Phénomène inhabituel, Vancouver a connu cette année un rude hiver avec de fréquentes et abondantes chutes de neige. Ci-haut, notre rue, dans le quartier Mount Pleasant, fin décembre.
Quoi de mieux en temps de pandémie que d’aller fureter et piocher dans les bibliothèques de beaux et grands livres qui nous rapprochent de la lumière à venir du printemps?
En voici cinq. Cinq titres qui m’ont particulièrement plu récemment, présentés ici dans l’ordre dans lequel je les ai découverts.
Pierre Nora, Jeunesse – (Paris, 2021)
Les mémoires de jeunesse d’un grand intellectuel. Élevé à Paris, dans « le confort douillet » d’une famille bourgeoise, juive, Pierre Nora, historien et directeur de collection chez Julliard et Gallimard, a été le témoin attentif d’un siècle qu’il a traversé aux côtés de personnages illustres. Grâce à son frère aîné Simon, haut-fonctionnaire, il côtoie, très jeune, Pierre Mendès France, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Jean Daniel. Après quelques échecs (il échoue trois fois au concours d’entrée à l’École Normale), Pierre Nora déploie ses ailes.
Il obtient une licence en philosophie puis est reçu à l’agrégation d’histoire. Il fonde plus tard et anime pendant 40 ans la revue « Le Débat ». Il est élu à l’Académie française. Le livre, écrit « au galop », fourmille d’anecdotes sur la vie intellectuelle de l’époque. On y retrouve de multiples portraits et des réflexions, profondes, sur la famille, la religion. Au fil des pages, Pierre Nora revient sur les événements marquants de sa jeunesse, sur la période de la guerre notamment, qu’il a vécue en partie caché avec sa famille, recherchée par la Gestapo. Certains chapitres sont très personnels, comme le récit de ses relations amoureuses. Pierre Nora est aujourd’hui, à 90 ans, le compagnon de la journaliste Anne Sinclair.
East 7th Avenue, dans le quartier Mount Pleasant, à Vancouver, fin décembre 2021.
Dominique Anglade – Ce Québec qui m’habite – (Montréal, 2021)
L’autobiographie d’une femme talentueuse, ambitieuse… et pressée! Née au Québec de parents d’origine haïtienne, Dominique Anglade est, depuis mai 2020, à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ). La première femme noire à accéder à une si haute fonction politique au Québec. Mme Anglade retrace ici son parcours, parcours atypique, forgé par les valeurs et les convictions de ses parents, Georges, géographe, et Mireille, enseignante, tous les deux engagés à gauche et morts tragiquement lors du tremblement de terre en Haïti en 2010.
Après des études à l’École Polytechnique et à HEC à Montréal, Dominique Anglade se voit confier en Ontario puis à Montréal une série de postes de plus en plus importants en gestion. Côté cœur, invitée par une amie en octobre 1998 à passer quelques jours à Vancouver, elle y rencontre, lors d’une fête de l’Halloween près de UBC, l’homme qui deviendra en 2004 son mari: Helge, citoyen allemand, qui étudie, à ce moment-là, la physique à UBC.
Quelques années plus tard, jeune maman, Dominique Anglade passera auprès de son mari trois ans à Vancouver – « une ville simple, gentille, sans complexe… mais plate (ennuyeuse) » écrit-elle – avant de retourner avec sa famille au Québec où elle amorce, à partir de 2011, avec la CAQ (Coalition Avenir Québec) puis avec le PLQ une fulgurante ascension politique.
Élue députée puis nommée vice-première ministre et ministre de l’Économie sous le gouvernement libéral (2014-2018), Dominique Anglade dirige maintenant l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec.
Le livre est passionnant et se lit comme un roman. L’ouvrage fait référence à plusieurs lieux et thèmes qui me sont familiers: son lien avec Haïti, son attachement à Montréal et au Québec, son séjour à Vancouver, sa pratique du squash, l’école Marie de France, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.
Entre les lignes, pointent la détermination et la volonté de réussir de Dominique Anglade. Pointent aussi sa force et son courage alors que, « quatre fois minoritaire – par la langue, le sexe, l’âge et l’origine ethnique », elle se taille une place dans le monde des affaires puis fait carrière en politique, dans un milieu souvent brutal et misogyne.
À quelques mois des élections provinciales au Québec, prévues en octobre, Dominique Anglade réussira-t-elle à déjouer les pronostics et les sondages? Le livre terminé, on a presque envie d’aller, de courir prendre sa carte d’adhésion au PLQ! C’est là, sans doute, l’un des buts de l’exercice.
Les premiers signes du printemps ont fait leur apparition à Vancouver à la fin du mois de janvier. Ci-dessus, la plage Kitsilano…… où on peut, au choix, le 31 janvier, jouer au volley-ball sur la plage ou se promener en short, près de l’océan…Célébration de la Nouvelle Année chinoise. Le 1er février débute l’Année du Tigre. Photo et carte conçues par Diana.
Daniel Klein – Travels with Epicurus – (2012)
Un petit livre magnifique, plein de sagesse, sur l’art de vieillir, sereinement. Daniel Klein, diplômé en philosophie de l’université Harvard part seul, pendant un mois, à l’âge de 73 ans, sur l’île de Hydra, en Grèce. Objectif: faire le point sur sa vie et sur « le grand âge » à la lumière des textes et de l’enseignement des anciens. Il a dans sa petite chambre modeste du village de Kamini une valise pleine de livres. Épicure, Platon, Sénèque, Marc-Aurèle. Mais aussi Sartre, Camus, Bertrand Russell, des textes venus de l’Inde. Que disent ces penseurs sur la vieillesse? Quel est leur message? Comment vivre au mieux ces années si complexes? J’ai dévoré en quelques jours cet essai lumineux, lu en anglais, dans sa version originale. Le livre est aussi disponible en français. Un super petit bouquin, un bijou. À lire absolument!
Lectures d’hiverQuel plaisir ce mois-ci de revoir mon ami Ian à Vancouver! Basé à Hambourg avec sa famille, Ian passera les deux prochains mois en Colombie-Britannique…Première longue randonnée en vélo, le dimanche 13 février
Caroline Dawson – Là où je me terre – (Montréal, 2020)
Un récit bouleversant qui connaît au Québec, depuis sa sortie, un succès retentissant et bien mérité. L’histoire vécue d’une petite fille (Caroline, l’auteur) arrachée à sept ans à son pays d’origine, le Chili, et contrainte de suivre en exil ses parents qui fuient la dictature de Pinochet.
La famille obtient au Canada le statut de réfugié et débarque à Montréal en plein hiver, en janvier 1987. Commence alors pour Caroline et les siens le long et douloureux apprentissage de « l’intégration ».
Apprendre au Québec une nouvelle langue. Apprivoiser à l’école, dans les classes d’accueil puis dans le programme régulier, de nouveaux codes. Se construire à Montréal une nouvelle façon d’être, de vivre. Le parcours est semé d’embûches, d’incertitudes.
La famille (3 enfants) déménage souvent. D’Ahuntsic à Hochelaga-Maisonneuve à Brossard, chaque nouveau quartier apporte son lot de surprises et de découvertes que Caroline partage avec force détails, dans une langue savoureuse, parfois crue, mêlée de joual.
Pendant que ses parents, Natalia et Alfredo (ex professeur d’anglais au Chili), font des ménages pour nourrir la famille, Caroline observe, s’applique et réussit peu à peu à trouver sa place dans une société québécoise qu’elle dissèque, de chapitre en chapitre, comme une anthropologue.
Grâce à son intelligence, au soutien de ses parents, à la lecture, Caroline réussit son pari: « devenir un super modèle d’intégration » au Québec. Elle étudie la sociologie et devient professeur au Cegep (l’équivalent du lycée). Une belle revanche et une récompense pour celle qui a tant vu souffrir ses parents.
Un récit remarquable. À mettre entre toutes les mains de ceux et celles qui arrivent, d’ailleurs, pleins d’espoir, au Québec et au Canada.
Un groupe de kayakeurs explore le littoral près du parc Vanier, à Vancouver, dimanche 13 février.Un peu plus tôt, le même jour, le long de la promenade (the seawall) du bord de mer…
Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs – (Paris, 2016)
Un livre de chevet pour les marcheurs. Une pépite. Après une lourde chute et quatre mois passés à l’hôpital, Sylvain Tesson nous offre le carnet de voyage d’une randonnée épique entre le Mercantour (extrême sud-est de la France) et le Cotentin (nord de la Normandie). Deux mois et demi de marche. Un périple effectué presqu’exclusivement sur « les chemins noirs », un réseau d’anciens sentiers et de chemins ruraux, désaffectés, mais toujours répertoriés sur les cartes IGN.
Objectif de l’écrivain voyageur: traverser le pays à pied (jusqu’à 40 kms par jour) en évitant les villes, les banlieues, les ronds-points, afin de retrouver et célébrer une ruralité française aujourd’hui oubliée.
Tesson part seul. Passe la plupart de ses nuits dehors, sous les arbres ou sous une tente. Quelques amis le rejoignent parfois et l’accompagnent, quelques jours, sur la route.
Cette longue randonnée, au coeur de la France « hyper rurale », est le fruit d’un serment conclu après sa chute. « Corseté dans monlit d’hôpital, écrit-il, je m’étais dit que j’avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso… Si je m’en sortais, il était temps que je traverse la France à pied… Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu’on lise les cartes… Une France ombreuse, protégée du vacarme, épargnée par « l’aménagement » du territoire… Je voulais m’en aller par les chemins cachés, campagnards, ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides »…
Pari tenu. Parti du Mercantour à la fin du mois d’août, Sylvain Tesson termine son périple dans le Cotentin, début novembre. Le livre est magistralement écrit. C’est l’oeuvre d’un virtuose. Et ce texte accroît encore mon envie de terminer cet été (si la situation sanitaire le permet) ma route sur le chemin de Compostelle.
À noter: Sylvain Tesson a aussi animé l’excellente série « Un été avec Rimbaud », série diffusée il y a deux ans, sur France Inter. Une quarantaine de courtes et précieuses capsules radio (3-4 minutes chacune) sur « l’homme aux semelles de vent ». Un régal pour l’oreille. À retrouver ici.
Repas éthiopien (lentilles, choux, épinards, purée de pois, boeuf) accompagné de injera. Restaurant Axum, East Hastings St, Vancouver. Photo: Ian.
Bonnes lectures et bonne fin d’hiver à tous!
SVP, n’hésitez pas à partager vous aussi vos coups de coeur!
Prenez soin de vous et de vos proches.
Le printemps, officiellement, sera avec nous dans 32 jours.
Brockton Point, Vancouver, le dimanche 20 février 2022Randonnée le long de la rivière Fraser avec mes amis Florence et Ian, dans le quartier Southlands, à Vancouver, le lundi 21 février. Nous nous connaissons depuis plus de trente ans.
Nous devions partir le 4 décembre, pour cinq semaines, passer les Fêtes en France. À Paris d’abord, puis en province, à Cahors, en Occitanie.
Notre premier voyage à l’étranger depuis deux ans. Une éternité.
Une amie de Toulouse devait nous rejoindre un moment à Cahors, ainsi que mon frère Alix, un peu plus tard, début janvier.
Malgré l’hiver, le froid, le temps gris de décembre et les nombreuses contraintes liées à la pandémie, nous avions hâte, dans un premier temps, de retrouver Paris et les quartiers de l’est de la ville que nous apprécions tant…
Sur les hauteurs de Belleville, à Paris, en juin 2016.
Belleville, Ménilmontant, le village Jourdain, Saint-Blaise, le quartier Gambetta-Pyrénées et celui du cimetière Père-Lachaise où nous devions nous installer pendant une semaine. Dans une petite rue calme.
Le temps de nous adapter au décalage horaire. Et de profiter au maximum de l’atmosphère, de l’énergie de cette ville où nous nous sentons d’habitude si bien!
La rue Saint-Blaise, située dans l’ancien « village de Charonne », dans le 20è arrondissement. Le quartier a été, jadis, l’un des hauts lieux de la Commune de Paris. À l’arrière-plan, l’église Saint-Germain de Charonne, dotée, à l’arrière, d’un petit cimetière. Ces quartiers, peu connus, offrent aux amoureux de Paris de splendides heures de promenades…
Nous avions en poche notre passe sanitaire, sésame obligatoire pour avoir accès en France aux restaurants, aux musées et aux trains, un service essentiel pour nous puisque nous devions quitter Paris, de la gare d’Austerlitz, le 11 décembre, pour Cahors, dans le département du Lot.
Les citoyens canadiens vaccinés peuvent aussi obtenir un certificat covid numérique valide dans les pays de l’union européenne (UE).
Nous avions cet été applaudi le gouvernement français qui avait mis en place un système ingénieux et pratique de conversion de preuve vaccinale afin de faciliter le séjour des touristes étrangers sur son territoire. Le dispositif permet aux citoyens résidant hors de l’union européenne d’obtenir un code QR – le passe sanitaire français – s’ils sont entièrement vaccinés.
