Rodrigues

Après trois heures de randonnée à travers champs et montagnes, à partir du village de Roche Bon Dieu, arrivée à la plage de Saint-François (à l’arrière-plan), le lundi 29 décembre, en compagnie de Mireille, l’une des guides attitrées de Rodrigues. SVP voir les cartes plus bas. Ci-dessous…
… un peu plus tôt le même jour, sur les hauteurs de l’île, du côté de Mont Cabris. Tous les guides- accompagnateurs répertoriés à l’office du Tourisme de l’île sont des femmes. Toutes, sans exception. Bravo, Rodrigues!
La plage « Pointe Coton » à une trentaine de minutes de marche de mon bungalow à Saint-François, le mercredi 24 décembre. Les plages du nord-est de l’île, les plus belles, sont pratiquement désertes.
Presque perdue au coeur de l’océan Indien, située juste en-dessous du premier « I » (en jaune) de « Indian Ocean », Rodrigues est l’une des îles habitées les plus isolées au monde.
Alors qu’il ne faut que 30 minutes de vol pour rejoindre l’île Maurice depuis Saint-Denis (La Réunion), il faut compter 90 minutes en ATR 72 (avion à hélices) de Mahébourg (souligné en vert) site de l’aéroport de Maurice, pour atteindre Rodrigues, 600 kilomètres à l’est…
Entourée d’un vaste lagon, Rodrigues est une île qu’on peut parcourir en quelques heures: 18 kms de long sur 8 de large. L’île compte environ 44 000 habitants répartis sur la côte et dans l’intérieur, montagneux. Tout le monde se connaît ici. La criminalité est quasi inexistante. Le bourg principal est Port-Mathurin
(encerclé en orange).
L’un des grands attraits de Rodrigues est l’incroyable réseau de sentiers qui sillonnent l’île. Ci-dessus, en jaune, quelques-uns des chemins parcourus. En vert, les villages visités et ceux où j’ai résidé: Jeantac (4 jours) et Saint-François (12 jours)

Immense bonheur et privilège de passer au soleil une quinzaine de jours à Rodrigues. Une petite île sauvage, préservée. Miraculeusement, pour l’instant, tenue à l’écart des grands circuits touristiques.

Paradis des randonneurs et de ceux en quête de solitude, Rodrigues est affectueusement surnommée dans la région, « la Cendrillon des Mascareignes ». Un secret bien gardé.

La plage de Anse Ally, dans le nord-est de Rodrigues, le mardi 30 décembre, à 10 minutes de marche du village de Saint-François.

L’île est magnifique – pourtant, deux choses sautent immédiatement aux yeux lorsqu’on arrive ici.

La majorité de la population vit très modestement.

Coupe et dégustation de noix de coco, le jour de Noël, au bord de la plage du village de Saint-François.

La pêche, l’agriculture, l’élevage, sont (avec le tourisme) les activités principales de l’île.

Madame Potiron, 76 ans, tient depuis 25 ans une boutique d’alimentation du côté de Pointe Coton…
Petite maison blottie entre mer et montagne près du village de Roche Bon Dieu

Deuxième constat: Rodrigues est à 90% créole!

Passagers à bord du bus qui relie Port-Mathurin à Grand Baie, en passant par Jeantac, le village où j’ai posé mon sac les premiers jours.
L’entrée du marché de Port-Mathurin…
… le samedi 27 décembre…
… marché où Anne-Marie…
Le miel de Anne-Marie
… et, à quelques pas, Diane, offrent leur miel produit chez elles, à Rodrigues…
… tout comme des dizaines d’autres marchandes qui proposent de la vannerie ou des petits pots de piments, de sirops, de confitures, de baumes, faits à la maison…
Sténio, 31 ans, rencontré le 31 décembre, à « l’île aux chats » alors qu’il pêche tranquillement au bord du lagon…

(Cette île presqu’entièrement créole est un gros changement par rapport à la population croisée à Mahébourg, la ville côtière du sud de l’île Maurice (voir la carte des Marasreignes plus haut) où nous avons passé une semaine (13 au 19 décembre) avant le départ de Diana pour Calgary).

