La Voie de Rocamadour

Une semaine déjà depuis la fin de mon odyssée sur la voie de Rocamadour. Une semaine où il s’est passé bien des choses. Le beau temps est revenu. La pluie aussi. Il a fallu naviguer, marcher sur des sentiers en partie inondés. Nous avons dû faire de fréquents détours, les pieds dans l’herbe trempée. Avec l’humidité, mon appareil photo a rendu l‘âme, le 12 mai, lors de ma dernière étape entre Vers et Cahors. J’ai perdu, ce jour-là, 95% de mes photos.

Arrivé à Paris, je suis allé voir rue de Turbigo (3è arr.) les techniciens d’une petite compagnie spécialisée dans la récupération de données. Je leur ai confié ma disquette, ma carte-mémoire. Je n’y croyais pas trop. « Aucune garantie » m’ont-ils averti, « mais nous ferons de notre mieux ». Ils m’ont appelé dès le lendemain. Mon disque avait été « désoxydé » et toutes mes photos, récupérées! Bravo!

J’ai aussi revu à Paris mon ami, mon ancien camarade de lycée, Tommy, perdu de vue depuis notre scolarité, espiègle et dissipée, au Collège Stanislas de Montréal, dans le quartier Outremont, au milieu des années 70. Grandes et belles retrouvailles autour de bons vins et de cuisines épicées, ensoleillées, venues d’Afrique, un continent où Tommy a travaillé trente ans, au service d’une ONG. SVP voir les photos plus bas.

Mais reprenons, dès le début, le fil de cette semaine mouvementée.

Il est si rare de rencontrer sur les chemins de Compostelle, en France, des randonneurs issus de la « diversité » que j’ai décidé d’ouvrir cet article en saluant et en rendant hommage à…

6 mai 2024 Haila Lacapelle-Marival
Haïla, jeune autrice de théâtre, de récits, d’histoires, croisée le lundi 6 mai, sur le GR6, à Lacapelle-Marival, au terme d’une première étape (22 kms) depuis Figeac. Haïla est aussi en route pour le sanctuaire et la ville sacrée de Rocamadour. J’espère que tu as réussi ton projet, Haïla!
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Sur le pourtour du merveilleux Parc régional des Causses du Quercy, dans le département du Lot…
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Six étapes épiques, le long du GR6, GR46 et GR36 m’ont mené, sur « la Voie de Rocamadour », de Figeac à Cahors: Figeac – Lacapelle-Marival – Saint-Chignes (X en vert, avant Gramat) – Rocamadour – Labastide-Murat – Vers – Cahors. Un parcours à pied d’environ 106 kms. Le tronçon de 22 kms entre Rocamadour et Montfaucon (X en vert, avant Labastide-Murat) a été effectuée en navette, avec La Malle Postale.

Quelle aventure!

Dès les premiers pas sur le GR6, en quittant Figeac, tôt, le lundi 6 mai, après une bonne nuit de sommeil, je me sens bien sur le chemin. J’avance allègrement, en sifflotant, et rencontre, trente minutes environ après le départ, deux randonneuses, tout sourires elles aussi…

6 mai 2024 Théorine 5Cameroun) et Françoise en quittant Figeac
Théorine, originaire du Cameroun et Françoise, ex-enseignante, qui a travaillé au Togo, sont amies depuis toujours. Elles parcourent ensemble, le matin, depuis des années, les sentiers qui courent autour de Figeac.

Très naturellement, nous engageons une longue, franche et amicale conversation. Théorine me parle du Cameroun. Françoise a déjà visité le Québec et notre famille a, également, vécu au Togo! Bonnes excursions ce printemps, mesdames! Votre amitié est belle à voir!

Je poursuis lentement ma route vers Lacapelle-Marival. Le sentier, avec la pluie des derniers jours, est boueux, glissant.

6 avril
Sur le GR6, une heure environ au nord de Figeac, le lundi 6 mai…
6 avril 1 Nadine
Ci-dessus, point rouge, près du village de Saint-Bressou, une de mes compagnes de marche de la journée, Nadine. Elle porte sur le dos son sac et sa tente. Nadine préfère, sur le chemin, bivouaquer.

Il me faudra un peu plus de six heures de marche avant d’arriver à Lacapelle-Marival…

Surprise, en ce début d’après-midi, les rues du village (1500 habitants) sont désertes, presque sinistrées. Tout est fermé le lundi et plusieurs commerces, dans la Grand’ Rue, ont mis la clé sous la porte, définitivement. Il règne dans les ruelles du bourg une atmosphère un peu lugubre…

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Dans l’une des rues principales de Lacapelle-Marival, un des nombreux commerces définitivement fermés. Ci-dessous, la notice affichée sur la vitrine de la boulangerie…
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Le deux boulangeries de Lacapelle-Marival sont maintenant fermées. Les riverains doivent dorénavant aller acheter leur pain à la supérette du village… ou au nouveau supermarché, à l’extérieur du bourg. Comme un peu partout en France, l’ouverture de cette grande surface a probablement accéléré, précipité la fermeture des commerces au centre du village…

Heureusement, le beau temps est revenu sur le GR6 le lendemain…

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Un tronçon du chemin entre Lacapelle-Marival et…
7 mai 2024 ST Chignes
… l’arrivée au hameau de Saint-Chignes. Population: 6 habitants!

Ma halte à Saint-Chignes a sans doute été l’une des plus belles et des plus insolites de mon périple!

Accueilli comme un prince…

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… dans un cadre de rêve…

par un couple charmant…

8 mai
À Saint-Chignes, le mardi 7 mai, devant l’église Saint-Aignan, construite au 12è siècle…

J’ai été confortablement logé, au milieu d’un grand pré, où trônent d’authentiques roulottes en bois…

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Les roulottes de Saint-Chignes ont été conçues en Roumanie et en République thèque…

J’ai aussi été, pendant ma trop courte halte, dorloté et choyé, comme un membre de la famille, par des hôtes absolument exceptionnels!

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Merci mille fois à Saint-Chignes et aux « Roulottes du Lot »!

Étape inoubliable (18 kms) le lendemain, le mercredi 8 mai, entre Saint-Chignes et Rocamadour!

8 mai 2024 début
En route vers Gramat et Rocamadour

Sous un soleil parfois éclatant, j’ai parcouru l’étape en écarquillant les yeux, presque à chaque pas…

Marcher dans cette région du Quercy est un véritable e-n-c-h-a-n-t-e-m-e-n-t!

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Le GR6 entre Saint-Chignes et Gramat. Notez, sur la gauche, le troupeau de moutons. Presque la même atmosphère, dans ces magnifiques prés et sous bois, que sur les chemins de l’Aubrac, entre Saint-Chély et Saint-Côme-d’Olt.
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On croise aussi des cyclistes sur le GR6… avant…
8 mai 2024 Arrivée à Gramat
… l’arrivée au village de Gramat, où je me suis arrêté assez longtemps pour constater que le village (3500 habitants environ)…
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… fait lui aussi face à d’importants défis. Ci-dessus, une banderole confirme la fermeture (partielle) programmée de la gare du village.

Je poursuis ma route. Les fortes pluies des derniers jours ont endommagé sur le chemin l’une des passerelles qui mènent à Rocamadour…

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Sur le GR6, un peu avant Rocamadour, le mercredi 8 mai
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L’une des extrémités de la passerelle enjambant la rivière Alzou est pratiquement tombée dans l’eau…

Mais, comme à Saint-Cirq-Lapopie quelques jours plus tôt, j’ai décidé, après avoir conversé avec plusieurs autres randonneurs…

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… de passer quand même!… Merci au groupe de pèlerins de Saint-Jérôme (au Québec) pour la photo!

Une trentaine de minutes plus tard, l’arrivée au village de Rocamadour, haut lieu de la Chrétienté depuis le Moyen-Âge, est spectaculaire! Le village est littéralement taillé, agrippé à la falaise!

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La cité sacrée de Rocamadour, photographiée du bourg de l’Hospitalet, 1km environ à l’est.

J’ai passé une journée de repos à Rocamadour, ébloui par l’architecture, la splendeur du lieu.

Un guide dans le village m’apprend que Rocamadour naît au début du 12è siècle. Les différents « étages » de la cité (nettement visibles sur la photo ci-dessus) reflètent les trois ordres de la société de l’époque: les chevaliers, au-dessus, dans le château, les clercs religieux au milieu (où est situé le sanctuaire) et les travailleurs laïcs en bas, près de la rivière Alzou.

(La répartition, l’allocation des logements est-elle si différente dans nos villes aujourd’hui?)

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Du château, au-dessus du village, le jeudi 9 mai, une vue partielle de Rocamadour. Le village s’étend, comme un éperon, au-dessus de la vallée de l’Alzou.
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Vue partielle de la rue principale du village, la Voie Sainte, tôt le matin, avant l’arrivée des visiteurs…

La cité est devenue un lieu de pèlerinage depuis un premier « miracle » survenu en 1148. Peu de temps après, on découvre, en voulant inhumer un habitant, un corps, intact, présenté comme celui de saint Amadour. La légende de Rocamadour est née. Les pèlerinages débutent.

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Inscription à l’entrée du chemin de croix près du sanctuaire de Rocamadour

Les trois étapes qui suivent mon séjour à Rocamadour filent en un clin d’oeil.

Comme je l’avais planifié, je décide, le vendredi 10 mai, de prendre la navette de la malle postale de Rocamadour jusqu’au village de Montfaucon d’où je rejoins, à pied, 6 kms plus loin, Labastide-Murat. Après avoir cheminé près de 200 kms depuis le 22 avril, l’étape de 27 kms entre Rocamadour et Labastide-Murat est au-dessus de mes forces!

D’autant plus que le soleil et la chaleur sont de retour sur le chemin!

Avant d’arriver au village de Labastide-Murat, au détour d’un sentier, je fais la connaissance de…

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Daniel, 75 ans, éleveur et enfant du pays. Il est environ midi, c’est l’heure de sortie de ses moutons…
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Devant la grange de sa ferme, nous sympathisons. Daniel en a gros sur le coeur. Il doit bientôt tondre la laine, abondante, de ses moutons… mais il n’y a plus d’acheteurs!…

« Autrefois, me dit Daniel, mon père arrivait à payer les impôts de la ferme uniquement avec la vente de la laine des moutons. Les acheteurs de laine ont aujourd’hui disparu… Il y a bien quelqu’un, du côté de Figeac, qui est intéressé, il doit passer, mais rien n’est sûr… » continue Daniel.

