenus par les dieux.

En arrivant au village, nous nous apercevons que la route s’arrête, abruptement, à la hauteur de la rivière Fauoro. Seule une passerelle permet de continuer le long du rivage…

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Diana, en compagnie d’une riveraine, sur la passerelle qui enjambe la rivière. Les compétitions olympiques de surf ont été disputées, du 27 au 30 juillet, juste au large de la passerelle. La très controversée tour des juges (qui a, semble-t-il, endommagé le récif corallien) a été démantelée peu après la fin des J.O.

Au-delà de la passerelle, quelques pas suffisent pour entrer dans une atmosphère, un monde bien différent, vierge, mythique, jalousement préservé…

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Début du chemin côtier…
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… qui mène…
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à la pointe de la presqu’île, jusqu’aux falaises de Te Pari…

Sentiment d’être ici au bout du monde.

Comme partout en Polynésie, les riverains sont accueillants, prévenants, respectueux. Le village (1500 habitants environ) est paisible. Très peu de monde dans la rue.

Après un délicieux déjeuner dans l’un des « snacks », près du rivage…

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Steak de thon accompagné de « uru » (fruit de l’arbre à pain), salade et riz.
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Sashimi de thon, salade et riz, deux plats typiquement tahitiens…

Il faut déjà, malheureusement, repartir…

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Au-revoir, Teapuhoo! Note: nous avons été surpris de ne voir qu’une mer d’huile pendant notre courte visite au village…

Heureux d’avoir réussi notre projet, nous reprenons, lentement, la longue route vers Paea…

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Courte halte et conversation chaleureuse sur le chemin du retour au marché de Papara, à une quinzaine de kms au sud de Paea…
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Il nous faudra environ deux heures pour regagner Paea. Nous aurons parcouru ce jour-là plus de 110 kms (a-r) entre Paea et Teahupoo, sans aucun pépin. Mission accomplie.
Dans le jardin de notre petite pension de famille…

Une nouvelle aventure, en petit groupe cette fois, m’attend, dès le lendemain…

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« La Traversière » est la piste de 38kms qui traverse l’intérieur de l’île de Tahiti.

Au programme: la traversée de l’île de Tahiti – via le chemin traditionnel qui relie le village de Papenoo, au nord, à celui de Mataeia, au sud. (Pour info, Paul Gauguin a vécu plusieurs mois à Mataeia lors de son premier séjour à Tahiti, entre 1891 et 1893).

La piste est praticable uniquement en 4X4 et serpente dans une vallée luxuriante qu’on appelle ici « la vallée de Papenoo ».

(Deux semaines avant notre départ, de Vancouver, j’avais pris contact avec le gérant de la compagnie, Patrice, afin de confirmer ma participation à l’expédition ce jour-là).

Nous sommes six ce mardi matin – venus de la Suisse, de la France, des États-Unis, du Canada – réunis autour de notre guide et chauffeur, Pito, pour une journée exceptionnelle de découvertes et d’échanges.

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Tout le monde descend, ci-dessus, pour une première leçon de botanique avec Pito, à 15 minutes au sud de Papenoo.

J’ai la chance d’être assis, à l’avant du véhicule, à côté de Pito.

Pendant près de six heures, ce guide expérimenté, consciencieux, partagera avec moi (et avec le groupe, aux arrêts) de multiples anecdotes sur l’histoire mouvementée et peu connue de cette vallée qu’il parcourt, plusieurs fois par semaine, depuis vingt ans.

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Notre guide et chauffeur hors-pair pour la journée, Augustin Pito, né à Moorea.

Nous traversons et faisons halte dans des sites d’une exceptionnelle beauté!

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Baignade dans la rivière Papenoo, le mardi 19 novembre.

Trois villages, au 17è et 18è siècles, occupaient autrefois la vallée. Il n’en reste plus qu’un aujourd’hui, Papenoo, au nord de l’île. Les deux autres villages ont disparu au 19è siècle – les missionnaires décidant de rassembler les habitants de la vallée sur la côte.

Déracinement tragique pour ces populations, habituées à chasser et à manger du sanglier, du porc, à pécher des anguilles dans les rivières, à vivre à flanc de montagne…

Nous nous arrêtons, pour le déjeuner, au milieu d’un décor de rêve. Nous sommes entourés de vertes montagnes, de pics vertigineux…

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Pour les voyageurs intrépides, il est possible de se restaurer et de faire halte pour la nuit…
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… à mi-chemin de la vallée. De petits bungalows (au confort sommaire) offrent un calme absolu et une vue imprenable. Contacter « Le Relais de la Maroto »…
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De nombreuses cascades jalonnent la vallée de Papenoo…

Quelle belle façon de découvrir l’intérieur de l’île de Tahiti!

Nous avons tant appris!

Merci infiniment, Pito!

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Plat de boeuf et légumes, Paea, le mercredi 20 novembre
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Boudin noir et purée maison accompagnés de pommes sucrées, bord de mer, quartier Paofai, Papeete.

