Un été au Québec

Comment partager le bonheur d’habiter, depuis bientôt deux mois, au Québec?

Le bonheur de parler et de vivre, ici, en français.

D’être près de la famille.

De vivre, à Montréal, à proximité de la communauté haïtienne.

Le bonheur aussi d’avoir découvert, grâce à Diana, pendant deux semaines, à la mi-août, une région sauvage, splendide et, selon moi, trop peu connue du Québec – le Saguenay-Lac-Saint-Jean!

Au bord de la rivière Saguenay, à sept kilomètres au nord de Jonquière, devant l’embarcadère pour le village Shipshaw, le mardi 13 août. La rivière Saguenay prend sa source dans le lac Saint-Jean et se jette, à Tadoussac, dans le fleuve Saint-Laurent.

Une autre magnifique journée dans le Saguenay, région où, pendant trois étés, Diana a étudié le français, autrefois…

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est situé à environ 5 heures de route au nord de Montréal. On peut rejoindre la région en train, comme nous l’avons fait, ou effectuer le trajet en voiture selon le tracé proposé ci-dessous.

C’est à partir de Jonquière que nous avons exploré en train, en vélo, en traversier, en bus et en voiture quelques uns des trésors du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l’ouest, nous sommes allés jusqu’au parc national de la Pointe-Taillon, et à l’est, jusqu’au village de Sainte-Rose-du-Nord, photographié ci-dessous.

Arrivée en traversier le jeudi 16 août au village de Sainte-Rose-du-Nord, situé sur la rive nord du fjord du Saguenay. La traversée, depuis la petite commune de La Baie, dure environ 90 minutes.

L’église et la rue principale de Sainte-Rose-du Nord. Le village, qu’on surnomme « la perle du fjord », compte environ 400 habitants. Parmi eux, de nombreux artisans.

À l’origine, les habitants du Saguenay sont les Montagnais (qu’on appelle aussi Innus) un peuple amérindien, présent dans la région depuis plus de 5000 ans.

Les Montagnais vivent principalement de chasse et de pêche, ils sont nomades. Selon les historiens, leur mode de vie, « en symbiose avec la nature, rend leurs traces très discrètes » le long d’un vaste territoire qui s’étend jusqu’à la côte nord du fleuve Saint-Laurent. (SVP voir la carte ci-dessous).

Montagnais au Lac-Saint-Jean, vers 1898. (Source: Musée McCord, Montréal). Malheureusement, la plupart des Montagnais (ils sont environ 27 000) qui vivent au Québec aujourd’hui sont confinés dans des réserves situées au nord de la province ou au Labrador. Ils y vivent dans des conditions souvent déplorables. Faute impardonnable du gouvernement fédéral.

Répartition géographique des peuples autochtones au Québec. Historiquement, les Montagnais sont présents du Saguenay à la côte nord du fleuve Saint-Laurent

Les premiers européens, Français et Anglais, arrivent dans le Saguenay au milieu du 17è siècle pour la traite et le commerce des fourrures. Ils explorent « une contrée pratiquement à l’état vierge », nous disent les documents de l’époque. Les missionnaires, Jésuites, suivent peu après.

La région se développe vraiment au 19è siècle avec l’arrivée, en 1838, d’un groupe de colons, venus de Charlevoix. Accompagnés de leurs familles, ils viennent exploiter la terre et le bois. De nombreuses scieries sont créées afin de produire la pâte à papier.

L’industrialisation s’accélère au début du 20è siècle. Les principaux cours d’eau du Saguenay sont domptés, harnachés et utilisés pour la production électrique. Entre 1920 et 1930, plusieurs alumineries voient le jour, la plus connue étant sans doute l’immense aluminerie de la compagnie Alcan, située près de Jonquière, à Arvida.  (Alcan a été rachetée en 2007 par Rio Tinto).

Pour mieux comprendre la région et son contexte, il faut aussi savoir que c’est au Saguenay qu’ont eu lieu, au début des années 40, les premières grandes luttes syndicales du Québec – et les premières victoires des travailleurs qu’on appelait alors les « Canadiens-français« .