Je sens l’inquiétude dans sa voix. Le manque de revenus est, pour Daniel, un vrai souci. Où sont donc passés les acheteurs? Pourquoi ne vient-on plus dans les fermes du Lot acheter de la laine? Daniel ne sait pas. Il mentionne le Japon, sans plus de détails. L’heure avance. Les brebis doivent aller brouter dans les prés, tout près. Daniel, avec un grand sourire, me souhaite un bon chemin…

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Au revoir, Daniel! Bonne chance…
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… et bon courage!

Excellente halte à Labastide-Murat. Contrairement à Lacapelle-Marival, le village est vivant, les commerces ouverts, l’atmosphère accueillante….

Après un excellent déjeuner (canard confit) et une bonne douche, je fais une petite lessive et mes vêtements sèchent au soleil dans la cour de mon hôtel (les chambres d’hôtes sont très rares sur ce tronçon du GR46). Un halte comme je les aime, toute en douceur.

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Départ de Labastide-Murat, le samedi 11 mai. Sur les panneaux renversés à l’entrée/sortie des villages, SVP voir l’explication à la fin de l’article précédent (la colère dans le monde agricole en Occitanie)

Le soleil étant au rendez-vous, je peux enfin repartir, le lendemain, dans une tenue différente!

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En shorts, enfin, pour cette avant-dernière étape entre Labastide-Murat et Vers (24 kms)

Étape splendide ce samedi-là! Le chemin est absolument somptueux!

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Sur le GR46, entre Labastide-Murat et Vers…

Qu’il fait bon marcher au soleil!

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En quittant, le samedi 11 mai, le petit village de Cras…

Alors que je chemine joyeusement, j’entends, derrière moi, à mi-parcours, des pas… précipités….

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Un groupe de coureurs me dépasse, en pleine forêt… J’apprends qu’ils sont plus de 500 ce samedi 11 mai à participer au circuit de « l’Angelus », un parcours de 80 kms entre Rocamadour et Cahors! L’événement, écrit La Dépêche du Midi, « allie patrimoine, sport et convivialité »…
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… « Aucun classement, pas de chronométrage, écrit le journal. L’accent est mis sur le plaisir de la course, le dépassement de soi et la découverte des paysages de la région. Un groupe de 150 coureurs effectue le parcours de 80 kms en démarrant de Rocamadour, 150 celui de 46 kms au départ de Labastide-Murat, et enfin 200 optent pour le parcours de 18 kms qui débute à Vers. »
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L’objectif est le même pour tous: rejoindre la Cathédrale Saint-Étienne de Cahors avant 19 heures, au son de l’Angélus.

Quel incroyable événement! Il y a même cette année un participant de 76 ans!

J’ai l’air bien nigaud, moi, sur le GR46, avec mes petits 24 kms jusqu’à Vers!

Personne d’ailleurs sur le chemin ne me prête la moindre attention…

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Entre Labastide-Murat et Vers, le samedi 11 mai

J’arrive au village de Vers (500 habitants) ci-dessous, au milieu de l’après-midi, complètement exténué…. J’ai été distrait par les coureurs et je me suis perdu en route. J’ai dû faire, au moins, 4 kms supplémentaires. Mon statut, brusquement, passe de « nigaud » à « nono »…

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La belle petite rivière Vers, ci-dessus, passe au milieu du village avant de se jeter (comme le Célé, plus au sud), quelques centaines de mètres plus loin, dans le Lot…

Je me consolerai ce soir-là en goûtant un plat que je ne connais pas très bien

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Tête de veau, sauce gribiche, pommes vapeur, carottes, beurre à l’ail. Vers, le samedi 11 mai.
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Au centre du village de Vers, une des bornes originales de la « Route Mondiale » envisagée en 1949 par le Conseil municipal de Cahors et le département du Lot. (Voir l’article précédent).

La pluie sera de retour, malheureusement, pour ma dernière étape (18 kms), le dimanche 12 mai, entre Vers et Cahors. Étape au cours de laquelle mon appareil photo, entre deux averses, sera sérieusement endommagé…

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Aperçu de mon nouveau (second) carnet de pèlerin, estampillé à chacune de mes haltes depuis mon départ du Puy-en-Velay, le dimanche 21 avril. Le mois a été bien rempli.

Après ces trois randonnées – ce triple périple en Occitanie – quel immense bonheur de revoir, à Paris, mon ami Tommy, ancien camarade de classe au Collège Stanislas de Montréal!

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Tommy à Montréal, aux alentours du cimetière Côte-des-Neiges, pendant l’hiver 1974 ou 1975.

Après avoir réussi notre Baccalauréat français en juin 1975 – Dieu seul sait comment, tant nous étions dissipés, enclins aux émotions et aux substances fortes! – après avoir tous les deux étudié à McGill, nous nous étions perdus de vue depuis bientôt 50 ans!

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À Montréal, dans le jardin de la maison de ville où habitait Tommy, rue de la Montagne, au-dessus de la rue Sherbrooke, à la même époque…

Aujourd’hui en semi-retraite, Tommy partage sa vie entre Nairobi, au Kenya, et la Toscane où il vit avec sa femme (et ses enfants, pendant les vacances) dans la maison familiale.

Pendant trente ans, Tommy a oeuvré en Afrique de l’est (Kenya, Soudan, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie…) pour une ONG internationale (AMREF) qui vient en aide aux écoles, aux hôpitaux, aux populations marginalisées et aux enfants de la rue de la région. Noble tâche. Tommy est aussi cinéaste et documente régulièrement (en italien et en anglais) ses rencontres et ses projets.

Nous avons pendant trois jours parlé, parlé encore, écouté, clarifié des zones d’ombre. Nous avons marché dans Paris, dans le village Jourdain, dans les allées du parc des Buttes-Chaumont. Nous avons arpenté les rues de Belleville, les jardins de Ménilmontant, en évoquant une kyrielle de souvenirs de notre jeunesse mouvementée.

Les tentations ne manquaient pas, la nuit, à Montréal, au milieu des années 70. Comment avons-nous survécu?

Avec Tommy vendredi 17 mai 2024 Paris
Avec Tommy, à Paris, le vendredi 17 mai, sur l’esplanade en haut…
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du parc de Belleville… Photo: Tommy

Nous avons aussi dégusté, dans les quartiers du nord-est de Paris que j’aime tant, de délicieux plats de cuisine africaine!…

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Cuisine éthiopienne, « Yestome Beyayenetou »: poulet, boeuf, oeuf, lentilles, pois cassés, épinards, haricots, carottes, salade, betteraves et pommes de terre, accompagnés de « injera », Restaurant Enat, 312 rue des Pyrénées, Paris, 20è arr.

Merci infiniment d’être venu jusqu’à Paris, Tommy! À l’an prochain!

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Notice affichée à l’entrée de l’église Saint-Pierre, à Gramat.

Il est temps de conclure.

Cela a été une excellente idée de parcourir ce printemps le plateau de l’Aubrac, la Voie du Célé et la Voie de Rocamadour! D’après mes calculs, j’ai dû franchir, depuis le 22 avril, environ 246 kms.

Découvrir les deux derniers sentiers a été prodigieux. Je dois avouer qu’entre le Célé et la Voie de Rocamadour, j’ai préféré le second chemin. Le tronçon (le GR6) entre Figeac et Rocamadour est absolument fabuleux!

Un grand merci et bravo à tous les randonneurs-euses rencontré(e)s sur la route! Bon courage si vous poursuivez sur le GR65 jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port ou jusqu’en Espagne!

Et merci, bien sûr, mille fois, à Tommy!

À bientôt pour d’autres aventures.

La Voie du Célé

4 mai 2024
Arrivée à Cahors, le samedi 4 mai, après six jours de marche depuis Figeac. Sur la droite, le Lot, gonflé, presqu’en crue après les pluies abondantes des derniers jours…
3 mai 2024 gite pasturat
La veille, le vendredi 3 mai, Jacques, accompagné de son épouse, Anne-Marie, sert l’apéritif dans leur grande maison de Pasturat où ils accueillent randonneurs et pèlerins depuis… 41 ans! Nous serons 25 ce soir-là à la table du souper, Français, Suisses, Belges, Canadiens. Une superbe soirée!
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Sous la flèche bleue, mon parcours sur la « Voie du Célé » qui relie, via le GR651, Figeac et Cahors. 109 kms environ parcourus en six étapes: Figeac – Corn – Marcilhac-sur-Célé – Cabrerets – Saint-Cirq-Lapopie – Pasturat – Cahors. Le sentier suit de près la rivière Célé puis (après Bouziès), le Lot. Le chemin monte et descend tout le temps. Tracé plus difficile que le GR65.

Que retenir de ce périple de six jours dans le merveilleux département du Lot?

(Malgré le temps souvent maussade: nous avons eu, lundi et mardi, deux jours de fortes pluies).

1. – D’abord, l’accueil chaleureux reçu presque partout le long du chemin!

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Conversation matinale, ci-dessus, dans la boulangerie de Marcilhac-sur-Célé, le mardi 30 avril. Et ci-dessous…
3 mai 2024 Bouzies
… sourire devant un casse-croûte de Bouziès, le vendredi 3 mai
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Tableau de répartition des chambres, Marcilhac-sur-Célé, le mardi 30 avril. Merci à Véronique et Jean!

Le service reçu dans les hébergements, dans les chambres d’hôtes, a parfois été exceptionnel.

Un exemple?

Une heure environ avant mon arrivée à Cahors, samedi vers midi, mon téléphone sonne. Un message SMS de Jacques (mentionné plus haut) qui m’informe que j’ai oublié dans ma chambre, à Pasturat, un chandail. Je l’appelle. Il répond aussitôt.

Jacques me demande où je loge à Cahors. Après quelques secondes, il m’annonce qu’il « a des courses à faire à Cahors » et qu’il viendra déposer mon chandail à mon hébergement. Je n’en reviens pas. Il y a 20 kms environ (en voiture) entre Pasturat et Cahors… Arrivé deux heures plus tard, après le déjeuner, à mon hébergement, mon chandail, soigneusement plié, m’attendait. Incroyable. Merci mille fois, Jacques!

