Nos valises étaient prêtes. Paris nous attendait.
Nous devions partir le 4 décembre, pour cinq semaines, passer les Fêtes en France. À Paris d’abord, puis en province, à Cahors, en Occitanie.
Notre premier voyage à l’étranger depuis deux ans. Une éternité.
Une amie de Toulouse devait nous rejoindre un moment à Cahors, ainsi que mon frère Alix, un peu plus tard, début janvier.
Malgré l’hiver, le froid, le temps gris de décembre et les nombreuses contraintes liées à la pandémie, nous avions hâte, dans un premier temps, de retrouver Paris et les quartiers de l’est de la ville que nous apprécions tant…

Belleville, Ménilmontant, le village Jourdain, Saint-Blaise, le quartier Gambetta-Pyrénées et celui du cimetière Père-Lachaise où nous devions nous installer pendant une semaine. Dans une petite rue calme.
Le temps de nous adapter au décalage horaire. Et de profiter au maximum de l’atmosphère, de l’énergie de cette ville où nous nous sentons d’habitude si bien!

Nous avions en poche notre passe sanitaire, sésame obligatoire pour avoir accès en France aux restaurants, aux musées et aux trains, un service essentiel pour nous puisque nous devions quitter Paris, de la gare d’Austerlitz, le 11 décembre, pour Cahors, dans le département du Lot.

Nous avions cet été applaudi le gouvernement français qui avait mis en place un système ingénieux et pratique de conversion de preuve vaccinale afin de faciliter le séjour des touristes étrangers sur son territoire. Le dispositif permet aux citoyens résidant hors de l’union européenne d’obtenir un code QR – le passe sanitaire français – s’ils sont entièrement vaccinés.
En quelques clics, début octobre, nous avions fait parvenir aux autorités françaises trois documents – la page photo de notre passeport, une preuve officielle de vaccination et une copie de notre titre de transport. Et nous avions reçu, trois semaines plus tard environ, notre certificat covid numérique UE valable en France et dans tous les pays de l’union européenne. Quelle excellente initiative!
(SVP notez cependant que la démarche a depuis été modifiée. Voir infos supplémentaires ici).
Nous avions prévu d’être hyper prudents dans nos déplacements et dans nos contacts quotidiens, tant à Paris qu’à Cahors. Nous allions porter le masque, prendre nos précautions, respecter « les gestes barrières ». Nous serions des visiteurs, des citoyens modèles…

Ce serait si agréable de se promener de nouveau à l’étranger!

Même si Paris n’a pas très bonne presse ces jours-ci!
Depuis plusieurs années en effet, des milliers de Parisiens quittent, désertent la capitale. Des familles entières déménagent. Faute d’élèves, de nombreuses classes ferment et les écoles se vident peu à peu. Paris perd en moyenne, depuis 2012, environ 11 000 habitants par an. C’est beaucoup.

Avec la pandémie et le télétravail, l’exode s’est encore accéléré, comme le montre ce reportage (11 minutes) diffusé récemment à l’antenne de France 24.
Comment expliquer ces multiples départs? Il y a, selon les Parisiens, en premier lieu, le stress et le coût élevé de la vie dans la capitale. Le prix des logements, de l‘immobilier, ne cesse de grimper et il est de plus en plus difficile de se loger décemment, à un prix abordable, à Paris « intra-muros ».
(C’est un scénario qu’on retrouve, malheureusement, dans la plupart des autres grandes villes, en France et ailleurs, comme chez nous, à Vancouver et à Montréal notamment).
Les Parisiens dénoncent également les transports en commun – métro, RER – bondés. Les rues sales. Le bruit. Le manque de civisme. La circulation automobile, de plus en plus compliquée. Et, phénomène nouveau, dans les rues, semble-t-il, un sentiment d’insécurité, croissant.

Ils sont donc des milliers chaque année à quitter la capitale. En quête d’une vie plus simple – ailleurs – dans une ville « plus humaine », de taille moyenne, disposant si possible d’espaces verts et des services essentiels…
Pour nous, visiteurs, en transit, de passage à Paris, le tableau serait bien différent!
Nous aurions, pour guider nos pas, l’histoire et l’architecture somptueuse de la ville!
À la table des restaurants ou au zinc des cafés, entre deux bouchées, nous savourerions, la langue, la gouaille parisienne!
Et nous marcherions dans les rues de Paris, le coeur léger, heureux, les oreilles aux aguets et les yeux ouverts, grands comme des soucoupes!

Nous serions ensuite partis, en train, pour Cahors, une petite ville qui m’avait immédiatement séduite, il y a deux ans, lors de ma randonnée sur le chemin de Compostelle.

Je voulais absolument partager cette belle découverte avec Diana.