Je vous laisse avec quelques images de Papeete prises le lendemain de notre arrivée, le dimanche 17 novembre…

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Le dimanche, à Papeete, c’est le grand jour du marché, au centre-ville… Ci-dessus et ci-dessous…
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… aperçu de la rue Colette, située à deux pas de la cathédrale…
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… où officie, le dimanche, Christophe Barlier, dit « Père Christophe », vicaire de la cathédrale, figure incontournable et respectée de la communauté. Connu pour son franc-parler, le père Christophe œuvre sans relâche depuis plus de 30 ans pour les sans abris et les plus démunis en Polynésie française…
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Nombreux sont les fidèles réunis le dimanche à la cathédrale autour du père Barlier. Difficile de trouver une place après 8 heures. Une chorale, à l’étage, contribue, en français et en tahitien, à la ferveur de la célébration…

Coïncidence, quelques jours après notre passage à Papeete, le père Christophe faisait de nouveau la une des médias. Voir ici l’article, daté du 22 novembre, du quotidien « Tahiti Infos ».

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Au restaurant de la plage Mahana, le mercredi 20 novembre.

Nous prenons vendredi, à 7h, de Papeete, le Apetahi Express pour l’île de Huahine. Où nous attend, près du village de Fare, une petite maison avec un jardin, à deux pas de la plage…

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Trois heures de traversée environ entre Tahiti et l’île de Huahine. Les deux îles font partie de l’Archipel de la Société qui regroupe les Îles sous-le-vent (au nord) et les Îles du vent (au sud). Pour la géographie du territoire, SVP voir l’article La Polynésie française (2022).
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Surligné en blanc, le village de Fare, principale agglomération de l’île de Huahine qui compte environ 6300 habitants. Ce sera notre deuxième séjour là-bas.

Voici donc notre itinéraire pour les (presque) deux prochains mois:

16 novembre = Vancouver – San Francisco – Papeete

AArchipel de la Société – Îles du Vent, Tahiti

17-21 novembre = Paea

BArchipel de la Société – Îles Sous-le-Vent, Huahine

22 novembre – 21 décembre = Fare

(21 -23 décembre = Papeete)

CArchipel des Tuamotu, Fakarava

23 décembre – 1er janvier = Rotoava

(1er-2 janvier = Papeete)

DArchipel de la Société – Îles du Vent, Moorea

2-10 janvier = Hauru

10 – 11 janvier = Papeete – San Francisco – Vancouver

** Pour des raisons familiales Diana devra regagner Calgary à la mi-décembre. Je poursuivrai solo mon périple aux Tuamotu (Fakarava) et à Moorea.

Bonne fin d’automne à tous!

Notes de lecture:

L’inde, encore.

Shumona Sinha
Shumona Sinha

C’est grâce à « La Grande Librairie », l’émission littéraire diffusée sur TV5, que j’ai découvert, le mois dernier, Shumona Sinha. Elle était entourée d’une brochette d’écrivains, dont Alain Mabanckou, venus célébrer, au château de Villers-Cotterêts, l’ouverture du 19è sommet de la Francophonie.

Son regard de braise illuminait, incendiait le plateau. Son parcours atypique, ses propos francs, directs, sur la politique, sur la littérature, sur la société française, m’ont tout de suite interpellés. Et je suis allé, dès le lendemain, me procurer deux de ses romans (les seuls disponibles) à la bibliothèque Koerner de UBC.

La lecture des deux ouvrages a été, pour moi, une révélation. Presqu’une déflagration.

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Apatride, publié en 2017

Shumona Sinha naît (en 1973) et grandit à Calcutta. Issue d’une famille modeste (son père est économiste, marxiste, sa mère enseignante au lycée), elle décide,  à l’âge de 22 ans, alors qu’elle milite, comme son père, au parti communiste, d’apprendre le français. Apprentissage fulgurant et fécond. Elle lit les poèmes d’Henri Michaux, traduit (en bengali) ceux d’Yves Bonnefoy. Enseigne le français dans un institut de Calcutta. Maîtrisant parfaitement la langue, la jeune femme n’a qu’une envie: connaître la France et y vivre.

Grâce aux passerelles culturelles qui existent entre les deux pays, Shumona Sinha est recrutée, en 2001, comme contractuelle (remplaçante) pour enseigner l’anglais dans les collèges de l’académie de Créteil, en banlieue de Paris. Elle décroche également un poste d’interprète auprès des demandeurs d’asile, indiens, bengalis, qui désirent s’implanter en France.

Une nouvelle vie commence. Elle documente ses expériences. Écrit et publie, en français, un premier roman, salué par la critique.

« Émerveillée », au début, par l’effervescence culturelle qui règne dans les rues de la capitale, sa lune de miel avec la France ne dure que quelques mois. Renvoyée brutalement, au quotidien, par « les Français de souche » à ses origines, à sa couleur, la jeune femme découvre, au travail ou lors de ses promenades et rencontres dans les quartiers de la ville, le racisme, la ségrégation, le mépris.

Le séjour rêvé en France, se transforme, peu à peu, en cruelle désillusion.

C’est cette douloureuse expérience, ce rejet, qu’elle décrit, avec lucidité et amertume, dans « Apatride » (roman, publié en 2017) et dans « L’autre nom du bonheur était français » (récit autobiographique, 2022). Textes bouleversants.

Naturalisée française, écrivaine de talent, vivant maintenant en France depuis bientôt 25 ans, elle déplore que ses livres soient toujours catalogués, dans les librairies, à Paris ou en province, au rayon « littérature francophone ». Elle s’insurge. Rien n’y fait. Écrivaine francophone elle restera. Pas écrivaine française. (Tout comme Tahar Ben Jelloun, note-t-elle, relégué lui aussi au rayon « francophonie », malgré son prix Goncourt.)