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Premier jour de marche, le dimanche 28 avril, entre Figeac et le village de Corn

 2. – L’effort physique, intense, continu, qu’exige chacune des étapes du chemin

J’aurais dû mieux écouter les conseils de mon amie Florence qui connaît bien la région. À part la première étape (Figeac-Corn) relativement simple, le GR651 est une véritable succession de courtes montagnes russes! On monte, parfois très haut… comme le montre l’image ci-dessous…

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Au-dessus du petit village d’Espagnac, blotti au coeur du Quercy, le lundi 29 avril.

…puis on redescend, tout aussi abruptement…

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Arrivée au village de Cabrerets, le mardi 30 avril

Je ne m’attendais pas à fournir un tel effort, quotidien. J’arrivais souvent, en fin d’étape, fourbu. C’est peut-être aussi l’âge. Bientôt 68 ans. Cela fait beaucoup de bougies…

On est, sur ces sentiers escarpés, abrupts, très loin du long fleuve tranquille, paisible du GR65. Malgré les nombreuses croix, les superbes églises qui jalonnent le chemin, la plupart des randonneurs sont ici, semble-t-il, dans un esprit, dans une démarche plus sportive que spirituelle. C’est du moins mon impression.

Les randonneurs sur le Célé sont également (en majorité) plus jeunes que ceux que l’on croise en général sur le GR65.

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Le clocher d’une église semble monter jusqu’au ciel aux alentours du hameau de Boussac

3. – Les merveilleux villages que traverse le GR651!

C’est l’une des plus belles surprises de la Voie du Célé!

2 mai 2024 StCirqLapopie 1
Aperçu du village de Saint-Cirq-Lapopie où a vécu, l’été, entre 1951 et 1966, André Breton. Pour accéder au village, à pied…
2 mai 2024 2 chemin de halage
… un magnifique chemin de halage taillé dans le roc des Causses. Le chemin (qui servait autrefois au transport des marchandises) est, le jeudi 2 mai, malheureusement, partiellement inondé et interdit d’accès… par arrêté municipal.

Après avoir consulté quelques riverains, je suis passé quand même!

2 mai 2024 2 chemin de halage Lot
… et ai été surpris de voir, dans un des petits bras du Lot, un bassin d’eau émeraude… (Curieusement, personne n’a pu m’expliquer la couleur de l’eau à cet endroit précis…)

Je tenais absolument à visiter la maison et le village où vécu André Breton.

Avant de publier, en 1924, son « Manifeste du Surréalisme », l’écrivain faisait partie du Mouvement Dada avec Tristan Tzara, Philippe Soupault, Jacques Rigaut et bien d’autres. Dada est mouvement artistique fascinant, scandaleux parfois, né à Zurich après la grande guerre (1914-1918) et sur lequel, jeune homme rebelle que j’étais alors, j’ai écrit ma thèse de Maîtrise, à l’université McGill, en 1982.

(42 ans plus tard, « l’esprit Dada » est toujours, chez moi, bien vivant).

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André Breton photographié par Man Ray en 1932. Man Ray a longtemps été le compagnon de route d’André Breton, dans l’aventure Dada, puis pendant la période du surréalisme. Le photographe était régulièrement invité à séjourner dans la maison d’André Breton et de son épouse Elisa à Saint-Cirq-Lapopie.

Fait peu connu, André Breton a participé dans le département du Lot, à la fin des années quarante, au projet de « la route mondiale ». C’est ce projet qui l’a conduit, un peu plus tard, à s’établir à Saint-Cirq-Lapopie.

Un tableau dans le village nous apprend qu’en 1949, « en réaction aux horreurs de la seconde guerre mondiale, Cahors se déclare ville citoyenne du monde, bientôt suivie par 239 communes du Lot. Un an après est inauguré, en présence d’André Breton, le premier tronçon de la route mondiale, « route de l’espoir » qui part de Cahors jusqu’à Saint-Cirq-Lapopie : 5 000 personnes y participent. Aujourd’hui, seules les bornes de cette route existent toujours.

Magnifique esprit d’ouverture du Lot!

Malgré le temps gris, le village est splendide!

2 mai 2024 StCirqLapopie
Aperçus des différents quartiers de Saint-Cirq-Lapopie…
2 mai 2024 StCirqLapopie2
le jeudi 2 mai. Le village, l’hiver, est pratiquement désert…
2 mai 2024 Olivier
Veillant à la mémoire de l’écrivain, Olivier est l’un des gardiens de la Maison André Breton, l’une des plus anciennes du village…

En quittant Saint-Cirq-Lapopie le lendemain, le vendredi 3 mai…

inondation StCirq Lapopie
… le chemin de halage est complètement inondé. Impossible de passer cette fois. Il a fallu redescendre par « la route touristique » jusqu’à Bouziès.

Avant de poursuivre, j’aimerais saluer ici toutes les petites communes où passe la Voie du Célé.

Ces bourgs, ces hameaux sont de véritables trésors!

Bravo et respect aux riverains qui s’accrochent contre vents et marées à leurs villages et s’évertuent à les faire vivre – malgré les nuages à l’horizon et les défis, nombreux, quotidiens:

  • Fermeture des petites lignes de chemin de fer en Occitanie et, avec elles, la fermeture des gares de ces communes, liens essentiels pour la survie des villages.
  • La fermeture des écoles. L’école du village de Marcilhac-sur-Célé, par exemple, compte cette année 13 élèves, répartis en trois niveaux. L’école risque de fermer l’an prochain, à cause du manque de financement. « Tout dépendra de la volonté du Maire » m’a confié le seul enseignant, rencontré le mardi 30 avril, au bord du GR651.
  • Comme le montre l’image ci-dessous, la colère gronde dans le monde agricole en Occitanie…
28 avril 2024 panneaux renversés
Partout sur les routes du département du Lot, en guise de protestation contre les « normes » européennes qu’on veut leur imposer, les panneaux des villes, des villages ont été déboulonnés et renversés par les agriculteurs et leurs partisans. Ci-dessus, à l’entrée du village de Boussac.

4. – La gastronomie du sud-ouest

C’est un immense privilège de goûter de nouveau à quelques-uns des plats de la région!

28 avril 2024 Corn - Agneau confit et légumes
Agneau confit 7 heures accompagné de salade, légumes et pommes de terre, Corn, le 28 avril.
1ermai salade de magret fumé
Salade de magret de canard fumé, suivi d’un…
1ERmaiplat
…filet mignon de porc aux petits légumes, sauce curcuma, Cabrerets, le mercredi 1er mai.
2 mai 2024 menu1
Pièce de cochon fermier, cuisson 7h, légumes du moment, pommes boulangères. Auberge du Sombral, Saint-Cirq-Lapopie, le jeudi 2 mai. Un repas exceptionnel! Merci Marion et Mathieu!

Malgré le bilan météo très mitigé, j’ai a-d-o-ré découvrir et parcourir la Voie du Célé!

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Entre Figeac et Corn, sur le GR651

Après une nuit passée à Cahors, j’ai pris hier dimanche le train jusqu’à Figeac où j’ai retrouvé avec plaisir le confort et le calme de ma chambre d’hôtes, au bord du Célé.

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Boulangère à la manoeuvre, tôt le matin, à Figeac…

Je reprends la route ce matin, lundi 6 mai. Une nouvelle découverte m’attend: « la Voie de Rocamadour ».

Première étape: 24 kms entre Figeac et Lacapelle-Marival. (Voir la carte au début de l’article).

Tout va bien.

Moral au beau fixe.

L’aventure continue!

Entre Nasbinals et Saint-Côme-d’Olt, au coeur de l’Aubrac

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Sur le chemin de Compostelle en Aveyron, 3 kms environ avant le village de Saint-Côme-d’Olt, Muriel régale depuis 20 ans marcheurs et pèlerins avec ses délicieux petits plats et ses « farçous » servis, avec le sourire, dans son jardin. Merci, Muriel!
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Soulignées en rouge, mes étapes sur le haut plateau de l’Aubrac: Nasbinals – Aubrac – Saint-Chély-d’Aubrac – Saint-Côme-d’Olt. Le plateau, magnifique, est partout irrigué de cours d’eau (on les appelle ici les « boraldes ») qui se jettent dans le Lot.

Malgré le temps couvert et le vent, mordant, glacial parfois, quatre jours de randonnées exceptionnelles entre Nasbinals et Saint-Côme-d’Olt, au cœur du haut plateau de l’Aubrac !

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Au départ de Nasbinals, le lundi 22 avril, une famille entame sur le GR65 l’une des nombreuses petites montées qui mènent…
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au plateau de l’Aubrac…
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Quelle merveilleuse façon de célébrer le Jour de la Terre! Température? Un ou deux degrés. Et il y a, sur le plateau, un vent à décorner les boeufs!! Superbe aventure. Je suis au 7è ciel. Je pourrais refaire ce chemin dix, vingt fois!
22 avril 2024
Le lundi 22 avril, sur le GR65, 8 kms environ avant l’arrivée à Saint-Chély-d’Aubrac. La croix, à l’arrière plan, marquait autrefois pour les pèlerins « le bout de l’Enfer« , la fin de la dangereuse traversée de l’Aubrac où sévissaient loups, brigands et gredins.

Il y a six ans, lorsque j’avais découvert la région, je m’étais promis de revenir dans l’Aubrac – à une condition. Avoir le temps d’explorer et de savourer ce lieu remarquable où marcheurs et pèlerins passent souvent trop vite, les yeux rivés sur les kilomètres et les étapes à parcourir.

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Arrivée sur le GR65 à Saint-Chély-d’Aubrac, en Aveyron, le 22 avril

J’ai donc pris le temps cette fois-ci de me poser à Saint-Chély-d’Aubrac pendant trois jours. Logé en chambre d’hôtes dans une bâtisse rénovée du 15è siècle, j’ai pu sillonner en toute tranquillité les merveilleux sentiers qui bordent le village.

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D’un petit chemin rural, aperçu du village de Saint-Chély-d’Aubrac le mardi 23 avril. Le village (comme celui d’Aubrac, un peu plus haut sur le plateau) avait jadis pour vocation l’accueil et la protection des pèlerins.
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Le bourg compte aujourd’hui environ 300 habitants…

Comme le montre la photo ci-dessus, à partir de 9h30 ou 10h le matin, la majorité des pèlerins a quitté St-Chély et a repris la route, le GR65, vers Saint-Côme d’Olt (16kms) ou vers Espalion (24 kms). Le village est pratiquement désert.

C’est le moment idéal, dans une boulangerie, dans un café, pour aborder les riverains, les anciens, et les écouter partager l’histoire de leur région.