Nous avions loué à Cahors, au cœur de la vieille ville, un appartement, pour un mois.
Nous serions à cinq minutes de marche des berges du Lot. À cinq minutes du marché, qui se tient, le mercredi et le samedi matin, sur la place de la cathédrale Saint-Étienne.
Tout autour de la ville, de l’autre côté du Lot, de nombreux sentiers de randonnée nous attendaient!
Le GR65, par exemple, qui relie Le-Puy-en Velay, en Haute-Loire, à Saint-Jean-Pied-de Port, au pied des Pyrénées. Ou le GR 36 qui va vers Figeac. Ou le GR 46 qui grimpe jusqu’à Rocamadour…

Et puis… Patatras!
Quelques jours avant notre départ, un nouveau variant a fait son apparition.
Qui, il y a encore deux semaines, avait entendu parler d’Omicron?
Nous avons hésité.
Et puis, rapidement, il y a eu cet avis de l’O.M.S., déconseillant aux plus de 60 ans de voyager.
D’autres restrictions sont vite venues assombrir nos plans de voyage.
Un test de dépistage était requis avant l’arrivée en France. Un second test obligatoire avant notre départ vers le Canada. Et un troisième test une fois arrivé sur le sol canadien.
Notre voyage ressemblait de plus en plus à une course d’obstacles.
Nous avons donc décidé, comme beaucoup d’autres, d’être prudents. Et, avec beaucoup de regret, nous avons décalé notre séjour en France pour le printemps – en espérant que la situation sanitaire sera, à ce moment-là, revenue à la normale.
Mais rien n’est moins sûr! Nous devrons peut-être, ce printemps ou cet été, prendre notre mal en patience. Et attendre, encore un peu, avant de pouvoir gambader et voyager de nouveau à l’étranger!
D’ici là, malgré tout, essayons de rester « Zen » et, comme le dit le philosophe, « cultivons notre jardin ».
Prenez bien soin de vous et de vos proches!
Joyeuses Fêtes à tous!
Notes de lecture sur Haïti:
Emmélie Prophète, Le bout du monde est une fenêtre

Un roman magnifique, écrit dans une langue admirable. Samuel, jeune orphelin démuni, quitte son village au bord de la mer pour rejoindre la capitale, Port-au-Prince, où personne ne l’attend. Il a huit ans. De fil en aiguille, grâce à sa débrouillardise et au soutien de quelques adultes aussi indigents que lui, Samuel entre à l’école puis décroche un poste de mécanicien dans un garage situé dans un quartier cossu de la capitale. En face du garage, dans une maison bourgeoise qui tombe en ruines, vit Rose, une jeune femme mulâtre et désoeuvrée. Elle s’ennuie. Prisonnière de son rang, de son milieu social, Rose observe fiévreusement Samuel derrière le mince rideau de sa chambre. Les deux personnages, que tout oppose, entament par le regard un dialogue muet. La relation a-t-elle une chance d’aboutir?
Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past

Au coeur de cet essai magistral, des questions fondamentales qui divisent les historiens depuis deux siècles. Comment expliquer que l’interprétation de l’incroyable épopée que constitue la révolution haïtienne (1791-1804) ait été pendant si longtemps détournée, déformée et cadenassée par une majorité d’historiens? Et comment expliquer que quelques années à peine après les nobles idéaux (« liberté« , « égalité« ) de la révolution américaine (1776) puis de la révolution française (1789), la révolte des esclaves menée à Saint-Domingue par Toussaint L’Ouverture, à partir de 1791, ait été si durement réprimée? La déclaration d’indépendance d’Haïti, en 1804, se heurtera au même déni. Michel-Rolph Trouillot partage ses arguments avec verve et talent et nous offre ses pistes de réflexion. Un grand, un immense livre. Qui vient d’être réédité.
Chantal Kénol, Si je contais ma ville

Un poignant et merveilleux recueil de nouvelles qui plonge le lecteur au milieu des quartiers populaires de Port-au-Prince. Chacune des douze nouvelles est un tableau, saisissant, de ce pays « où on grandit vite ». Vaincre la misère, l’injustice, la faim, le chômage, la corruption, survivre à tout prix dans une capitale surpeuplée, chauffée à blanc et pleine de rumeurs – telles sont les préoccupations principales des personnages croisés dans ce volume étonnant et fort bien écrit. « Dans mon pays, je suis une privilégiée« , écrit Chantal Kénol dans son avant-propos. « Mon seul recours, en tant qu’écrivain, est que mon écriture rejoigne l’autre en ce lieu seul qui nous rassemble: notre commune humanité. » Une très belle réussite.
Camille Kuyu, Les Haïtiens au Congo

L’histoire captivante et trop peu connue d’une génération de professionnels haïtiens venus offrir son expertise au Congo (ex belge) après l’indépendance du pays en juin 1960. Médecins, agronomes, enseignants, ces « assistants techniques » haïtiens débarquent au Congo avec leurs familles avec une triple motivation. Fuir la dictature de François Duvalier en Haïti. Participer au Congo à « une grande œuvre » dans le pays des ancêtres, « l’Alma Mater ». Et assurer à leurs familles une solide sécurité financière. Les témoignages des anciens coopérants haïtiens recueillis dans le livre sont passionnants. Seul regret, ces témoignages évoquent pour la plupart une période qui débute en 1967 – deux après l’accession de Mobutu au pouvoir. Il aurait été utile d’entendre la voix et les réflexions des « pionniers », les experts haïtiens arrivés au Congo entre 1960 et 1965, juste après l’indépendance. Notre père était l’un de ces « pionniers » recruté par l’OMS en février 1961 et affecté au Congo comme chirurgien, à l’hôpital de Bukavu, dans la province du Kivu. Pour notre famille, cela a été une aventure et une expérience inoubliables. SVP voir Retour au lac Kivu.