Je regrouperai dans un prochain article mes impressions sur l’île Maurice après mon séjour à Port-Louis qui débute dimanche.

Rue de la Solidarité, Port-Mathurin, le samedi 20 décembre

Quelques mots sur l’histoire de Rodrigues…

Un des livres qui m’a conduit jusqu’ici. Publié en 1986, le récit tragique d’un homme, le grand-père de Jean-Marie Le Clézio, parti à la cherche d’un trésor – enfoui à Rodrigues, selon une légende – trésor qu’il ne découvrira jamais. La famille de l’écrivain a de profondes racines à Maurice.
Carte historique d’une partie de l’archipel des Mascareignes

Vu son éloignement au milieu de l’océan Indien, il n’y a à Rodrigues (comme à La Réunion) aucun autochtone avant l’arrivée des premiers navigateurs européens, au début du 16è siècle. L’un d’eux, Portugais, Diego Rodrigues, découvre l’île en 1528 et lui donne son nom. « Aucune installation », nous disent les historiens.

Rodrigues connaît ensuite son lot de rebondissements. L’île change plusieurs fois de mains. Elle est tour à tour hollandaise puis, à partir de 1691, française. « Les premiers occupants », selon les historiens, « bénéficient de l’intense traite des esclaves en cours à l’époque et « accueillent » les ancêtres de la population actuelle de l’île, des esclaves francophones venus de Madagascar et d’ailleurs… »

Particularité de Rodrigues: ces esclaves « accueillis » sur l’île semblent avoir été mieux traités qu’à La Réunion ou à l’île Maurice. Pourquoi? Il n’y a pas eu ici de grandes plantations de café ou de canne à sucre « mais seulement de petites cultures de patate douce, de manioc, de riz, ainsi que l’élevage de poulets, dindons et porcs. »

En 1807, Rodrigues est prise par les Anglais. La flotte britannique s’empare ensuite de l’île Maurice (l’ancienne Île de France) en 1809. 

Rodrigues est depuis une « dépendance », administrée par l’île Maurice. Ce qui cause au sein de la population quelques frictions. 

Lors du référendum ayant mené l’île Maurice à l’indépendance en 1968, les Rodriguais ont voté contre à plus de 97%.

Dernier développement: Rodrigues a obtenu en 2002 un statut d’autonomie qui lui permet de gérer localement certains dossiers, mais l’île reste fermement soumise au bon vouloir de la République de Maurice.

 « Nous aurions préféré être attachés à La France lors du référendum, mais cela n’était pas une option » m’a confié une Rodriguaise, à la table du petit-déjeuner pris en commun dans mon hébergement à Jeantac, le lendemain de mon arrivée à Rodrigues…

C’est que le Français – derrière le créole rodriguais, la langue d’usage – est partout présent sur l’île, étudié à l’école (avec l’anglais) et remarquablement parlé par la population. En particulier par les jeunes. J’ai vraiment été impressionné par la clarté, la diction, la qualité de la langue entendue ici. Félicitations aux enseignants et aux familles rodriguaises!

La table du petit déjeuner à Jeantac, le samedi 20 décembre et, ci-dessous…
… la vue du balcon de mon bungalow

Pourquoi avoir choisi le hameau de Jeantac comme point de chute en arrivant, un vendredi, à Rodrigues?

Afin d’être à distance de marche (30 minutes environ) ou de bus de Port- Mathurin, le bourg principal de l’île, où se tient tous les samedis le grand marché de l’île!