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Récit autobiographique publié en 2022

La voix de Shumona Sinha dérangera certains, sans doute.

Pour moi, sa voix est essentielle.

Afin de mieux comprendre l’écrivaine, voici deux extraits de « L’autre nom du bonheur… » qui résument (partiellement) sa pensée et ses revendications…

« Je bravais chaque matin la pluie et le vent, plusieurs heures de trajet en alternant les RER et les bus, pour arriver là, de l’autre côté du périph. C’était là que je devais aller gagner mon pain. Au-delà de la ligne rouge. Pour retrouver mes semblables. Une immigrée parmi les immigrés (…) Les seuls emplois que la ville m’avait proposé se situaient géographiquement mais aussi socialement, culturellement à l’écart de la France de souche (…) Mes diplômes ne valaient rien. »

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« Pendant longtemps (en France) je n’ai pas compris pourquoi j’entendais la plupart des insultes racistes à mon encontre le week-end. Puis, la révélation. La semaine, c’est le moment du travail. On tolère les basanés, supposant que leur présence est justifiée par le service rémunéré qu’ils rendent aux Français. Mais le week-end, c’est sacré ! Le marché du dimanche, c’est la messe en plein air. La rue piétonne commerçante, c’est l’allée vers la nef de la cuisine d’où montera le rot solennel à la fin du repas. »

Une détonation – à saluer!- dans le monde souvent feutré et dans l’entre-soi de la littérature française.

Aventures en Occitanie (Lozère, Aveyron, Lot)

Bonjour du Puy-en-Velay, en Haute-Loire!

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Le samedi, c’est jour de marché, aux alentours de la place du Plot, dans la vieille ville…
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… du Puy-en-Velay où je suis arrivé jeudi après-midi…
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… en train (TGV + TER), directement de l’aéroport CDG … après un merveilleux séjour…
13 avril 2024 Chez Alix
… en famille avec Diana, à Montréal, où nous avons retrouvé avec bonheur mon frère, ma sœur, mes nièces, leurs conjoints… et une  rimbambelle d’a-d-o-r-a-b-l-e-s petits-enfants dont le plus jeune, né il y a cinq mois, le jour de mon anniversaire, porte en partie… mon prénom! Je suis aux anges, honoré, comblé.

Nous avons profité au maximum de notre court séjour à Montréal!

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Diana (sur la gauche, casque rouge) en grande discussion, le lundi 15 avril, avec deux étudiants inscrits en 1ère année à McGill. Quel plaisir de retrouver, en vélo et sous le soleil, le campus de l’université où j’ai étudié pendant 5 ans. Nous sommes ensuite allés découvrir, à dix minutes de marche, au centre-ville, un formidable nouvel espace culinaire et culturel où nous avons dégusté de merveilleux plats…
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Griot de porc, riz aux pois, banane pesée et accra, restaurant Paul Toussaint, Time Out Market, 705 Rue Sainte-Catherine, Montréal.
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Cela a été un immense bonheur de retrouver la famille à Montréal! Ci-dessus, chez ma soeur, le 14 avril.
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Scènes de marché, Le-Puy-en-Velay…
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le samedi 20 avril

Me revoilà, pour la troisième fois, au Puy-en-Velay, à l’aube d’une nouvelle aventure qui m’emmènera vagabonder pendant trois semaines le long de sentiers féeriques en Occitanie.

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Les trois départements (encerclés en orange) où je randonnerai entre le 22 avril et le 12 mai. La ville du Puy-en-Velay est située juste au nord-est, en Haute-Loire, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Voir cartes détaillées ci-dessous.
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La carte de mon itinéraire en Occitanie. #1 – Du Puy-en-Velay, une navette me conduira à Nasbinals (Lozère), point de départ de 4 jours de marche dans le plateau de l’Aubrac. #2 – Après l’Aubrac, direction Figeac (Lot) où je débuterai mon parcours le long de la rivière Célé jusqu’à Cahors (tracé rouge sur la carte). #3 – Retour (en train) enfin jusqu’à Figeac pour conclure la boucle (tracé vert) – la voie de Rocamadour – jusqu’à Cahors.

Pourquoi ces randonnées et pourquoi ce retour au Puy-en-Velay? Une ville où je suis passé deux fois déjà, en 2018 et en 2022.

La réponse est toute simple. Je viens terminer ici un projet inachevé.

À la fin de mon périple sur le chemin de Compostelle en juillet 2022, je devais immédiatement reprendre le train vers Figeac afin de parcourir deux des variantes mythiques du GR65: la voie du Célé et la voie de Rocamadour.

Mais après deux jours de repos à Saint-Jean-Pied-de-Port, fin juillet 2022, je me suis vite rendu compte que j’allais devoir remettre mon projet. Après avoir cheminé sous la canicule plus de 325 kms entre Conques et Cahors  puis entre Nogaro et les Pyrénées, j’étais tout simplement vidé, fatigué, incapable d‘envisager deux longues randonnées supplémentaires.

À la mi-juillet, en 2022, le thermomètre était monté jusqu’à 40 degrés sur le chemin (25 kms) entre Nogaro et Barcelonne-du-Gers. J’avais eu l’impression ce jour-là, le 16 juillet, et toute la semaine, de marcher dans un four. Une expérience que je n’oublierai jamais.