En quelques clics, début octobre, nous avions fait parvenir aux autorités françaises trois documents – la page photo de notre passeport, une preuve officielle de vaccination et une copie de notre titre de transport. Et nous avions reçu, trois semaines plus tard environ, notre certificat covid numérique UE valable en France et dans tous les pays de l’union européenne. Quelle excellente initiative!
(SVP notez cependant que la démarche a depuis été modifiée. Voir infos supplémentaires ici).
Nous avions prévu d’être hyper prudents dans nos déplacements et dans nos contacts quotidiens, tant à Paris qu’à Cahors. Nous allions porter le masque, prendre nos précautions, respecter « les gestes barrières ». Nous serions des visiteurs, des citoyens modèles…
Le parc de Belleville, dans le 20è arrondissement, en juin 2015
Ce serait si agréable de se promener de nouveau à l’étranger!
La rue des Rondeaux longe, dans le 20è arrondissement, le cimetière du Père-Lachaise. Il règne dans cette rue, aux allures de campagne, en plein Paris, un calme absolu.
Même si Paris n’a pas très bonne presse ces jours-ci!
Depuis plusieurs années en effet, des milliers de Parisiens quittent, désertent la capitale. Des familles entières déménagent. Faute d’élèves, de nombreuses classes ferment et les écoles se vident peu à peu. Paris perd en moyenne, depuis 2012, environ 11 000 habitants par an. C’est beaucoup.
Bannière devant une école du 19è arrondissement, en juin 2015.
Avec la pandémie et le télétravail, l’exode s’est encore accéléré, comme le montre ce reportage (11 minutes) diffusé récemment à l’antenne de France 24.
Comment expliquer ces multiples départs? Il y a, selon les Parisiens, en premier lieu, le stress et le coût élevé de la vie dans la capitale. Le prix des logements, de l‘immobilier, ne cesse de grimper et il est de plus en plus difficile de se loger décemment, à un prix abordable, à Paris « intra-muros ».
(C’est un scénario qu’on retrouve, malheureusement, dans la plupart des autres grandes villes, en France et ailleurs, comme chez nous, à Vancouver et à Montréal notamment).
Les Parisiens dénoncent également les transports en commun – métro, RER – bondés. Les rues sales. Le bruit. Le manque de civisme. La circulation automobile, de plus en plus compliquée. Et, phénomène nouveau, dans les rues, semble-t-il, un sentiment d’insécurité, croissant.
Dans le 18è arrondissement de Paris, en juillet 2015
Ils sont donc des milliers chaque année à quitter la capitale. En quête d’une vie plus simple – ailleurs – dans une ville « plus humaine », de taille moyenne, disposant si possible d’espaces verts et des services essentiels…
Pour nous, visiteurs, en transit, de passage à Paris, le tableau serait bien différent!
Nous aurions, pour guider nos pas, l’histoire et l’architecture somptueuse de la ville!
À la table des restaurants ou au zinc des cafés, entre deux bouchées, nous savourerions, la langue, la gouaille parisienne!
Et nous marcherions dans les rues de Paris, le coeur léger, heureux, les oreilles aux aguets et les yeux ouverts, grands comme des soucoupes!
La Seine et la cathédrale Notre-Dame vues de la terrasse de l’Institut du monde arabe, dans le 5è arrondissement, en août 2015.
Nous serions ensuite partis, en train, pour Cahors, une petite ville qui m’avait immédiatement séduite, il y a deux ans, lors de ma randonnée sur le chemin de Compostelle.
Cahors est la commune principale du département du Lot, en Occitanie. La ville est magnifique!
Je voulais absolument partager cette belle découverte avec Diana.
Par une brèche dans les buissons qui longent le Lot, on aperçoit une partie de la vieille ville de Cahors, en mai 2019.
Nous avions loué à Cahors, au cœur de la vieille ville, un appartement, pour un mois.
Nous serions à cinq minutes de marche des berges du Lot. À cinq minutes du marché, qui se tient, le mercredi et le samedi matin, sur la place de la cathédrale Saint-Étienne.
Tout autour de la ville, de l’autre côté du Lot, de nombreux sentiers de randonnée nous attendaient!
Le GR65, par exemple, qui relie Le-Puy-en Velay, en Haute-Loire, à Saint-Jean-Pied-de Port, au pied des Pyrénées. Ou le GR 36 qui va vers Figeac. Ou le GR 46 qui grimpe jusqu’à Rocamadour…
Quelques-uns des nombreux sentiers de grande randonnée (GR) qui sillonnent les alentours de Cahors
Et puis… Patatras!
Quelques jours avant notre départ, un nouveau variant a fait son apparition.
Qui, il y a encore deux semaines, avait entendu parler d’Omicron?
Nous avons hésité.
Et puis, rapidement, il y a eu cet avis de l’O.M.S., déconseillant aux plus de 60 ans de voyager.
D’autres restrictions sont vite venues assombrir nos plans de voyage.
Un test de dépistage était requis avant l’arrivée en France. Un second test obligatoire avant notre départ vers le Canada. Et un troisième test une fois arrivé sur le sol canadien.
Notre voyage ressemblait de plus en plus à une course d’obstacles.
Nous avons donc décidé, comme beaucoup d’autres, d’être prudents. Et, avec beaucoup de regret, nous avons décalé notre séjour en France pour le printemps – en espérant que la situation sanitaire sera, à ce moment-là, revenue à la normale.
Mais rien n’est moins sûr! Nous devrons peut-être, ce printemps ou cet été, prendre notre mal en patience. Et attendre, encore un peu, avant de pouvoir gambader et voyager de nouveau à l’étranger!
D’ici là, malgré tout, essayons de rester « Zen » et, comme le dit le philosophe, « cultivons notre jardin ».
Prenez bien soin de vous et de vos proches!
Joyeuses Fêtes à tous!
Notes de lecture sur Haïti:
Emmélie Prophète, Le bout du monde est une fenêtre
Éditions Mémoire d’encrier, 2015
Un roman magnifique, écrit dans une langue admirable. Samuel, jeune orphelin démuni, quitte son village au bord de la mer pour rejoindre la capitale, Port-au-Prince, où personne ne l’attend. Il a huit ans. De fil en aiguille, grâce à sa débrouillardise et au soutien de quelques adultes aussi indigents que lui, Samuel entre à l’école puis décroche un poste de mécanicien dans un garage situé dans un quartier cossu de la capitale. En face du garage, dans une maison bourgeoise qui tombe en ruines, vit Rose, une jeune femme mulâtre et désoeuvrée. Elle s’ennuie. Prisonnière de son rang, de son milieu social, Rose observe fiévreusement Samuel derrière le mince rideau de sa chambre. Les deux personnages, que tout oppose, entament par le regard un dialogue muet. La relation a-t-elle une chance d’aboutir?
Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past
Beacon Press books, Boston, 1995
Au coeur de cet essai magistral, des questions fondamentales qui divisent les historiens depuis deux siècles. Comment expliquer que l’interprétation de l’incroyable épopée que constitue la révolution haïtienne (1791-1804) ait été pendant si longtemps détournée, déformée et cadenassée par une majorité d’historiens? Et comment expliquer que quelques années à peine après les nobles idéaux (« liberté« , « égalité« ) de la révolution américaine (1776) puis de la révolution française (1789), la révolte des esclaves menée à Saint-Domingue par Toussaint L’Ouverture, à partir de 1791, ait été si durement réprimée? La déclaration d’indépendance d’Haïti, en 1804, se heurtera au même déni. Michel-Rolph Trouillot partage ses arguments avec verve et talent et nous offre ses pistes de réflexion. Un grand, un immense livre. Qui vient d’être réédité.
Chantal Kénol, Si je contais ma ville
Éditions Atelier Jeudi Soir, Port-au-Prince, 2020
Un poignant et merveilleux recueil de nouvelles qui plonge le lecteur au milieu des quartiers populaires de Port-au-Prince. Chacune des douze nouvelles est un tableau, saisissant, de ce pays « où on grandit vite ». Vaincre la misère, l’injustice, la faim, le chômage, la corruption, survivre à tout prix dans une capitale surpeuplée, chauffée à blanc et pleine de rumeurs – telles sont les préoccupations principales des personnages croisés dans ce volume étonnant et fort bien écrit. « Dans mon pays, je suis une privilégiée« , écrit Chantal Kénol dans son avant-propos. « Mon seul recours, en tant qu’écrivain, est que mon écriture rejoigne l’autre en ce lieu seul qui nous rassemble: notre commune humanité. » Une très belle réussite.
Camille Kuyu, Les Haïtiens au Congo
Éditions L’Harmattan (2006)
L’histoire captivante et trop peu connue d’une génération de professionnels haïtiens venus offrir son expertise au Congo (ex belge) après l’indépendance du pays en juin 1960. Médecins, agronomes, enseignants, ces « assistants techniques » haïtiens débarquent au Congo avec leurs familles avec une triple motivation. Fuir la dictature de François Duvalier en Haïti. Participer au Congo à « une grandeœuvre » dans le pays des ancêtres, « l’Alma Mater ». Et assurer à leurs familles une solide sécurité financière. Les témoignages des anciens coopérants haïtiens recueillis dans le livre sont passionnants. Seul regret, ces témoignages évoquent pour la plupart une période qui débute en 1967 – deux après l’accession de Mobutu au pouvoir. Il aurait été utile d’entendre la voix et les réflexions des « pionniers », les experts haïtiens arrivés au Congo entre 1960 et 1965, juste après l’indépendance. Notre père était l’un de ces « pionniers » recruté par l’OMS en février 1961 et affecté au Congo comme chirurgien, à l’hôpital de Bukavu, dans la province du Kivu. Pour notre famille, cela a été une aventure et une expérience inoubliables. SVP voir Retour au lacKivu.
Quel bonheur cet été de revoir Montréal et retrouver la famille… après deux ans d’absence!
Réunion familiale, le jeudi 22 juillet. Notre frère aîné est en déplacement, à l’étranger.
Diana, à la table d’un café, dans le quartier Côte-des-Neiges, le samedi 24 juillet…
… après une randonnée de cinq heures en vélo dans les rues de Montréal, plus tôt ce jour-là, de la rue Rachel, au parc Maisonneuve puis retour via Rosemont et la piste cyclable de la rue Saint-Zotique Est…
L’appartement que nous louons d’habitude près du parc Kent, dans le quartier Côte-des-Neiges, n’étant pas disponible, nous logeons cette fois-ci un peu plus à l’est, dans le même arrondissement, dans le secteur de l’université de Montréal, à deux pas de l’avenue Willowdale.
L’avenue Willowdale, située derrière notre appartement…
… est à cinq minutes de marche d’Outremont
Dès le lendemain de notre arrivée, nous avons acheté deux vélos et, comme prévu, nous parcourons tous les matins la ville avec deux objectifs: aller à la rencontre des Montréalais et côtoyer, autant que possible, les membres de la communauté haïtienne, encore surpris et déconcertés par les récents événements survenus au pays.
Premier constat: après 16 mois de pandémie, Montréal, timidement, respire de nouveau, Montréal sourit! La ville reprend des couleurs et se remet, peu à peu…
Sur la rue Bernard (Outremont), transformée en partie, cet été, en rue piétonne, le samedi 24 juillet
L’avenue du Mont-Royal, piétonnisée elle aussi cet été entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Fullum, le samedi 31 juillet. À l’horizon, le mât du Stade olympique, construit pour les JO de 1976
Montréalaise d’origine haïtienne rencontrée, rue Jarry, le mercredi 28 juillet
Au fil de nos randonnées, voici donc quelques-uns des visages croisés, fin juillet, début août, lors de notre séjour à Montréal.
Steve gère avec sa soeur, depuis 1985, le restaurant et casse-croûte de cuisine créole, « Steve & Anna« , une véritable institution, rue Bélanger Est, à Montréal…
Poulet grillé accompagné de riz, de bananes mûres (plantain) et de « pikliz » (un condiment épicé haïtien) dégusté lors de notre passage au restaurant, le vendredi 23 juillet
En planifiant ce voyage, à l’exception du trajet de/vers l’aéroport, nous avions fait le pari de nous déplacer uniquement en vélo pendant notre séjour. Pari tenu!
Montréal, l’été, est une ville fantastique de vélo. La municipalité compte plus de 300 kms de pistes et voies cyclables. C’est le paradis. Pendant deux semaines, nous n’avons jamais utilisé de voiture ni même pris les transports en commun. Nous étions en selle, en moyenne, trois à quatre heures par jour. Parfois plus.