Ouvrier dans une salle de cuve d’aluminium, à Arvida, en 1935. Source Rio Tinto Alcan (Saguenay).

En juillet 1941, environ 700 ouvriers de l’aluminerie Alcan, à Arvida, débrayent spontanément et occupent l’usine. Les jours suivants, l’arrêt de travail se propage dans les alumineries du Saguenay. Plus de 8500 travailleurs sont en grève, avec l’appui de la population, en grande majorité francophone.

Les ouvriers réclament de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire.

Assemblée des travailleurs lors de la grève chez Alcan en 1941. © Archives du syndicat CSN.

La direction des alumineries, anglophone, est médusée. Elle renâcle – puis riposte.

L’armée canadienne, équipée de mitrailleuses et de chars d’assaut, est dépêchée à Arvida. La tension monte. Les ouvriers ne cèdent pas. Une médiation s’engage et, quelques jours plus tard, les revendications des ouvriers sont acceptées. Ce qui débouchera, pour les travailleurs, sur des gains importants.

Cette grève marquera profondément les esprits et sera l’un des événements déclencheurs, l’une des amorces de « la Révolution tranquille », la période qui symbolisera, dans les années soixante, l’émancipation graduelle des francophones au Québec.

La Marjolaine, l’un des plus vieux bateaux de passagers encore en opération au Canada, accosté pendant notre escale de 90 minutes, au quai du village de Sainte-Rose-du-Nord, au milieu du fjord du Saguenay

Cela a été un immense plaisir de rencontrer, pendant notre séjour, les gens du Saguenay!

Plus de 95% de la population ici est francophone!

Les établissements scolaires de la région, notamment les « Cegeps » (lycées) de Jonquière et de Chicoutimi accueillent, depuis des années, des étudiants du monde entier qui viennent apprendre ou perfectionner leur usage du français et faire ici l’expérience d’une immersion culturelle authentiquement francophone.

Plus de 34 ans après sa dernière visite, Diana a retrouvé à Jonquière Ghislain et Rachel, un couple exceptionnel qui l’avait hébergée – en 1984 – lors d’un séjour culturel et linguistique.

Quelle surprise aussi de découvrir les merveilleuses pistes cyclables de la région!

La piste cyclable (18 kms a-r) qui relie Jonquière au lac Kénogami, le long de la rivière-aux-sables.

La véloroute des Bleuets est un circuit de plus de 250 kms qui permet de parcourir en vélo une grande partie de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean. Infos au https://veloroutedesbleuets.com/

En allant vers le lac Kénogami, le vendredi 9 août.

Rue de l’Hôtel-de-Ville, à Chicoutimi.

C’est un peu en pèlerinage que nous sommes allés, le samedi 10 août, passer la journée à Chicoutimi, la grande ville administrative du Saguenay…

Chicoutimi où, en 1949, un jeune étudiant haïtien, notre père, est venu effectuer une partie de sa résidence dans le cadre de ses études de médecine…

J’ose à peine imaginer son dépaysement, les premières semaines de son installation, sa découverte de l’hiver!

Ce séjour de travail a dû être pour lui une aventure exceptionnelle.

Notre père en décembre 1949

Combien de temps notre père, boursier à ce moment-là, est-il resté à Chicoutimi? Un peu moins de deux ans, semble-t-il, avant de rentrer au pays…

Assez longtemps cependant, certainement, pour apprécier, jeune médecin, la gentillesse et l’ouverture des gens du Saguenay.

Et je comprends mieux, maintenant, son attachement au Québec, et sa volonté, plus tard, de faire venir ici sa famille

Vue partielle de l’hôpital de Chicoutimi… Le bâtiment a été, maintes fois, agrandi, rénové et modernisé depuis 1949… Sur la gauche, une aile plus ancienne…

Quartier de l’hôpital à Chicoutimi

 Où exactement habitait notre père? Qui fréquentait-il à Chicoutimi, hors de l’hôpital? Comment s’est déroulée sa formation? Quelles expériences a-t-il vécues ici? Nous n’avons, malheureusement, aucun document sur cette période de sa vie… C’est dommage!