Les habitudes sur le GR65 avaient été complètement bouleversées lors de la canicule. Les propriétaires des chambres d’hôtes, des gîtes, avaient dû rapidement ajuster leurs horaires. Le petit-déjeuner était servi à l’aube. Dès 6 ou 7 heures, randonneurs, pèlerins étaient en route. Et nous terminions nos étapes en nage, exténués, vers midi ou 13h, au lieu de l’heure d’arrivée habituelle: 15h ou 16h.

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Arrivée sous une chaleur écrasante à Barcelonne-du-Gers, le 16 juillet 2022.

Me revoilà donc de retour dans la région, au printemps cette fois, déterminé à réaliser ce projet inachevé il y a deux ans.

Avant d’entamer le Célé (109 kms) puis la voie de Rocamadour (120 kms environ), j’avais cependant besoin d’une période de rodage, de « mise en jambes », quelques jours de marche afin de mieux me préparer avant d’arriver à Figeac.

J’ai tout naturellement choisi l’Aubrac, pour sa proximité avec le département du Lot, mais c’est aussi et surtout une région que je rêve de retrouver depuis mes premiers pas sur le chemin de Compostelle en 2018!

Pour les marcheurs, ce tronçon du GR65 – à mi-chemin entre Le-Puy-en-Velay et Conques – est tout simplement divin!

Voilà donc mon itinéraire dans ces régions du centre et du sud-ouest de la France que je ne me lasse pas d’explorer!

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Traversée du plateau de l’Aubrac, entre Nasbinals et…
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… Saint-Chély-d’Aubrac, en mai 2018

Partie A = Le-Puy-en-Velay et le plateau de l’Aubrac

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Mes quatre jours de randonnée dans l’Aubrac me mèneront de Nasbinals à Saint-Chély d’Aubrac où je m’arrêterai et explorerai les sentiers autour du village. 15 petits kms de marche ensuite jusqu’à Saint-Côme d’Olt où je serai hébergé au couvent de Malet. Une partie de ce tronçon du GR65 est inscrite au patrimoine de l’Unesco.

18 – 21 avril = Le Puy-en-Velay (Haute-Loire)

21 avril = Navette Le Puy-en Velay – Nasbinals (Lozère)

22 avril = Nasbinals – Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron) = 16 kms

23 avril et 24 avril = Randonnées autour de Saint-Chély-d’Aubrac

25 avril = Saint-Chély-d’Aubrac – Saint-Côme-d’Olt (Le Couvent de Malet) = 15 kms

26 avril = Navette La Malle Postale: Saint-Côme-d’Olt – Conques (déjeuner) – Figeac (Lot)

27 avril = Figeac (grand marché du samedi)

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Rencontre avec « Baladin », portant vaillamment les bagages d’un duo de randonneurs, dans l’Aubrac, en mai 2018

B = La Voie du Célé (environ 109 kms, sur le GR 651)

28 avril = Figeac – Corn = 19 kms

29 avril = Corn – Marcilhac-sur-Célé = 24 kms

30 avril = Marcilhac-sur-Célé – Cabrerets = 18 kms

1er mai = Repos à Cabrerets

2 mai = Cabrerets – Bouziès – Saint-Cirq-Lapopie = 11 kms

3 mai = Saint-Cirq-Lapopie – Bouziès – Pasturat = 17 kms

4 mai = Pasturat – Cahors = 20 kms

5 mai = Cahors – Retour à Figeac (SNCF)

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Vue d’ensemble de la région avec le tracé (en vert) de la voie du Célé et (en bleu + pointillé vers Cahors) de la voie de Rocamadour. En longeant le Célé, je ferai un léger détour/une halte à Saint-Cirq-Lapopie, le village où vécu autrefois, l’été, André Breton.

C = La Voie de Rocamadour (environ 127 kms, sur le GR 6 et le GR 46)

6 mai = Figeac – Lacapelle-Marival = 22 kms

7 mai = Lacapelle-Marival – Saint-Chignes = 21 kms

8 mai = Saint-Chignes – Rocamadour = 18 kms

9 mai = Repos à Rocamadour

10 mai = Rocamadour – Labastide-Murat = 27 kms (selon ma condition, exceptionnellement, pour cette très longue étape, je prendrai peut-être la navette de la Malle Postale). Très peu d’options d’hébergement entre Rocamadour et Labastide-Murat.

11 mai = Labastide-Murat – Vers = 23 kms

12 mai = Vers – Cahors = 16 kms

13 mai = Cahors – Paris (train)

D = Paris, 13-20 mai

Au programme à Paris: retrouvailles avec un ancien camarade de classe perdu de vue depuis notre scolarité turbulente au Collège Stanislas de Montréal au milieu des années 70. J’irai aussi refaire un tour à Melun (Seine-et-Marne) où j’ai vécu, en pension puis en famille, dans les années 60. Retour à Vancouver le 20 mai.

Bon printemps à tous!

Notes de lecture:

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Amin Maalouf

On a beaucoup parlé d’Amin Maalouf l’automne dernier lorsqu’il a été élu à Paris (à 28 voix contre 8 à son concurrent, Jean-Christophe Rufin) secrétaire perpétuel de l’Académie française. Une éclatante victoire. Je me suis alors aperçu que je n’avais encore rien lu de cet écrivain, né à Beyrouth et arrivé en France en 1976, peu après le début de la guerre au Liban.