Ce mode de transport nous a permis de faire, chaque jour, de multiples rencontres, comme celle-ci, dans le quartier Rosemont, où nous nous sommes arrêtés, un après-midi, afin de régler un bris mécanique…
Grâce à Mundo, ci-dessus, originaire du Mexique et propriétaire du magasin « Vélo Intemporel« , rue Beaubien Est, notre petit pépin a été réparé en un clin d’oeil. Excellent service. Merci, Mundo!
Devant un café dans le quartier du Mile-End, le jeudi 22 juillet
Quelle surprise de découvrir un matin, dans le nord-est de la ville, à proximité du quartier Saint-Michel, un parc immense que nous ne connaissions pas, le parc Frédéric-Back…
Diana en grande conversation, en cantonais et en français, avec un promeneur dans le parc Frédéric-Back, le vendredi 30 juillet
Le parc, inauguré en 1995, est (avec le parc Maisonneuve), l’un des grands espaces verts de l’est de Montréal. Aménagé sur le terrain d’une ancienne carrière et d’un site d’enfouissement, le parc se transforme progressivement…
Une fois les travaux d’aménagement terminés, la superficie du parc Frédéric-Back sera presque voisine de celle du Mont-Royal. Une belle découverte! Le parc est, malheureusement, encore trop peu connu des Montréalais.
La Maison d’Haïti, située près du parc Frédéric-Back, dans le quartier Saint-Michel. La Maison, fondée en 1972, a pour missions l’accueil, l’éducation, l’intégration et l’amélioration des conditions de vie des personnes d’origines haïtienne, afro-descendantes et immigrante. Infos supplémentaires au: https://www.mhaiti.org/web
Lors de nos randonnées quotidiennes, fréquentes haltes, dans les quartiers de la ville, afin de déguster différentes cuisines et plats du monde entier. Ci-dessous, avenue Van Horne, une escale dans le sud de l’Inde, le lundi 26 juillet…
Poulet assaisonné au curry servi au restaurant Thanjai. Le restaurant est l’une des cantines de la communauté indienne de Montréal originaire du Kerala et du Tamil Nadu, deux états du sud de l’Inde
La rue Saint-Viateur, à l’est de l’avenue du Parc
À l’autre bout de la ville, le samedi 31 juillet, autre chaleureuse conversation, alors que je suis en route vers le canal Lachine.
En descendant la rue Saint-Pierre, dans l’arrondissement de Lachine, je suis intrigué par l’atmosphère toute conviviale d’une petite entreprise qui a pignon sur rue dans ce quartier, très modeste. Je m’arrête, m’approche d’un étal où sont disposés fruits et légumes. Et j’entame avec Carlo, 27 ans, une longue discussion.
Carlo devant le marché Saint-Pierre, l’un des nouveaux « petits marchés » récemment ouverts à Lachine
Carlo gère le petit marché le samedi avec un ami…
Le quartier Saint-Pierre de Lachine, m’explique Carlo, est un « désert alimentaire ». Il n’y a aucun supermarché dans le secteur. Très peu d’épiceries. L’accès aux produits frais, fruits, légumes, est très limité. Et les résidents du quartier, ayant en général peu de ressources, sans véhicules, ont beaucoup de difficulté à se nourrir correctement, de façon saine.
D’où ce projet, conçu avec l’arrondissement de Lachine, de monter, rue Saint-Pierre, ce « petit marché » qui permet aux riverains de se procurer, près de chez eux, des aliments de bonne qualité, produits dans la région, à un prix abordable.
Bravo, Carlo! Et bonne chance à cette belle entreprise d’équité et de partage.
Quelques-uns des produits offerts au marché Saint-Pierre de Lachine, le samedi 31 juillet
Une quarantaine de minutes plus tard, j’ai rejoint Montréal, en vélo, par la longue piste cyclable du canal Lachine. La journée est magnifique!
Les tours du centre-ville de Montréal se dressent à l’horizon, à l’est du canal Lachine, le samedi 31 juillet
Piétons et cyclistes font en général plutôt bon ménage à Montréal y compris le long du canal Lachine, ci-dessus. Le canal est un lieu historique, une des portes d’entrée d’un réseau de canaux qui reliait autrefois l’Atlantique à Montréal et au coeur du continent.
Le presbytère, situé rue Beaubien Est, dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie, témoigne de l’importante présence de la communauté catholique vietnamienne à Montréal
Il faut déjà quitter Montréal!
Notre séjour a été, comme d’habitude, bien trop court!
Rendez-vous est déjà pris pour le printemps prochain afin d’assister au mariage d’une de mes nièces.
Le menu, préparé par Diana…
… pour un grand repas de famille organisé chez mon frère, le lundi 2 août…
D’autres aventures et voies cyclables nous attendent l’an prochain – notamment le long parcours, via l’Estacade du pont Champlain, qui mène à l’Île-des-Soeurs, l’Île Notre-Dame, le parc Jean-Drapeau et les berges du fleuve Saint-Laurent.
D’ici là, début novembre, les Montréalais iront aux urnes, élire leur maire. Tous nos voeux de succès à la mairesse sortante, Valérie Plante, pour sa réélection.
Bonne fin d’été à tous!
Valérie Plante a été élue, en 2017, mairesse de la Ville de Montréal
La ville de Vancouver, située sur les rives du détroit de Georgie, détroit qu’on appelle, de plus en plus souvent, « The Salish Sea », en hommage aux peuples indigènes qui ont, les premiers, habité la région.Voiliers et bateaux de plaisance ancrés à « False Creek », le bras de mer qui pénètre au coeur de Vancouver, la ville principale de la Colombie-Britannique.À l’ouest de « False Creek », le pont Burrard et le détroit de Georgie. Au-delà, l’océan Pacifique
Comment expliquer mon histoire d’amour avec Vancouver?
Une histoire qui dure depuis bientôt quarante ans…
Après une randonnée en vélo, déjeuner à la plage Jericho en compagnie d’une amie. Vancouver, septembre 2020Pique-nique avec nos amis Stephen et Annie dans l’un de nos parcs préférés de l’est de la ville, Burrard View Park. Août 2020.
La ville a bien changé depuis mon arrivée, en août 1982.
Joueurs de « lawn bowling » à Vancouver
Vancouver était à ce moment-là une petite ville tranquille, anglo-saxonne, assoupie, au bord de l’océan, dans un bel écrin de verdure. Tout était fermé le dimanche.
On jouait au cricket, le weekend, au parc Stanley. Ou, tout de blanc vêtu, au boulingrin (« lawn bowling ») au parc Reine-Elizabeth.
Elizabeth II en juillet 1982
Le visage de la reine trônait un peu partout, dans les écoles, les édifices publics. En plus du parc, un grand théâtre, au centre-ville, et une école, près de l’université, portaient aussi son nom…
Vancouver revendiquait encore fièrement, à cette époque, son attachement à la Couronne et ses liens avec le Vieux Continent.
Entre le début de son règne, en 1952, et l’été 1982, la reine ou un membre de la famille royale avaient officiellement visité Vancouver ou la Colombie-Britannique … neuf fois.
Une dixième visite royale (pour inaugurer le stade B.C. Place et lancer Expo 86) eut lieu en mars 1983.
Cependant, derrière cet aspect un peu guindé, Vancouver avait aussi un autre visage. Beaucoup plus séduisant. Et l’ambiance sur la côte ouest était bien différente de celle que j’avais laissée à Montréal…
On pouvait ici, en janvier, sortir en short et sandales. Jouer au tennis à l’extérieur. Faire du vélo ou de la voile. Pique-niquer sur la plage.
Autre pique-nique, sur la plage Spanish Banks…… en décembre 2020. Température? 7 ou 8 degrés
Dès la mi-février, le printemps pointait le bout du nez, les jonquilles, les tulipes faisaient leur apparition…
Les promeneurs, en tee-shirts, envahissaient les parcs.
Quel contraste avec Montréal!
Quel bonheur, et quel sentiment de liberté surtout! J’avais 25 ans!
Diana cheminant le long de « Siwash Rock Trail », l’un des nombreux sentiers qui sillonnent le parc Stanley.Les différents quartiers de Vancouver. Chacun a son ambiance, ses parcs, son histoire. La ligne verte au milieu marque la « frontière » qui, historiquement, sépare les quartiers plus aisés de la ville, à l’ouest, des quartiers plus modestes, à l’est. J’habite, depuis plus de 25 ans, à Mount Pleasant.Notre domicile dans le quartier Mount Pleasant, au début du printemps, en mars 2020.
Vancouver avait encore, au début des années 80, une réputation de ville frondeuse, contestataire, anticonformiste. Vertus essentielles pour le jeune homme rebelle que j’étais alors – j’étudiais à l’université McGill, puis à UBC, l’histoire tumultueuse du mouvement Dada.
Dans les années 60 et 70, des milliers de jeunes américains, farouchement opposés à la guerre au Vietnam, fuient les États-Unis et trouvent refuge en Colombie-Britannique.
Plusieurs s’installent à Vancouver ou dans les Îles du détroit de Georgie: Salt Spring, Pender, Galiano ou Gabriola. Certains fondent des communes, plus à l’est, dans la région des Kootenays. Partout, ces jeunes idéalistes créent des ponts, des alliances dans la province autour de concepts dont on parlait encore très peu à l’époque: la fin des essais nucléaires dans le monde, la protection de l’environnement et de la biodiversité.
De fil en aiguille, rencontre après rencontre, les idées fusent. Les forces, les énergies de ces activistes convergent et, peu à peu, une vision commune prend forme.
Au cours d’ultimes réunions tenues dans divers quartiers de la ville (Kitsilano, Shaughnessy), un plan d’action émerge. Et, en 1971, naît à Vancouver un tout nouveau mouvement: Greenpeace.
La premiers adhérents de Greenpeace, photographiés ici à Vancouver en 1971. (Source: R.K – Greenpeace)
Le 15 septembre 1971, un groupe de militants embarque, depuis Vancouver, à bord d’un vieux chalutier, le « Phyllis Cormack », rebaptisé Greenpeace.
Le bateau se dirige vers l’Alaska afin d’empêcher les essais nucléaires américains sur le site d’Amchitka. Malgré quelques revers, contre vents et marées, et contre toute attente, la mission réussit. La voix du mouvement, et celle de Vancouver, se font aussitôt entendre dans le monde entier!
L’année suivante, en 1972, les États-Unis annoncent la fin de leurs essais nucléaires atmosphériques. C’est un véritable coup de tonnerre. Greenpeace poursuit dans la foulée son combat contre les essais nucléaires de la France cette fois, en Polynésie française. Le mouvement entre dans l’histoire.
Greenpeace a aujourd’hui son siège à Amsterdam
C’est aussi à Vancouver qu’ont lieu, au milieu des années 80, d’immenses manifestations et marches pour la paix. Les cortèges mobilisent la ville entière. Les rues, les ponts sont noirs de monde.
Événements auxquels, à peine arrivé, je participe, fasciné, avec des amis.
Plus de 100 000 personnes défilent pour la paix, en mars 1986, sur le pont Burrard. Photo: City of Vancouver Archives.
Marchant au milieu de la foule, je suis complètement transporté, galvanisé. Inspiré aussi par la ferveur, les arguments des participants. Conquis par la formidable énergie de la ville. Je n’avais jamais rien connu de pareil.
Comment aurais-je pu quitter Vancouver?
À l’ouest du pont Burrard, sur la droite, la plage Sunset Beach et le quartier du West End. Sur la gauche, une partie du parc Vanier…… qu’on aperçoit mieux ici, dans le quartier KitsilanoAu parc Vanier, avec ma soeur, en visite à Vancouver, en juin 2012
Je ne devais au départ que passer trois ou quatre ans sur la côte ouest, le temps de terminer mes études. Je devais ensuite sagement reprendre le chemin vers Montréal et y rejoindre ma famille…
Mais… tout était si nouveau pour moi ici! La culture. Le climat. Le site exceptionnel dans lequel était située la ville!…
Un tronçon de la promenade du bord de mer – « The Seawall », ici en mars 2020…… qui serpente entre l’océan et le parc Stanley. Je parcours régulièrement en vélo ce chemin magnifique. (La photo a été prise, en juillet 2020, de mon vélo, du pont Lions Gate).
Vancouver me réservait aussi bien d’autres surprises…
Prince Edward St & 47th Avenue, dans le quartier Sunset, en avril 2020
À l’exception de deux ou trois commerces francophones, établis, dans les années 80, autour de la 16è Avenue et de la paroisse Saint-Sacrement, pratiquement personne, dans les rues, dans les magasins, ne parlait ici le français!
Quatre langues affichées sur un panneau de stationnement, sur la rue Fraser, à Vancouver…
On parlait plutôt, en plus de l’anglais, le cantonais, le mandarin, le penjabi ou le tagalog.
La ville avait un grand quartier chinois, le deuxième en importance en Amérique du Nord, un quartier italien (Commercial Drive), un quartier grec (Broadway), un ancien quartier japonais (les rues Powell & Alexander).