Au milieu du 19è siècle, les hommes et les femmes de l’Aubrac quittent massivement leur terre « qui n’arrive plus à les nourrir ». Ils montent à Paris. Et exercent dans la capitale les métiers les plus pénibles: chaudronniers, charbonniers, frotteurs de parquet, porteurs d’eau. On les appelle, avec les Auvergnats,  les « bougnats ». Les femmes préparent les repas dans des cafés-charbons où le mari livre le charbon et la femme sert les clients.

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Bougnat et son sac de charbon, à Paris, en 1930.

Peu à peu ces cafés-charbons se transforment en bars-tabac, puis en restaurants. La réussite, sociale, financière, est souvent au rendez-vous. Un siècle plus tard, les descendants des « bougnats » possèdent la majorité des grands cafés parisiens dont La Brasserie Lipp, le Café de Flore, les Deux magots, le restaurant Maxim’s. (Source: Vivre à Paris, janvier 2022)

Aujourd’hui, grâce au chemin de Compostelle, au tourisme, au travail, à la détermination des habitants, les villages de l’Aubrac, autrefois abandonnés, délaissés, revivent, prospèrent.

À moins de réserver plusieurs mois à l’avance, il est souvent difficile, entre avril et octobre, de trouver une place dans un gîte ou une chambre d’hôtes de la région.

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Coupe de fromage Laguiole dans une boutique de Saint-Chély-d’Aubrac, le mardi 23 avril. Le Laguiole est un fromage typique de l’Aubrac, produit dans la ville du même nom. Voir la carte plus haut. Le village de Laguiole est aussi mondialement connu pour ses couteaux pliants.
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Un chemin forestier à quelques centaines de mètres de Saint-Chély, conduit doucement…
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… à l’une des maisons typiques de la région, le mardi 23 avril. Une autre journée splendide dans l’Aubrac!

Après plusieurs courtes randonnées aux alentours de Saint-Chély d’Aubrac, j’ai repris le jeudi 25 avril le chemin jusqu’à Saint-Côme-d’Olt.

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On peut aussi emprunter à Saint-Chély-d’Aubrac, en plus du GR6 ou du GR65, de nombreux sentiers ruraux et d’anciennes voies romaines…

Malgré le mauvais temps, vacances scolaires obligent (zones A et B), il y a beaucoup de randonneurs sur le GR65 ce matin-là. Des Français bien sûr, mais aussi des Suisses, des Allemands, des Coréens, plusieurs Québécois, très populaires sur le chemin.

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Début de journée pluvieuse entre Saint-Chély-d’Aubrac et Saint-Côme-d’Olt, le jeudi 25 avril
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Heureusement, très vite…
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un soleil timide fait son apparition… Le temps plus sec permet même à certains…
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… de pique-niquer au bord d’une boralde, ci-dessus près du hameau de La Rozière…

Après quatre heures de marche, nous rejoignons…

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… le magnifique village de Saint-Côme-d’Olt. La commune, où vivent environ 1500 habitants, est reconnue comme l’un des plus beaux villages de France.

Après une bonne nuit de sommeil au Couvent de Malet (la photo ci-dessus a été prise jeudi après-midi, de ma chambre, au couvent dont j’ai déjà parlé ici), j’ai repris vendredi, comme prévu, la navette de la Malle postale…

Conques 26 avril 2024
… où j’ai retrouvé lors d’une courte halte, à Conques, quelques-uns de mes éphémères compagnons de route qui terminent à Conques cette année leur aventure sur le GR65. Bonne continuation sur le chemin, l’an prochain, Sylvie, Stéphanie, Célia! Cela a été un grand privilège de vous rencontrer!

Me voilà maintenant à Figeac, samedi 27 avril, jour de marché au village…

Malgré le temps, toujours maussade, les clients se pressent devant les étals, près du Lycée Champollion où le marché a été temporairement relocalisé, à cause des travaux en cours, place Carnot.

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Le marché du samedi
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à Figeac
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le 27 avril

J’ai eu le temps de déjeuner à Figeac à « La Petite Graine », un restaurant associatif et solidaire, géré en grande partie par des bénévoles.

Grâce à la contribution des clients, le restaurant vient en aide à la population démunie et marginalisée de Figeac en leur offrant des repas de qualité, à un prix modique.

Une belle initiative. Et un excellent repas, partagé dans un cadre convivial et chaleureux.

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Le restaurant « La Petite Graine », rue Emile Zola, dans la vieille ville de Figeac. Une bonne adresse.

Après avoir parcouru environ 45 kilomètres dans l’Aubrac, j’ai maintenant terminé, tel que prévu, ma préparation. Aucun pépin à signaler.

Deux grandes randonnées m’attendent maintenant: La Voie du Célé (environ 109 kms) et la Voie de Rocamadour (environ 120 kms), deux variantes du GR65, entre Figeac et Cahors.

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En bleu, le tracé de « la Voie du Célé«  » le sentier de Grande Randonnée, le GR651, qui court de Figeac à Cahors. Une carte plus détaillée accompagnera le prochain article…

Au programme demain, dimanche: 19 kilomètres entre Figeac et Corn (le village de Corn est situé en amont de Marcilhac-sur-Célé.

J’ai bien hâte de commencer! Et je suis très reconnaissant de pouvoir tenter cette nouvelle aventure!

Je vous laisse en partageant une pancarte et une affiche, pleines de vérité, aperçues cette semaine le long du chemin…

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Sur une clôture, à l’entrée du village de Saint-Côme-d’Olt, le jeudi 25 avril.
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Rue des Maquisards, à Figeac, le samedi 27 avril

Aventures en Occitanie (Lozère, Aveyron, Lot)

Bonjour du Puy-en-Velay, en Haute-Loire!

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Le samedi, c’est jour de marché, aux alentours de la place du Plot, dans la vieille ville…
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… du Puy-en-Velay où je suis arrivé jeudi après-midi…
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… en train (TGV + TER), directement de l’aéroport CDG … après un merveilleux séjour…
13 avril 2024 Chez Alix
… en famille avec Diana, à Montréal, où nous avons retrouvé avec bonheur mon frère, ma sœur, mes nièces, leurs conjoints… et une  rimbambelle d’a-d-o-r-a-b-l-e-s petits-enfants dont le plus jeune, né il y a cinq mois, le jour de mon anniversaire, porte en partie… mon prénom! Je suis aux anges, honoré, comblé.

Nous avons profité au maximum de notre court séjour à Montréal!

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Diana (sur la gauche, casque rouge) en grande discussion, le lundi 15 avril, avec deux étudiants inscrits en 1ère année à McGill. Quel plaisir de retrouver, en vélo et sous le soleil, le campus de l’université où j’ai étudié pendant 5 ans. Nous sommes ensuite allés découvrir, à dix minutes de marche, au centre-ville, un formidable nouvel espace culinaire et culturel où nous avons dégusté de merveilleux plats…
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Griot de porc, riz aux pois, banane pesée et accra, restaurant Paul Toussaint, Time Out Market, 705 Rue Sainte-Catherine, Montréal.
14 avril 2024 chez Marie-Hélèneplus
Cela a été un immense bonheur de retrouver la famille à Montréal! Ci-dessus, chez ma soeur, le 14 avril.
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Scènes de marché, Le-Puy-en-Velay…
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le samedi 20 avril

Me revoilà, pour la troisième fois, au Puy-en-Velay, à l’aube d’une nouvelle aventure qui m’emmènera vagabonder pendant trois semaines le long de sentiers féeriques en Occitanie.

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Les trois départements (encerclés en orange) où je randonnerai entre le 22 avril et le 12 mai. La ville du Puy-en-Velay est située juste au nord-est, en Haute-Loire, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Voir cartes détaillées ci-dessous.
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La carte de mon itinéraire en Occitanie. – Du Puy-en-Velay, une navette me conduira à Nasbinals (Lozère), point de départ de 4 jours de marche dans le plateau de l’Aubrac. #2 – Après l’Aubrac, direction Figeac (Lot) où je débuterai mon parcours le long de la rivière Célé jusqu’à Cahors (tracé rouge sur la carte). #3 – Retour (en train) enfin jusqu’à Figeac pour conclure la boucle (tracé vert) – la voie de Rocamadour – jusqu’à Cahors.

Pourquoi ces randonnées et pourquoi ce retour au Puy-en-Velay? Une ville où je suis passé deux fois déjà, en 2018 et en 2022.

La réponse est toute simple. Je viens terminer ici un projet inachevé.

À la fin de mon périple sur le chemin de Compostelle en juillet 2022, je devais immédiatement reprendre le train vers Figeac afin de parcourir deux des variantes mythiques du GR65: la voie du Célé et la voie de Rocamadour.

Mais après deux jours de repos à Saint-Jean-Pied-de-Port, fin juillet 2022, je me suis vite rendu compte que j’allais devoir remettre mon projet. Après avoir cheminé sous la canicule plus de 325 kms entre Conques et Cahors  puis entre Nogaro et les Pyrénées, j’étais tout simplement vidé, fatigué, incapable d‘envisager deux longues randonnées supplémentaires.

À la mi-juillet, en 2022, le thermomètre était monté jusqu’à 40 degrés sur le chemin (25 kms) entre Nogaro et Barcelonne-du-Gers. J’avais eu l’impression ce jour-là, le 16 juillet, et toute la semaine, de marcher dans un four. Une expérience que je n’oublierai jamais.

Les habitudes sur le GR65 avaient été complètement bouleversées lors de la canicule. Les propriétaires des chambres d’hôtes, des gîtes, avaient dû rapidement ajuster leurs horaires. Le petit-déjeuner était servi à l’aube. Dès 6 ou 7 heures, randonneurs, pèlerins étaient en route. Et nous terminions nos étapes en nage, exténués, vers midi ou 13h, au lieu de l’heure d’arrivée habituelle: 15h ou 16h.

16 juillet 2022
Arrivée sous une chaleur écrasante à Barcelonne-du-Gers, le 16 juillet 2022.

Me revoilà donc de retour dans la région, au printemps cette fois, déterminé à réaliser ce projet inachevé il y a deux ans.

Avant d’entamer le Célé (109 kms) puis la voie de Rocamadour (120 kms environ), j’avais cependant besoin d’une période de rodage, de « mise en jambes », quelques jours de marche afin de mieux me préparer avant d’arriver à Figeac.

J’ai tout naturellement choisi l’Aubrac, pour sa proximité avec le département du Lot, mais c’est aussi et surtout une région que je rêve de retrouver depuis mes premiers pas sur le chemin de Compostelle en 2018!