J’ai donc essayé, au Maroc puis à Vancouver, de rattraper mon retard en lisant trois ouvrages absolument remarquables. Deux romans et un essai qui m’ont profondément remué, bouleversé. Et qui m’ont permis de découvrir un grand écrivain, un historien, érudit, plein de talent. Un écrivain de génie.

 i. Les Échelles du Levant – (1996)

les échelles du levant

L’histoire fascinante d’une famille fortunée vivant, au début du siècle dernier, au « Levant », la région bordant la côte méditerranéenne de l’Asie (Syrie, Liban, Turquie). À la tête de la famille, un homme cultivé, raffiné, fantasque, qui a, pour son fils aîné, Ossyane, les plus hautes ambitions. Ce dernier, cependant, n’a qu’une envie: s’affranchir au plus vite de l’emprise de son père. Ossyane part donc, en juillet 1937, étudier la médecine à Montpellier. Sa vie bascule deux ans plus tard. La 2è guerre mondiale éclate. Ossyane entre, en France, dans la Résistance. Où il se distingue, se fait un nom. Il rencontre Clara, résistante elle aussi, de confession juive. Ils se marient. Ont une fille. Après la guerre, Ossyane rentre au pays, au Liban, où s’est installé son père. Il est accueilli en héros. Commence alors pour Ossyane, malheureusement, un long et inexorable déclin. Une descente aux enfers. Arrivera-t-il à s’en sortir? Des fastes de l’Orient, aux drames de la guerre, aux moeurs surannées d’un autre temps, le roman nous entraîne dans une aventure extraordinaire où se mêlent le destin tragique d’un homme et l’histoire de toute une région. Un récit palpitant, déchirant, dont on ressort ébloui.

 ii. Les désorientés – (2016)

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Un roman splendide (520 pages) qui explore deux thèmes complexes et délicats: l’amitié et l’exil. Un groupe d’anciens amis, inséparables pendant leur jeunesse universitaire au Liban, se retrouve à Beyrouth après s’être perdus de vue pendant vingt ans. Ils sont réunis à l’occasion de la mort d’un de leurs camarades, Mourad. Ces anciens amis ont, pour la plupart, quitté le Liban pendant la guerre civile. Leur vie s’est construite ailleurs: à Paris, à Sao Paulo, à Amman, dans l’Indiana. Certains, par contre, sont restés au pays. Ont fait front. Ont combattu les milices. Ou sont entrés dans les ordres. Trajectoires diamétralement opposées. Après vingt ans, éparpillés aux quatre coins du monde, que reste-t-il de leurs convictions? De leurs idées de jeunesse? De leur idéalisme? Devant leurs camarades, ils doivent expliquer, justifier leurs choix. Un ouvrage admirable. Sur l’amitié qui, au fil des ans, des circonstances, évolue, fluctue, jusqu’à devenir, parfois, un lointain souvenir.

iii. – Le naufrage des civilisations – (2019)

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Un essai magistral qui résume dans un premier temps les événements qui ont profondément secoué et transformé le Moyen-Orient entre 1948 et la guerre des « Six Jours » en 1967. Événements bien souvent oubliés aujourd’hui mais qui éclairent, expliquent la poudrière qu’est devenue la région depuis. Qui se souvient par exemple de l’assassinat, en 1948, du premier ministre égyptien suivi, en 1949, du meurtre du fondateur de la confrérie des Frères musulmans? Qui se rappelle du « grand incendie » du Caire qui met fin à la présence militaire britannique en Égypte et entraîne l’avènement de Nasser et du « panarabisme »? Se souvient-on que l’Irak était, à la même époque, une monarchie, dirigée par le roi Fayçal II, assassiné en 1958? Se rappelle-t-on enfin qu’entre 1958 et 1961, l’Egype et la Syrie (et brièvement le Yémen) formaient un seul et même état: la République arabe unie? Tous ces événements conjugués, écrit Amin Maalouf, et d’autres, comme l’échec du panarabisme qui visait à unifier les peuples arabes qu’ils soient Sunnites, Chiites, Juifs ou Chrétiens, « finiront par avoir des retombées dans le monde entier, du Sahara aux montagnes d’Afghanistan jusqu’aux tours jumelles new-yorkaises détruites par un commando ayant à sa tête un militant islamiste égyptien. »

Une remarquable leçon d’histoire qui se termine, dans un deuxième temps, par un double constat. Dans un monde hyper médiatisé, saturé de réseaux dits « sociaux », A. Maalouf constate « l’engourdissement » collectif de notre esprit critique. Et, plus inquiétant encore, il observe le manque de solidarité de nos sociétés contemporaines où chacun agite son drapeau, revendique son identité, sa différence, au détriment du bien et de projets communs. « Il y a aujourd’hui », conclut A. Maalouf, « de plus en plus de facteurs qui fragmentent et de moins en moins en moins de facteurs qui cimentent ». Précieuses réflexions, parmi tant d’autres.

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Carte à l’extérieur d’un restaurant, dans la vieille ville du Puy-en-Velay, le samedi 20 avril.