Il y avait même, à l’angle de la rue Main et de la 49è Avenue, un quartier indien regroupant des commerçants venus de la région du Punjab… mais le français, langue officielle du pays, était, à Vancouver, dans l’espace public, quasiment inexistant.
Avec le recul, c’est ce besoin je crois, ce besoin fort, urgent, de pratiquer et partager ici ma langue maternelle, qui m’a poussé, quelques mois après mon arrivée, à poser ma candidature à un poste … à la Société Radio-Canada.
J’avais lu dans les colonnes du Soleil de Colombie (l’unique journal francophone de la province) que la SRC était à la recherche d’un journaliste pour une des émissions diffusées à la radio l’après-midi.
Grâce à une série de chroniques et d’articles écrits, un an plus tôt, dans une revue de Montréal (Virus Montréal), grâce aussi aux critiques de théâtre et aux éditoriaux rédigés pour le journal étudiant de l’université McGill (The McGill Daily), j’ai été embauché.
Cela a été le début d’une expérience et d’une aventure inoubliables!
Au micro de CBUF-FM (97.7 FM) dans le studio 4 de Radio-Canada à Vancouver, au 700 rue Hamilton, saison 1991-1992.
J’ai eu pendant plusieurs années l’immense privilège de travailler, à temps partiel d’abord, l’été, puis à temps plein, pendant deux ans, comme recherchiste, puis comme journaliste et animateur à CBUF-FM, la radio française de Radio-Canada en Colombie-Britannique.
Pour de nombreux francophones de la province, pour ceux notamment résidant dans des régions ou des villes éloignées (Dawson Creek, Terrace, Kitimat, Port-Alberni…) la radio de Radio-Canada était, à ce moment-là, bien avant l’arrivée de l’internet, un service essentiel – le seul lien quotidien souvent, en français, avec le monde extérieur.
Animateur à l’émission « Horizons » diffusée du lundi au vendredi, de 15h30 à 17h30, sur les ondes du réseau régional de Radio-Canada en Colombie-Britannique. Saison 1991-1992.
Nous recevions tous les jours en studio ou à l’extérieur des invités provenant des quatre coins de la province.
Je me rappelle d’une entrevue réalisée à Whistler avec Nancy Greene, la championne olympique de ski alpin (Grenoble,1968). D’une autre encore avec Kim Campbell qui était à ce moment-là ministre de la justice dans le gouvernement Mulroney – avant de devenir, à son tour, première ministre du pays.
Toutes les deux avaient de profondes racines en Colombie-Britannique et conversaient adéquatement en français.
D’autres invités venaient de beaucoup plus loin…
Avec l’écrivain Dany Laferrière aujourd’hui académicien et « immortel ». L’entrevue a été réalisée à CBUF-FM à Vancouver, au printemps 1992…… grâce au précieux concours de Marc Fournier, à l’époque libraire hors-pair, et présent sur les deux photos. Merci, Marc!En compagnie d’une partie de l’équipe de CBUF-FM, lors d’une émission réalisée à l’extérieur du studio pendant la saison 1991-1992.
Après toutes ces années, malgré l’appui du gouvernement fédéral, malgré l’immense popularité des programmes d’immersion française dans les écoles de la province, malgré quelques timides avancées dans le domaine de la santé et de la justice, il faut bien constater que l’usage du français en Colombie-Britannique reste, aujourd’hui, malheureusement, très restreint. Et sa visibilité à Vancouver, limitée.
C’est dommage!
Soupe accompagnée de raviolis aux crevettes. East Georgia St, dans le quartier chinois de Vancouver.
Avant d’évoquer un peu plus loin, brièvement, quelques autres zones d’ombre, j’aimerais m’arrêter ici sur trois événements qui ont profondément marqué, façonné l’histoire récente de la ville.
La plage Kitsilano, à la fin août 2020. À l’arrière-plan, le quartier du West End.
Événements qui ont largement contribué à placer Vancouver, depuis plusieurs années maintenant, dans le peloton de tête des villes où il fait, globalement, « lemieux vivre »…
Le dimanche, entre mai et octobre, a lieu dans notre quartier un marché fermier qui réunit la communauté et de petits producteurs indépendants de la région. Comme le montre la photo, l’harmonie entre les différentes cultures est l’un des grands atouts de Vancouver. Dans une ville où la plupart des habitants viennent « d’ailleurs », la diversité est ici très respectée. Cela n’a pas toujours été le cas.Danse et parade lors de la Nouvelle Année chinoise à Vancouver, rue Keefer.
#1
Le premier de ces événements a eu lieu dans le quartier chinois, Chinatown.
L’une des nombreuses boutiques de Chinatown à Vancouver, ici sur la rue Main, en janvier 2021. Le quartier est l’un des plus anciens de la ville et accueille, depuis le milieu du 19è siècle, les travailleurs venus, de la Chine, chercher en Colombie-Britannique un emploi stable et une vie meilleure…Certains en arrivant vont chercher fortune à l’intérieur de la province, comme lors de la ruée vers l’or (1858). D’autres participent, entre 1881 et 1885, à la construction du chemin de fer transcanadien. La plupart s’installent à Vancouver et affrontent, quotidiennement, une discrimination intense. Les Canadiens d’origine chinoise n’obtiendront le droit de vote qu’en 1947.La famille Chan devant leur maison, située au 658 Keefer St, près de Chinatown.
Au milieu des années 60, un groupe de résidents, menés par Walter et Mary Lee Chan (ainsi que par le futur maire, Mike Harcourt), s’oppose à un immense projet de développement du quartier Chinatown, situé au coeur de la ville.
Des dizaines de logements, plusieurs immeubles résidentiels et commerciaux doivent être démolis afin de permettre la construction d’une autoroute vers le centre-ville.
Le projet, affirment les activistes, va complètement défigurer le quartier, effacer l’histoire de la communauté et gommer la trace des premiers résidents chinois implantés dans cette partie de la ville.
Le mouvement prend vite de l’ampleur. Des pétitions circulent dans la ville, et au-delà. Des centaines de signatures sont recueillies.
Boucher, Keefer St.
Apothicaire, Gore St, Chinatown
Après une série de manifestations, la mairie finit par jeter l’éponge et le projet d’autoroute est temporairement puis définitivement abandonné.
Cette victoire aura un impact déterminant sur la planification et sur le développement de la ville.
En plein boom économique (les années 60), à une époque où la voiture est reine et impose partout ailleurs sa présence, Vancouver se démarque et devient, à ce moment-là, l’une des seules grandes villes d’Amérique du Nord à se développer sans aucune autoroute, intra-muros.
C’est encore le cas aujourd’hui. Aucune voie rapide (comme le boulevard Décarie ou l’autouroute Ville-Marie à Montréal par exemple) ne défigure, scinde ou divise la ville.
Vancouver reste une agglomération, une mosaïque de quartiers. Et la majorité de ses résidents (près de 53%, en 2019) se déplace quotidiennement à pied, en vélo ou utilise les transports en commun.
La Ville veut accroître à 65% ce type de déplacement d’ici 20 ans.
The Central Valley Greenway, près de Commercial DriveChaque printemps, au mois d’avril, un événement, « Bike the Blossoms », rassemble des centaines de cyclistes, de tout âge…… invités à parcourir et admirer, dans les rues de l’est de la ville, les cerisiers en fleurs. Ci-dessus, East 10th Avenue & Glen, dans le quartier Mount Pleasant, en avril 2019.Un peu plus haut, sur East 11th Ave & Windsor, en avril 2020… Avril et septembre sont sans doute deux des plus beaux mois de l’année à Vancouver… Où d’autre au Canada peut-on marcher, le printemps, sur des trottoirs jonchés de pétales de cerisiers?…Angle Fleming St & East 18th Avenue, Cedar Cottage
#2
Un deuxième événement vient, en 1986, bouleverser et métamorphoser Vancouver – Expo 86.
Le transport est le thème de l’Exposition internationale tenue à Vancouver en 1986.
Le monde entier est convié à cette Exposition internationale qui coïncide avec le centenaire de la ville. Et Vancouver accueille, entre le 2 mai et le 13 octobre, plus de 22 millions de visiteurs. C’est un immense succès. Les touristes se pressent, se bousculent dans le parc de l’Exposition, situé sur les rives de False Creek.
L’Exposition est aussi un énorme exercice de marketing, conçu par le gouvernement pour attirer à Vancouver investisseurs et spéculateurs à la recherche de nouveaux marchés.
Presque du jour au lendemain, après Expo 86, la ville se transforme, se métamorphose. Le prix de l’immobilier grimpe, flambe – attisé par l’exode de milliers de familles qui anticipent la rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1997, et fuient le territoire.
En quelques années, une multitude de nouveaux résidents, venus de Hong Kong, mais aussi des Philippines, de l’Inde, de la Chine, de la Russie, de la Corée, s’installent à Vancouver et dans sa banlieue.
Le visage de la ville change.
De nouveaux quartiers naissent, surgissent de la terre – parmi eux, Coal Harbour, False Creek North. L’architecture et l’atmosphère de ces nouveaux districts tranchent singulièrement avec l’histoire et les traditions de la ville.
Le quartier Coal Harbour construit, à proximité du parc Stanley, peu après l’Exposition internationale, Expo 86. Dans ces grandes tours de verre, de nombreux appartements demeurent vides, inoccupés une longue partie de l’année…
Vancouver devient peu à peu, après Expo 86, près du centre-ville et le long de la rive nord de False Creek, une nouvelle cité, baptisée en 2000, par l’écrivain Douglas Coupland, « The City of Glass ». Une ville de verre.
La densité y est intense. Les services et commerces de proximité se multiplient. Les résidents qui affluent dans ces nouveaux quartiers vivent à quelques minutes du bord de mer. Ils ont aussi accès à des parcs, à des centres communautaires, à des écoles, au transport en commun, s’ils le désirent. Plusieurs d’entre eux rejoignent leurs bureaux à la marche ou en vélo.
« Que demander de plus? », entend-on dans ces quartiers.
La population au centre-ville explose… et, progressivement, un nouveau concept d’urbanisme émerge, « Vancouverism ».
Les tours de False Creek North, à proximité du quartier Yaletown.
Ce concept, limité aux quartiers proches du centre-ville, est loin de faire l’unanimité. Le coût, et l’espace restreint de ces logements, préoccupent.
De premières frictions apparaissent dans la communauté.
Certains groupes sont pointés du doigt.
Les services de la mairie, jugés trop complaisants, ou l’appétit féroce des promoteurs immobiliers, sont aussi mis en cause.
Les résidents des quartiers plus anciens s’inquiètent… et craignent de voir arriver, près de chez eux, l’un de ces nouveaux chantiers…
Yale St, dans le quartier Hastings-Sunrise. À l’horizon, à l’ouest, le port de Vancouver et les tours du centre-ville…East 11th Avenue à Mount Pleasant, près de la rue FraserVernon Drive, dans le quartier Strathcona, situé entre Chinatown et Commercial Drive
On comprend l’émoi de certains résidents.
Une grande partie du patrimoine immobilier de Vancouver a été construite à la fin du 19è et au début du 20è siècle. Entre 1895 et le début de la première guerre, en 1914, la population de la ville quadruple et atteint 100 000 habitants.
De très nombreuses maisons bâties à cette époque ont été, depuis, patiemment réhabilitées, restaurées, rénovées, mises en valeur par des générations de Vancouverois…
Demeures à l’angle de Lakewood Dr & William St dans le quartier Grandview-Woodland. Février 2021.Prince Albert St & East 13th Avenue, dans le quartier Mount Pleasant. Février 2021.
… qui voient plutôt d’un mauvais oeil un autre type de construction apparaître et s’imposer dans certains quartiers de la ville…
Au pied des résidences qui se dressent au-dessus de False Creek, une flotte de petits bateaux transporte les passagers d’une rive à l’autre. Sur la droite, le complexe Science World et le dôme du cinéma Omnimax.
#3
Logo des JO d’hiver tenus à Vancouver du 12 au 28 février 2010
La métamorphose de Vancouver s’accélère lorsque la ville accueille, avec Whistler, en février 2010, les 21è Jeux olympiques d’hiver.
Pour la première fois dans l’histoire olympique, les Jeux d’hiver sont organisés à proximité du bord de mer et rassemblent, « entre ciel et mer« , plus de 2500 athlètes, venus de 82 pays.
Sur le plan sportif, l’événement est un succès considérable. Le Canada rafle 14 médailles d’or et se hisse au sommet du tableau des médailles. Une première. La ville, et le pays, exultent. (Le Canada n’avait remporté aucune médaille d’or aux Jeux d’été de Montréal en 1976, ni aux Jeux d’hiver de Calgary en 1988).
D’un côté plus personnel, quelques jours avant l’ouverture des Jeux, j’ai l’immense privilège de rencontrer et d’accueillir à Vancouver, au nom de la communauté haïtienne, réunie à Yaletown ce jour-là, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada et représentante de la reine au pays. Son Excellence est d’origine haïtienne.