Pour les marcheurs, ce tronçon du GR65 – à mi-chemin entre Le-Puy-en-Velay et Conques – est tout simplement divin!

Voilà donc mon itinéraire dans ces régions du centre et du sud-ouest de la France que je ne me lasse pas d’explorer!

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Traversée du plateau de l’Aubrac, entre Nasbinals et…
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… Saint-Chély-d’Aubrac, en mai 2018

Partie A = Le-Puy-en-Velay et le plateau de l’Aubrac

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Mes quatre jours de randonnée dans l’Aubrac me mèneront de Nasbinals à Saint-Chély d’Aubrac où je m’arrêterai et explorerai les sentiers autour du village. 15 petits kms de marche ensuite jusqu’à Saint-Côme d’Olt où je serai hébergé au couvent de Malet. Une partie de ce tronçon du GR65 est inscrite au patrimoine de l’Unesco.

18 – 21 avril = Le Puy-en-Velay (Haute-Loire)

21 avril = Navette Le Puy-en Velay – Nasbinals (Lozère)

22 avril = Nasbinals – Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron) = 16 kms

23 avril et 24 avril = Randonnées autour de Saint-Chély-d’Aubrac

25 avril = Saint-Chély-d’Aubrac – Saint-Côme-d’Olt (Le Couvent de Malet) = 15 kms

26 avril = Navette La Malle Postale: Saint-Côme-d’Olt – Conques (déjeuner) – Figeac (Lot)

27 avril = Figeac (grand marché du samedi)

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Rencontre avec « Baladin », portant vaillamment les bagages d’un duo de randonneurs, dans l’Aubrac, en mai 2018

B = La Voie du Célé (environ 109 kms, sur le GR 651)

28 avril = Figeac – Corn = 19 kms

29 avril = Corn – Marcilhac-sur-Célé = 24 kms

30 avril = Marcilhac-sur-Célé – Cabrerets = 18 kms

1er mai = Repos à Cabrerets

2 mai = Cabrerets – Bouziès – Saint-Cirq-Lapopie = 11 kms

3 mai = Saint-Cirq-Lapopie – Bouziès – Pasturat = 17 kms

4 mai = Pasturat – Cahors = 20 kms

5 mai = Cahors – Retour à Figeac (SNCF)

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Vue d’ensemble de la région avec le tracé (en vert) de la voie du Célé et (en bleu + pointillé vers Cahors) de la voie de Rocamadour. En longeant le Célé, je ferai un léger détour/une halte à Saint-Cirq-Lapopie, le village où vécu autrefois, l’été, André Breton.

C = La Voie de Rocamadour (environ 127 kms, sur le GR 6 et le GR 46)

6 mai = Figeac – Lacapelle-Marival = 22 kms

7 mai = Lacapelle-Marival – Saint-Chignes = 21 kms

8 mai = Saint-Chignes – Rocamadour = 18 kms

9 mai = Repos à Rocamadour

10 mai = Rocamadour – Labastide-Murat = 27 kms (selon ma condition, exceptionnellement, pour cette très longue étape, je prendrai peut-être la navette de la Malle Postale). Très peu d’options d’hébergement entre Rocamadour et Labastide-Murat.

11 mai = Labastide-Murat – Vers = 23 kms

12 mai = Vers – Cahors = 16 kms

13 mai = Cahors – Paris (train)

D = Paris, 13-20 mai

Au programme à Paris: retrouvailles avec un ancien camarade de classe perdu de vue depuis notre scolarité turbulente au Collège Stanislas de Montréal au milieu des années 70. J’irai aussi refaire un tour à Melun (Seine-et-Marne) où j’ai vécu, en pension puis en famille, dans les années 60. Retour à Vancouver le 20 mai.

Bon printemps à tous!

Notes de lecture:

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Amin Maalouf

On a beaucoup parlé d’Amin Maalouf l’automne dernier lorsqu’il a été élu à Paris (à 28 voix contre 8 à son concurrent, Jean-Christophe Rufin) secrétaire perpétuel de l’Académie française. Une éclatante victoire. Je me suis alors aperçu que je n’avais encore rien lu de cet écrivain, né à Beyrouth et arrivé en France en 1976, peu après le début de la guerre au Liban.

J’ai donc essayé, au Maroc puis à Vancouver, de rattraper mon retard en lisant trois ouvrages absolument remarquables. Deux romans et un essai qui m’ont profondément remué, bouleversé. Et qui m’ont permis de découvrir un grand écrivain, un historien, érudit, plein de talent. Un écrivain de génie.

 i. Les Échelles du Levant – (1996)

les échelles du levant

L’histoire fascinante d’une famille fortunée vivant, au début du siècle dernier, au « Levant », la région bordant la côte méditerranéenne de l’Asie (Syrie, Liban, Turquie). À la tête de la famille, un homme cultivé, raffiné, fantasque, qui a, pour son fils aîné, Ossyane, les plus hautes ambitions. Ce dernier, cependant, n’a qu’une envie: s’affranchir au plus vite de l’emprise de son père. Ossyane part donc, en juillet 1937, étudier la médecine à Montpellier. Sa vie bascule deux ans plus tard. La 2è guerre mondiale éclate. Ossyane entre, en France, dans la Résistance. Où il se distingue, se fait un nom. Il rencontre Clara, résistante elle aussi, de confession juive. Ils se marient. Ont une fille. Après la guerre, Ossyane rentre au pays, au Liban, où s’est installé son père. Il est accueilli en héros. Commence alors pour Ossyane, malheureusement, un long et inexorable déclin. Une descente aux enfers. Arrivera-t-il à s’en sortir? Des fastes de l’Orient, aux drames de la guerre, aux moeurs surannées d’un autre temps, le roman nous entraîne dans une aventure extraordinaire où se mêlent le destin tragique d’un homme et l’histoire de toute une région. Un récit palpitant, déchirant, dont on ressort ébloui.

 ii. Les désorientés – (2016)

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Un roman splendide (520 pages) qui explore deux thèmes complexes et délicats: l’amitié et l’exil. Un groupe d’anciens amis, inséparables pendant leur jeunesse universitaire au Liban, se retrouve à Beyrouth après s’être perdus de vue pendant vingt ans. Ils sont réunis à l’occasion de la mort d’un de leurs camarades, Mourad. Ces anciens amis ont, pour la plupart, quitté le Liban pendant la guerre civile. Leur vie s’est construite ailleurs: à Paris, à Sao Paulo, à Amman, dans l’Indiana. Certains, par contre, sont restés au pays. Ont fait front. Ont combattu les milices. Ou sont entrés dans les ordres. Trajectoires diamétralement opposées. Après vingt ans, éparpillés aux quatre coins du monde, que reste-t-il de leurs convictions? De leurs idées de jeunesse? De leur idéalisme? Devant leurs camarades, ils doivent expliquer, justifier leurs choix. Un ouvrage admirable. Sur l’amitié qui, au fil des ans, des circonstances, évolue, fluctue, jusqu’à devenir, parfois, un lointain souvenir.

iii. – Le naufrage des civilisations – (2019)

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Un essai magistral qui résume dans un premier temps les événements qui ont profondément secoué et transformé le Moyen-Orient entre 1948 et la guerre des « Six Jours » en 1967. Événements bien souvent oubliés aujourd’hui mais qui éclairent, expliquent la poudrière qu’est devenue la région depuis. Qui se souvient par exemple de l’assassinat, en 1948, du premier ministre égyptien suivi, en 1949, du meurtre du fondateur de la confrérie des Frères musulmans? Qui se rappelle du « grand incendie » du Caire qui met fin à la présence militaire britannique en Égypte et entraîne l’avènement de Nasser et du « panarabisme »? Se souvient-on que l’Irak était, à la même époque, une monarchie, dirigée par le roi Fayçal II, assassiné en 1958? Se rappelle-t-on enfin qu’entre 1958 et 1961, l’Egype et la Syrie (et brièvement le Yémen) formaient un seul et même état: la République arabe unie? Tous ces événements conjugués, écrit Amin Maalouf, et d’autres, comme l’échec du panarabisme qui visait à unifier les peuples arabes qu’ils soient Sunnites, Chiites, Juifs ou Chrétiens, « finiront par avoir des retombées dans le monde entier, du Sahara aux montagnes d’Afghanistan jusqu’aux tours jumelles new-yorkaises détruites par un commando ayant à sa tête un militant islamiste égyptien. »

Une remarquable leçon d’histoire qui se termine, dans un deuxième temps, par un double constat. Dans un monde hyper médiatisé, saturé de réseaux dits « sociaux », A. Maalouf constate « l’engourdissement » collectif de notre esprit critique. Et, plus inquiétant encore, il observe le manque de solidarité de nos sociétés contemporaines où chacun agite son drapeau, revendique son identité, sa différence, au détriment du bien et de projets communs. « Il y a aujourd’hui », conclut A. Maalouf, « de plus en plus de facteurs qui fragmentent et de moins en moins en moins de facteurs qui cimentent ». Précieuses réflexions, parmi tant d’autres.

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Carte à l’extérieur d’un restaurant, dans la vieille ville du Puy-en-Velay, le samedi 20 avril.

Je vous laisse avec un aperçu de quelques-uns des plats savourés pendant mon (trop court) séjour au Puy-en-Velay.

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Déjeuner, vendredi 19 avril, feuilleté de saumon fumé, suivi…
escalope de volaille (dinde), sauce bordelaise, accompagnée de purées de carottes, de brocoli et de riz.
… d’une escalope de dinde, accompagnée d’une sauce bordelaise au vin rouge, de riz, de purées de carottes et de brocoli.
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Déjeuner, samedi 20 avril, truite de mer et coulis de tomates, puis…
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… crépinette de lentilles du Puy au petit salé (morceaux de porc salés). Restaurant « Le Bilboquet », 52 Faubourg Saint-Jean, Le-Puy-en-Velay.

Zagora, Amezrou & Tamegroute

Nous voilà installés depuis quelques jours « chez nous », au bord de l’océan, à Essaouira, après une semaine splendide de voyage dans le sud du Maroc.