Toute la population de Rodrigues semble le samedi converger vers le marché de Port-Mathurin…. et déambule ensuite dans les rues animées de la petite ville… à la recherche de quoi manger…

Le marché est un des événements clés de la semaine. Un lieu de rencontre incontournable pour les Rodriguais. Et une journée faste pour les commerçants, les restaurants et les nombreux étals de nourriture où les clients ont l’embarras du choix…

À quelques pas du marché, Emilie et son amie Samina préparent des grillades (saucisses, poulet) offertes pour une bouchée de pain, pendant qu’un peu plus loin…
… un individu fait le plein de petits plats à emporter, rue François Leguat (l’un des premiers colons français – huguenot – à s’établir à Rodrigues, en 1691)
Ci-dessus, au centre-ville de Port-Mathurin, rue Père Gandy (connu à Rodrigues comme le « prêtre bâtisseur » pour avoir beaucoup fait pour les écoles catholiques de l’île, à partir des années 50)
Rue Max Lucchesi (figure du syndicalisme à Rodrigues)

Quel enchantement de parcourir le samedi les rues animées de Port-Mathurin!

Au son du reggae – assourdissant – qui joue dans chacune des boutiques, et se répand, partout, dans la ville. Sous un soleil éclatant!

Je profite de ma journée dans « la capitale » pour goûter à quelques plats.

Boeuf sauté aux aubergines, poivrons, oignons et accompagnements. Une bonne adresse où retrouver les Rodriguais à Port-Mathurin. Une fois n’est pas coutume, voilà les coordonnées: restaurant « Chez Berno » (à l’étage), rue Max Lucchesi.
Aux abords de Port-Mathurin…. Il n’y a sur l’île aucun feu de signalisation… et on conduit ici à gauche, comme à Maurice!

Grande excursion, le mercredi 31 décembre…

… en bateau cette fois, à partir de la plage de Graviers. Voir la carte. Nous sommes 8 dans un groupe très divers, en provenance de la Belgique, de La Réunion, de la France, de l’Italie, du Pérou, de l’Afrique du sud…
… réunis pour une journée mémorable à « l’île aux chats », une petite île située à environ 30 minutes de bateau au large du village de Graviers

Au programme: baignades dans l’eau limpide du lagon…

… suivi d’un déjeuner préparé par notre batelier, Jean-François et son assistant
… déjeuner composé des spécialités locales: poisson grillé, poulet à la rodriguaise, saucisses, pain à l’ail et salade…
… immense plaisir de savourer ce festin dans un cadre…
… absolument fabuleux! Alors que l’île Maurice a accueilli, en 2024, 1.3 million de touristes (plus que toute la population de l’île!), Rodrigues a reçu la même année moins de 100 000 visiteurs

Malgré sa diversité, sa beauté, Rodrigues doit aujourd’hui faire face à de nombreux et sérieux défis.

À la sortie de Rivière Banane, le jeudi 1er janvier

La gestion des déchets sur l’île est un énorme casse-tête.

Après avoir banni les sacs en plastique en 2014 (avec un succès mitigé), comment gérer de façon responsable la collecte et le recyclage des déchets sur une île si isolée?

Les bouteilles en plastique et d’autres débris s’ammoncellent dans les zones reculées de Rodrigues, notamment du côté de Rivière Banane.

On apprenait il y a quelques semaines que des pourparlers sont en cours afin d’exporter les déchets non recyclables de l’île vers Maurice.

Combien de temps faudra-t-il pour que ces discussions aboutissent?

Près du village de Roche Bon Dieu, deux amis continuent de festoyer l’arrivée du nouvel an vers 9h du matin, le jeudi 1er janvier

Deuxième défi, de taille. Le manque d’eau – chronique sur l’île.

Il n’est pas rare entend-on que certains établissements du côté de Port-Mathurin doivent transférer leurs clients vers d’autres hébergements, dans l’est de l’île, mieux pourvus en eau.

Une usine de désalinisation est en construction, du côté de Pointe Coton. Mais là encore, le temps presse….  Alors que les travaux d’agrandissement de l’aéroport doivent bientôt commencer – un projet controversé dont tout le monde parle ici… qui divise les Rodriguais.