Lors d’une réception tenue le 10 février 2010 à Vancouver House, j’ai l’honneur de prononcer devant les dignitaires et le maire de la Ville, Gregor Robertson, quelques mots de bienvenue adressés à Michaëlle Jean, venue à Vancouver ouvrir officiellement les Jeux olympiques d’hiver – Photos: Sgt Serge Gouin, Rideau Hall, OSGGL’invitation était venue de la Mairie de Vancouver où travaillait un amiMoment extrêmement émouvant… même si (voir plus bas) j’ai hésité avant d’accepter l’invitation.
Sur le plan social, le bilan des Jeux est beaucoup plus mitigé.
Avant la cérémonie d’ouverture, des dizaines de sans-abris sont temporairement déplacés, mis hors de vue. Éloignés manu militari du regard des milliers de touristes et d’athlètes qui résident dans la ville.
Malgré les succès sportifs, les Jeux divisent. Une partie de la communauté est meurtrie. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent et interrogent les autorités. Comment peut-on justifier les coûts exorbitants des Jeux? Qui profite et bénéficie réellement d’un tel événement?
Les questions, officiellement, restent sans réponse.
Et nous en sommes, grosso modo, toujours là aujourd’hui.
Coureurs sur le bord de mer, dans le West End, en mars 2020
Malgré quelques mesures prises par le nouveau gouvernement provincial (NDP, centre-gauche) afin de freiner la spéculation immobilière et faciliter l’accès au logement, le prix des propriétés continue de grimper – et la candidature de Vancouver, aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, est de nouveau, officiellement, évoquée…
La question sera débattue, à l’hôtel de ville, ce printemps. Le maire et six des dix conseillers municipaux ont déjà indiqué leur appui conditionnel au projet.
Près de la plage Kitsilano, été 2020
Alors que la mutation de Vancouver continue, certains artistes, comme Michael Kluckner, peintre et historien, rappellent dans leurs ouvrages, leurs aquarelles, l’histoire d’une ville qui, au fil des ans, s’efface et disparaît, sous nos yeux…
« Vancouver Remembered » (2011) de Michael Kluckner. Voir aussi, du même auteur, « Vanishing Vancouver » (1990)
Un autre artiste, Fred Herzog, est l’un des photographes qui a le mieux documenté le Vancouver « d’avant » – la ville dans les années 50 et 60. Ses photos rivalisent souvent avec les documents d’archives.
Lorsqu’on regarde deux de ses clichés les plus célèbres…
… lorsqu’on voit, enfin, ci-dessus et ci-dessous, ce qu’est devenue Vancouver aujourd’hui…
False Creek, en août 2020. La photo a été prise (au 6è étage) de l’immeuble où travaille mon dentiste, sur la rue Broadway & Oak.
… on se demande quel visage aura la ville demain…
Vancouver, vue de Spanish Banks
Quelques derniers mots…
Third Beach, Vancouver, juillet 2020
Il n’y a pas eu ici, depuis un an, depuis le début de la pandémie, l’exode qu’ont connu beaucoup d’autres grandes villes – délaissées, désertées par leurs résidents, partis « se mettre au vert » à la campagne…
Très peu de gens ont, volontairement, quitté la ville. Pourquoi le feraient-ils?
La forêt, l’océan, les montagnes, la nature est ici toute proche.
De plus, la grande région de Vancouver a été jusqu’à présent relativement épargnée par les ravages causés par le virus. En partie, grâce à la communauté asiatique qui a, très tôt, dès décembre 2019, sonné l’alarme et donné l’exemple avec le port du masque.
Qu’ils en soient remerciés!
Keefer St, Chinatown
Paradoxalement, Chinatown a été ici l’un des quartiers les plus durement touchés depuis un an.
Par la pandémie et par la migration de la communauté chinoise vers la banlieue, migration qui s’est accélérée récemment.
Les commerces ferment les uns après les autres et les rues de Chinatown se vident peu à peu…
East Pender St, Chinatown, Vancouver, janvier 2021.
Il est grand temps de conclure…
Spanish Banks, août 2020
L’esprit rebelle et dissident de Greenpeace (1971), évoqué plus haut, a aujourd’hui largement disparu à Vancouver. (Comme l’esprit de Mai 68 a déserté les rues de Paris).
Avec le temps, la ville a changé, s’est « durcie », s’est embourgeoisée. Les inégalités ici aussi se creusent. Comme dans d’autres métropoles, la gentrification de quartiers autrefois populaires s’intensifie.
Malgré tout, comme ces hydravions qui s’élancent, plusieurs fois par jour, au-dessus de l’océan, dans le ciel de Vancouver…
Destinations: Victoria, Nanaimo, Comox, Tofino ou Seattle…
… et reviennent ensuite, se poser, dans la ville, au pied des montagnes….
Retour à la maison…
Après toutes ces années, ces voyages, ces rencontres…
Mon histoire d’amour avec Vancouver se poursuit.
Je reste profondément attaché à cette ville.
Et je remercie tous les jours la bonne étoile qui m’a conduit jusqu’ici.
Un roman magnifique, sur l’exil, le racisme, la condition des femmes, le rôle de l’art. Le récit se déroule au Cap, en Afrique du Sud. L’héroïne du roman, Rosélie, guadeloupéenne (comme Maryse Condé) trimballe son mal de vivre entre ses tableaux inachevés et le souvenir des différents hommes qui ont, un temps, traversé sa vie – de Pointe-à-Pitre à Paris, du Tchad au Cap enfin où elle est installée avec son mari, Stephen, professeur à l’université. Regard cinglant sur la société du Cap et sur la vie, compartimentée, parfois violente, en Afrique du Sud. Maryse Condé a remporté en 2018 le Prix Nobel alternatif de littérature, décerné par la Nouvelle académie à Stockholm. Une grande dame.
Irène Frain, Le Nabab
Un chef-d’oeuvre. En particulier pour ceux qui aiment l’histoire et la culture de l’Inde. Le roman (826 pages) est inspiré de la vie rocambolesque de René Madec, un jeune matelot breton qui embarque, en 1754, sur un navire de la Compagnie des Indes à destination de Pondichéry. La ville est à ce moment-là un des joyaux de l’Inde française. Au milieu des intrigues et des combats qui opposent, en Inde, Français et Anglais, le matelot devient un soldat farouche, respecté. Il prend la tête d’une petite armée, remporte avec ses hommes d’importantes victoires, et fréquente les rajahs. En quelques années, Madec devient l’un des nababs les plus puissants du pays. Entre Calcutta, Delhi et Bénarès (Varanasi), le roman nous plonge dans les mystères de l’Inde. Ses bazars, l’odeur des épices, le jeu des harems. Le roman est aussi l’histoire de la folle passion amoureuse qui unit Madec et une jeune princesse guerrière du Rajasthan, Sarasvati. Véritable conte des mille et une nuits, merveilleusement écrit. On attend le film.
Michèle Rechtman Smolkin, C’est encore loin, le bonheur?
Je suis tombé sur ce récit par hasard, il y a quelques semaines, et j’ai été vite conquis. Sa lecture a été l’un des déclics qui m’a poussé à écrire, à mon tour, sur Vancouver. Le roman résume l’histoire émouvante, attachante d’une enfant qui, à 5 ans, entre le Maroc et la France, vit un traumatisme profond, la mort de sa mère. Les adultes lui cachent la vérité. C’est « l’année du grand malheur ». Entre Zagora, Casablanca et Paris, le lecteur suit les péripéties de son parcours d’adolescente puis de jeune femme, ballottée, tiraillée entre plusieurs cultures. La narratrice s’installe, plus tard, adulte, apaisée semble-t-il, à Vancouver, « cette ville qui porte en elle, dans la forêt de ses toursmiroitantes, l’avant-goût du monde de demain ». Une belle découverte.
Barack Obama, A Promised Land
Il nous manque terriblement depuis 4 ans et j’ai littéralement dévoré cet ouvrage dès sa sortie, en décembre. 700 pages de réflexions, de portraits, d’anecdotes, émaillent le premier tome de ces mémoires – et le parcours exceptionnel de cet homme métis, introverti, ambitieux qui, enfant et adolescent, vit entre Hawaï, l’Indonésie et le souvenir amer de son père kenyan, absent. Un destin hors du commun. Même si souvent, entre les lignes, Obama se donne le beau rôle. De très belles pages sur la vie quotidienne à la Maison Blanche. Le dernier chapitre (7) qui révèle le contexte et le déroulement du raid, au Pakistan, menant à la capture (et à la mort) de Osama Bin Laden est tout simplement haletant.
À l’entrée d’un restaurant, calle General Torres, dans la vieille ville de Cuenca, le jeudi 23 janvier
Soulignées en rouge, le long de la Cordillère des Andes, les cinq étapes de mon voyage en Équateur
Il n’a fallu que quelques heures pour que je me sente presque chez moi en Équateur…
Le paisible village de Vilcabamba, niché dans les Andes, près de la frontière péruvienne, à 250 kms environ au sud de Cuenca, dans la province de Loja, le lundi 27 janvier.
Est-ce à cause de l’altitude? Du climat, que j’aime tant dans les Andes?
Est-ce le billet vert américain, familier, qui tient lieu ici de devise? Est-ce la présence réconfortante des peuples autochtones croisés sur la route?
Jour de marché à Riobamba, le samedi 1er février…
… et ci-dessus, sur la Plaza de Ponchos, dans la petite ville d’Otavalo, le 12 février. Le standard de vie chez les autochtones autour d’Otavalo est beaucoup plus élevé que dans le reste du pays. La différence est due notamment à la production et au commerce florissant du textile dans la région.
Ou encore est-ce la nourriture, simple, savoureuse, composée souvent de produits frais, locaux?
Plat végétarien, calle Esmeraldas, Centro Historico, Quito
Tout cela a joué, sans doute.
Mais le facteur le plus important, c’est qu’ici aussi, comme en Colombie, malgré la barrière de la langue parfois, chacun de mes pas dans le pays a été guidé par la gentillesse, la bienveillance et le sourire des Équatoriens….
Au marché d’Otavalo, le samedi 8 février
J’ai donc commencé mon voyage comme prévu, le mardi 21 janvier, à Cuenca, la troisième ville du pays, après Quito et Guayaquil…
Calle Esteves Toral, dans la vieille ville de Cuenca, le lendemain de mon arrivée. Coup de foudre, ce premier matin, en découvrant le centre historique. Les escaliers ci-dessus mènent vers la petite place Del Vado puis, plus bas, vers la rivière Tomebamba, l’un des quatre cours d’eau qui baignent Cuenca.
Comme Carthagène, Cuenca était à l’origine un village amérindien, conquis par les Incas au 15è siècle et pris de force ensuite par les conquistadors espagnols en 1557.
Cuenca devient pendant la période coloniale un centre administratif important et la ville se développe au 18è siècle grâce, notamment, au commerce du textile.
Après plusieurs années de lutte contre les Espagnols, Cuenca gagne son indépendance en 1820 et rejoint dix ans plus tard, en 1830, avec Quito et Guayaquil, la toute nouvelle république de l’Équateur.
Les tours de la « nouvelle » cathédrale (construite à partir de 1885) surplombent la Plaza de San Francisco
Figures emblématiques de l’histoire et de la société de Cuenca, « les Cholas », élégamment vêtues, sont les descendantes du métissage entre les peuples autochtones et les conquistadors espagnols…
« Les Cholas » arpentent sans relâche les rues de la ville, ou…
… plus âgées, elle se reposent, le matin, dans un parc…
Le quartier historique de Cuenca, classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’Unesco, a été, comme celui de Carthagène, magnifiquement restauré et préservé.
Calle Bolivar
Immeuble résidentiel accroché aux flancs de la rivière Tomebamba
La plupart des somptueux édifices qui bordent les rues de la ville ont été construits au 17è et 18è siècles. Plusieurs immeubles ont été inspirés par l’architecture française
En face du parc Calderon, à deux pas de la cathédrale
Mais, contrairement à Carthagène, les rues de la vieille ville, ici, bourdonnent d’activité…
Calle Mariscal Sucre
Calle Vega Munoz, près du quartier San Blas
Calle Mariscal Sucre, dimanche matin, 26 janvier…
… une chaude et mélodieuse voix de crooner accompagne les badauds en promenade ce matin-là…
Marchés, restaurants, magasins et boutiques semblent avoir été conçus ici pour toutes les bourses, même les plus modestes…
Elena vend de l’excellent fromage de vache au marché 10 de Agosto…
Boutique, calle Juan Jaramillo, Cuenca
Au même marché 10 de Agosto. Environ 12 000 expatriés, en majorité Américains, se sont installés dans la région de Cuenca. Ils ont leur propre journal, le Gringo Post. Les relations entre les deux communautés sont bonnes, m’a-t-on dit plusieurs fois. Ci-dessus, du porc grillé, une des spécialités de Cuenca.