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Beaucoup de chemin parcouru depuis notre départ de la palmeraie de Skoura, le 25 novembre. Ci-dessous…
… une carte plus détaillée de la région du sud du Maroc où nous avons séjourné fin novembre. Nous étions basés à Zagora, dernière grande ville avant les dunes du Sahara et la frontière algérienne située à environ 40 km de M’Hamid
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Aperçus de la rue principale de Zagora…
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… le boulevard Mohammed V, la grande artère…
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… qui traverse la ville et mène, ci-dessus, au sud, vers Amezrou, Tamegroute et M’Hamid. À l’arrière-plan, l’édifice de la préfecture de la province de Zagora.
Exemple d’une des ruelles (marchandes et résidentielles) typiques du centre-ville de Zagora

Après quatre heures de route depuis Skoura et une petite semaine devant nous avant le retour vers Marrakech, nous avons décidé de rayonner sagement autour de Zagora, et explorer la région, sans toutefois aller trop loin.

Nous avons préféré comme d’habitude privilégier notre proximité avec les gens, et les écouter, plutôt que parcourir chaque jour de longues distances sur les routes rectilignes et arides du grand sud…

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Jeunes dromadaires en semi liberté entre Zagora et Tamegroute, le mercredi 29 novembre

Nous avons fait, je crois, le bon choix.

Nous avons ici beaucoup vu, entendu, goûté, appris!

C’est dans la région de Zagora (précisément à Sijilmâssa, ville située un peu plus au nord, aujourd’hui en ruines) qu’arrivaient et partaient autrefois les caravanes qui assuraient le commerce transsaharien entre les pays du Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Un commerce qui a duré plusieurs siècles.

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Réplique du panneau emblématique qui accueillait jadis les voyageurs à Zagora. Le panneau est reproduit et visible un peu partout dans la ville.

Au départ de Tombouctou, direction nord, ces grandes caravanes transportaient de l’or, des étoffes de coton, des épices, du sel et surtout, malheureusement, des esclaves – esclaves requis, par centaines, par un monde musulman et des cités méditerranéennes en pleine expansion entre le Moyen-Âge et la Renaissance.

Du nord vers le sud, ces caravanes repartaient avec des chevaux, des dattes, des barres de cuivre, du verre, des perles, de la maroquinerie, des bracelets, des ustensiles en cuivre.

Ce négoce Nord-Sud a joué un rôle central dans la diffusion de l’islam en Afrique subsaharienne.

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Villes et routes du commerce transsaharien à la fin du XVème siècle. De part et d’autre des flèches vertes, deux des plus importantes cités marchandes de ce commerce longtemps florissant: au sud, Tombouctou (aujourd’hui au Mali) et, au nord, Sijilmâssa, située à proximité de Zagora. Entre les deux, les mines de sel de Taghazza (dans l’actuelle Mauritanie).

Cela a été passionnant d’entendre à Zagora le détail de ces voyages dans le Sahara, voyages qui duraient plusieurs semaines. Les caravanes se déplaçaient le soir, la nuit et au petit matin afin d’éviter les 50 degrés de chaleur dans la journée. Elles avaient pour seuls repères, la nuit, les étoiles « que les nomades connaissent comme on lit un livre » nous a-t-on expliqué.

Autre technique d’orientation: l’odorat, très développé chez les caravaniers. Ils pouvaient, en quelques secondes, humer une poignée de sable et confirmer, simplement à l’odeur, au toucher, la direction à prendre.

J’ai trouvé ces récits absolument fascinants! Apprend-on encore aujourd’hui ce genre de choses aux enfants?

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Tajine Makfoul, un plat de poulet (ou de dinde) accompagné d’olives, de tomates, d’oignons et de coriandre, servi brûlant. Une spécialité du sud marocain et un régal!

Entre deux conversations, nous avons aussi eu l’occasion d’observer à Zagora, le jeudi 30 novembre, l’une des nombreuses démonstrations organisées dans tout le pays par les enseignants marocains fermement opposés au nouveau statut que veut leur imposer le gouvernement.

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Moha, la trentaine, enseignant de physique et chimie dans une école secondaire de la région de Zagora, présent à la manifestation du 30 novembre…
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… tenue, paisiblement, devant la préfecture de la province. Suite à leurs pressions et aux grèves, les enseignants ont eu gain de cause. Leur salaire sera bientôt majoré et leur nouveau statut, envisagé par le gouvernement, révisé. Un retour à la normale est en cours dans les écoles publiques.
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Aperçu du grand souk qui se tient à Zagora tous les dimanches et les mercredis. À noter: la grande majorité des clients…
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dans les souks sont des hommes…
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Les femmes, à moins d’être veuves ou divorcées, sont rarement présentes…
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Omelette berbère (oeufs, oignons, ail, coriandre, poivrons), un plat traditionnel, servi avec des olives et du pain, dans le sud du Maroc.
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Abdelhafi, chef cuisinier, la trentaine, père de deux enfants, a préparé avec talent plusieurs de nos repas à Zagora. Merci infiniment Abdelhafi!
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Vue partielle du jardin de notre hôtel, un havre de paix…
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… aux abords du centre-ville.

Nous avons aussi eu le temps de faire deux excursions pendant notre semaine à Zagora.

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En route vers Amezrou, le mardi 28 novembre

La première nous a conduit, en petit taxi, dans le village fortifié (« ksar« ) d’Amezrou (aussi orthographié Amzrou), situé à 4 km, le long de la vallée du Drâa, au sud de Zagora.

Le village abritait jadis une importante communauté juive et on peut encore, avec un guide, visiter la synagogue, en partie restaurée.

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Amzrou est réputé pour son artisanat, en particulier pour ses bijoux en argent, travaillés à la main et exposés dans la coopérative du village où on restaure également de magnifiques portes anciennes, en bois, sculptées, incrustées d’ivoire. Ouvrages de grande qualité.

En nous promenant dans les petites rues d’Amezrou, nous avons pu prendre toute la mesure de l’atmosphère très particulière qui règne dans le village.

Le temps est ici comme suspendu. Les traditions perdurent. Il y a partout dans le bourg des forgerons, des joailliers, des peintres, des menuisiers qui travaillent consciencieusement dans leurs ateliers. Une très belle communauté d’artisans.

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Dans la lumière feutrée de la mi-journée, deux hommes devisent tranquillement…
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… sur un trottoir, dans le village d’Amezrou, le mardi 28 novembre…

Après notre visite d’Amezrou, la tête pleine d’images et d’informations, nous regagnons – à pied – notre hébergement à Zagora.

Une heure de marche sous un soleil éclatant.

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Rencontres inattendues sur le chemin entre Amezrou…
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… et Zagora, le mardi 28 novembre
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Le lit de la rivière Drâa, sur la droite, complètement à sec, lui aussi, tout comme l’oued de la palmeraie de Skoura, quelques jours plus tôt. Le changement climatique fait des ravages dans le sud du Maroc…
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et la vallée du Drâa, ci-dessus, autrefois verdoyante, a terriblement soif. Quand donc arrivera la pluie?

taxi

Dernière excursion, en grand taxi cette fois, jusqu’au village de Tamegroute, situé à environ 20 km au sud de Zagora.

Zagora7
Les mythiques grands taxis Mercedes d’autrefois, jugés trop vieux et polluants, ont peu à peu été remplacés au Maroc par des voitures (de marque Lodgy) qui peuvent transporter jusqu’à six passagers. Ci-dessus, une station de grand taxi à Zagora.

Après une trentaine de minutes…

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Arrivée au village de Tamegroute…
Tamegroute
le mercredi 29 novembre…

Pourquoi venons-nous jusqu’ici?

Tamegroute est l’un des hauts lieux du savoir du Royaume du Maroc. Le village abrite une bibliothèque fondée au 17è siècle, riche de 4000 ouvrages. Sur les tablettes, des manuscrits rares, anciens, en peau de gazelle, écrits à la plume de roseau. Des ouvrages de théologie, d’histoire, de médecine, d’astronomie, de poésie, de droit coranique, de philosophie, toutes les disciplines sont représentées. Aucune photo n’est autorisée.

Dans la pièce principale, entouré de ces trésors, nous chuchotons et marchons sur la pointe des pieds.

Tamegroute Rachid
Rachid est le conservateur de la bibliothèque de Tamegroute.

Quelle incroyable richesse dans ce petit village situé aux portes du désert!

Tamegroute1
Nous quittons Tamegroute, inspirés, en début d’après-midi, le mercredi 29 novembre pour…
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… les cafés et l’urbanité (toute relative) de Zagora…

Après une semaine passée dans la province de Zagora, nous repartons, en bus cette fois – via Ouarzazate – pour Marrakech.

Sept heures sur une route vertigineuse qui serpente au milieu de paysages magnifiques, dans le Haut-Atlas!

Zagora retour1
Entre Zagora et Marrakech, le vendredi 1er décembre, quelques kilomètres avant de franchir le col du Tizi-N-Tichka (2260 mètres). Une journée inoubliable de voyage.
Zagora retour
Village du Haut-Atlas entre Ouarzazate et Marrakech

Nous ne sommes que de passage à Marrakech. Essaouira, sur la côte atlantique, nous appelle!…

Nous en profitons pour découvrir un quartier que nous ne connaissons pas, « Bab Doukkala ». (Bab = porte en arabe.)

2 de 2023 souk doukkala marrakech
Clients achetant leur pain à Bab Doukkala, secteur situé à Marrakech entre la nouvelle ville, Guéliz
ZagoraMarrakech1
… et la médina…
ZagoraMarrakech3
… le samedi 2 décembre…
café marrakech
Comme d’habitude, les terrasses des cafés de Marrakech (ci-dessus près de la médina) sont pleins de monde…

Nous quittons « la ville ocre » après deux jours, comme prévu, pour Essaouira, sur la côte atlantique. Un trajet d’environ deux heures trente, en voiture, sans histoires.

9 décembre
Aperçu de la longue plage d’Essaouira où il fait un temps splendide depuis notre arrivée, le lundi 4 décembre. À l’arrière-plan, l’île de Mogador, devenue aujourd’hui une réserve naturelle, protégée, d’oiseaux marins…
9 decembre 2
… au nord de la plage, sur la droite, les bâtiments blancs de la médina, l’ancienne ville, où nous avons loué un riad, une habitation traditionnelle. Diana aura sa cuisine.
essaouira 1notre terrasse
Notre riad (ci-dessus, tôt le matin) est doté d’une haute terrasse qui surplombe l’océan…

Nous allons vivre ici, simplement, au soleil, pendant un mois.

Objectif: profiter de la douceur de vivre au Maroc.