Le quartier de l’hôpital, situé sur les hauteurs de Chicoutimi… Je me suis senti tout drôle en sachant que papa avait vécu et travaillé dans ce quartier, marché dans les mêmes rues, aperçu tous les jours les tours de la cathédrale Saint-François-Xavier (ci-dessus), cheminé sans doute le long de la rivière Saguenay qui coule au centre-ville…

Après cette journée pleine d’émotion à Chicoutimi, nous avons poursuivi, le jeudi 15 août, en voiture cette fois, notre exploration du Saguenay-Lac-Saint Jean…

 

Nous avons parcouru, ce-jour-là, plus de 200 kilomètres… La route nous a mené de Jonquière…

 

… à Saint-Gédéon, un petit village situé sur la rive est du lac Saint-Jean…

Étirements et exercices matinaux sur la plage Saint-Joseph, à Saint-Gédéon. Il est 9h30 et la plupart des vacanciers dorment ou se reposent encore dans une des nombreuses roulottes situées au bord du lac…

… puis au parc national de la Pointe-Taillon, sur la rive nord du lac, où, le temps d’un pique-nique suivi d’une petite sieste, nous avons retrouvé le littoral…

Malgré le grand ciel bleu, il fait plutôt frais sur les rives du lac-Saint-Jean… Aucun baigneur en vue en cette fin de matinée…

Parc national de la Pointe-Taillon

Nous nous sommes aussi arrêtés à Saint-Bruno, puis à Alma, avant de regagner Jonquière…

Promeneurs le long de la rivière-aux-sables…

Notre quartier à Jonquière

Les tours de l’église Saint-Dominique surplombent un parc de la ville

… et dire, quelques jours plus tard, au-revoir au Saguenay et à nos amis Ghislain et Rachel…

Il faut déjà, malheureusement, quitter Jonquièrel Au-revoir et merci, Ghislain et Rachel!

En quelques heures, le mardi 20 août, nous sommes de retour, en bus, via Québec, à Montréal…

… où nous retrouvons, avec plaisir, notre quartier de Côte-des-Neiges… le même où nous étions l’an dernier…

Le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.

Quelle contraste entre Jonquière et Montréal!

Pour notre plus grand bonheur, la diversité culturelle est, à Montréal, dans les rues, dans les magasins, dans les parcs de la ville, présente, partout!

Célébration culturelle au parc Lafontaine

Adrienne, rencontrée au parc Martin-Luther-King à Côte-des-Neiges

On parle russe, grec, français et anglais chez notre propriétaire et voisin, Kosta, entouré ici de Diana et de sa famille. On y mange aussi très bien! Merci, Kosta!

Montréal réserve encore bien d’autres surprises!

Scènes de liesse dans les rues du « Petit Maghreb » à Montréal, le vendredi 19 juillet, lors de la victoire de l’Algérie face au Sénégal (1-0) à l’issue de la finale de la coupe d’Afrique de football

Dans « le Petit Maghreb », rue Jean-Talon, dans le nord de Montréal, le vendredi 19 juillet.

Aucun incident sérieux n’est venu troubler la fête ce jour-là…

… malgré l’éxubérance des supporters algériens…

Dans d’autres quartiers de Montréal, à Outremont par exemple ou dans le Mile-End, la co-habitation culturelle est parfois plus surprenante…

Deux membres de la communauté juive hassidique traversent la chaussée, avenue du Parc, à l’angle de la rue Bernard. Cette communauté est présente à Montréal depuis plus d’un siècle. Selon les plus récentes statistiques, environ 15% de la population, à Outremont, a le yiddish comme langue maternelle.