Je vous laisse avec un aperçu de quelques-uns des plats savourés pendant mon (trop court) séjour au Puy-en-Velay.

feuilleté de saumon fumé.
Déjeuner, vendredi 19 avril, feuilleté de saumon fumé, suivi…
escalope de volaille (dinde), sauce bordelaise, accompagnée de purées de carottes, de brocoli et de riz.
… d’une escalope de dinde, accompagnée d’une sauce bordelaise au vin rouge, de riz, de purées de carottes et de brocoli.
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Déjeuner, samedi 20 avril, truite de mer et coulis de tomates, puis…
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… crépinette de lentilles du Puy au petit salé (morceaux de porc salés). Restaurant « Le Bilboquet », 52 Faubourg Saint-Jean, Le-Puy-en-Velay.

Cinq jours dans l’Annapurna

Le soleil se lève au-dessus de l’Annapurna et du village de Tadapani, au Népal. Sur la droite, deux sommets bien connus des alpinistes: le « Gangapurna » (7455 mètres) et « l’Annapurna 3″ (7555 mètres)
Le sommet du « Gangapurna », vu de Tadapani, le mercredi 5 décembre

Je suis de retour à Pokhara. Et je reviens de ma randonnée – de mon « trek » de cinq jours dans l’Annapurna – avec beaucoup d’humilité. Avec un respect renouvelé aussi pour tous les villageois rencontrés dans la montagne, villageois qui vivent entre 2000 et 3000 mètres d’altitude, dans des conditions souvent précaires, avec tant de grâce et de dignité.

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Sur un sentier entre Tapadani et Ghandruk…
… le 5 décembre. SVP voir cartes ci-dessous
La zone de conservation de l’Annapurna, créée en 1986, est la plus grande aire protégée du Népal. La région n’a miraculeusement pas souffert du tremblement de terre de 2015

Mon projet s’est déroulé exactement comme je l’avais planifié. Mais la randonnée – quatre journées de marche et un long retour en bus vers Pokhara – a été difficile. Plus difficile que prévu.

Avec le recul, je m’aperçois que cela a été une excellente idée de m’entraîner, ce printemps, en France, le long du GR65.

Les deux expériences de marche sont bien sûr très différentes, mais avoir cheminé au mois de mai, chaque jour, 4 ou 5 heures, sur la route de Compostelle, m’a fait le plus grand bien. Cela a été une très bonne préparation, mentale et physique, à ce « trek » réalisé au Népal.

Située à environ 200 kms à l’ouest de Katmandou, Pokhara (encerclée en vert) est la deuxième ville du Népal et le point de départ de multiples randonnées vers le massif de l’Annapurna.
Ci-dessus, le tracé de ma randonnée de cinq jours et quatre nuits dans le massif de l’Annapurna. Depuis Pokhara, 90 minutes en taxi, en compagnie de mon porteur Yubraj, jusqu’à Nayapul, point de départ de la randonnée. Ensuite, jour 1: Nayapul – Ulleri. Jour 2: Ulleri – Ghorepani. Jour 3: Ghorepani – Tadapani. Jour 4: Tadapani – Ghandruk. Jour 5: Ghandruk et retour en bus vers Pokhara. D’autres marcheurs optent pour une randonnée plus longue (7-11 jours) jusqu’au camp de base de l’Annapurna (ABC).

La première et la troisième étape ont été particulièrement rudes. Un élévation d’environ 1000 mètres le premier jour entre Nayapul et le village de Ulleri, perché à 1960 mètres. Et, entre Ghorepani et Tadapani le sentier monte (jusqu’à 3200 mètres) et descend cruellement. Quatre heures 40 de marche ce jour-là, la plus longue étape, et sans doute aussi la plus belle… 

Une des rues principales du village de Nayapul, lieu de départ de mon trek

De Nayapul, le sentier emprunte d’abord un chemin poussiéreux qui monte lentement vers les montagnes…

Début de la randonnée, sous un temps couvert, quelques kilomètres après Nayapul

… le tracé devient ensuite beaucoup plus abrupt… Des centaines de marches sont taillées dans le roc du sentier…

Entre Tikhedhunga et Ulleri, le dimanche 2 décembre

… On grimpe, on grimpe ce premier jour, pendant plus de quatre heures… jusqu’au village de Ulleri… où m’attend une chambre simple et presque nue (voir Conseils pratiques à la fin de l’article)… Heureusement, il y a de l’eau chaude!…

Le pain « Gurung » accompagne, avec un oeuf dur et des pommes de terre, le petit-déjeuner traditionnel népalais.

Après une courte, inconfortable nuit (à cause du froid) et un petit-déjeuner sommaire, préparé dans une cuisine de fortune, je reprends la route, tôt le lendemain, accompagné de mon porteur, Yubraj…

Yubraj, 28 ans, a vaillamment porté mon sac pendant cinq jours. Yubraj vient de se marier à Pokhara. Il a deux grands frères. L’un travaille en Malaisie et l’autre est cuisinier, depuis cinq ans, à Règina, en Saskatchewan. Yubraj va tenter dans les prochains mois d’obtenir, à Pokhara, sa licence officielle de guide de haute montagne

En marchant, j’écoute attentivement les propos de mon jeune porteur. Il me parle, en anglais, de sa famille, de son enfance, de son pays. Et je me rends compte que les expériences de Yubraj résument assez bien les turbulences qu’a vécues le Népal depuis vingt ans….