En faisant, régulièrement, quelques excursions à l’extérieur d’Essaouira…

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La plage du petit village berbère de Sidi Kaouki, situé…
13decdromad1
… à une vingtaine de kilomètres au sud d’Essaouira. Pas de surfeurs ce matin-là. Seuls quelques dromadaires déambulent sur la plage…
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… Sidi Kaouki, où…
13 decSKouaki
… dans une charmante auberge…
13decSKane
… un peu à l’écart du village…
13 decSKLarbi
… nous avons dégusté, sur la terrasse, servi par Larbi, 73 ans…
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… l’un des meilleurs tajines aux légumes de notre séjour au Maroc! Un régal!

Nous retrouvons, le lendemain, au petit matin…

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… la promenade du bord de mer d’Essaouira…
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… puis l’agitation et l’effervescence du port de pêche, l’un des plus importants au Maroc. On pêche ici les sardines, le merlan, la sole, la daurade…
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Longtemps surnommé « le port de Tombouctou« , le port d’Essaouira était autrefois un point de rencontre et de commerce avec les caravanes, venant du sud…
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… on échangeait ici de l’or, des épices, des esclaves…

Essaouira a longtemps été, au 16è-17è siècles, occupée par les Portugais…

Ils ont laissé derrière eux, près du port, des remparts, quelques canons…

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Vue partielle des remparts qui surplombent l’océan

Nous continuons, après le port, vers le tohu-bohu de la médina…

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Ci-dessus, « Bab Doukkala », l’une des portes principales…
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de l’ancienne ville…
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où le commerce et les échanges débutent dès le lever du jour…

… la médina d’Essaouira, classée depuis 2001 au patrimoine mondial de l’UNESCO, où l’on croise, en quelques pas…

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bouchers…
12 décembre pain
marchands de pain…
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troubadours venus d’un autre temps…
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poissonniers, découpant (ci-dessus) d’énormes quartiers de thon…
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ou désossant, pour les clients, des sardines toutes fraîches…

La médina d’Essaouira, une vraie ruche, où travaillent et cohabitent, paisiblement…

Hakim tissus
des tailleurs et marchands de tissus, comme Hakim, ci-dessus…
Es6decAbdellah, 56 ans, travaille depuis plus de 30 ans, le bois dans sa boutique
… des « tourneurs » de thuya, comme Abdellah qui travaille, avec le sourire, le bois, dans son petit atelier, depuis plus de trente ans… Bonne continuation et merci Abdellah!
11dec poisson carte
Carte des plats de poissons offerts dans les petits restaurants du port d’Essaouira, à la mi-décembre. 20 dirhams = CAN$ 2.70 ou 1.80 euros.
Restaurant Layoune, Essaouira, le 19 décembre 2023 (jour du décès de Pat Leong)
Tajine au poulet, Essaouira, décembre 2024

Nous avons dû, malheureusement, pour des raisons familiales, abréger notre séjour au Maroc, quitter Essaouira à la hâte, et revenir au Canada…

Joyeuses Fêtes à tous, malgré tout!

Prenez bien soin de vous!

Soyez en paix.

12 décembre foot
Où est le ballon?…. Regardez, tout en haut…
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Dromadaires au repos sur la plage d’Essaouira. À l’horizon, l’île de Mogador.

La palmeraie de Skoura

Semaine pleine d’enseignements passée dans la région de Skoura!

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Au pied de la chaîne de montagnes du Haut-Atlas, un homme se promène dans la palmeraie de Skoura, le mardi 21 novembre, en matinée. Il n’a pas plu dans cette région du sud du Maroc depuis le mois de février…
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La petite ville de Skoura, au centre de la carte, située à cinq heures de route environ au sud de Marrakech et à 40 kilomètres au nord-est de Ouarzazate. Nous passons une semaine à explorer la région autour de Skoura avant de poursuivre notre route vers Zagora, au sud.
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Un des carrefours du centre de Skoura et, ci-dessous…
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La rue principale du centre-ville, vers midi, le mardi 21 novembre.

30 000 habitants environ vivent paisiblement à Skoura.

Berbères – la première communauté à s’établir dans la région – et Arabes font ici bon ménage, depuis bien longtemps.

La ville est tranquille, sans histoires. Une petite population juive vivait aussi ici autrefois.

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Un grand souk a lieu dans la ville tous les lundis. On y trouve de tout, fruits, légumes, matériel de construction, tissus, quincaillerie…. Certains marchands viennent d’Agadir vendre leurs produits.
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Un marché d’animaux se tient également en annexe au souk du lundi. Les pourparlers et marchandages autour des chèvres, des brebis et des boucs ont lieu dans une atmosphère calme et feutrée…

Quelques remarques, avant d’aller plus loin.

Le voyage a le grand mérite de clarifier le regard qu’on porte sur sa propre communauté.

En arrivant dans le sud du Maroc, en provenance d’une grande métropole, plusieurs détails, fondamentaux, sautent aux yeux lorsqu’on se promène et qu’on découvre une petite ville comme Skoura.

Il n’y a pas ici de sans-abris, ni de banque alimentaire. Selon le principe de la « Zakât » (la charité, l’un des piliers de l’islam), tout le monde au village mange à sa faim. Malgré la pauvreté de la majorité des habitants. La solidarité est exemplaire.

Les congélateurs étant rares, les gens consomment au jour le jour uniquement ce dont ils ont besoin. Pas plus.

Le grand souk, le lundi, tient lieu de grande surface. Le supermarché le plus proche est à Ouarzazate, à 40 kilomètres.

Les femmes marocaines que nous avons rencontrées dans la communauté et à qui nous avons parlé nous ont confié qu’elles circulaient sans crainte dans la ville et dans la palmeraie, même le soir. Les agressions sont rares. Et lorsqu’elles surviennent, très sévèrement sanctionnées.

La plupart des nombreux jeunes que nous avons croisés ne possèdent pas de téléphone portable. Et n’ont pas trop l’air d’en souffrir. Ils se parlent. Rient. Jouent ensemble.

Rares sont les adultes qui possèdent un téléphone dit « intelligent ».

On se salue plutôt ici, fraternellement, dans la rue: « Salam » (bonjour), « Marhba » (bienvenue), « Choukran » (merci), « Bsslama » (au revoir). Gestes de politesse essentiels, répétés plusieurs fois par jour, qui font du bien à tout le monde, aux plus jeunes comme aux plus vieux.

Ces quelques facteurs conjugués contribuent (selon moi) à nourrir le climat social très apaisé dans lequel nous avons vécu ici pendant toute la semaine.

18 novembre 2023 Ouarzazate
Diana, après notre déjeuner, le samedi 18 novembre, à Ouarzazate, entre Marrakech et Skoura, en compagnie de notre chauffeur (et excellent guide!)

Revenons maintenant à Skoura…

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Habitation typique de la région de Skoura. Ces maisons sont construites en « pisé« , un mélange d’argile et de paille, préparé de façon traditionnelle. Le « pisé » est ensuite posé sur une structure de briques ou de bois. La technique du pisé date de plusieurs siècles.

La population du bourg est répartie dans deux secteurs bien distincts. D’un côté, Skoura-ville (ou Skoura centre) où sont regroupés les principaux commerces.

De l’autre côté, la palmeraie de Skoura, immense, 50 km², l’une des rares palmeraies du Maroc encore habitée et cultivée…

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Une petite route de 2 kilomètres relie le centre de Skoura à la palmeraie…

Le contraste entre le centre-ville de Skoura et la palmeraie est saisissant!

C’est dans la palmeraie que vit la majorité de la population.

23 novembre 2023, 1 palmeraie de Skoura, sud du Maroc
Au sud de la palmeraie, une femme accompagnée de deux enfants…
23 novembre 2023, palmeraie de Skoura, sud du Maroc.
converse, avec les mains et les yeux, avec Diana, le jeudi 23 novembre. Les écoles publiques sont toujours en grève cette semaine au Maroc (comme au Québec!) et les enfants, malheureusement, souvent laissés à eux-mêmes ou sous la garde de leurs grands-parents…

Et c’est dans la palmeraie bien sûr que nous avons passé le plus clair de notre temps!

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Un groupe de jeunes travailleurs profite d’un bref moment de repos lors de la fabrication de briques, briques qu’on aperçoit, à l’arrière-plan, séchant au soleil.
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Dans la palmeraie aussi les maisons sont construites en « pisé ». Certaines structures, comme celle ci-dessous
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sont beaucoup plus élaborées! Ces bâtiments, construits en pisé il y a plus d’un siècle, ont pour la plupart résisté au tremblement de terre du 8 septembre…

Nous avons été hébergés ici pendant une semaine dans une résidence somptueuse (et abordable) gérée par la même famille depuis bientôt vingt ans…

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Notre pied-à-terre…
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… au coeur de la palmeraie de Skoura
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… avec Kader, ci-dessus, enfant du pays, devant un délicieux tajine et de l’huile d’olives produite sur le domaine. Sur les olives, SVP voir plus bas.
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Le massif du Haut-Atlas à l’horizon, vu de la terrasse de notre hébergement

Résidence où nous avons été dorlotés, chouchoutés, presque comme des membres de la famille!

Mais nous n’avons pas chômé pendant notre séjour!

Car nous sommes arrivés à Skoura en pleine de saison de récolte!

Partout, dans la palmeraie, en octobre et novembre, les habitants se relaient au pied des palmiers et des oliviers afin de récolter et de commercialiser dattes et olives – deux denrées dont dépend l’économie de la région.

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Nous avons appris qu’il existe deux types de palmiers. Les palmiers mâles et les palmiers femelles. Les mâles produisent le pollen…
19 nov 2023 5 dattes
tandis que les palmiers femelles donnent les dattes…  qui se balancent à Skoura, en grappes, au soleil, au milieu des chemins de terre de la palmeraie
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Mohammed, 74 ans, au pied d’un palmier, après la collecte, le dimanche 19 novembre

La récolte des olives, elle, est beaucoup plus délicate et chronophage…

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Hommes et femmes se pressent dès le petit matin dans les oliveraies de la palmeraie. Diana, sur la droite, participe également à la cueillette des olives…
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qu’on récolte ici dans de grandes bâches posées au sol.

Dans le domaine où nous logeons, on s’affaire également. La résidence compte plus de 250 oliviers.

Et on ne badine pas avec la récolte qui s’annonce.

Le mardi 21 novembre au matin, nous nous portons volontaires pour participer à une grande opération!

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1. – Transporter les bacs d’olives, cueillies dans la propriété…
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2. – Et les charger sur un des camions de la résidence.