Avenue du Parc

Rue Saint-Viateur dans le quartier du Mile-End

Avenue Lajoie, à Outremont

Cette cohabitation culturelle ne se déroule pas, semble-t-il, dans ces deux quartiers, sans quelques heurts…

J’aimerais bien entendre les Montréalais s’exprimer sur la question…

Balade dans le quartier du « Petit-Champlain » lors d’une visite d’une journée dans la ville de Québec, le mardi 3 septembre. J’ai aussi adoré découvrir à Québec le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Boudin noir maison, restaurant l’Échaude, 73 Sault-au-Matelot, quartier du Vieux-Port, à Québec. Excellente cuisine! Infos au: https://www.echaude.com/

L’image de Leonard Cohen, enfant et icône de Montréal, trône au-dessus de la rue Crescent

Festival de quartier, avenue du Mont-Royal, le 24 août

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera bientôt le temps, malheureusement, de quitter Montréal et le Québec…

Quel beau séjour nous avons passé ici!

Réunion familiale autour de notre frère Bernard et de son épouse, à Gatineau, le vendredi 6 septembre

Deux dernières observations, cependant, avant de reprendre, dans une dizaine de jours, la route vers Vancouver.

#1 – Le recul prononcé du français à Montréal se confirme, même dans les quartiers traditionnellement francophones de la ville. À Outremont, un quartier que je connais assez bien puisque je le fréquentais tous les jours comme étudiant, autrefois, au Collège Stanislas, l’anglais est de plus en plus présent.

Dans les boutiques, les cafés ou les restaurants de la rue Bernard, l’anglais, dans les échanges est maintenant omniprésent. Même scénario sur ou autour de la rue Laurier.

La présence du Mile-End, quartier anglophone, tout proche, quartier jeune et branché, peut-elle, à elle seule, expliquer le recul du français à Outremont? Ou le phénomène s’est-il généralisé?

Dans le quartier Villeray, par exemple, plus à l’est, quartier traditionnellement francophone lui aussi, on entend les clients, le samedi, à la terrasse des cafés, rue De Castelnau, parler autant l’anglais que le français.

Il faut maintenant aller jusqu’au quartier de Rosemont-Petite-Patrie, encore plus à l’est, pour retrouver, semble-t-il, à Montréal, des résidents majoritairement francophones.

#2 – L’augmentation inquiétante du prix de l’immobilier dans le Grand Montréal. Dans certains quartiers (voir le graphique ci-dessous) les prix des maisons unifamiliales a augmenté de plus de 30% en cinq ans. Même phénomène à peu près pour les maisons de ville ou les condominiums. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, réclame (avec raison, selon moi) l’imposition d’une taxe aux acheteurs non-résidents comme c’est le cas maintenant à Vancouver ou Toronto.

Le gouvernement québécois, pour l’instant, «étudie la question ». C’est dommage. Les autorités devraient agir très vite, et limiter aussi, c’est urgent, la hausses des loyers, avant que d’autres familles ne soient brutalement chassées de leurs logements comme c’est le cas maintenant dans les quartiers de Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve et Saint-Henri.

Le prix des maisons unifamiliales dans certains quartiers de l’île de Montréal a grimpé de plus de 30% en 5 ans…

Un mot de politique avant de terminer.

Parc de la rivière-aux-sables, à Jonquière

Dans quelques semaines, le 21 octobre, les Canadiens iront aux urnes afin d’élire un nouveau gouvernement. 338 sièges sont en jeu. Ce sera une élection cruciale.

Le premier ministre et chef du Parti Libéral du Canada, Justin Trudeau, a participé, le dimanche 18 août, à Montréal, au 36è « Défilé de la Fierté » aux côtés de deux autres chefs de partis fédéraux: Jagmeet Singh, du Nouveau Parti Démocratique (NPD – gauche) et Elizabeth May, du Parti vert. Ces trois partis représentent, grosso modo, 60% de l’électorat canadien… (Photo, Graham Hughes – Presse Canadienne)

À six semaines du scrutin, rien n’est encore joué.

Mais devant l’obscurantisme qui semble, un peu partout, gagner du terrain, espérons que les Canadiens éliront le mois prochain un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, composé de parlementaires, hommes et femmes, progressistes et éclairés…

Bonne rentrée à tous!