Palmes sur la tête pour se protéger du soleil, Jean-Claude, 59 ans, résident du village de Trèfles, est en route pour la pêche aux ourites, le mardi 30 décembre, près de la plage de Anse Fumier. Les ourites, une spécialité de Rodrigues, sont des poulpes pêchées dans le lagon puis séchées et cuisinées en curry ou en daube. La pêche aux ourites est normalement étroitement surveillée et règlementée afin de protéger les coraux.
Rougail saucisse, autre plat traditionnel qu’on retrouve aussi à La Réunion et à l’île Maurice. Saucisses coupées en morceaux, auxquelles on ajoute des tomates en dés, des oignons et du piment. Saint-François, le mardi 23 décembre.

Il faut maintenant – malheureusement – songer à quitter Rodrigues.

Retour à la maison, à Saint-François, après le déjeuner, le mercredi 24 décembre

J’aurais pu facilement prolonger mon séjour ici.

Depuis ma retraite, un de mes seuls regrets est de ne pas pouvoir passer – vu les circonstances – plusieurs mois par année dans mon pays d’origine, Haïti. 

Même si l’histoire des deux îles est très différente, j’ai découvert à Rodrigues un espace (paysages, topographie), une culture (créole), une façon de vivre qui ressemble beaucoup à mon idéal haïtien.

Une chose est à peu près sûre. J’aimerais revenir à Rodrigues, vivre encore – intensément – cette culture créole. Quel dommage que l’île soit si loin, aux antipodes!

Brigitte et Jean-Michel, Réunionnais basés dans « le haut de Saint-Gilles », rencontrés le dimanche 28 décembre sur le sentier du littoral entre Saint-François et Graviers. « Nous venons régulièrement à Rodrigues pour le calme, la nature, les gens et les randonnées magnifiques… »

Départ dimanche matin pour la dernière étape de ce magnifique voyage: une semaine à l’île Maurice. Je serai basé pendant quatre jours à Pointe-aux-Sables, au sud de la capitale, Port-Louis.

Retour ensuite pour trois jours à Mahébourg, petite ville que nous avions tant aimé découvrir, à la mi-décembre.

Je vous laisse avec une photo prise dans le village de Chamarel, au sud-ouest de l’île Maurice, quelques jours avant le départ de Diana pour Calgary.

Bonne année à tous!

Au village de Chamarel, à l’île Maurice, le mardi 16 décembre

Un dernier mot.

J’ai eu la chance à Saint-François d’être accueilli, hébergé, nourri et dorloté comme un prince. La gentillesse proverbiale des Rodriguais, leur générosité, n’est pas un mythe. 

Tonio est né et a grandi à Saint-François.

Lors de mon séjour dans un grand studio, situé à trois minutes de marche de la plage, j’ai eu droit à Saint-François, avec mes compagnons de voyage (venus de La Réunion, du sud-ouest de la France…) à un merveilleux repas de Noël ET à un repas de la Saint-Sylvestre, festins préparé avec soin et talent par notre hôtesse Marie-Ange et les « petites mains » de l’établissement. Courtoisie de la maison, les deux fois. « C’est la tradition, chez nous », a dit Marie-Ange.

Marie-Ange, l’épouse de Tonio, ancienne institutrice, accompagnée d’une voisine, dans le jardin de leur maison, à Saint-François.

Un troisième repas est prévu demain, à 19h, la veille de mon départ.

Merci infiniment, Tonio et Marie-Ange!

Une réflexion sur « Rodrigues »

  1. bonjour Max

    Merci pour ce périple à Rodrigues et cela me conforte dans l’idée que nous aurions dû poursuivre notre voyage dans cette petite île de l’océan Indien. Profite bien de tes dernières journées à Maurice et à bientôt de partager nos impressions. Nous t’embrassons. Agnès et Serge

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