Sous les arcades des immeubles, dans les parcs, dans les marchés ou à l’ombre des petites places, étudiants, personnes âgées, autochtones, commerçants, membres des classes moyennes et aisées de la ville se côtoient, à Cuenca, sans heurts, et partagent paisiblement l’espace public.
Un bel exemple d’inclusion! Dont devraient s’inspirer à mon avis bon nombre de grandes villes européennes et nord-américaines…
Près du marché aux fleurs, à Cuenca
Malgré la circulation automobile, souvent intense, j’ai adoré découvrir et vivre dans le centre historique de Cuenca qui est une vraie merveille! Un trésor.
Il fait bon se promener ici, en particulier tôt le matin…
Calle Gran Colombia, tôt, le dimanche matin, 26 janvier. On aperçoit au loin les tours de l’église Santo-Domingo. Ci-dessous, la même rue, un peu plus tard dans la matinée.
Un chauffeur de taxi qui me ramenait à l’hôtel un après-midi me résumait ainsi sa ville:
« Je suis né à Cuenca, et j’ai visité la plupart des villes du pays. Cuenca est unique. Es muy tranquilo. Il n’y a pas de graves problèmes sociaux ici, pas de violence comme à Guayaquil ou à Quito. Les gens se parlent, s’écoutent. Je ne partirai jamais d’ici, et je mourrai dans cette ville. »
Les villages de San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo, soulignés en rouge, sont situés à environ 30-35 kms à l’est de Cuenca
Avant de quitter Cuenca, j’ai voulu explorer quelques-uns des villages situés en périphérie de la ville. Et je suis donc parti, accompagné d’un guide, en voiture, le vendredi 24 janvier, en direction de 3 villages voisins: San Bartolomé, Chordeleg et Gualaceo…
San Bartolomé, vendredi matin, le 24 janvier. Le village compte environ 1200 âmes. La terre est fertile dans cette région. On retrouve dans les marchés des prunes, des poires, des avocats gros comme le poing, et une multitude de fleurs, des roses notamment, destinées à l’exportation. Un bouquet de 50 roses coûte ici entre $5 et $6.
Le village de San Bartolomé est connu en Équateur pour la fabrication de guitares… Les meilleurs musiciens du pays viennent ici commander et acheter leurs instruments, de grande qualité, souvent faits sur mesure…
Comme son père avant lui, José, 70 ans, poursuit dans un atelier près de son domicile, à San Bartolomé, la tradition familiale de confection de guitares…
… il travaille en compagnie d’un de ses fils…
Nous avons ensuite continué notre route, direction nord, vers Chordeleg…
Le village de Chordeleg est célèbre au pays pour ses nombreux artisans, ateliers et boutiques de joaillerie. Les grossistes viennent s’approvisionner ici en bijoux, confectionnés exclusivement en argent
Le travail minutieux de joaillier à Chordeleg
Conversation entre amis, à la sortie de Chordeleg, le vendredi 24 janvier
… puis vers Gualaceo, un bourg important, doté d’un grand marché…
Le marché de Gualaceo
Déjeuner à l’hosteria Arhana, à Gualaceo, avant de rentrer à Cuenca…
La pluie tombe abondamment en cette saison dans les Andes, en général en fin d’après-midi… et la région de Cuenca a eu pendant mon séjour son lot d’inondations… Rien de bien grave, heureusement… Les infrastructures routières sont excellentes en Équateur…
Direction plein sud, le dimanche 26 janvier, vers Vilcabamba, via Loja… Une navette très pratique effectue le trajet depuis Cuenca…
… en quatre heures environ. 250 kms séparent les deux villes…
Vilcabamba
Le village de Vilcabamba, blotti à 1700 mètres d’altitude dans l’écrin verdoyant des Andes. La ville tire son nom de la langue quechua. « Vilca », signifiant sacré et « bamba », déformation de pampa = vallée…
L’église et, ci-dessous, la place principale de Vilcabamba. Le temps a malheureusement souvent été couvert pendant mon séjour là-bas…
Vilcabamba
Au début des années 1970, un article publié dans un magazine américain révélait au monde entier un phénomène étrange, inexpliqué, relié à un petit village du sud de l‘Équateur.
Les statistiques indiquaient en effet qu’un nombre important et inhabituel de centenaires vivait dans la commune de Vilcabamba, une bourgade située à l’extrême sud du pays, près de la frontière péruvienne.
Plusieurs habitants affirmaient avoir 110 voire 120 ans, et les spécialistes s’interrogeaient sur les causes de cette longévité exceptionnelle.
Était-ce dû au climat doux et tempéré de la vallée? À la consommation de l’eau, provenant de sources riches en magnésium? Au café, produit en altitude dans la région sans aucun pesticide? À une substance, fumée par les anciens, combinant les effets de la cocaïne et de la marijuana?
Les spéculations allaient bon train.
Il n’en fallait pas plus pour attirer à Vilcabamba hippies, aventuriers et touristes (américains surtout) en quête, dans la vallée, d’une jeunesse éternelle….
Avec le temps cependant, de nouvelles études ont été menées. Les statistiques se sont révélées trompeuses, tronquées. On ne vivait pas plus longtemps à Vilcabamba qu’ailleurs.
J’ai eu beau chercher, écarquiller les yeux, patienter à la terrasse des cafés, je n’ai croisé pendant mon séjour aucun centenaire dans le village. Pas un seul.
Les riverains, interrogés, se sont montrés plutôt évasifs. Et j’ai vite eu l’impression que cette étrange légende autour de Vilcabamba n’était en fait qu’une fable, une fiction, peut-être arrangée par les autorités pour attirer ici, au milieu de nulle part, des touristes… un peu naïfs… comme moi.
Bonne leçon.
Mais j’ai quand même ramené dans mes bagages du café de Vilcabamba…
Au cas où…
Paolina, rencontrée tôt le matin sur une route déserte au-dessus de Vilcabamba. Sans hésiter, elle me propose de continuer le chemin avec elle. Je suis assez surpris. Dans combien de pays une femme, seule sur un chemin de campagne, va-t-elle inviter un homme, inconnu, à l’accompagner sur la route? « Bienvenido a Ecuador! »
Autre surprise lors d’une longue randonnée à l’extérieur du village. Au détour d’un chemin, en pleine campagne, j’aperçois un homme, âgé, qui semble veiller, tapi dans un champ de maïs.
Il tient une arme à la main et me dévisage longuement. Il semble très étonné, intrigué par ma présence. J’engage prudemment la conversation…
Antonio, 70 ans environ, au milieu de son champ de maïs, dans un faubourg de Vilcabamba
Antonio, c’est son nom, m’explique qu’il passe plusieurs heures par jour à surveiller son champ de maïs pour contrer les voleurs qui, apparemment, viennent lui dérober ses récoltes…
C’est à mon tour d’être surpris. Il n’y a pas un seul épi de maïs en vue dans le champ. C’est la saison des pluies, et le temps de la récolte est bien loin… Je me demande si Antonio a toute sa tête… Poliment, je prends congé, et poursuis rapidement mon chemin…
Au-revoir, Antonio… et au-revoir Vilcabamba!…
Le cadre est splendide… mais pas un chat – ni un centenaire – dans les rues de Vilcabamba… Quelle étrange étape!… On a l’impression ici, à quelques heures de voiture de la frontière péruvienne, d’être au bout du monde…
Bref retour, en navette, à Cuenca, le jeudi 30 janvier, et départ, le vendredi 31 janvier, direction nord, pour Riobamba.
Riobamba est située au sud-est du volcan Chimborazo…
J’ai préféré cette fois-ci prendre le transport en commun
Six heures de route quand même entre Cuenca et Riobamba
Riobamba
J’avais planifié mon itinéraire afin d’arriver à Riobamba la veille du grand marché du samedi…
Cela a été une bonne décision!
Calle José de Orozco, à Riobamba, le samedi 1er février
J’ai eu ce matin-là, en me promenant dans Riobamba, un peu la même impression qu’il y a 4 ou 5 ans, en découvrant le grand marché du centre-ville de Rangoun, en Birmanie…
Riobamba, le samedi 1er février
Ici aussi, pratiquement chacune des rues du centre historique de la ville se transforme, le samedi, en marché… Des familles entières s’installent sur les trottoirs…
Il y a bien peu de choses à vendre… Quelques légumes, des tomates, des carottes, des oignons, de l’ail, du citron, parfois du poulet ou du poisson…
Les carrefours sont tous plus animés les uns que les autres…
Mais quelle pauvreté, hélas! Quels bénéfices génèrent donc ces petits commerces?
Le marché San Alfonso, à Riobamba
La cantine du marché San Alfonso, calle 5 de Junio, est particulièrement animée à l’heure du déjeuner…
On parle beaucoup plus le quechua ici que l’espagnol…
Un plat coûte au marché moins d’un dollar…
À l’extérieur, les clients affluent…
Marché San Alfonso
… se bousculent parfois…
San Alfonso
… et reviennent, inlassablement, se restaurer…
Marché San Alfonso à Riobamba
Quelle expérience!
Mais je suis perplexe devant les maigres revenus perçus par les marchands…
Si l’on soustrait le coût du transport, avec combien de sous repartent-ils dans leurs villages? Cela suffit-il à nourrir, à vêtir leurs familles?
Après deux jours passés à Riobamba, je reprends la route, le dimanche 2 février, pour la capitale…
Deux heures de trajet à peine, en bus, entre Riobamba et Quito…
Quito
Les escaliers descendent vers calle Garcia Moreno et le centre historique de Quito. On aperçoit, à l’horizon, les tours de la basilique de la ville.
J’ai a-d-o-r-é Quito!
J’y ai passé quatre jours, basé dans la vieille ville, et j’aurais facilement pu prolonger mon séjour.
Je me suis installé à Quito calle Paredes (ci-dessus) dans le centre historique. Sur la colline, qu’on surnomme « El Panecillo » (le petit pain), trône une statue de la Vierge, un des symboles de la ville. De 45 minutes à une heure de marche pour arriver au sommet, par les escaliers de la photo précédente. Rien de mieux pour bien commencer une journée à Quito…
Calle Garcia Moreno, Quito
On m’avait mille fois mis en garde avant mon arrivée: « Fais attention, Quito estune ville dangereuse », « Reste vigilant, dans les transports en commun surtout, à l’arrivée ou au départ de Quito », « Sois prudent dans les taxis… »
L’omniprésence des policiers dans les rues y est sans doute pour quelque chose, mais rien de fâcheux ne m’est arrivé. Au contraire. Partout où je suis allé, pendant la journée, dans la vieille ville, j’ai pu circuler paisiblement et j’ai été accueilli avec politesse et gentillesse.
Calle Esmeraldas, à Quito, le jeudi 6 février
En fait, je me suis rarement senti aussi bien dans une grande ville qu’à Quito!
C’est peut-être à cause de l’altitude (2850 mètres) ou du vent qui balaye la ville. Du grand ciel bleu pendant mon séjour. Peut-être est-ce la grande diversité de la population croisée dans les rues? Tout cela me convenait parfaitement à Quito.
C’est peut-être aussi parce que je n’ai pratiquement pas mis les pieds en dehors du centre historique – qui est immense, et où il y a tant à voir et à faire…
Le centre historique de Quito, vu du haut du « Panecillo »
Certains visiteurs – peut-être à cause du confort des hôtels ou de la cuisine « internationale » des restaurants – préfèrent loger dans la « nouvelle ville », située au nord de Quito… À chacun ses choix, ses goûts…
De mon côté, j’ai préféré habiter le centre historique… Les gratte-ciels, les centres commerciaux ou les bars pour gringos éméchés, dans le quartier de la Mariscal, dans la nouvelle ville, très peu pour moi…
Plaza Grande, le cœur du quartier historique de Quito, où se retrouvent, matin et soir, visiteurs et résidents. Plaza Grande est aussi un lieu de pouvoir. C’est ici, dans el Palacio de Gobierno, qu’habite et travaille le président du pays. Chaque lundi a lieu…
… à 11 heures précises, la très officielle relève de la garde…
… en présence du président de la République ou de son représentant…
… des centaines de curieux (y compris de nombreux écoliers) viennent assister à la cérémonie…
… et témoignent ainsi leur attachement aux traditions de la république…
J’ai eu la chance, quelques jours plus tard, de visiter, en petit groupe, le palais présidentiel…
Quelle surprise, à la fin de la visite, lorsque le photographe officiel du président s’est approché… et nous a offert, individuellement, de prendre une photo, en guise de souvenir…
Devant les marches qui mènent au second étage du palais et de la résidence présidentielle, à Quito, le jeudi 6 février
Je me souviendrai longtemps de ce geste et de ce moment absolument inattendu.