Né dans le village de Dhital, situé à une heure de route de Pokhara, Yubraj me confie qu’il se souvient encore très bien, dès l’âge de huit ans, des rebelles maoïstes qui faisaient régulièrement, la nuit, irruption dans son village… 

Lourdement armés, farouchement opposés à la monarchie, les rebelles exigeaient d’être nourris, logés. Malheur à ceux qui refusaient de les aider. Ou à ceux dans le village qui contestaient leur idéologie, leur autorité. On retrouvait leurs corps, mutilés ou criblés de balles, plusieurs jours plus tard…

Dans une « tea house » à Ulleri, le lundi 3 décembre

Une fois les rebelles partis, l’armée népalaise arrivait à son tour dans le village, questionnant les résidents, leur demandant pourquoi les maoïstes avaient été accueillis et hébergés… Les responsables de l’armée, les soldats, proféraient des menaces… La situation, pour les habitants, devenait intenable.

Lorsqu’il a eu onze ans, la famille de Yubraj a quitté le village et est partie pour Pokhara. Sa scolarité a brusquement pris fin à ce moment-là.

Cette période noire a duré dix ans. Entre 1996 et 2006, entre 13 000 et 19 000 Népalais ont perdu la vie, tués par les rebelles ou par l’armée… Plus de 150 000 hommes, femmes et enfants ont dû, comme la famille de Yubraj, quitter leurs terres, leurs villages et se mettre à l’abri dans les grandes villes.

« Tea house » à Ghorepani, le mardi 4 décembre

La situation est bien différente aujourd’hui. Les maoïstes (comme les communistes) ont maintenant intégré le gouvernement. La monarchie a été abolie en 2008 et le Népal est désormais une république dirigée par une femme.

Le pays a largement retrouvé son calme, mais personne ici, à Pokhara ou dans l’Annapurna, n’a oublié les cicatrices et les traumatismes de la guerre civile. Cette période d’affrontements et de violence a profondément et durablement marqué le pays. 

Ghorepani, le mardi 4 décembre

Revenons sur le sentier où nous avons eu droit, les jours suivants, à une météo plutôt clémente, et au soleil, bien présent le matin…

Deuxième jour de marche, entre Ulleri et Ghorepani, le lundi 3 décembre
En montant vers Ghorepani

En chemin, nous croisons des marcheurs venus de la Belgique, de la France, de l’Allemagne, du Japon. Il y a des Britanniques, des Russes, quelques Canadiens mais, à ma grande surprise, la grande majorité des randonneurs sont des Népalais. De jeunes Népalais, inscrits à l’université souvent, qui parlent un anglais remarquable, et qui viennent, en groupe, joyeusement, découvrir la région…

« C’est un phénomène relativement récent », m’explique Yubraj qui parcourt les sentiers de l’Annapurna depuis cinq ou six ans… « Avec les réseaux sociaux, et le calme revenu au pays, les Népalais, les jeunes professionnels de Pokhara et Katmandou ont eux aussi envie de découvrir ces régions, et partager leurs aventures, leurs découvertes »…

Des jeunes Népalais profitent de la paix retrouvée pour visiter leur pays

En arrivant à Ghorepani, un panneau rappelle aux visiteurs les défis immenses auxquels sont confrontés l’ACAP (l’Agence de Protection de l’Annapurna) et les villages, dépourvus d’infrastructures, qui accueillent les randonneurs, douze mois par année maintenant. 

Plus de 100 000 touristes visitent la zone de l’Annapurna chaque année.

Comment peut-on, dans ces conditions, gérer et protéger adéquatement l’environnement fragile de la haute montagne?

Recycler les déchets, les bouteilles en plastique en particulier, est un case-tête considérable pour les villageois et les autorités…  

Un projet de construction de points d’eau filtrée et potable dans l’Annapurna est en cours afin de réduire le nombre de bouteilles en plastique que transportent les randonneurs…

Deuxième halte, le lundi 3 décembre, dans le village de Ghorepani. Altitude: 2750 mètres.

Dans les rues de Ghorepani, des dizaines d’ânes circulent du matin au soir après avoir monté, pour les randonneurs et les résidents, nourriture et équipement
Pat de légumes au curry, Ghorepani
Snow View Lodge, Ghorepani, mardi matin, le 4 décembre

Nous assistons au réveil à Ghorepani… et ensuite, sur la route vers Tadapani, à un spectacle grandiose… Il fait un temps splendide!

Les pics de l’Annapurna entre Ghorepani et Tadapani, le mardi 4 décembre

Le balisage sur le sentier est le même que celui du GR65…
Cuisinier dans une « tea house »
Petit-déjeuner avec Yubraj, mercredi matin, le 5 décembre, à Tadapani

… spectacle renouvelé le lendemain matin lorsque nous quittons Tadapani… pour Ghandruk…

Tadapani, mercredi matin, le 5 décembre. J’ai adoré les quelques heures passées dans le village, une des plus petites localités du circuit de l’Annapurna…

… en route, nous traversons une étonnante forêt de rhododendrons…

… avant de nous arrêter un instant, dans une petite buvette, juste avant Ghandruk…

Thé noir, servi avec le sourire, lors de notre dernière halte entre Tadapani et Ghandruk…

…Ghandruk… où nous arrivons en début d’après-midi… C’est ici que nous terminons notre randonnée…