À bord du camion, nous nous dirigeons vers l’un des pressoirs de Skoura où les olives sont tour à tour…

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3. – pesées soigneusement
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4. – puis acheminées sur un treillis afin d’être…
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5. – nettoyées, lavées puis broyées…
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6. – avant que le précieux liquide soit recueilli dans des bidons…

361 kilos d’olives ont donné ce jour-là environ 45 litres d’huile d’olives.

« La production totale d’huile d’olives a été réduite de moitié par rapport à l’an dernier« , nous a-t-on précisé. En cause: la sécheresse qui sévit depuis plusieurs mois dans le sud du Maroc.

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Diana, dans palmeraie, jeudi matin

Longue balade en vélo dans la palmeraie le jeudi 23 novembre

Nous allons ce jour-là visiter l’un des monuments les plus connus du Maroc: la Kasbah Amridil, située à la pointe sud de la palmeraie.

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La Kasbah Amridil, ci-dessus, est une véritable institution au pays. La Kasbah figurait autrefois sur les billets de 50 dirhams marocains. Malgré quelques fissures, la structure, en pisé, a résisté au séisme du 8 septembre.

Construite à la fin du 17è siècle, la Kasbah (maison fortifiée) Amridil a d’abord été une école coranique puis un centre administratif et enfin un tribunal. Sa fonction principale a longtemps été l’enseignement et la promotion dans la communauté des 5 piliers de l’islam:

  • la Shahada (la foi)
  • la Zakât (l’aumône, la charité envers le prochain) ;
  • le pèlerinage à La Mecque (si on le peut)
  • le jeûne (du mois de Ramadan) ;
  • la prière (qui doit être faite cinq fois par jour)

Nous avons vraiment beaucoup appris pendant notre visite!

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De profondes fissures sont visibles sur la façade d’une maison dans la palmeraie de Skoura

Deux derniers mots:

J’aimerais comme plusieurs autres saluer la réponse exemplaire du gouvernement marocain suite au violent séisme du 8 septembre. Très vite, partout au pays, les secours se sont organisés afin de venir en aide aux régions touchées. Couvertures, nourriture, médicaments, vêtements, tentes, la population entière s’est mobilisée afin d’acheminer des vivres aux villageois piégés, meurtris et isolés dans les montagnes du Haut-Atlas, au sud-ouest de Marrakech. Le sauvetage des enfants a été prioritaire. Bravo au Maroc!

La région de Skoura n’a malheureusement pas été épargnée. Plusieurs bâtisses ici se sont effondrées…

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Une des nombreuses tentes érigées dans la palmeraie de Skoura afin d’abriter les familles touchées par le séisme

Enfin… Notre séjour à Skoura aurait été bien différent si nous n’avions pas eu à nos côtés, toute la semaine, un couple chaleureux, exceptionnel, visionnaire…

Catherine

20 nov 2023 2 Catherine (Sawadi)
Catherine, avec le sourire, comme d’habitude, marchandant joyeusement lundi, au milieu du souk, l’achat de deux poulets pour la basse-cour de notre résidence. Je suis reparti du souk avec les deux poulets sous le bras, empaquetés dans une boîte en carton. Prix par poulet: 7 dirhams (environ 7 euros ou Can$9.50)

et Philippe

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Rentrée à la résidence à la tombée du jour, le lundi 20 novembre, après une longue marche et une conversation à bâtons rompus avec Philippe, fervent partisan d’un monde responsable, équitable et écologique. Sur la photo ci-dessus, nous sommes à quelques dizaines de mètres du lit de « l’oued » (la rivière) qui longeait autrefois la palmeraie. « Il y a dix ans, en hiver, il était parfois difficile ici de franchir la rivière tant le courant était fort et le débit élevé » m’a confié Philippe. L’oued est cette année, malheureusement, complètement sec. Le changement climatique frappe aujourd’hui de plein fouet le Maroc.

À tous les deux, un immense merci!

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Diana a beaucoup apprécié apprendre pendant son séjour de nouvelles recettes et techniques de cuisine marocaine. Ci-dessus, un plat de légumes du jardin accompagné de « keftas » et de pâtes à l’huile d’olives et pasata.

Tout va bien dans le sud du Maroc.

Nous reprenons la route ce samedi, plein sud, vers Zagora.

24nov
Au revoir, Skoura!…

Marrakech

Dans le contexte, très particulier, du puissant tremblement de terre qui a frappé le pays, le 8 septembre, grande émotion de retrouver cette semaine, sous le soleil, le Maroc!

Soulagement aussi.

15 novembre 2023 Marrakech.JPGintro
Le lendemain de notre arrivée à Marrakech, Diana (encore en décalage horaire) devant le minaret de la mosquée Koutoubia, l’un des monuments emblématiques de la ville. Le minaret, construit au 12è siècle, a malheureusement été endommagé lors du séisme du 8 septembre, il est aujourd’hui fragilisé.

Malgré les messages échangés avec nos hôtes et les informations diffusées depuis le séisme, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre en débarquant à Marrakech.

Dans quel état allions-nous retrouver la ville et ses habitants?

Dans quelle atmosphère et dans quelles conditions serions-nous reçus?

Nous avons, heureusement, vite été rassurés.

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À quelques pas de l’entrée de la médina de Marrakech, le jour de notre arrivée, le mardi 14 novembre.
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Fatima et Rachida servent le matin avec le sourire…
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le petit déjeuner sur la terrasse de notre petit hôtel de famille, situé au coeur de la médina

Deux mois après le tremblement de terre, la vie a repris à Marrakech et les habitants nous ont offert, toute la semaine, une belle leçon de résilience!

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Scènes typiques de la médina de Marrakech, rue Bani Marine…
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le jeudi 16 novembre

Tout le monde, ou presque, semble-t-il, travaille dans la véritable ruche qu’est devenue la médina. Tout le monde met la main à la pâte afin de relever la ville, remettre la communauté sur pied, préparer l’avenir.

Personne ne se plaint. Tous les Marocains que nous avons rencontrés marchent, fiers, la tête haute.

Ils veulent « vivre de leur commerce« , nous disent-ils. Ne dépendre que de leur labeur. Ils veulent donner l’exemple.

Nous avons été impressionnés, par leur courage, leur détermination. Quelle belle leçon!

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Un petit marché, non loin du « Mellah », l’ancien quartier juif de la ville et, historiquement, l’un des plus pauvres, situé au sud de la médina. SVP voir la carte ci-dessous.

Cependant, malgré l’affluence dans les souks et les boutiques de la médina, la ville est calme. Soucieuse. En convalescence.

Après la tragédie du 8 septembre, Marrakech panse encore ses plaies, ses cicatrices.

Chacun se souvient et partage, à voix basse, le récit de ce qu’il ou elle a vécu cette nuit-là, autour de 23h10, lorsque la terre a tremblé.

La cité, on le voit dans le regard de certains habitants, est toujours sous le choc du séisme et se remet, lentement.

Marrakech est dans l’attente, appréhensive, craintive qu’une nouvelle réplique vienne encore frapper – beaucoup plus fort cette fois.

Plusieurs bâtisses ici, situées notamment dans le pourtour du « Mellah », au sud de la médina, ont été touchées et se sont effondrées.

Quarante-huit personnes ont perdu leur vie à Marrakech, la nuit du 8 septembre.

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La carte de la médina de Marrakech, le coeur historique de la ville. Au centre, la place Jemaa-el-Fna. Au sud, souligné en noir, le « Mellah », l’ancien quartier juif. À l’extérieur de la médina, à l’ouest, Guéliz, « la nouvelle ville », le quartier moderne, plus aisé.
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Ruelle du « Mellah », le jeudi 16 novembre, l’un des quartiers les plus touchés par le tremblement de terre. On aperçoit sur la droite, les gravats d’un immeuble qui s’est écroulé.
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Dans le secteur sud de la médina, la rue Riad Zitoun El Jdid, lune des ruelles principales menant au Mellah…
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L’avenue Houman el Fetouaki qui longe la médina, le jeudi 16 novembre

Il y a ces jours-ci, pour la majorité des parents au Maroc, un autre sujet d’inquiétude: la grogne des enseignants, dans le secteur public, de nouveau en grève.

Les écoles ont été fermées trois jours cette semaine. Une énième grève depuis un an. Motif? Les professeurs contestent le nouveau statut que veut leur imposer le gouvernement.

Activités parascolaires, recrutement, évaluation, rémunération des enseignants, formation continue, les sujets de discorde ne manquent pas entre les deux parties. Le ministère et les syndicats se renvoient la balle depuis plusieurs mois. Entre temps, les élèves inscrits dans le public, sont laissés à eux-mêmes. Et les parents, désemparés.

À noter, la grève des enseignants ne touche pas le secteur privé…

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Symbole d’une société à deux vitesses? Des écoliers, inscrits dans une institution privée, en excursion dans un parc de Marrakech, accompagnés de parents et d’enseignants, le mercredi 15 novembre
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Tajine aux légumes, rue Bani Marine, Marrakech (médina), le mardi 14 novembre

Le soleil, lui, est bien au rendez-vous à Marrakech!

Trente degrés à notre arrivée, mardi, et chaque jour, à l’heure du déjeuner, le thermomètre grimpe un peu plus, 31 degrés mercredi, 32 jeudi! Pour notre plus grand bonheur et celui des « Marrakchis » qui se pressent, nombreux, dans les espaces verts et aux terrasses des cafés…

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Aperçu d’une des terrasses légendaires de la médina de Marrakech, La Brasserie du Glacier, le jeudi 16 novembre. Les visiteurs du monde entier sont de retour à Marrakech! En fait, depuis le 8 septembre, ils n’ont jamais vraiment quitté la ville…
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Demain samedi, direction Ouarzazate puis Skoura…

Nous partons demain pour notre deuxième halte, la palmeraie de Skoura, située à cinq heures trente de route environ, au sud-est de Marrakech.

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Une route de montagne relie Marrakech aux villages du Haut Atlas. La route file ensuite, direction sud-est, vers Ouarzazate et Zagora, une des portes d’entrée du désert du Sahara. La palmeraie de Skoura est située à environ 40 km au nord de Ouarzazate.

Une fois n’est pas coutume, nous avons décidé, vu les circonstances, de louer une voiture avec chauffeur pour nous emmener à Skoura. Départ prévu à 10h.

Tout va bien.

Nous sommes vraiment heureux d’avoir retrouvé le Maroc!

On vous embrasse!