Petit déjeuner à Quito, oeufs accompagnés de majado verde (purée de bananes plantain) et de boeuf.
Mais ma plus belle journée à Quito a sans aucun doute été celle où j’ai sauté un matin dans un taxi en direction du « Teleferico de Quito »…
Les cabines du téléférique de Quito…
… emmènent visiteurs et curieux, à flanc de montagne, en 18 minutes exactement, sous un ciel bleu éclatant ce jour-là…
… haut, très haut au-dessus de Quito… à une altitude… de 4100 mètres!
Au sommet, sur une esplanade qu’on appelle « Cruz Loma », une vue imprenable sur la ville et les volcans avoisinants…
On aperçoit au loin, et ci-dessous, le volcan Cotapaxi qui culmine à 5897 mètres au-dessus de Quito…
Le cône presque parfait du volcan Cotopaxi dont le nom signifie, en langue amérindienne « le cou de la lune »
De l’autre côté de ce panorama magnifique, un sentier balisé invite les randonneurs intrépides…
Le sentier est splendide…
… à poursuivre le chemin jusqu’à un autre sommet, le « Rucu Pichincha » qui culmine, lui, à 4680 mètres d’altitude…
Paysage de rêve, féérique… Une de mes plus belles journées de voyage…
Matinée absolument exceptionnelle au-dessus de Quito!
À l’extérieur du centre historique de Quito, à deux pas de la basilique, calle Haïti…
Dans une rue de Cotacachi, village situé au nord d’Otavalo, le lundi 10 février
Seule ombre au tableau dans les villes traversées en Équateur: le nombre important de réfugiés vénézuéliens, hommes, femmes, enfants qui essaient tant bien que mal de reconstruire leurs vies ici.
Les statistiques sont effarantes. Depuis quatre ans, plus de 3 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. C’est plus de 10% de la population. En Amérique du sud, les pays d’accueil les plus importants sont la Colombie et le Pérou. D’après Human Rights Watch, plus de 250 000 Vénézuéliens sont également arrivés en Équateur. L’intégration, on le devine, n’est pas facile. Infos supplémentairesici.
Par le plus grand des hasards, à Quito, j’en ai rencontré un… réfugié, vénézuélien, qui s’en tire, lui, plutôt bien
Manuel, à Quito, vendredi matin, 7 février
Manuel est informaticien. Il a quitté sa petite ville du Venezuela pour l’Équateur il y a deux ans. Parce qu’il parle assez bien l’anglais, il a vite trouvé du travail, à Quito, dans un restaurant, comme serveur. De fil en aiguille, il a ensuite été recruté par un hôtel du centre historique (celui où je suis descendu) pour y travailler, à la réception.
Manuel a des amis, des contacts à Ottawa, et il prépare en ce moment son dossier pour obtenir un travail, dans l’informatique, au Canada.
Bonne chance, Manuel!
Otavalo
Vue partielle d’Otavalo, l’après-midi de mon arrivée, le vendredi 7 février… et, ci-dessous…
… Plaza Bolivar, toujours à Otavalo, le dimanche 10 février
Après deux heures de route sans histoires depuis Quito, je suis arrivé le vendredi 7 février, en début d’après-midi, à Otavalo.
Tous les dimanches, un orchestre vient égayer avec de la salsa et des merengues les rues…
.. et les places plutôt tranquilles d’Otavalo… Sur la scène, les cuivres assurent une ambiance du tonnerre!…
Otavalo, qui compte environ 40 000 habitants, est connu en Équateur, et au-delà, pour son légendaire marché du samedi qui accueille, Plaza de Ponchos, colporteurs et marchands venus parfois de villages très lointains…
Plaza de Ponchos, à Otavalo, samedi matin, 8 février. 70% de la population dans la région d’Otavalo est indigène, le plus haut pourcentage au pays.
Josefina, marchande à Otavalo, affiche un grand sourire après m’avoir vendu deux chandails…
Il y a en fait, le samedi, deux marchés à Otavalo.. et je suis allé faire un tour au second, le marché aux bestiaux, qui se tient quelques kilomètres plus loin, à Quinchiqui…
Bœufs, vaches, cochons, volaille… les acheteurs ont le choix… les négociations commencent très tôt le samedi matin…
Il règne au marché aux bestiaux une ambiance bon enfant… On peut aussi s’approvisionner, un peu plus loin, en quincaillerie ou en poterie… Les femmes sont, ici aussi, élégamment vêtues…
Quinchiqui, le samedi 8 février
Le marchandage est partout de rigueur…
… avant de rentrer, en fin de journée, à Otavalo…
Otavalo, le samedi 8 février
J’ai effectué ici un très beau voyage, un des plus beaux depuis le Kerala! Et je ne suis resté que dans les Andes!
Mon seul regret, c’est de ne pas être allé dans « l’Oriente », la région de l’Amazone où vivent encore, à l’écart, des peuples peu connus. Ce sera peut-être pour une prochaine fois…
Quinchiqui, le samedi 8 février
C’est en voyageant dans un pays comme l’Équateur qu’on s’aperçoit à quel point la vie, souvent, dans les grandes métropoles en Europe ou en Amérique du Nord est devenue fade, formatée, prévisible.
Le climat y est sans doute pour beaucoup. Mais les gens semblent ici avoir gardé dans le cœur, dans les yeux, dans les gestes de la vie quotidienne, une douceur, une poésie, une fantaisie qui fait cruellement défaut chez nous. Qui a disparu en fait devant la peur de l’autre et les manchettes accablantes des journaux. C’est dommage.
Heureusement, le voyage, souvent, comme ici, permet de renouer avec cette insouciance, cette légèreté, cette innocence maintenant perdue chez nous.
Bonne fête de la Saint-Valentin à tous!
Je vous laisse avec une chanson qui résume assez bien mon état d’esprit après ces cinq semaines de découvertes… Vous pouvez l’écouter ici.
Déjeuner pantagruélique à Otavalo, une recette hollandaise-équatorienne. Saucisses enrobées de bacon accompagnées de légumes du pays: épinards, avocats, bananes plantain. Restaurante « Arbol de Montalvo » (Hôtel Dona Esther), calle Montalvo.
Encerclée en rouge, la région de la côte caraïbe colombienne que j’ai pu explorer, début janvier. La petite ville de montagne de Minca est située à environ 20 kms au sud de Santa Marta.
Cela a été une bonne idée de visiter la région de la côte caraïbe de la Colombie, même si je n’ai pas pu aller jusqu’à Riohacha comme je le souhaitais…
Deux visages de la côte caraïbe colombienne. Ci-dessus, laPlaza de la Trinidad, au cœur du quartier (barrio) Getsemani, dans la vieille ville de Carthagène. Ci-dessous, en randonnée le 15 janvier sur les hauteurs de Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta.
Il y a parfois, au début d’un voyage, des moments presque magiques. Des moments où dès l’arrivée dans une ville ou un pays que l’on visite pour la première fois, les plans, les programmes convergent, les projets se mettent en place et tout se déroule à merveille, un peu comme par enchantement.
C’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes premiers jours en Colombie… Et cette entrée toute en douceur dans le pays, je la dois en grande partie aux Colombiens eux-mêmes.
Accueillants, souriants, j’ai eu chaque jour pendant ces deux trop courtes semaines l’occasion d’observer sur la côte caraïbe la courtoise et la gentillesse de ce peuple chaleureux.
Petit-déjeuner servi dans le quartier Getsemani, le vendredi 10 janvier, le lendemain de mon arrivée à Carthagène…
Estaban, fanatique de musique afro-caribéenne, rencontré dans l’après-midi du samedi 11 janvier sur la plage de Playa Blanca
Ci-dessus, Playa Blanca, peu après l’arrivée en bateau vers 10h du matin… Playa Blanca est située à 45 minutes (en hors-bord ultra-rapide) de Carthagène… 34 degrés en ville ce samedi-là et, bien sûr, beaucoup de monde à la plage… mais l’eau est si bonne…
Les autorités colombiennes songent sérieusement à limiter, bientôt, le nombre de visiteurs à Playa Blanca… Excellente idée. Malgré l’affluence, quel bonheur de se baigner, à la mi-janvier, dans la mer des Caraïbes!
Filet de poisson accompagné de riz à la noix de coco, de bananes plantain frites (platacones) et d’une salade. Restaurant Mundo Nuevo, Minca
Ceci dit, malgré le soleil, la plage, la nourriture, excellente, tout n’est pas rose en Colombie, loin s’en faut… en particulier à Carthagène où j’ai débuté mon voyage…
Carthagène, qui accueille chaque année des millions de touristes… Touristes qui oublient trop souvent, malheureusement, que la plupart des somptueux édifices de la ville coloniale ont été construits grâce aux fortunes colossales amassées pendant plus de deux siècles sur le dos des peuples autochtones…
Plaza de San Pedro Claver, dans le barrio El Centro, dans la vieille ville de Carthagène. L’édifice à droite abrite le Musée d’art moderne…
L’esplanade de la Plaza Santa Teresa surplombe l’une des entrées du quartier fortifié El Centro de Carthagène
Carthagène des Indes comme on appelle officiellement la cité, a été fondée en 1533 sur les vestiges d’un village amérindien « abandonné ». La ville est vite devenue pendant l’époque coloniale un des principaux ports du royaume d’Espagne sur le continent américain.
Porte d’entrée vers la Cordillère des Andes, au sud, et proche du Mexique, au nord, c’est à Carthagène qu’étaient entreposés au 16è et 17è siècles les butins prodigieux – argent, or, émeraudes et autres pierres précieuses – soustraits de force aux peuples autochtones aztèques et incas.
Issus de pillages cruels et odieux, ces trésors, tâchés de sang, étaient acheminés à dos de mule ou par bateau à Carthagène et ensuite transportés sous escorte, à bord d’immenses vaisseaux, vers l’Espagne…
(Ces mêmes navires revenaient ensuite vers Carthagène avec, au fond de leurs cales, des esclaves. Des documents d’archives révèlent, qu’entre 1573 et 1640, 487 navires négriers ont débarqué dans le port de Carthagène près de 80 000 esclaves, hommes femmes et enfants capturés principalement en Guinée et en Angola.)
Galions espagnols du 17è siècle. Ces navires, en haute mer, entre Carthagène et l’Europe, regorgent de richesses et attirent toutes les convoitises…
Pirates, corsaires et flibustiers, à l’affût, attaquent régulièrement les convois…
Ces pillages perpétrés dans les Andes et au Mexique, ce génocide des populations indigènes constituerait aujourd’hui sans aucun doute « un crime contre l’humanité ».
Question naïve: pourquoi les Espagnols (ou les Français, les Anglais ou les Portugais, coupables eux aussi de crimes dans leurs ex-colonies) ne sont-ils pas poursuivis?
Anne Chemin publiait récemment dans « Le Monde » un excellent article sur la prescription. Article où l’on rappelle que si la France a voté, dès 1964, une loi déclarant imprescriptible « par nature » les crimes contre l’humanité, les institutions européennes, elles, restent très prudentes sur la question. C’est dommage.
Calle San Juan de Dios, barrio El Centro, à Carthagène
C’est donc avec un pincement au cœur que l’on visite les anciens quartiers coloniaux de Carthagène, quartiers merveilleusement restaurés, préservés, au nombre de quatre, et inscrits, depuis 1984, au patrimoine mondial de l’Unesco.
À l’intérieur des murailles qui ceinturent la cité, deux quartiers, chics et huppés: El Centro et San Diego
Élégante maison dans le barrio San Diego, à deux pas de l’Alliance Française de Carthagène
Barrio El Centro… Ces demeures, inabordables pour la très grande majorité des Colombiens, appartiennent aujourd’hui à une élite fortunée, souvent étrangère. Les appartements se vendent ou se louent ici à prix d’or, excluant automatiquement la plupart des Colombiens de leur propre ville… Ce triste phénomène se répète malheureusement un peu partout dans le monde…
Heureusement, les célèbres « Palenqueras » de Carthagène ajoutent un peu de couleur et de vie à ces deux quartiers qui ressemblent parfois à des musées…
Les « Palenqueras » revendiquent fièrement leur héritage africain. Elles sont originaires d’un petit village situé au sud-est de Carthagène, San Basilio de Palenque. Le village a été le premier a être gouverné par des esclaves ayant fui leur condition. Le royaume d’Espagne leur accorda par décret la liberté en 1691. Infos supplémentaires ici.
Les quartiers de Carthagène. Au nord de la ville, El Centro et San Diego. Au sud, Getsemani. Au centre, La Matuna
À l’extérieur des murailles, au sud de la ville, un troisième quartier, populaire, bohème et branché: Getsemani. C’est là où j’ai posé mes valises, dans l’une des rues les plus calmes du secteur, Calle de San Juan.
Calle de San Juan, barrio Getsemani, Carthagène
Les Colombiens peuvent encore se loger, vivre et travailler à Getsemani….