Arrivée à Ghandruk. le mercredi 5 décembre

Coup de foudre en découvrant la ville, coupée en deux…

En haut, la ville « moderne » avec de beaux et anciens bâtiments, qui servaient autrefois d’entrepots, et qui ont été repeints, rénovés en gîtes ou en hôtels…

Bâtisses à Ghandruk
Portes sculptées à Ghandruk

… en bas… la vieille ville de Ghandruk… Un village magnifiquement préservé… et curieusement ignoré par la majorité des touristes et des randonneurs…

La vieille ville de Ghandruk, le mercredi 5 décembre

… Une vieille ville, propre, paisible, accueillante, avec son musée… vieille ville où les artisans perpétuent les traditions…

Confection de paniers en bambou dans un atelier de Ghandruk
Livraison inhabituelle…

Surprise en marchant dans les ruelles… Des enfants me font signe… Une fête se prépare à Ghandruk!… Je les suis vers le haut du village….

Ghandruk, le mercredi 5 décembre

… où notables, dignitaires et membres de la communauté sont déjà rassemblés…

Visages de la communauté réunie à Ghandruk

… afin de participer à une grande célébration… On honore, cet après-midi-là, un couple âgé du village pour sa contribution au fil des ans à la communauté…

Après les discours, une danse traditionnelle…

Quelle belle façon de terminer cette randonnée!

Ghandruk, au réveil, jeudi matin, le 6 décembre

C’est déjà le moment de rentrer à Pokhara…

Ces cinq jours dans l’Annapurna sont passés très vite, en un clin d’oeil

Très heureux d’avoir fait cette randonnée!

Merci à tous les villageois rencontrés et au personnel des « tea houses« 

Cela a été une merveilleuse expérience!

Un aperçu de la gare routière de Ghandruk, jeudi matin… On a l’impression ici d’être au bout du monde… Le retour en bus vers Pokhara – quatre heures quinze de trajet sur les routes de montagne – sera épique!

« Dal bhat » traditionnel népalais servi à Pokhara

Avant de terminer, et avant de partager quelques conseils pratiques sur cette randonnée dans l’Annapurna, je tiens à remercier ici mes amis Stephen et Annie qui ont parcouru le même chemin quelques jours avant moi. Leurs suggestions, partagées à Pokhara avant le départ, ont été précieuses. Merci à tous les deux!

Un des deux permis de randonnée obligatoires pour emprunter les sentiers de l’Annapurna

Voilà donc ci-dessous quelques suggestions pour ceux et celles qui songent peut-être à réaliser ce circuit de quelques jours dans l’Annapurna… 

  • Amener (il va sans dire) des vêtements chauds. Il fait très froid en altitude, la nuit, et au petit matin.
  • Se munir de savon, d’une serviette de toilette… et de papier hygiénique – items introuvables dans les chambres.
  • Les lits dans les « tea houses » n’ont qu’un simple drap (pas toujours propre) posé sur le matelas, et une couverture (à la propreté douteuse également). Amener un sac de couchage est une bonne idée. On peut en acheter ou en louer facilement à Pokhara. Ou se munir d’une housse, en soie ou en coton, dans laquelle on se glisse. La housse (« liner ») offre une couche de protection entre la peau et le drap/la couverture.  
  • Le prix des chambres est dérisoire. Entre 400 et 1000 roupies la nuit ($5 à $11 ou 3 à 7 euros). La nourriture, qui doit être acheminée à pied ou à dos d’âne jusqu’aux villages, est beaucoup plus chère. Compter 500-600 roupies pour le petit-déjeuner ($6 ou 4 euros). Le même prix pour le déjeuner ou le souper.
Le lac Phewa Tal au centre-ville de Pokhara, samedi matin, le 8 décembre

Au-revoir, Pokhara!

J’ai été très heureux ici, avant et après mon « trek », tranquille dans mon quartier de Lakeside East où les touristes sont moins nombreux.

Logé, au troisième étage, au Nanohana Lodge. Une très bonne adresse.

Le quartier Lakeside East, à Pokhara, samedi matin le 8 décembre

Après quatre semaines en Inde et au Népal, j’ai maintenant pris mon rythme de croisière. J’ai encore devant moi cinq belles semaines de voyage. Ma santé est bonne, le moral, excellent. 

Indra, originaire de Ghandruk, a gentiment préparé et servi la plupart de mes repas pendant mon séjour à Pokhara

Je quitte Pokhara demain pour Katmandou. Un trajet de sept ou huit heures en bus. Ai bien hâte de découvrir la capitale du Népal, et la vallée de Katmandou où j’ai prévu faire plusieurs autres excursions.

J’ai beaucoup écrit depuis un mois. Et je ne sais pas quand le prochain article sera publié – avant ou après Madras (Chennai), dans le sud de l’Inde, où j’arriverai le 18 décembre, Madras où il fait aujourd’hui… 31 degrés!… 

Alors, juste au cas où… déjà… JOYEUX NOËL À TOUS!   

J’ai rencontré Karchhung, devant sa modeste maison, en arrivant à Ghorepani, le 3 décembre. Nous avons le même âge, et nous avons tout de suite sympathisé. Il m’a indiqué où me placer dans le village le lendemain matin pour avoir les meilleures vues du lever du soleil sur l’Annapurna. Karchhung a un fils qui étudie à Seattle et il espère lui rendre visite dans les prochains mois. Bon voyage, et merci Karchhung!