Mais pour combien de temps? Ici aussi, les choses changent très vite…
Dans le quartier Getsemani, à Carthagène
Getsemani s’embourgeoise… On construit un peu partout de nouveaux hôtels… Des restaurants « fusion« , des galeries d’art apparaissent dans des rues occupées autrefois par des familles modestes…
Galerie d’art, Calle de San Juan… Plusieurs tableaux de la galerie sont accrochés et exposés dans la rue, à même les murs…
Le seul quartier du centre-ville qui échappe pour l’instant à la spéculation est celui de « La Matuna », situé entre les murailles et Getsemani.
Là, dans les rues, les bureaux et les commerces, les Colombiens se retrouvent entre eux. À l’heure du déjeuner notamment afin de grignoter rapidement un morceau avant de reprendre leurs activités…
Les clients se pressent autour d’une cantine de fortune dressée dans le quartier de la Matuna
Vendeurs de billets de loterie, La Matuna
J’ai passé pas mal de temps à La Matuna à observer et à converser parfois avec les commerçants… L’un des restaurants du quartier est même devenu ma cantine à Carthagène…
Filet de poisson à la noix de coco accompagné de riz, de bananes plantain et d’une salade…
Restaurant Espiritu Santo, calle Porvenir, LaMatuna, à Carthagène. Une excellente adresse.
Aucune trace dans les rues de Carthagène des manifestations qui ont secoué la Colombie cet automne. Les rues sont calmes et partout sur la côte caraïbe je me suis senti parfaitement en sécurité…
Après cinq journées passées à Carthagène, départ le mardi 14 janvier pour Minca, dans les montagnes de la Sierra Nevada…
Le village de Minca souligné en vert, à mi-chemin entre Carthagène et Riohacha
Deux navettes rapides et pratiques (15-20 passagers) relient le centre-ville de Carthagène à Santa Marta. Compter environ 5h de trajet, avec un ou deux courts arrêts comme ici près de Barranquilla. Contacts: MarSol ou Berlinas. De Santa Marta, prendre un taxi (50 000 COP – $20 ou 13 euros) ou un collectivo au marché (8000 COP) pour rejoindre Minca en 40-45 minutes.
Un panneau à l’entrée du village atteste que Minca (population: 1000 habitants environ) s’est fièrement auto-proclamée « capitale écologique »…
Lever du jour à Minca ce samedi matin, 18 janvier.
La région autour de Minca est magnifique et est maintenant reconnue (comme Clayoquot Sound en Colombie-Britannique) comme une réserve de biosphère, officiellement protégée.
Un couple en route mercredi vers la cascade Marinka, située à 90 minutes de marche de Minca
La cascade Marinka…
Beaucoup de visiteurs viennent ici observer les oiseaux…
Et le village, niché à 700 mètres d’altitude, est le point de départ de randonnées fabuleuses, à pied ou en vélo.
En randonnée jeudi sur un sentier dans la Sierra Nevada, au-dessus de Minca. On aperçoit à l’horizon, sur la côte, Santa Marta et la mer des Caraïbes… Un autre monde.
Après deux heures de marche sur l’un des chemins qui conduit à la « Finca Victoria », une ferme spécialisée dans la production de café biologique, un groupe de cyclistes me rejoint. Ils vont eux aussi à la ferme participer à une dégustation de café. Dégustation suivie d’une visite de la fabrique fondée en 1892 par des Britanniques qui décidèrent de nommer l’entreprise « Victoria » en hommage à leur reine…
Explication détaillée de la récolte et de la production de café à la Finca Victoria. Excellente visite…
Le café est délicieux… mais je préfère, malgré tout, le café vietnamien ou haïtien, plus corsé..
Une petite rivière baigne aussi Minca…
Rio Minca
Rencontre entre baigneurs et cyclistes au bord de la rivière Minca ce samedi matin…
Je suis très heureux d’avoir fait halte ici, au début de ce voyage de cinq semaines. L’altitude et ce genre de climat me conviennent parfaitement.
Et, ce qui ne gâte rien, je suis confortablement installé dans un ancien couvent, restauré, l’hôtel Minca.
L’hôtel Minca jouit d’un cadre exceptionnel. Les montagnes au-dessus du village sont aujourd’hui peuplées d’environ 30 000 autochtones (les Arhuacos, les Kogis, les Wiwas, descendants des Tayronas ) qui protègent farouchement leur territoire, refusent toute assimilation et bloquent encore l’accès aux plus hauts sommets de la Sierra Nevada. Infos supplémentaires ici ou ici.
On retrouve dans la région des avocats tout simplement… énormes!
Menu affiché devant un café, à Santa Marta
Un cordonnier au travail, Carrera 3, à Santa Marta, le vendredi 17 janvier
Avant de repartir pour Carthagène je tenais à rendre hommage, à Santa Marta, à l’une des figures emblématiques du continent, Simon Bolivar, « El Libertador » (le Libérateur). Mort dans la ville, dans des circonstances mystérieuses, en 1830.
Un grand parc au bord de la mer lui est dédié.
Bolivar a courageusement participé, de près ou de loin, à l’indépendance de 6 pays d’Amérique latine: la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, le Panama, le Pérou et le Venezuela. Ses dépouilles ont été rapatriées au Venezuela où il est né.
Je n’ai donc malheureusement pas pu aller jusqu’à Ríohacha.
Pour rejoindre, de Minca, l’entrée de la péninsule Guajira où vit le peuple Wayúu, il faut compter au minimum 5 heures de trajet. Il m’aurait fallu trois jours au minimum (deux jours a-r pour le voyage et un jour sur place) pour y aller. Sans aucune garantie de contact à Riohacha avec les Wayúu.
J’ai donc renoncé, avec regret. J’aurais dû mieux planifier cette partie du voyage et mieux anticiper surtout les distances dans cette partie de la côte caraïbe.
Je me suis un peu rattrapé cependant en admirant vendredi, dans une boutique de Santa Marta, les très beaux sacs en laine confectionnés avec soin par les Wayúu…
Une autre fois, peut-être?
Sacs Wayuu
Ma deuxième semaine de voyage s’achève bientôt. Je reprends la route lundi matin pour Carthagène. Mardi, trois vols successifs (Carthagène-Bogota/Bogota-Quito/Quito-Cuenca) m’amèneront dans le sud de l’Équateur…
Lorsque j’ai commencé à la fin de l’été à planifier les grandes lignes de mon voyage en Colombie et en Équateur, les deux pays faisaient presque figure d’élèves modèles dans la région. Modèles de stabilité politique et sociale.
L’Équateur avait élu pacifiquement, en 2017, un nouveau président. Et la Colombie avait l’an dernier accueilli plus de six millions de touristes étrangers. Un record. Le pays, connu autrefois pour la violence et le trafic des stupéfiants, poursuivait sa remarquable transformation…
Comme d’autres pays en Amérique latine, la Colombie et l’Équateur ont connu, en 2019, un automne particulièrement agité.
Et puis, brusquement, en quelques semaines, tout a changé.
Début octobre, des émeutes ont éclaté en Équateur suite à la forte augmentation du prix de l’essence décrétée par le gouvernement. Des milliers de manifestants, en majorité autochtones, ont envahi les rues de Quito.
L’état d’urgence a été déclaré et un couvre-feu instauré dans la capitale. Le siège du gouvernement a été momentanément déplacé vers la seconde ville du pays, Guayaquil.
« Le jour du chômage arrive avec le couvre-feu » titre, début octobre, un quotidien de Quito sous la photo d’une manifestation monstre dans la capitale
Quelques semaines plus tard, en Colombie, de vastes cortèges populaires, composés d’organisations syndicales et autochtones, d’étudiants, d’écologistes, de féministes, déferlent dans les rues des principales villes du pays afin de dénoncer les violences policières, la corruption et la politique d’austérité du gouvernement.
Devant l’ampleur des manifestations, le président colombien, Iván Duque (droite), élu en 2018, annonce rapidement l’ouverture d’un grand « dialogue national », dialogue qui doit s’achever le 15 mars.
Heureusement, depuis, les choses se sont apaisées!
Le dollar américain est la monnaie officielle de l’Équateur depuis mars 2000
En Colombie, la devise est le peso colombien (COP ou $)
L’augmentation du prix de l’essence en Équateur a été annulée, et le calme semble être largement revenu dans les rues de Bogota, de Medellin et de Cali.
Ces événements n’ont cependant rien changé à mes plans de voyage. Au contraire.
Quoi de plus stimulant pour les neurones que visiter deux pays en pleine mutation? Je serai simplement sur mes gardes, et beaucoup plus prudent.
Je pars donc, début janvier, pour trente-cinq jours. Cinq semaines. Deux semaines en Colombie et trois semaines en Équateur. J’ai prévu sept étapes, cinq jours en moyenne par étape, selon l’itinéraire suivant:
Pour ce 1er voyage en Colombie, je visiterai uniquement la région de la côte caraïbe: Carthagène et ses environs puis le village de montagne de Minca, situé dans la Sierra Nevada, au sud de Riohacha. De Carthagène, je prendrai ensuite l’avion directement jusqu’à Cuenca, dans le sud de l’Équateur.
Cela fait si longtemps que je rêve de visiter le nord de la Colombie!
Depuis les folles soirées passées autrefois à rire et à danser au rythme de « la cumbia » colombienne!…
Soirées endiablées, arrosées, coquines où nous chantions à tue-tête et reprenions en chœur les refrains de Joe Arroyo et de son groupe « La Verdad »… Joe Arroyo!… Chanteur et compositeur hors-pair, né dans un quartier pauvre de Carthagène et mort prématurément à Barranquilla, à 55 ans. Une icône de la musique colombienne. Peut-être reconnaitrez-vous un extrait de sa musique ici.
Joe Arroyo (1955-2011). Une statue a été érigée en son honneur dans une rue de Carthagène
Hors la musique, bien d’autres objectifs m’amènent en Colombie, et deux semaines suffiront à peine!
Au programme?
Explorer, bien sûr, la ville coloniale de Carthagène, classée depuis 1984 au patrimoine mondial de l’Unesco. Pratiquer au maximum mon espagnol. Nager une, deux, trois fois si possible dans la mer des Caraïbes! Découvrir quelques-uns des sentiers de randonnée qui sillonnent « la Sierra Nevada » aux alentours du village de Minca, et goûter dans cette région au café produit dans les « fincas » (fermes).
Mais aussi, et surtout: essayer de m’approcher de la ville de Riohacha (voir la carte), porte d’entrée de la péninsule Guajira où vit un peuple mystérieux et peu connu, la tribu Wayúu.
Cette communauté indigène, qui vit de façon largement autonome de part et d’autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie, me fascine depuis des années! Le film « Les Oiseaux de Passage », sorti et vu l’an dernier au Festival International des Films de Vancouver, n’a fait que renforcer ma curiosité… Il faudra là-bas, encore plus qu’ailleurs, être prudent.
« Les Oiseaux de Passage/Pajaros de Verano » (2018) est un film magnifique, une co-production mexico-colombienne, qui lève le voile sur la culture et les traditions du peuple Wayuu.
En Équateur, j’aurai un peu plus de temps. Mon objectif là-bas est de me déplacer uniquement le long de la Cordillère des Andes, en allant du sud vers le nord. Et en restant le plus près possible de la culture et des communautés indigènes.
J’ai prévu cinq haltes. De la petite ville de Vilcabamba, située tout au sud du pays, près de la frontière péruvienne, jusqu’à Otavalo, village connu pour son grand marché du samedi et où vit, à deux heures de route environ au nord de Quito, une importante population autochtone.
Mes 5 haltes en Équateur le long de la Cordillère des Andes: Cuenca, Vilcabamba (située au sud de Loja, près de la frontière péruvienne), Riobamba, Quito et Otavalo. Toutes ces villes (sauf Vilcabamba à 1700 mètres) sont situées à 2000 mètres d’altitude ou plus.
(À Vilcabamba, j’essaierai de percer un mystère, celui du nombre de centenaires exceptionnellement élevé dans l’agglomération. Certains résidents vivent là-bas jusqu’à 110, voire 115 ans, et la région a été surnommée « la vallée de la longévité »… Avantage non négligeable en cette période de changement climatique où l’espérance de vie, dans certains endroits, tend maintenant à diminuer…)
Un classique absolu de « la cumbia » colombienne (Caïman Records) sorti en 1986. Extrait: ici.
J’ai bien hâte de reprendre la route!
Bonne année à tous!
Lectures de décembre
Un premier roman remarquable, sur le désir féminin, de l’écrivaine franco-marocaine, Leïla Slimani. Merveilleusement écrit. Publié en 2014.
Leïla Slimani a obtenu en 2016 le prix Goncourt pour son deuxième roman (que j’ai moins aimé) « Chanson douce ». Elle est aujourd’hui la représentante personnelle du président Emmanuel Macron pour la francophonie.